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« Le masculin l’emporte sur le féminin » : c’en est assez !
Avez-vous lu l’article d’Anne Chemin, dans LeMonde.fr, Genre, le désaccord? Dans cet article, l’auteure (oui, je suis POUR la féminisation des noms de titres et de métiers) évoque la pétition Que les hommes et les femmes soient belles ! qui propose de remplacer la règle grammaticale d’accord Le masculin l’emporte sur le féminin par la règle dite de proximité , je cite : « un adjectif qui se rapporte à plusieurs noms, s'accorde avec le nom le plus proche » règle dont je vous laisse imaginer les exemples possibles… Anne Chemin nous propose un article très documenté qui, à partir de l’historique de cette règle grammaticale, montre clairement comment la langue et la grammaire ont été façonnées pour inscrire dans l’esprit des gens la supériorité masculine.
La lecture des commentaires se révèle très intéressante. Même type de réactions que pour la campagne « Madame, Mademoiselle ».
Je passe sur les amorces de discussions d’ailleurs intéressantes portant sur l’impact des technologies numériques sur l’évolution de la grammaire.
Peu de réactions féminines, plutôt favorables d’ailleurs. Roudoudou souligne la façon insistante dont cette hiérarchie grammaticale, sans cesse répétée en classe, conditionne les petites filles . C’est le sens de mon premier commentaire à cet article dans lequel je rappelle la variante ambiguë s’il en est de cette règle grammaticale Le masculin embrasse le féminin. Beatrice Depari propose une réponse intelligente à ce sexisme de la grammaire ; je la cite :
« J'enseigne le français à des femmes étrangères. Je leur explique que, parfois, la langue va au plus simple et que, pour cet accord, la grammaire privilégie la forme la plus courte, celle qui économise un "e" à l'écrit et un son consonne final à l'oral. Bien sûr quand j'étais petite, on m'a fait répéter que "le masculin l'emporte sur le féminin" mais je me suis efforcée de trouver une autre formulation. »
Surtout, beaucoup de réactions masculines, plutôt énervées, à quelques exceptions près dont celle de JC Herrenschmidt qui pose la question « combien coûte à la République l'entretien de l'Académie française et de ses académiciens » !
Les réactions masculines montrent que l’habitus masculin (A moi, Bourdieu!) semble lui aussi imprégné par l’insistante répétition de cette règle grammaticale. Leur habitus intégrant l’idée de domination des hommes sur les femmes est une telle évidence que toute remise en cause les fait bondir. Ces combats féministes sont alors jugés dérisoires : "ce n’est qu’une convention" ; "Quelle perte de temps" ; "Je ne vois pas en quoi cet usage fait ombrage aux femmes.". On les disqualifie en pratiquant la dérision : "Encore un débat urgent à se pisser dessus de rire" ; l'exemple d'une "cuitée deux jours et une nuit entière". On injurie les féministes "coupeuses de cheveux en quatre" sans oublier, bien sûr l’injure classique qui voudrait que les féministes soient TOUTES des lesbiennes, c’est-à-dire qu’elles ne seraient pas des VRAIES FEMMES, avec cette variante ici "lesbiennes progressistes et maoïstes"…
Bon. En attendant, je me précipite pour la signer sur la fameuse pétition. Elle a déjà recueilli plus de 3600 signatures dont la mienne. Je vous laisse la découvrir et la signer, j’espère.
La pétition Que les hommes et les femmes soient belles ! http://www.petitions24.net/regleproximite
http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/01/14/genre-le-desaccord_1629145_3224.html


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Merci. Comme vous, j'aime MissTic et son humour urbain!
Je signe !
En attendant de trouver mieux que la "règle de proximité"... Car là aussi, l'arbitraire l'emporte...
Et pourquoi pas : "Que les hommes et les femmes soient bels" ?
