Le PS n'est plus un instrument d'émancipation cohérent

" En cherchant la gloire, on perd souvent l'honneur". Tels étaient les mots de Shakespeare dans Macbeth. Ils s'appliquent aujourd'hui tant à M. Valls qu'à M. Hamon. 

Le premier, M. Valls, parce que sa parole ne vaut rien, et que son ambition vaut tout. Parce que sa duplicité se nourrit de rancune et d'orgueil.

Le second, M. Hamon, parce qu'il se croit capable de sauver un PS qui ne peut plus être sauvé. Il court ainsi le risque de faire perdre définitivement le projet de la gauche. 

Le problème du PS est le suivant : au cours des dernières décennies, le parti s'est progressivement écartelé entre des courants de moins en moins compatibles : d'un côté, les tenants du tout marché, de la mondialisation heureuse, de la financiarisation de l'économie et de l'Europe molle dans ses idéaux et dure dans sa répression ; de l'autre côté, les tenants d'une certaine idée de la défense des services publics, de l'attention portée aux classes moyennes et populaires et de la défense de l'ordre social mais dont la doctrine s'affaiblit petit à petit en ne voulant pas se confronter aux réalités européennes et économiques.

Cet écart est devenu un fossé. Si bien que la rupture était inévitable : elle aurait pu venir de deux côtés, de celui des tenants du tout marché comme de celui des défenseurs de l'héritage socialiste, du bord droit comme de l'aile gauche. Finalement, c'est l'aile gauche qui a rompu après la fondation du parti de gauche en 2009 avec Mélenchon. Elle a affaibli ainsi le courant gauche du PS, c'est indéniable. Mais pourquoi l'a t'elle fait ? Parce que depuis 1983, les dirigeants du PS sont allés de reniements en reniements au niveau européen, au niveau économique (c'est le PS qui libéralise la finance) comme au niveau social et doctrinaire. Bien sûr, les 35h, la CMU et même la garantie jeune dernièrement sont aussi à porter à son crédit. Mais ces quelques progrès ne sont rien en face de ses renoncements. Il fallait donc une refondation.

Finalement, la victoire de Hamon à la primaire de 2016 ne vient que confirmer l'intuition et l'action de Mélenchon en 2009. Elle provoque aussi ce qu'il avait anticipé : la rupture de l'aile droite face à toute remise en cause de sa doctrine, ou plutôt de sa non-doctrine qui consiste à déléguer entièrement à l'Europe et aux marchés toute capacité d'action sur l'ordre des choses. 

Dès lors, empêtré dans ses contradictions internes qui apparaissent insurmontables, le PS affronte des situations ubuesques : un président PS affronte au parlement une opposition aussi forte de la part d'éléments de son propre parti que de la part de l'opposition de droite, un premier ministre est obligé de gouverner par 49-3 face à sa propre majorité et ce même premier ministre finit par soutenir un candidat hors PS face au candidat PS alors que ce candidat hors PS avait volontairement rompu avec le Président PS qui l'avait nommé et dont il partageait pourtant la même orientation...Vous avez le tournis ? moi aussi.

Deux interprétations sont alors possibles. Ou bien MM. Hollande, Valls et Macron jouent un tour de génie politique qui consiste à jouer sur des oppositions factices, des réticences suspectes et des ralliements incongrus pour qu'au final leur doctrine et leur projet politique continuent de gouverner la France. Dans ce cas, le tour est très bien joué : "il faut que tout change pour que rien ne change", le mot d'ordre du Guépard, est alors érigé en mode d'action. Certes, tous les spectateurs ne se laissent pas prendre mais nombreux finissent quand même par "marcher", voire par courir...

Une autre solution est que tout ceci n'est pas planifié et qu'il n'est qu'une triste illustration de la désintégration lente mais progressive du PS, emportant avec lui dans les abîmes tout ce qui peut rester de digne et de grand dans l'histoire de ce parti. Mais alors, en tentant de le maintenir en vie artificiellement, M. Hamon endosse une responsabilité énorme : il freine toute la recomposition de la gauche, il travaille pour ceux qu'il veut combattre et il fragilise la possibilité de voir émerger une gauche alternative alors même que sa victoire aux primaires constitue la validation du choix fait par Mélenchon dès 2009 

Ainsi, le chemin tracé par M. Hamon nous emmène sur une pente dangereuse : sa victoire intervient trop tard, sur un projet idéologique trop fragile, sur un programme trop peu travaillé. Il lui reste une immense possibilité de se grandir : rejoindre Mélenchon et rentrer ainsi dans l'histoire, comme un homme qui aura suivi son honneur plutôt que sa gloire. 

 

 

 

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