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La maternité des Bluets : un monument d’histoire sociale sous les feux de l’austérité socialiste

En 1957, Jean Gabin fut, le temps d’un film, le docteur Laurent, adepte de la nouvelle méthode de l’accouchement sans douleur aux prises avec tous les préjugés, y compris de l’Ordre des Médecins. La scène finale était un véritable accouchement filmé en gros plan. Le film était alors dédié « respectueusement aux pionniers de la méthode psychoprophylactique d’accouchement sans douleur ». La dédicace ajoutait : « il a été réalisé avec l’aide de la maternité des métallurgistes à Paris où cette méthode a été pratiquée la première fois en France en 1952. »[1]

On l’appelait la clinique des « métallos ». Ouverte en 1947, elle était située dans le 11° arrondissement non loin du « 94 », local de la fédération CGT des métallurgistes de la rue Jean Pierre Timbaud. C’est en effet là qu’exerce le docteur Fernand Lamaze, promoteur de la méthode qui portera son nom en France. C’est là encore qu’en 1954 Louis Dalmas, fondateur (avec Raymond Depardon) de l’agence Dalmas, filme un accouchement. Le PCF fait une proposition de loi en 1953, votée en1956, pour la prise en charge les neuf séances de préparation par la sécurité sociale.[2]

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Cette maternité existe toujours. Elle poursuit, dans les conditions d’aujourd’hui, ce long combat pour les femmes et la maîtrise de leur corps. La qualité des soins qui y sont dispensés, comme du suivi dont bénéficient les mères et futures mères comme leurs bébés est reconnue de façon unanime et lui vaut le label officiel « Ami des bébés »[3]. La maternité assure 3000 accouchements par an, le suivi de 1200 couples en PMA, la prise en charge de 1100 femmes en orthogénie. Maintenant installée dans le 12° arrondissement (depuis 2007) et adossée à l’Hôpital Trousseau, elle complète son activité par un centre de planning familial, et un centre de santé.

A sein de l’association Ambroise Croizat qui la gère, le sort de cette maternité est depuis longtemps lié à trois centres de rééducation professionnelle accueillant des stagiaires en reconversion contrainte pour raison de santé lourde : le centre Jean Pierre Timbaud, le centre Suzanne Masson et le centre Louis Gatignon dont les noms ne résonnent plus guère qu’aux oreilles des historiens et de  militants avertis. L’histoire de ces centres s’enracine en effet dans les dynamiques populaires du XX° siècle : le premier CRP fut fondé en 1937 dans la foulée du Front Populaire et le centre  Suzanne Masson en 1950, porté  par l’Union Syndicale des Travailleurs de la Métallurgie CGT de la Seine dans la foulée de la Libération et de la création de la Sécurité Sociale… par un ministre nommé Ambroise Croizat. Aujourd’hui les trois centres assurent une véritable mission de service public et conduisent quelques 600 stagiaires chaque année vers leur nouveau métier.

Mais les réformes successives menées sous la règle de la rentabilisation des services de Santé er des critères financiers menacent de mort cet héritage, les services de qualité rendus à 3000 mères et 600 travailleurs handicapés par ans, et le travail de plus de 500 salariés.

C’est la maternité qui est aujourd’hui sur la sellette. Car il y a, sur la durée, une incompatibilité financière entre la tarification à l’acte (T2A) imposée en 2004 et la qualité du service rendu. Et les années passant, cette incompatibilité a un nom : celui du déficit de l’établissement estimé à plusieurs millions d’euros.

La vice présidente socialiste actuelle de l’Assemblée nationale, Sandrine Mazetier, avait consacré un long article à cette situation lors de sa campagne électorale Elle soulignait notamment que  « l’établissement est pénalisé par le passage à la tarification à l’activité (T2A), strictement fondée sur les actes médicaux et de soins ponctuant le suivi des femmes enceintes, la préparation à la naissance et l’accouchement lui-même ». Mais cette non rentabilité a des causes médicalement positives : « Aux Bluets, le taux de césarienne est ainsi de quelque 14% quand, dans d’autres maternités, il s’élève à 40% voire plus. Or une césarienne est rémunérée près du double d’un accouchement par voie basse ».

Sandrine Mazetier critiquait alors « l’Agence Régionale de Santé (ARS), qui relaie la politique du gouvernement, remet en cause l’accompagnement financier de la Maternité des Bluets et lui demande d’assurer 200 accouchements et 200 procréations médicales assistées supplémentaires, à effectif constant, au nom de la « productivité ». Et de conclure : « En matière de santé, une nouvelle fois, l’Etat impose une logique comptable » alors que « l’ARS doit reconnaître les spécificités de la maternité les Bluets ».

C’était avant l’élection de François Hollande et de Sandrine Mazetier. Un an plus tard, l’Agence Régionale de Santé, toujours dirigée par le socialiste Claude Evin n’a pas changé de politique et reste sourde aux demandes réitérées de reprise du déficit de la maternité[4].

