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Le Front de Gauche et les retraites : Mélenchon est pour les 40 ans de cotisation !
Nombreux ont été les militants du PCF ou du PG à avoir participé au grand mouvement pour la défense des retraites en 2010. Au coude à coude avec les membres du NPA et d'autres organisations anticapitalistes, avec les syndicalistes et les sans partis ni syndicats, ils ont été de toutes les manifestations, parfois des coordinations qui se battaient pour l'extension du mouvement. J'ai en particulier le souvenir de ces pancartes et banderoles syndicales, tenues parfois par ces mêmes militants, qui revendiquaient les 37,5/60/75 [37,5 années cotisées/ retraite à 60 ans/avec 75% du salaire], le vieux triptyque du mouvement social que la CFDT avait abandonné depuis longtemps et la CGT plus récemment pour ce qui est des 37,5.
Il reste de ce mouvement qui a échoué des images où la radicalité revendicative pouvait être incarnée par Olivier Besancenot ou Jean-Luc Mélenchon, même si on avait vite compris que celui-ci restait dans la roue des directions syndicales qui pourtant épuisaient le mouvement à coup de manifs rituellement répétées en discontinu sans jamais poser que cette réforme des retraites devait être purement et simplement retirée. Je passerai sur la précipitation avec laquelle Jean-Luc Mélenchon avait essayé, avec l'appui de la revue Politis, de faire entrer le mouvement dans le moule institutionnel d'un référendum sur les retraites par ailleurs totalement irréalisable dans l'état des textes législatifs en vigueur à ce moment-là ! Ce que je veux souligner ici c'est que beaucoup de militants du Front de Gauche peuvent avoir l'impression d'avoir été alors à l'unisson de leur dirigeant, bientôt candidat à la candidature pour la présidentielle, quand ils disaient et affichaient leur fidélité au dit triptyque des 37,5/60/75.
Mais voilà, à cette présidentielle, dans Le programme du Front de Gauche (et de son candidat commun) Jean-Luc Mélenchon (sous-titré L'humain d'abord), il s'est produit un rétrecissement revendicatif : le triptyque de 2010 est devenu un diptyque! Exit les 37,5 ! Nous lisons p15 : "Nous rétablirons le droit à la retraite à 60 ans [c'est moi qui surligne] à taux plein (75% du salaire de référence) pour toutes et tous [...] Aucun salarié ne touchera une retraite inférieure au Smic". On s'interroge pour savoir quand et par quelle procédure, suite à quel débat, s'est produit cet abandon d'autant plus étonnant que la droite a longtemps envisagé de mettre sur orbite sa contre-réforme précisément en ciblant la question des annuités sans toucher par exemple aux 60 ans. Nous avons eu ainsi droit à l'imposition fillonesque des 40 puis des 41 annuités (avec quand même, en bout de course, l'attaque sur les 60 ans !). Cette stratégie de la droite un temps ciblée sur les annuités est bien le signe que l'on ne peut pas impunément s'affranchir de poser la question de la durée de cotisation en s'en tenant aux seules revendications 60/75.
Et pourtant le programme du Front de Gauche procède bien à ce qui s'apparente à une "forclusion" des 37,5, laquelle forclusion, si nous filons, certes bien superficiellement, la métaphore psychanalytique, produit une situation des plus "délirantes" ! D'autant plus délirante que, par la bande, Jean-Luc Mélenchon, habituellement peu disert sur le sujet, se lâche parfois, comme lors de ce débat du 6 décembre...2010 (!) avec le social-libéral Michel Sapin et quelques autres, pour nous servir un plat inattendu d'infraradicalité ! Les caméras étaient là puisqu'il s'agissait d'un débat télévisé mais la saillie rétropédalante sur la durée de cotisation a pu passer inaperçue tellement la radicalité bouillonnante du bonhomme a tendance à crever l'écran au sens qu'elle vous empêche de voir-comprendre-entendre certains détails, et non des moindres ! Aussi vaut-il la peine de voir la vidéo placée en tête de texte ou en cliquant ici : L’invité de Mots Croisés Visionner à partir de 54:35. On peut voir ici aussi : Jean-Luc Mélenchon à "Mots Croisés" le 06/12/2010
Oui, vous avez bien entendu : comme en passant, sans avoir l'air d'y toucher, comme si c'était des plus naturels, mais en donnant le change par houspillage du social-libéral de service, Mélenchon nous dit qu'il faut cotiser 40 ans ! Titillé de façon impertinente et, pour tout dire, provocatrice par ledit social -libéral sur le mode "ce n'est pas 37,5?", il n'a pour toute réponse qu'une esquive bien politicienne, "Tu vois, tu as mal écouté !" couvrant mal un très justement décoché "tu as changé alors". L'important est, bien entendu, que cette esquive vaut totale confirmation que c'est bien 40 l'option mélenchonienne pour la durée de cotisation !
