Hamon/Mélenchon : pour ne rien regretter

Les sondages, pour autant que l'on puisse s'y fier, donnent Mélenchon autour de 20% et Hamon de 8%. Le seuil de qualification pour le second tour devrait être aux alentours de 22 ou 23%.

Les deux hommes ont été sincères dans leurs combats. M. Hamon peine à rallier totalement M. Mélenchon, bien qu'il ait dit qu'il voterait pour lui sans hésitation au second tour, sur la question européenne et sur le futur du PS. Sur le premier point, M. Hamon appelle pourtant à une autre Europe ainsi que M. Piketty. Ils font d'ailleurs des propositions en ce sens. Mais qu'arrivera t'il si cette réforme européenne échoue alors qu'elle est fondamentale ? Jamais ils n'ont répondu, à ma connaissance, à cette question. Il n'est pas question de sortir de l'euro ou de l'UE. Ainsi, on se trouve dans une impasse : M. Hamon souhaite négocier un changement radical de l'Europe tout en indiquant qu'il ne se passera rien si les négociations échouent. Pourquoi réussiraient-elles alors ? Pourquoi nos partenaires européens, ceux à qui le statu quo convient bien, bougeraient quoi que ce soit ? 

L'approche de Jean-Luc Mélenchon et son programme en plan A (négociation) sous la menace du plan B (sortie) me semble plus crédible et plus à même de faire bouger les lignes, sachant que de toute manière, en cas d'échecs des négociations, la parole reviendra au peuple sur la sortie ou non de l'UE. 

L'important n'est cependant pas là. Malgré leurs divergences stratégiques, les positions de l'un et de l'autre sont assez proches sur plusieurs sujets. 

Il me semble d'ailleurs que Hamon a fait le maximum qu'il pouvait faire en indiquant qu'il voterait pour Mélenchon au second tour : c'est une manière d'indiquer qu'il faut voter pour lui dès le premier tour. Mais pourquoi ne le dit il pas clairement alors ? Pourquoi ne se retire t'il pas ? Car cela signerait l'arrêt de mort du PS, et il ne veut pas en prendre la responsabilité. Comme il ne veut pas prendre la responsabilité de réformer réellement l'Europe. Mettez-vous à sa place : peut il retirer sa candidature alors que les militants du parti l'ont désigné comme candidat devant Valls ? Il ne peut pas faire cela. Mais sur le fond, il me semblerait logique qu'il le souhaite malgré tout, afin que la gauche ne perde pas.

Ainsi Hamon est bloqué dans ses marges de manoeuvre et le bon score de Mélenchon peut peut-être s'avérer insuffisant à 1 ou 2 points près. Comment réagiront alors les gens de gauche si M. Fillon est élu et détruit 500 000 postes de fonctionnaires ? Ou M. Macron et ses 120 000 postes ? Comment réagirons-nous face à l'extension de l'austérité, à la casse des services publics et au règne prolongé de la finance folle ? 

Nous n'avons pas d'autre choix que de nous rassembler derrière celui qui est le mieux placé pour l'emporter, à savoir Jean-Luc Mélenchon. Demain, s'il est élu, nous savons que M. Hamon, M. Montebourg joueront un rôle à ses côtés. Et nous prendrions le risque de tout gâcher au premier tour alors que la gauche unie est largement en mesure de l'emporter ? Réfléchissons bien car demain nous pourrions avoir des regrets...

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