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Plaidoyer pour une politique migratoire Maliano-française véritablement concertée et solidaire

Confronté aux conséquences dramatiques de politiques néolibérales qu'il a dû endosser en camisole de force comme d'autres pays d'origine de migrants, le Mali ne doit pas signer, sous la pression, un accord dit "de gestion concertée des flux migratoires et de développement solidaire". L'immense majorité des Maliens et des Maliennes à l'intérieur de leur pays comme à l'extérieur ne savent rien des termes ni des enjeux d'un tel accord, qui de ce fait n'a rien de concerté, ni de démocratique. Il est à dénoncer du fait de cette opacité et de son caractère coercitif puisque la France revient à la charge pour la troisième fois.

 

Contrairement aux promesses de "développement solidaire", "d'aide publique au développement" et de "rentabilisation des fonds des migrants", la France attend des autorités maliennes qu'elles lui prête main forte dans la réalisation de l'objectif global de 30 000 expulsions pour cette année 2009. La réticence des consulats des pays d'origine à délivrer des laissez-passer qui a largement entravé la réalisation, en 2008, de l'objectif de 26 000 expulsions doit être levée pour que le Pacte européen sur l'immigration et l'asile s'applique pleinement. La France qui se félicite de la signature de ce pacte par les autres membres de l'Union Européenne (UE) est particulièrement dure avec les ressortissants de ses anciennes colonies.

 

En plus de l'humiliation et de la souffrance infligées aux hommes, aux femmes et aux enfants qui seront arrêtés, enfermés et expulsés, cet accord est de nature à basculer dans la misère des milliers de familles qui au Mali ne doivent leur survie qu'à la solidarité des migrants dont la contribution à l'économie malienne dépasse l'aide publique de la France au développement de ce pays.

 

Face à cette situation nous en appelons au peuple malien, aux véritables amis et alliés du Mali afin qu'ils s'élèvent contre la violence politique et institutionnelle qui prévaut aujourd'hui dans les relations franco-euro africaines.

La "gestion des flux migratoires" devenue l'une des pierres d'achoppement de ces relations ne saurait être qualifiée de concertée, ni le processus du développement de solidaire dans le cadre d'un partenariat déséquilibré où les forts forcent constamment la main aux plus faibles.

 

La France ajoute indiscutablement aux difficultés souvent inextricables des pays dont les migrants sont originaires quand on sait l'extrême gravité des conséquences de la récession économique qui s'amorce.

La société civile malienne, les associations de migrants et de défense des droits des migrants estiment que :

  • une gestion véritablement responsable et solidaire des flux migratoires dans les circonstances actuelles exige la mise à plat de l'accord de manière à impliquer le maximum d'acteurs sociaux, politiques et institutionnels ainsi que les artistes et les intellectuels dans l'élaboration de politiques migratoires soucieuses des droits et de la dignité des hommes, des femmes et des enfants qui sont en situation. La société civile critique du capitalisme mondialisé s'engage à participer activement à ce processus qui intègre les réalités économiques, sociales et politiques en amont et en aval comme l'illustre le débat citoyen qui a lieu chaque année au Mali dans le cadre de "Migrances" et les 02 journées ouvertes de réflexion de l'AME.

  • les flux migratoires se résorberont au fur et à mesure que le Mali ainsi que les autres pays africains prendront en charge leur destin et s'engageront dans une coopération autre que l'ouverture des économies africaines à un marché mondial qui enrichit les riches.

  • le choix du retour est donné dans cette perspective à ceux et celles qui un jour ont cru que l'émigration pouvait constituer une issue au chômage et à la déshumanisation.

  • le Mali, en tant que pays d'origine et de transit a d'abord, la responsabilité d'être à l'écoute de ses ressortissants qui de l'extérieur aspirent au retour dans la dignité. Ceux qui parmi eux choisissent de vivre et de travailler en France et en Europe en ont le droit et pas comme des citoyens de seconde zone.