Alors, soyons précis, il ne convient plus en fait de parler de rétrécissement par le Front de Gauche du triptyque de référence sur les retraites mais de sa substitution par un nouveau triptyque : 40/60/75. On remarquera cependant l'art de l'ellipse qui réserve à un aléatoire plateau télévisé et quelques rares déclarations dans la presse écrite cette mutation "frontdegauchère" de la vieille revendication sociale et qui dispense le programme officiel, largement diffusé, du candidat Mélenchon d'assumer fièrement ce qui, on le suppose, doit pourtant être une décision mûrement réfléchie. On se prend qiand même à pointer qu'il y a là une faille dans la transparence si souvent mise au coeur de la revendication d'une "révolution citoyenne" restituant le pouvoir au peuple ! Je trouve même, pour tout dire, que tout cela relève, indépendamment d'une analyse de la portée du changement, d'un escamotage pur et simple, en contrebande, d'un des marqueurs décisifs de la défense historique du salariat face au capital ! Jean-Luc Mélenchon et les autres dirigeant-e-s du Front de Gauche, on ne joue pas avec désinvolture avec une revendication aussi essentielle pour le "salaire continué" que la durée de cotisation ! On peut certes actualiser des revendications mais en posant clairement en quoi cette actualisation, pour le coup une augmentation des annuités, est bénéfique pour ceux que l'on prétend, à grands cris, défendre ! Où est cette démonstration "radicale" que passer de 37,5 annuités à 40 est à l'avantage du peuple ? Où est la démonstration, ratée par certains thuriféraires du FdG interrogés sur le problème, que 40 annuités "ça n'aggraverait rien" puisque l'on conserve les 60/75 avec en prime le garde-fou qu'aucune retraite ne passerait en dessous du Smic !
A ce stade de l'interpellation il est utile de rappeler ce qu'un...socialiste, certes membre de l'aile gauche du PS et quelque peu emberlificoté dans les jeux internes de son social-libéral parti, écrit en spécialiste reconnu des retraites. Mais un spécialiste reconnu militant clairement pour les droits des travailleurs. Gérard Filoche, puisqu'il s'agit de lui, a récemment fait une piqûre de rappel des plus utiles sur les retraites. (1) Et il n'hésite pas à poser l'incroyable, par comparaison avec l'ellipse contrebandière de Jean-Luc Mélenchon, point n° 36 de ses 50 arguments pour le droit à la retraite à 60 ans sans décote ! : "Il ne faut vivre pas moins bien que nos parents : retraites à 60 ans, 35 annuités, à 75 % du salaire calculé sur 10 meilleures années, indexées sur les salaires (ce que proposait encore Lionel Jospin en juin 1997)". Disons-le, face à ce positionnement d'un socialiste "atypique", n'hésitant pas à procéder à une actualisation dans le bon sens, celui des 35 annuités, le programme à non-dit du Front de Gauche fait pâle figure et le choix des 40 annuités par Mélenchon apparaît comme une aberration si tant est que la défense et l'extension des droits des salariés reste sa priorité ! On soulignera surtout la justesse/justice sociale de ce qui fonde la proposition de Gérard Filoche à l'évocation de son idée de ce qui doit guider la détermination de la durée de cotisation retraite : [à propos des annuités :] Le gouvernement parle de monter à 41 ans, alors que, dans la vie réelle, la durée moyenne des annuités a baissé à 36,5 ans. Moi, je suis pour retenir la moyenne réelle de la durée du travail en France. Quand on dit aux gens de faire 41 ans, c’est une escroquerie : ils n’y arrivent pas. Le seul résultat des 40 ans, aujourd’hui, c’est que les retraites baissent. Un tiers des gens continue à travailler après 60 ans." (2) "En pratique, dans la vie réelle, licenciements et chômage des « seniors » font que la durée de cotisation baisse au lieu d’augmenter ! La moyenne des annuités cotisées a baissé vers 36 annuités. Cela fait un « gap » de 5,5 ans de décote négative. Cela se traduit par un véritable pillage des retraites pour des millions de salariés qui voudraient partir à…62 ans ! C’est purement de l’escroquerie de demander aux salariés de travailler 41,5 annuités alors qu’on sait qu’ils ne peuvent pas : qu’ils sont en moyenne de facto limités à 36 annuités !
