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Billet de blog 25 avril 2011

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Point de vue : Perpignan. La Sanch et la loi sur le voile intégral : deux poids, deux mesures.

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Chaque année a lieu la procession, organisée par l'Archiconfrérie de la Sanch de Perpignan, qui réunit des centaines de personnes dans les rues de Perpignan.

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Cette cérémonie religieuse se déroule dans nos rues avec l’agrément de la mairie sans que personne ne manifeste aucune réaction quant à la tenue d’un tel défilé. Célébrer la souffrance de Marie accompagnant son fils sur le chemin de croix ne me gêne pas dans la mesure où chacun fait ce qu’il veut, tant qu’il reste chez lui dans l’espace privé.

La loi, adoptée le 11 octobre 2011 par nos députés, porte officiellement sur l’interdiction de dissimuler son visage dans l’espace public. Le texte vise clairement le voile intégral que portent certaines femmes musulmanes : la burqa, telle qu’elle se voit surtout en Afghanistan, et surtout le niqab, qui ne laisse apparaître qu’une fente pour les yeux. Foulards, écharpes, lunettes et chapeaux sont acceptés, tant qu’ils n’empêchent pas d’identifier le visage. Ainsi que le casque intégral pour les usagers de deux-roues ou… le masque pour les escrimeurs !

Le voile intégral est interdit sur la voie publique et dans tous les lieux ouverts au public ou affectés à un service public, comme l’école (où le port de signes religieux ostentatoires est banni depuis 2004), les mairies, préfectures, tribunaux, hôpitaux, musées, bibliothèques, stades et transports collectifs. La loi inclut aussi les parcs, plages, commerces, restaurants, cinémas et théâtres. Rien n’interdit en revanche de porter le voile dans des lieux de culte, à leurs abords et évidemment à la maison. En voiture, il est permis sauf si l’on conduit.

La procession de la Sanch nous prouve aujourd’hui que cette loi ne visait qu’à discriminer et montrer du doigt la population musulmane de notre pays. Une loi à deux vitesses dont l’objectif premier pour le gouvernement est de séduire l’électorat frontiste de Marine le Pen. Chacun d’entre nous reconnaît aujourd’hui l’inutilité d’un tel dispositif législatif.

La loi de 1905 était largement suffisante…

Farid Mellal


Le texte sur le blog de
Farid Mellal

Ce texte a été mis en ligne sur le site de Bellaciao. Voir ici.

Commentaire d'Antoine (comité NPA du Pic-Saint-Loup)

Ce texte, au demeurant judicieux, oublie de préciser que, selon la loi, "les processions religieuses, dès lors qu'elles présentent un caractère traditionnel, entrent dans le champ des exceptions à l'interdiction posée par l'article 1er." Voir le site gouvernemental La République se vit à visage découvert

Ceci étant établi, nous retrouvons les conclusions de Farid Mellal et nous voyons que cette exception à l'application de la loi vise à donner à la religion chrétienne et à ses adeptes, au nom de la tradition, un privilège. Il s'agit bien d'une loi discriminatoire...

Une précision, au passage, concernant la thèse, défendue par certains, selon laquelle la religion étant une affaire privée n'aurait pas à s'exprimer publiquement : "Cette loi [de 1905] est tout entière résumée dans son article premier : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public». Ce libre exercice est régulé dans les articles 3 et 4, mais on voit dès l’article 1 qu’il est présumé public. Il suffit de lire le premier article pour s’apercevoir que les clichés --tout nouveaux—qui circulent partout sur le caractère prétendument « privé », voire « intime » que devraient avoir les religions sont une série de contresens et de non-sens. Ces contresens ne sont possibles qu’en raison de la polysémie de « public ». La religion pour n’être évidemment pas d’Etat, n’est pas pour autant « privée » au sens de « privée d’expression publique » : car la liberté de conscience garantie par la loi implique la liberté d’expression, et parce que l’espace public n’appartient pas à l’Etat."

Tiré de Il existe déjà un code de la laïcité (par Christine Delphy)

On peut, tout à fait laïquement, défendre le droit des croyants à exprimer publiquement leur foi et mener une critique des religions et des "Eglises".

25 avril : "Entre célébrations pascales publiques et coming out de célébrités, les croyants affirment leur désir de visibilité" (Libération. Ci-dessous d'autres extraits significatifs de ce droit, reconnu sans réserve aux catholiques, d'investir l'espace public)

"Le catholicisme est-il en train de ressusciter ? Les catholiques n’hésitent plus en tout cas à sortir des catacombes pour proclamer leur foi urbi et orbi. Chez les people, le «coming out catho» est très in. [...]

Ce week-end de Pâques plusieurs diocèses ont organisé des célébrations dans l’espace public, hors les murs des églises et des temples. [...]

Désormais les catholiques se montrent. [...]" (C'est nous qui soulignons)

Tiré de Les catholiques font entendre leur foi

A lire

Perpignan : Orage sur la Procession de la Sanch (L'Indépendant)

Poussan (Hérault) Mère voilée interdite de collège : premier couac de la loi anti-niqab (Rue89, 6 avril)
(1) Illustration : Sanch_perpignan_2007_(18).jpg

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Page tirée du blog du NPA 34 : Point de vue : Perpignan. La Sanch et la loi sur le voile intégral : deux poids, deux mesures.

Sur le même sujet sur ce blog de Mediapart :

Jupe et string obligatoires (Alain Gresh in Le Monde Diplomatique)

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