En d'autres termes, il ne s'agit en aucun cas pour le gouvernement malien de jouer le rôle de gendarme dans la protection de l'Europe forteresse et de geôlier dans la surveillance des Maliens désireux de partir en Europe ou ailleurs, mais de choisir et d'agir de telle sorte que pour les Maliens et les Maliennes, partir ou revenir dans leur pays ne soit plus une contrainte.

 

Au-delà de la question migratoire le Mali a le devoir d'établir le bilan critique des réformes néolibérales des trois dernières décennies lesquelles ont aggravé le chômage et semé le désarroi qui sont à l'origine de la plupart des départs.

 

Le Forum pour un autre Mali (Foram)

 

Association Malienne des expulsés (AME)

Bamako le 03/01/2009

 

Samedi 03/01/09 à 16h 30 au siège de l’AME (Djelibougou)

Lancement de la déclaration sur « Crises, Migrations et Expulsions ».

Du 03 au 08/01/09

Campagne d’informations des Maliens sur l’accord.

Jeudi 08/01/09 de 9h à 13h au centre Djoliba

Conférence-débat sur le thème : « Crises, Migrations et Expulsions »

Vendredi 09/01/09 et samedi 10/01/09 de 9h à 13h

au CAHBA (Missira-face hôtel Djenne)

Restitution des conclusions de « Migrances » et des 02 journées ouvertes de réflexion de l’AME.

Samedi 10/01/09 à 16h au CAHBA

Meeting

 

Tous les commentaires

Merci de faire entendre au nord cette voix africaine, cette pensée du sud que nous devons apprendre à entendre. Nous nous permettons d'accrocher notre modeste barque à ce vaisseau, sous la forme d'un autre billet, "Développement solidaire avec le Mali?" (www.mediapart.fr/club/blog/fini-de-rire/030109/developpement-solidaire-avec-le-mali), qui donne aussi d'autres liens.

Une voix africaine quand nous voix européenne parlons sans cesse des Africains sans que ceux-ci soient dans le débat, oui, cela est précieux. Alors merci Aminata Traoré, je vous soutiens complètement dans votre démarche car le "développement solidaire" auquel est convié le Mali est si, j'ose dire, la jolie boîte à double fond dans laquelle la régulation unilatérale des flux migratoires au bénéfice de la France se camoufle.

Merci Aminata pour ce billet . La "gestion des flux migratoires", le "pacte européen pour l'immigration et l'asile" et la terrible "directive retour", en un mot tout ce qui fait l'Europe forteresse est une honte pour nous tous et une malédiction de plus lancée par cette Europe "bien pensante" sur l'Afrique qu'elle continue honteusement d'exploiter . Oui, trois fois oui la société civile critique du capitalisme mondialisé a à s'engager haut et très fort dans ce combat pour notre dignité à tous. Oui nous voulons de la coopération au lieu de cette triste et mortifère compétition. Nous voulons des ponts pas des murs. Nous voulons tous être des hommes et des femmes libres, pas des chiffres de quotas au service d'une économie déshumanisée. Avec vous très très solidairement

Madame, Une femme telle que vous êtes, avec l'autorité qui est la vôtre, devriez à mon avis, solliciter le président Nicolas Sarkozy (entre autres), pour une rencontre en face à face. Et le président Barack Hussein Obama. Parce que, vous le savez bien, les articles et les lettres ouvertes ne servent pratiquement plus à rien. Si nous voulons des actes concrets, ne nous faut-il pas agir en conséquence - aller droit au but ? Seuls, vous, Africains, pouvez encore sauver le monde. J'espère en vous, Madame,