Il y a une autre solution, juste : indexez donc le nombre d’annuités cotisées exigées sur la moyenne des annuités réellement effectuées par les salariés dans la vie réelle ! Si vous parvenez à baisser le chômage dans la vie réelle, à éviter le licenciement des seniors vers 55 ans, si vous augmentez la moyenne réelle des cotisations, de 36 vers 37, vers 38 ou 39 ou 40 annuités, faites des décrets en conséquence ! Mais ne fixez pas des objectifs inatteignables pour l’immense majorité des salariés, sachant cyniquement que le seul résultat ne sera pas de les faire travailler plus mais de les faire gagner moins." (3)
La leçon de bonne politique anticapitaliste administrée ici gagnerait à être méditée du côté du Front de Gauche. Elle est d'autant plus cuisante et paradoxale qu'elle vient du PS depuis une position contradictoire avec celui-ci. Mais ce mystère, à première vue déroutant, ne met que plus en relief la carence des partisans d'une révolution, certes, par les urnes, sur une question extrêmement sensible dans le peuple de gauche!
Pour conclure : je ne peux m'empêcher de voir dans ce virage elliptico-contrebandier du Front de Gauche sur la durée de cotisation qu'une explication. Rester, comme par exemple le syndicat Solidaires, attaché aux 37,5/60/75 en un tout indissociable, qui plus est en procédant à la bonification anticapitaliste de 35 annuités proposées par Filoche, ce serait pour le Front de Gauche faire une croix sur une éventuelle alliance avec le PS. Il est en effet impensable que la social-libéralisation avancée du PS le fasse revenir sur l'allongement, y compris à 41 annuités, des cotisations. Je ne peux m'empêcher donc de voir dans cette "modération" du Front de Gauche un nouveau signe, bien masqué pour les besoins d'une campagne électorale-électoraliste tonitruante où il faut absolument se faire sa place, au premier tour, contre le PS, que le Front de Gauche travaille à capter la radicalité rentrée des salariés frustrés de l'échec de 2010 pour se faire éventuellement (rien n'est sûr encore) sa place ...aux côtés dudit PS après les élections ! Au moins pour ce qui est de sa principale composante, le PCF qui "travaille" déjà (avec quelques autres antilibéraux) dans les collectivités territoriales en un front uni bien peu radical avec les socialistes. Au détour de ce "détail" des 37,5 ou 35 ou 40, se profile une lourde donnée de la lutte des classes (les retraites) et une grande mystification politique (un remake de l'union des gauches) dont, comme de bien entendu, la déconstruction vaudra à son auteur l'accusation archiclassique de faire le jeu de l'ennemi alors que, de toute évidence, être pour les 40 annuités revient à s'aligner sur une mesure phare de la droite, vite entérinée par le PS, dépassée, cap sur les 41 (41,5 !), par la droite, avant que le PS ne la rattrape à son tour! Perversion des mots, perversion de la politique, la gauche a pourtant beaucoup donné sur ce terrain (ah! le Mitterrand cher à Mélenchon!), la droite en a toujours profité et, désormais, l'extrême droite est en embuscade ! Le Front de Gauche ne promettait-il pas de faire de la politique autrement ?
(1) 50 arguments pour le droit à la retraite à 60 ans sans décote !
(2) Gérard Filoche, trublion du PS sur le dossier des retraites


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Je ne peux m'empêcher donc de voir dans cette "modération" du Front de Gauche un nouveau signe, bien masqué pour les besoins d'une campagne électorale-électoraliste tonitruante où il faut absolumment se faire sa place, au premier tour, contre le PS, que le Front de Gauche travaille à capter la radicalité rentrée des salariés frustrés de l'échec de 2010 pour se faire sa place ...aux côtés dudit PS après les élections !
Il y a sans doute de cela, mais cela tient aussi a la vision purement électoraliste de Mélenchon. Par ailleurs, les perspectives "d'alliance" entre le ps et le front de gauche sont à examiner avec prudence, mais sans se cacher dérrière son petit doigt. Il y a déja la question des législatives (qui dépendrons aussi en parti des résultats de la présidentielle, et de la capacité du fdg a rabattre des voix de gauche pour FH).