En 2012, une réorganisation de l’hôpital a été entreprise suivant des recommandations de l’ARS. Le déficit a été réduit.  Mais l’absence persistant d’engagement durable de l’ARS auprès des banques met l’établissement en danger permanent de cessation de paiement. Les semaines passent. Les banques qui portent la trésorerie de l’association commencent à donner des signes d’impatience. Ce qui est en cause c’est la survie même de la maternité, et plus encore. En effet, si un dépôt de bilan a lieu sur l’autel des politiques d’austérité, ce sera celle de l’Association Ambroise Croizat elle-même, entrainant dans sa chute trois CRP qui eux, sont loin d’être déficitaires.

Que fait Sandrine Mazetier ? Que dit Marisol Touraine ?

Y a-t-il encore une politique publique de la Santé dans ce pays ? Y a-t-il encore des responsables et des ministres capables de discuter sur le fond et sur les principes politiques avec les professionnels d’un secteur dévasté ? Où ne reste-t-il que des directeurs d’agences comptables chargés de recevoir ces professionnels avec  la mission de ne rien céder, de ne rien négocier, de laisser les politiques à l’abri de tout débat ? Quelles qu’en soient les conséquences. "Etrange capitulation" nous dit Laurent Mauduit[5]. Etrange peut-être, concrète partout, dévastatrice surement.

 Dernières nouvelles

Pétition en ligne

Rassemblement devant le Ministère des Affaires sociales le 6 juin à 13 heures


[1] “Le cas du docteur Laurent », film de Jean Paul Le Chanois, scénario de Jean Paul Le Chanois et René Barjavel avec Jean Gabin, Nicole Courcel, Silvia Montfort, musique de Joseph Kosma

[2] Marianne Caron-Leulliez, Jocelyne George, L'accouchement sans douleur, Histoire d’une révolution oubliée, 2004

[3] 18 établissements labélisés en France, un seul en région parisienne

[4] Evalué aujourd’hui à 6.3 millions d’euros

[5] L'étrange capitulation, Editions Gawsewitch, 2013

Tous les commentaires

27/05/2013, 11:29 | Par Juliette BOUCHERY

Quatre questions brûlantes en fin de billet. Nous avons encore un système de santé extraordinaire et, me dit une médecin de mes amis, quasiment unique au monde. À voir si les responsables seront capables de sauvegarder ce trésor... que nous sommes largement assez riches pour nous offrir, si la volonté politique est au rendez-vous.

27/05/2013, 12:01 | Par Raymond SAMUEL

 

"Hôpitaux amis des bébés"

18 établissements ont reçu le label en France en quelques vingt ans. Il n'y a pas si longtemps, il n'y en avait que trois !

Aurait-on réduit les critères nécessaires pour obtenir le label ?

27/05/2013, 12:28 | Par Mafch

Si seulement Vincent Peillon par exemple prenait la mesure de l'importance pour la suite d'un accouchement réussi, il compléterait son offre de façon utile et nécessaire.

Bêtement, je pensais que les Bleuets ayant fait des petits partout, sa clientèle avait fondu...

Sur certains points importants (traitement de l'autisme, accouchements sans les affres de la péridurale - venu se greffer sur l'administration "de confort" pour les équipes médicales d'ocytociques rendant les accouchements aussi rapides que douloureux, au risque de perturber durablement l'alchimie physiologique, acupuncture versus coktail anesthésique ) la Belgique est en avance et est en train de revenir sur l'accouchement sous péridurale.

L'accouchement dit sans douleur nous venait de l'URSS...

28/05/2013, 09:49 | Par virginie gossez

Les femmes, les couples de la maternité des Bluets sont appelés à se mobiliser les 6 juin à 13h devant le ministère pour éviter que la finance ait raison de la spécificité de notre maternité et de perdre un lieu où l'équipe tente de respecter le choix des femmes, de les accompagner avec une préparation à la naissance pour avoir le moyen de leur choix.  Accompagner après la naissance les femmes, lors de l'allaitement au sein par un personnel formé très régulièrement selon la charte exigée par le label "hôpital amides bébés" et lors de l'allaitement artificiel en respectant les rythmes des bébés et non les rythmes de l'institution...Bref, les maternités sont exsangues, les personnels perdent le sens de leur travail: ne laissons pas les Bluets perdrent leur spécificité!

 

consultez le site www.touchepasauxbluets.fr et adhérez à notre association

28/05/2013, 21:45 | Par Pierre Magne

Pour une clinique privé, seul le bénéfice compte ! S'ils pouvaient faire 100% de césarienne la vie serait encore plus belle pour eux !

Alors les emmerdeurs qui ne font que  14 % de césarienne, ils cassent le métier alors qu'eux ils font jusqu'à 40%!

Rappelons que si la Maladie était mieux gérée en France et si une politique de récession n'était pas menée par l'UMPS, les déficits n'existeraient pas. (voir les analyses de Gérard Filoche).

De plus on dépense beaucoup d'argent pour le curatif, inventant des affections qui ne devraient pas exister (exemple ici  les césariennes) et très peu d'argent pour le préventif (ici la préparation de l'accouchement et l'allaitement au sein).

Mais il est vrai que le préventif pour les médecins et chirurgiens ça tue aussi le métier !

Monde pourri d'épiciers !

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