JE NE SUIS PAS ASSISTANTE SOCIALE, MAIS...

Tendez leur un micro... Le "social"? Ils vont nous l'expliquer!

Des conseilleurs, nouveaux et nombreux, expriment une vocation sociale refoulée. Avec recul, je les observe progresser parce qu'en ces temps de confinement viral, eux, au moins, ne manquent pas d'air! Laissant les services sociaux à leurs occupations discrètes et mesquines, ceux là même qui, sur le terrain, ne sont qu'obstacles et embûches quotidiennes, vont nous expliquer. Leur satisfaction est de "faire du social". Qui sont-ils? Des élites de pacotille "qu'aimeraient bien avoir l'air mais qu'ont pas l'air du tout". Des petit(e)s chef(e)s qui ont grenouillé pour "grimper dans l'échelle des responsabilités" sans beaucoup se mouiller. Ils ont fait allégeance à des réseaux de pouvoir, d'initiés et gagné une place dans le système soutenus par des syndicats en manque de clientèle. Et surtout, ils sauront ne pas supplanter la médiocrité de celui qui les précédait. 

Certes, je balance, mais nous les connaissons tous. Ceux qui ont un cousine, une sœur, un ex (oui, oui!), assistant social et voit en cela un motif suffisant pour s'exprimer sur un avis. Ceux qui ont eu des expériences dans le bénévolat pendant six mois. Ceux qui ont suivi des stages de "thérapeutes" et autres déclinaisons du travail social. Ceux qui, reconvertis, ont quitté leur profession sans formation supplémentaire. Ceux à qui le titre de conseiller, référent, formateur, confère une soudaine expertise sociale : "Je ne suis pas assistante sociale, mais..." Copieurs, imitateurs prétendent que "ce n'est pas sorcier de parler avec les gens". Ils nous le concèdent: "C'est un beau métier" mais "Je ne le ferais pas toute une vie". Et puis, "Entre nous, ç'aurait pu m'intéresser mais c'est trop mal payé". Et déconsidéré. Alors, ils parlent pour nous, les sans grade.

Il y a ceux qui se sont formés sur le tas. (Ah?) Ceux qui, pleins de bonne volonté, cassent leurs nouveaux jouets, Ceux derrière lesquels il faut passer sans pouvoir rectifier les dégâts. Ceux qui "par expérience" trouvent ces gens "indécrottables et ingrats" ! Et qu'on les a "déjà aidé une fois". Ceux pour qui la France, l'Ecole, n'est pas "une tirelire" et qui, depuis peu, nous expliquent au micro que le repas pris à la cantine est le seul repas chaud. (Ah?) Ceux qui ne "croient pas en la mixité sociale" mais réclament toutefois leur NBI. Ceux qui "n'ont pas le temps de vous recevoir" et vous cinglent d'un: "l'argent magique n'existe pas"! Ceux qui (c'est plus fort qu'eux!) ne peuvent plus nous supporter et qui nous devancent pour "signaler une difficulté" au Supérieur descendu sur le terrain. Ceux qui réduisent le travail d'équipe à la courtis-ânerie et au dénigrement. Ceux qui susurrent de moins s'investir et vous somment de vous redéployer en vertu d'un nombre de fonctionnaires fantasmé . 

Ceux que grisent l'adrénaline en s'aventurant en terre inconnue. Sans jamais le reconnaître, ils lorgnent vos compétences, connaissances, éthique, pugnacité, force d'âme, santé psychique, humour et capacité à dire les choses. Ceux qui assènent "Vous avez la compétence, j'ai le Pouvoir". Ceux qui ont un discours rôdé de façade auquel on adhère si on en a envie. Et aussi les ELUS, là, sur la photo....Ceux qui signent au bas des notes et des articles. Les nouveaux "En Marche" tombés dans l'arène! Tous, dorénavant, vont nous expliquer ce qu'il convient de faire car le travail social, et non le bénévolat des retraités, a toute sa place dans cette crise et la conservera dans le monde d'après. Voici donc un enjeu potentiel. Mais pas de drapeau au sommet pour les premiers de cordées sans sherpa! Il faut savoir où on met les pieds. C'est un métier.

Donc, faîtes attention!!!  Si les aides aux plus démunis sont versées sur des comptes bancaires épuisés au delà d'un seuil autorisé, elles tomberont tout au fond du trou. Là où les banques n'iront certainement pas les rechercher. Personne ne verra la couleur du beef steak ! Alors, je ne suis pas technocrate mais... il convient  de trouver rapidement une alternative. Merci pour eux. 

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