Je suis d'accord avec toi sur la nécessité dêtre prudent sur les alliances du FdG ou de certaines de ses composantes avec le PS : la tentation est grande pour le PC qui a déjà un lourd passé/passif de ce côté-là. Mélenchon, en tant qu'individu dit qu'il n'en sera pas, c'est bien possible, mais il couvre dès maintenant la possibilité que le PC y aille et pour cela joue à je t'aime-moi non plus avec Hollande ! Je crois que les 40 annuités participent de ce jeu fermé-ouvert envers le PS et que de toute façon cela crée du broullage politique qu'il faut mettre en évidence.
J'ai tenu compte de ton invitation à être prudent et ai reformulé une partie de mon texte. Merci Marc.
J'ai analysé, je crois avec prudence, la question des alliances du FdG ici : Jean-Luc Mélenchon dit non à Bayrou pour dire oui au PS !
/// ton invitation à être prudent
Je ne le suis moi même pas toujours ! Mais bon, prudent mais déterminé !
Certaines choses sont d'ors et déja actées, comme la politique suivie dans les conseils régionaux et départementaux, par exemple (ou souvent, le front de gauche ne se distingue pas spécialement par sa manie de mettre les pieds dans le plat) Et aussi les tractations en cours pour les législatives. Tout cela dessine cependant un paysage, ou l'indépendance du fdg n'est pas une "évidence" (ce qu'on nous rétorquait d'un ton excédé quand on avait le culot de leur demander un minimum de garanties)
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Mélenchon le mitterrandiste non repenti est un "homme d'Etat" et participe du discours convenu en politique au-delà de ses coups de gueule rusés visant à créer un style iconoclaste. Je n'avais pas repéré ce que tu démontres fort bien, Antoine.
Il reste que la campagne a ses règles et que Mélenchon est fort habile et talentueux. Il accepte fort volontiers les messages d'adulation à son égard. Ce que Besancenot accepta de fait, en son temps (même si l'admiration pour "Olivier" ne prenait pas l' ampleur grotesque qu'elle peut prendre avec Mélenchon).
Il me semble que le style du candidat a une importance d'autant plus grande que peu croient en la sincérité des promesses politiques, que tous voient qu'au-delà des déclarations, les usines dont la fermeture est annoncée ferment peu après, presque toujours, après un baroud d'honneur. La place du politique en rupture avec le système devrait être de montrer que les mobilisations populaires, singulièrement si elles sont développées internationalemlent valent le coup d'être menées, que c'est le moyen de créer une sortie de crise. Alors que le débat se dévelope autour de chifffres, d'expertises, de la question de la faisabilité de programmes chiffrés, alors qu'ils seront oubliés sitôt l'élection passée.
Nous sommes d'accord sur l'essentiel. J'exprime cependant une réserve sur ce que tu dis d'Olivier Besancenot qui n'a jamais favorisé une quelconque adulation de sa personne. Même chez Drucker il a réussi à politiser le sujet en faisant intervenir des ouvrières en lutte. Il a tellement peu personnalisé ses interventions qu'il a été souvent politiquement malmené en interne d'un NPA particulièrement vigilant sur le culte de la personnalité. Une chose est le choix de passer dans des émissions "populaires", autre chose aurait été de se plier à leur code. Il a fallu souvent ruser mais à l'arrivée c'était toujours un rapport aux luttes, à l'engagement poltique individuel et collectif et au refus des logiques libérales de droite ou de gauche qui a dominé. Et ne parlons pas de sa capacité à renoncer à sa 3e candidature à la présidentielle au nom d'un très politique refus des positions figées qui portent en germes les risques de bureaucratisation d'un parti.
Concernant le débat de chiffres, il est nécessaire, pas suffisant et surtout pas exclusif d'une démarche de relance des luttes en particulier en ces temps électoralistes où une partie de la gauche radicale plie politiquement devant un candidat qui, quoi qu'il dise, est un candidat du système. De ses marges si l'on veut mais qui, tant dans son rapport oblique (mitterrandien) au PS que sur une question aussi décisive que les retraites fait de la captation de radicalité à des fins non radicales ! Cela n'est pas nouveau, un Chevènement, de l'intérieur du PS s'y était essayé (Les habits neufs du mitterrandisme... une hypothèse).
