Saisir l’après krach boursier

Lundi 09 mars, les taux boursiers de l’ensemble de la planète ont dévissés lourdement, suivit ces derniers jours par d’autres chutes des indices. Le krach boursier que craignaient de nombreux économistes a belle et bien eu lieu.

Voilà presque deux ans, que l’on entend dans les sphères médiatiques que les conditions économiques sont telles, qu’il n’était plus question de savoir si un krach allait avoir lieu, mais de savoir quand. Au brasier qui ne demandait qu’à s’enflammer, il fallait trouver l’allumette : dette étudiante Américaine ? Taux directeurs négatifs ? Guerre économique entre la Chine et les USA ? Ce sera finalement l’épidémie de covid19 qui tiendra ce rôle.

A la différence de 2008, où le déclencheur « sub prime » était interne à la finance, ici, le coronavirus impacte en premier lieu l’industrie avec un risque de propagation au reste de l’économie toute entière.
Dans une sorte de pied de nez, le monde néolibéral ne peut compter que sur ce qu’il s’était acharné à démanteler pour espérer survivre à l’après crise. Hôpital d’abord mais tous les services publique aussi, se retrouvent en première ligne face à l’épidémie avec bien peu de moyens, ceux-ci étant rétrécit au fil des années.
On peut donc craindre une récession plus durable et plus forte qu’il y a 12 ans. D’autant plus que l’expérience de 2008 ne nous a rien appris. La prédation du secteur financier sur l’économie réelle s’est accrue et les solutions de sortie sont restreintes. Les taux directeurs étant déjà au plus bas, il ne reste plus que le recours au quantitative easing (rachat de titres de dettes par la BCE) déjà largement utilisé cette dernière décennie, ce qui revient à augmenter les doses palliatives d’une économie déjà sous perfusion. Le secteur bancaire est par conséquent lui-même hautement menacé.

Aborder la résolution d’une éventuelle crise par les mêmes méthodes qu’en 2008 amèneront aux mêmes conséquences, augmentation du chômage, accroissement de la pauvreté, logiques budgétaire austère, accroissement des inégalités...
L’enjeu alors, c’est de saisir le moment de la crise et de s’en servir pour créer les conditions d’un changement. L’opportunité de forcer le capital à se plier à d’autres règles, voir établir sa remise en question, ne se présente pas tous les jours. Surtout, chaque nouvelle crise est plus violente que la précédente, et laisse dernière elle un véritable désastre social.
Ça sera donc le moment d’agir ! Utiliser l’affaiblissement, financier et idéologique du capital contre lui-même, c’est l’opportunité de mettre fin au manège infernal qui se joue depuis 30 ans. Changer le système en commençant par sa colonne vertébrale !

Comment ?

La force du camp progressiste tiendra dans sa capacité à transformer les affects haineux envers le secteur de la finance, qui servent l’extrême droite, en un processus mettant le peuple au cœur de son histoire, calme et réfléchi. Là où la droite tombera indubitablement dans l’écueil de l’autoritarisme au travers d’une figure unique, il sera de la responsabilité de notre camps, de proposer une alternative collective. Ainsi, nous nous donnons une chance de produire un changement durable, car horizontal. En d’autres mots : il faudra forcer ce gouvernement, celui de Macron, à rendre la décision collective de savoir quelles contreparties exiger, en échange des dettes que nous choisirons de socialiser. Il ne le fera pas sans une forte intervention populaire. Mais une forte mobilisation est possible, s’il elle est organisée. Le choc d’un tel événement, provoque des changements de croyances, remet en cause l’ordre établie, stop l’inertie d’un cours de l’histoire soit disant prédéfini. 
Le maintien du système tel qu’il est aujourd’hui passera obligatoirement par l’injection d’argent public au capital d’entreprises privées. C’est justement ce basculement dans le rapport de force qu’il faut saisir ! Pas question de reproduire le scandale vécu en 2008 ! 

Quelques pistes peuvent être explorées, notamment concernant le secteur banquier, cœur névralgique du système néolibéral: Séparation nette des banques d’affaires et des banques de dépôts. Abrogation du traiding haute fréquence, instauration d’une cotation boursière par une fois par jour ou par semaine. Cela n’a aucune réalité d’évaluer la valeur d’une société d’une seconde sur l’autre. Suppression des paris à la hausse ou à la baisse sur les titres financiers...

A nous alors de nous mobiliser, de manière organisé quand la question d’un plan de sauvetage se posera. Et elle se posera ! L’état Français a déjà annoncé un plan de 300 milliards d’euros d’aides pour les futurs emprunts aux entreprises. 
Après la crise sanitaire de première urgence qu’impose le Covid 19, il est fort probable qu’une crise économique et financière s’installe ! Une fois l’épidémie passée, viendra l’heure du bilan ! Viendra l’heure, pour tous les représentants du vieux monde néolibéral, pour ceux qui scandent depuis 30 ans que l’état et les services publiques coûtent et sont inefficaces, pour ceux qui prône la cupidité et l’individualisme, viendra l’heure, de laisser la place.

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