Cher Mithra, sans vouloir du tout vous répondre à la place de madame Traoré, je voudrais juste vous signaler ce dont peu de gens se rendent compte ici: cette dame fait un travail concret, dans son quartier, sa ville, son pays, absolument énorme. Tous les enjeux et défis dont elle parle au monde dans ses essais, lettres, et conférences, elles les relève au quotidien, un par un, avec les gens du peuple, là où elle vit. C'est un travail de fourmi et de titan à la fois. Le moindre de ses dires est nourri de son expérience sur le terrain, et son expérience sur le terrain n'est jamais, jamais, en contradiction ou compromission avec le moindre de ses dires. Ce qui déja est une révolution et une victoire en soi. . Aller droit au but, dans ce cas précis de l'Afrique, c'est là construire, créer une nouvelle conception, des rapports humains, sociaux, politiques, par la base, en offrant aux personnes les plus ordinaires la possibilité de subvenir à leurs besoins là même où elles vivent, de rêver à leurs projets parce qu'ils deviennent possibles, de s'impliquer dans la vie et les perspectives de leur pays par une prise de conscience nouvelle, issue de ce pouvoir nouveau qu'ils acquièrent sur leur quotidien. . Aller droit au but pour, comme vous le dites si bien et je vous suis totalement sur cette expression, "sauver le monde", c'est dans ce cas, en tout premier lieu, se sauver soi-même: son pays, le Mali; son continent, l'Afrique, démontrer cette vérité : un Autre Mali est possible, une Autre Afrique est possible. Initier un regard totalement neuf sur le continent. . C'est tout le travail d'Aminata Traoré. . Son livre "l'Afrique humiliée", était une adresse à Nicolas Sarkozy, entre autres. "Solliciter" une rencontre avec une personne qui ne tient aucunement au dialogue avec l'Afrique et ne laissera jamais se perdre aucun des intérêts de la Françafrique, serait sans doute une perte de temps bien inutile. Il est des personnes bien plus efficaces avec lesquelles aller parler. Et contruire des revenus pour toutes les femmes d'un quartier, est certainement plus efficace à court et long terme, que de s'assoir à la table de ceux qui n'ont même jamais ouvert un seul de ses livres. . Il faudrait trouver le moyen de faire aller ses ouvrages sur la table de chevet de Monsieur Obama, cela serait, j'en suis sûre, déja plus efficace. Je pense qu'il n'a pas concernant l'Afrique, de discours véritablement évolué et complet autour de lui, et que pourtant, il ne serait pas contre le fait de s'édifier à ce sujet. . Bien à vous, Claire

.

Je soutiens et soutiendrai chacun de vos combats, Aminata Traoré. Et je salue votre justesse de ton.

Aminata Traoré et Claire Malbos, j'approuve chacun de vos mots. Comme ceux dont les commentaires précèdent, je soutiens votre action. Antoine Mack.

Chère Claire Malbos, sans connaître en détail ces immenses actions sur le terrain, je pense que l'un n'empêche pas l'autre, et ne serais donc pas tout à fait d'accord avec vous, lorsque vous dites "qu'une rencontre avec une personne (le président Sarkozy en l'occurrence), qui ne tient aucunement au dialogue avec l'Afrique et ne laissera jamais se perdre aucun des intérêts de la Françafrique, serait sans doute une perte de temps bien inutile" - ou quand vous ajoutez qu'il "est des personnes bien plus efficaces avec lesquelles aller parler." Vous continuez en disant que "construire des revenus pour toutes les femmes d'un quartier, est certainement plus efficace à court et long terme, que (de la part de personnalités politiques), de s'asseoir à la table de ceux qui n'ont même jamais ouvert un seul de leurs livres." Encore une fois, l'un n'empêche pas l'autre, mais je pense quant à moi, qu'à l'heure actuelle où le monde devient chaque jour hélas un peu plus mondialisé, de véritables faces à faces, et face au monde entier par le biais de la télévision, devraient s'imposer, pour - non pas vouloir "confondre" l'adversaire -, mais afin de l'amener à reconnaître et donc prendre des décisions qui devraient sans doute s'imposer. Je sais bien que tout cela est d'une immense complexité, mais une personne d'autorité - lorsque son autorité est juste -, peut peut-être changer les choses. Nicolas Sarkozy n'est peut-être pas au fond de lui-même entièrement faux, lorsqu'il dit qu'il recherche le dialogue, je ne sais pas. Mais l'avenir du monde mondialisé ne peut trouver d'issue que par un dialogue vrai, il me semble. Bien cordialement à vous,

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