Preuve que c'est bien le coeur du Front de Gauche qui porte en sous-main les 40 annuités de cotisation par lesquelles la droite a cassé, avec l'approbation du PS, les 37,5, voilà la déclaration que fit, devant les caméras, avant même la bataille des retraites (juillet 2010), le dirigeant national du PC :
http://vdr.pcf30.over-blog.com/article-pierre-laurent-secretaire-national-du-pcf-aux-quatre-verites-de-france-2-video-54194606.html
Il faut cliquer sur 02:10 pour entendre ce qui nous intéresse : Pierre Laurent est lui aussi pour les 40 annuités puisque pour lui "travailler 40 ans paraît tout à fait possible et normal"!
Dommage que ni lui ni Mélenchon n'aient poussé à ce que cela soit écrit noir sur blanc dans le programme officiel du Front de Gauche ! Par temps d'élections l''ellipse c'est tellement plus...comment dire...
Extraits de quelques précisions que j'ai été amené à donner sur les retraites sur un autre fil.
Antoine
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Si, dans le cadre posé par le FDG, tu arrives à 60 ans en n’ayant que 35 annuités (cas de celui qui a commencé à travailler/cotiser à 25 ans) au lieu des 40 insidieusement exigées par ledit FdG, ta retraite à taux plein à 75 % reviendrait effectivement à :
140 trimestres (= 35 annuités) / 160 (= 40 annuités) X 75 % = 65,6 %.
Tu perdrais un peu moins de 10 points sur ce que tu aurais gagné si tu avais pu arriver à 60 ans avec les 40 annuités exigées. Il ne te resterait plus qu’à prolonger ton activité pour arriver au taux plein, ce qui relativise la croyance que 60 ans "serait" l’âge effectif de départ à la retraite ! Avec le FdG pour avoir ta retraite pleine, au vu de la réalité des durées de cotisation actuelles, tu es obligé d’aller largement au-delà de la barre des 60 ans. Beaucoup de "croyants" du FdG risqueraient d’être déçus quand ils constateraient que 60 ans cela signifierait une pension bien en dessous des 75 % qu’ on leur fait miroiter !
Si on rétablit les 37,5 annuités et si tu n’avais que 35 annuités à 60 ans, tu aurais :
140 trimestres (= 35 annuités) / 150 trimestres (= 37,5 annuités) X 75 % = quasiment 70 % soit - 5 points. Ce qui n’est pas satisfaisant !
Si, en revanche, on retient la proposition de Filoche, on a : 140 trimestres (= 35 annuités) = 75 %. Tu pourrais partir, pour de vrai, à 60 ans, en n’ayant cotisé "que" 35 ans, à, pour de vrai, taux plein ! Voilà ce que porte le triptyque 35/60/75 au lieu du (40)/60/75 du FdG. Les parenthèses étant là pour dire la clandestinité des 40 annuités "frontdegauchères" !
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Quand on se prétend radical, révolutionnaire, intransigeant avec la finance, etc. c’est jouer petit bras que de se contenter de pénaliser un tout petit peu moins que la droite sur les retraites. Car, en faisant l’impasse sur les annuités, sur un retour aux 37,5, cap sur les 35, le FdG entérine la régression globale des retraites opérées par la droite. Même si les plus petites retraites seraient revalorisées par le filet du Smic, les retraites qui sont au-dessus de cette barre seraient bel et bien pénalisées par le maintien de la réforme fillonesque des annuités ! L’attaque sur la masse des retraites resterait bien en place avec les propositions petitement réformistes du FdG puisque l’on estime que les retraites en dessous du Smic concernent actuellement 1,5 millions de personnes sur un total de 15 millions de retraités. 13,5 millions de retraités laissés sur le carreau, cela donne la mesure de la radicalité du FdG !
Donc si la smicarisation des retraites est le programme du FdG, il faudrait là aussi qu’il le dise clairement !
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Pour compléter : à toutes fins utiles il faudrait intégrer au calcul du montant de la retraite le maintien ou pas des décotes actuelles qui ajoutent de la pénalité à la pénalité pour ceux qui ne sont pas dans les clous des exigences légales pour l’obtention d’une retraite pleine. Il y a aussi la question de savoir comment est calculé le SAM (le salaire annuel moyen) qui sert de base aux 75 % : le FdG prévoit-il un SAM calé sur les 10 meilleures années ? Je n’ai rien lu sur ces points dans ses documents. Merci d’apporter, le cas échéant, les précisions qui m’auraient échappé.