Il faudrait demander à quelqu'un qui maîtrise la grammaire, mais à ma connaissance, c'est un masculin pluriel…
J'ai écrit "quelqu'un qui maîtrise la grammaire", parce qu'il n'existe pas d'épicène pour désigner un expert en grammaire !!! épicène qui m'éviterait d'avoir à choisir entre grammairienne et grammairien
Oui, mais pas à l'oreille, au moins !
Sans rapport direct avec le "désaccord", voir le billet que je viens de poster...
Je l'ai lu, et il me plaît … Bien à toi et à vous
Le genre est très marqué dans certaines langues, dont le français, qui ne conçoit pas de neutre. On peut évidemment s'amuser à écrire en utilisant des adjectifs non marqués par le genre. Une belle gymnastique linguistique! Les accord de proximité se font de façon automatique très souvent pour le pluriel, c'est l'une des erreurs grammaticales les plus fréquentes. Quoi qu'il en soit, il est bon de poser la question et de protester.
On peut penser que les techniques numériques seront peut-être plus influentes que les féministes pour faire évoluer le langage.
J'avais tendance à corriger les erreurs grammaticales des correcteurs orthographiques. Je m'interroge : sera-t-il préférable de les conserver, voire de les ajouter dans son dictionnaire personnel?
Juste un détail, Annie: vous l'avez appelée une fois Anne et une fois Ariane. Et comme les deux existent ! Mais je crois que c'est un article d'Anne, dont il s'agit. Ariane Chemin n'est plus au Monde mais au Nouvel Obs....
Pour le reste, en effet, c'est un sujet passionnant. Bien que je trouve que l'égalité des salaires pour-de-vrai, le maintien à l'accès à la contraception et à l'IVG pour-de-vrai et la parité pour-de-vrai dans les entreprises et les instances qu'elles qu'elles soient, y compris politiques, seraient à mes yeux largement prioritaires !
j'aime bien l'expression, "pour de vrai".
Grain de sel, c'est bien d'Anne Chemin qu'il s'agit. Je lis aussi Ariane Chemin et mes doigts ont fourché sur le clavier! J'ai corrigé dans le texte; merci.
Ok avec vous pour dire que d'autres combats féministes doivent requérir notre attention, notre énergie, notre courage. Pour autant, les réactions "énervées" de certains soulignent la violence symbolique exercée par l'intermédiaire du langage, de la grammaire ici. L'article d'Anne Chemin rend bien compte de cela. J'ai déjà évoqué Bourdieu pour qui est un "pouvoir de violence symbolique, tout pouvoir qui parvient à imposer des significations et à les imposer comme légitimes en dissimulant les rapports de force qui sont au fondement de sa force" (dans Esquisse d’une théorie de la pratique, Paris 1972, p.18).
Ce qu'on peut attendre d'un tel débat, c'est précisément cela : qu'il révèle ces ressorts cachés d'une société qui sait légiférer pour réduire les inégalités sans trop s'inquiéter de ces inégalités de fait qui perdurent et qui parfois se creusent encore un peu plus. Un tel débat ne nous exonère pas de ces combats féministes; il contribue à les légitimer.
Un point annexe. Même si c'est l'anniversaire de sa mort, je pense que l'habitus de Bourdieu n'a rien à voir là dedans (à supposer qu'il ait quelque chose à voir où que ce soit). Il ne s'agit pas d'habitus masculin, mais d'habitude grammaticale (puisqu'elle concerne évidemment aussi les femmes).
Sur le point principal, une autre solution serait de supprimer le genre grammatical et les accords, en considérant tout comme neutre (ce qui est d'ailleurs le cas à l'oral pour les "e" muets). L'article masc/fem peut distinguer "le/la ministre" (ou même "le/la chat" comme le propose un commentaire de l'article du monde!).
Ce serait plus légitime que de s'embêter avec la "théorie du genre", qui selon moi joue un peu trop sur les mots et sur ce sujet, et qui a été transposée en anglais, où il n'y a pas de genre grammatical (à qq exceptions près). Et qui nous revient dans un feed-back surréaliste sur le mode (sapir-whorfien) de la détermination par la langue - simple succédané du romantisme!