Toutes ces données techniques sont essentielles, même si, en dernière instance c’est bien le politique qui est déterminant : le choix caché du FdG de jeter aux orties les 37,5 annuités est avant tout un choix politique de rupture avec la volonté de construire une offensive en faveur d’une substantielle avancée sur le salaire continué que sont les retraites ! C’est cette démission qui, sur ce point comme sur d’autres, établit les bases d’une convergence du FdG (ou d’une de ses parties) avec le PS, convergence qui n’est certes pas acquise. Mais déjà travailler à laisser la possibilité qu’elle ait lieu explique le sens profond du refus du FdG de faire l’unité avec le NPA dont la première exigence était justement que soit actée l’impossibilité de converger avec un parti "de gauche" qui fait désormais partie de l’ordre capitaliste.
Tout ceci est bien révélateur de ce qui est à l’oeuvre dans la stratégie de la mélenchonienne "révolution par les urnes" : 1/ une récupération rhétorique de la radicalité sociale que l’on accompagne, quand elle occupe les rues, en docilité totale avec des directions syndicales qui n’ont qu’un objectif, le blocage d’une "révolution par les rues" ; 2/ l’intégration institutionnelle de la radicalité sociale par la délégation de pouvoir à des élus de gauche dont la "radicalité" est bornée par les (im)possibilités même des jeux d’alliances de "la" gauche ! L’idée que, d’une manière ou d’une autre, le mouvement social soit/doive être le coeur de l’alternative au capitalisme est étrangère au FdG : en ce sens il est l’héritier le plus à gauche de ce qui reste le réformisme socialiste. Le mitterrandisme revendiqué de Mélenchon n’est pas une anecdote : il est un identificateur clé de sa stratégie et de celle du FdG, quelles que soient les nuances existant entre les partis qui le composent et qui empêcheront peut-être certains d’aller à la soupe socialiste.
Voilà en résumé ce qui se trame derrière la technicité de la question des retraites. Les 40 ans ont à voir avec d’autres années, les années Mitterrand même s’il faut toujours rester attentif aux innovations qui recouvrent l’identique.
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Aujourd’hui [les reniements à gauche] concernent Hollande mais aussi, annoncé par ces "petits" détails sur la retraite, sur l’idée d’un programme partagé de toute la gauche, donc PS compris, cela concerne un Front de Gauche qui a refusé l’unité proposée par le NPA avec comme premier critère de base l’indépendance vis-à-vis du PS. Oui, c’est le FdG qui a refusé une unité d’indépendance avec le NPA pour garder la porte ouverte sur une unité de dépendance envers le PS.
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Ce qui est en jeu ici : 40 annuités, oui/non, pourquoi le Front de Gauche joue-t-il à cache-cache sur ce sujet, etc. Ce n’est pas de la grande théorie politique, c’est, excusez du peu, du "salaire continué" (la retraite) qui renvoie à de la captation de plus-value, au taux d’exploitation. Bref à la lutte des classes. Et, par-delà les éclats de voix radicaux de son candidat, la question qui est posée est bien celle du rapport "réel" du Front de Gauche à la lutte des classes et au rapport de force favorable au capital qu’ont donné les années de gauche unie (mitterrandiennes ou néomitterrandiennes) au gouvernement (avec l’appui/participation du PCF et de Mélenchon !).
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Votre façon de renvoyer [la question des annuités] à un débat qui reste ouvert sur le programme du FdG est tout à fait distrayante, au sens qu’elle distrait de ce qui devrait rester clair : un débat dont n’est précisée aucune procédure de mise en place, de réception des propositions et de formulation de nouvelles propositions sous contrôle d’instances représentatives des gens consultés, un tel débat est exactement un non-débat. Seulement un moulinet rhétorique pour faire croire à une prise réelle des débatteurs sur le processus et le point d’arrivée du débat. C’est un truc vieux comme la gauche ! Je vois que vous y croyez. Ce n’est pas une réponse à la question que je pose et que je vais poser autrement : pourquoi faut-il que, sur une question aussi essentielle que le "salaire continué", le FdG se pose la question d’un débat qu’il n’envisage nullement par exemple sur le Smic ? Qu’on consulte à la rigueur sur la possibilité de passer à 35 annuités, pourquoi pas ? Mais là où rouge citron fait vraiment une impasse c’est sur le fait que Mélenchon et Laurent disent qu’ils sont pour les 40 annuités et que ce positionnement soit absent de toute discussion. A suivre la naïve position de rouge citron on oublie que l’idée qu’on puisse débattre des annuités n’est nullement portée par les dirigeants qui eux ont déjà choisi. rouge citron va-t-il nous faire croire que cette idée n’a pas effleuré l’esprit d’un seul dirigeant du FdG ? Il aura donc fallu que cela émerge de la base ? Il y aurait donc un hyperbolique hiatus entre la base et le sommet du FdG ?
Il me semble que travailler 40 ans est tout à fait possible et normal quand il s'agit d'un travail qui n'est pas pénible et même intéressant. Je connais des retraités potentiels qui n'ont pas du tout envie de s'arrêter.
Je pense qu'il est bien plus important, ce que fait le programme du front de gauche, de tenir compte de la pénibilité et de l'espérance de vie, de l'espérance de vie en bonne santé.
voir là : http://www.lepartidegauche.fr/images/stories/textes/texte-PG-retraites-14-06-2010.pdf
"prendre en compte la pénibilité. Les confédérations syndicales de salariés et d'employeurs se sont mis d'accord sur les critères de la pénibilité (travail de nuit, travail posté, port de charges lourdes etc ...). Ceux-ci doivent permettre de délimiter branche par branche les emplois donnant le droit à des départs anticipés en retraite, sur la base d'un financement par les entreprises responsables des conditions de travail qui ont entraîné la dégradation de la santé des travailleurs concernés. Les exigences du Medef, de la CGPME et du gouvernement d'un examen au cas par cas des salariés et leur basculement de fait vers l'invalidité n'est pas acceptable à nos yeux."
Quand j'y réfléchis, c'est cette confiance dans les syndicats, enfin leurs directions, qui me semblerait peut-être à questionner quand même un peu. J'aurais vécu 10 ans avec 45O euros par mois grace à leur négligence sur le statut des chômeurs de plus de 55 ans... Mais je pense que la démocratisation du fonctionnement des syndicats sera aussi à l'ordre du jour. Y a intérêt !
Les droits à la retraite doivent rester des droits collectifs. La question de la pénibilité et de l'espérance de vie sont utilisés par le gouvernement pour casser le ressort collectif du droit et déboucher sur l'individualisation des retraites. La Fondation Copernic avait bien compris le risque et écrivait en juin 2010 :
"Le gouvernement prépare l’individualisation des départs anticipés pour travaux pénibles. Dans son projet, il confierait un rôle accru aux médecins du travail qui se prononceraient sur des salariés qui « à la suite de l’exercice durable d’une activité les exposant à une pénibilité physique reconnue, sont confrontés à des situations d’usure physique professionnelle » [2]. Cette décision, proche de la déclaration d’inaptitude, qui s’appliquerait à des salariés déjà usés et pour quelques aspects seulement de la pénibilité, ne peut convenir. C’est un droit collectif qu’il faut bâtir.
Les ergonomes lient de plus en plus volonté de quitter le travail plus jeune, et dégradation des conditions de travail, notamment pour les plus anciens. La lutte pour un droit collectif à la reconnaissance de la pénibilité doit s’accompagner d’une lutte pour supprimer les atteintes à la santé par le travail, et donner au travail une dimension d’émancipation."
Départ en retraite anticipé pour travaux pénibles !
Concernant l'espérance de vie elle est au coeur de la menace que fait peser la notion de régime en comptes notionnels qui reste dans les cartons du gouvernement. Voici ce qu'en dit JM Harribey : "Le système par comptes notionnels ouvre des comptes individuels sur lesquels sont inscrites chaque année les cotisations indexées d’un intérêt variable selon l’évolution de l’économie et de la démographie. Chaque salarié est doté d’un tel compte sur lequel on enregistre le niveau de ses cotisations pour constituer son capital virtuel. Le montant de la pension sera ensuite proportionnel à ce capital virtuel actualisé, auquel on applique un coefficient de conversion dépendant de l’âge de départ à la retraite et de l’espérance de vie à cet âge de la génération à laquelle appartient le salarié. C’est un pas de plus dans la libéralisation et l’individualisation, d’une part parce qu’est introduit le principe de la neutralité actuarielle, selon lequel l’âge de départ à la retraite doit être neutre en termes de sommes perçues pendant tout le temps de retraite, d’autre part parce qu’on tend à substituer la notion de salaire différé à celui de salaire socialisé.
Dans ce système, les salariés à faibles salaires, bien qu’effectuant souvent des travaux pénibles, seront obligés de travailler plus longtemps pour ne pas avoir des pensions trop misérables. Le gouvernement a entre les mains un rapport du Conseil d’orientation des retraites publié en janvier 2010 qui étudie la faisabilité de telles transformations (3). Or le COR avait lucidement reconnu deux choses très importantes : les systèmes par points et par comptes notionnels sont incapables de faire face à un choc démographique ou à un choc économique, et leur application provoquerait une baisse des pensions d’environ 20 %. L’idéologie néolibérale fonctionne par antiphrases : sauver la retraite par répartition, c’est la tuer ; assurer l’égalité, c’est favoriser les riches ; réformer, c’est régresser."
Une réforme qui ne résout rien
La logique de la retraite par répartition telle qu'elle fonctionnait avant les contreréformes doit rester la référence de base de l'anticapitalisme. Reculer sur le temps de cotisation comme fait (sans le dire, ce qui en soi est déjà un gravissime problème politique) le Front de Gauche donne la mesure de la fausse radicalité qu'il développe. On pourrait poser le problème autrement : si le passage à 40 annuités est non pénalisant pour les salariés, pourquoi ne pas en faire la démonstration ? Mais comment le FdG pourrait-il valoriser la conséquence incontournable de ce choix : l'obligation de travailler plus longtemps ? Quant à la volonté de certains salariés de continuer à travailler au-delà de la date de départ à la retraite, il faut, me semble-t-il être clair : par-delà quelques exceptions liées à certains métiers (par exemple la recherche universitaire), on ne peut pas structurellement créer un droit à partir quand on veut ou quand cela fait plaisir. Sinon c'est la porte ouverte à l'individualisation des droits à retraite qui sont si chers aux libéraux. Sur la base d'un niveau de retraite décent et de la mise en place de structures permettant aux retraités de continuer à mobiliser leurs qualifications de salariés, on peut imaginer que la retraite pourrait développer pleinement ce qu'elle recèle de potentialités d'"enrichissement" personnel et collectif en tant que salaire continué comme l'appelle Bernard Friot dont je recommande le texte ci-dessous (lien) sur ce qu'est une retraite digne de ce nom. Par la lutte c'est bien cette défense de la retraite comme salaire continué qui doit pouvoir permetre de continuer ce que l'on aime faire sans avoir à continuer à "travailler", de continuer à développer ses qualifications ou faire tout autre chose :
L’enjeu des retraites (par Bernard Friot, Carré rouge)
Enfin je ne peux que souscrire à ce que vous dites sur les syndicats et leur nécessaire démocratisation pour les amener à être de vrais instruments de défense des salariés !
est-ce que vous êtes chercheur universitaire ?
Pourquoi êtes-vous amenée à poser la question ? Parce que j'envisage comme exception à un départ pile-poil à 60 ans les métiers de la recherche universitaire ? J'ai évoqué ce cas car il est, me semble-t-il, difficile d'arrêter net une recherche entreprise ou même seulement de faire en sorte, par anticipation, que la fin du cycle de recherche coïncide avec l'arrivée à 60 ans d'un chercheur. Comme la recherche repose, par définition, sur beaucoup d'aléatoire, indépendamment de celui qu'introduit le libéralisme...
Pour répondre à votre question : je suis enseignant...à la retraite et chercheur curieux, un peu, beaucoup, passionnément fouineur, de beaucoup de choses qui ont trait à la...recherche!
A part ça, je ne suis pas du tout pour l'individualisation des départs à la retraite pour cause de maladie. C'est avant d'être malade que la prise en compte de la pénibilité (et à titre collectif) pourrait quand même rétablir un peu de justice.
Je vous comprends. Reste à voir comment éviter que ces prises en compte de la pénibilité ne soient détournées par le patronat pour favoriser l'individualisation des parcours vers la retraite qu'un syndicat comme la CFDT appelle de ses voeux. Preuve parmi tant d'autres de son basculement dans le libéralisme et, en corollaire, de sa complaisance avec la droite de droite et, suivant les moments, de la gauche de droite.