Mêlons-nous des affaires!
Au moment de l'affaire Alègre, à Toulouse, au printemps 2003, pendant que l'UMP Dominique Baudis était victime d'une curée judiciaire et médiatique balayant son innocence, l'accusant à tort des pires turpitudes, il eût été juste et bon que, de son camp politique, surgît un certain Nicolas Sarkozy pour stigmatiser une façon de «s'emballer à la première horreur, euh calomnie, qui n'a que le seul but de salir sans aucune espèce de réalité». À l'époque, ce fut silence radio.
Devenu président de la République, le muet d'il y a sept ans use et abuse, le 6 juillet 2010 à Brie-Comte-Robert (77), des propos sévères cités ci-dessus, à propos du dévoilement par des journalistes indépendants d'agissements avérés, en passe de constituer le pire scandale politico-financier de la Ve République: l'affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy.
Après avoir critiqué, depuis la marge, le travail réalisé par des médias ayant abdiqué leur vocation pour verser dans des battues sordides, j'ai désiré me trouver au cœur de ce qui s'accomplit sur la Toile, parmi des journalistes retrouvant leur rôle de contre-pouvoir et d'aiguillon démocratique. Ce fut donc Mediapart.
Voilà quelques semaines, au théâtre de l'Odéon à Paris, lors du raout organisé par Emmanuel Hoog à l'occasion de sa nomination à la direction de l'Agence France-Presse, j'ai croisé Dominique Baudis. Je lui ai dit que je n'oublierai jamais son regard ni celui de son épouse, devant la XVIIe Chambre du palais de Justice, lors d'un procès durant lequel le traquait encore en 2005 son accusateur mensonger de l'an 2003: La Dépêche du Midi, qui fut à deux doigts d'obtenir sa peau.
«Votre regard face à vos poursuiveurs, lui déclarai-je, m'empêchera toujours de franchir, à Mediapart ou ailleurs, cette frontière qui sépare la vigie du mercenaire.»
J'ai pu constater de près, depuis le début de l'affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy, comment Mediapart s'est gardé de la frénésie de dénoncer pour s'en tenir au droit de savoir. Comme apparaissent alors méprisables les spadassins du régime ébranlé, qui ânonnent leurs «éléments de langage» visant à déconsidérer indûment: Internet réduit à la rumeur publique, une enquête vilipendée tel un hallali, l'exigence civique avilie en bal des jaloux; Mediapart décrit comme «un site de ragots» (Nadine Morano) aux «méthodes fascistes» (Xavier Bertrand)!...
Le personnel politique se livrant à cet amalgame tout en hurlant à l'amalgame, s'avère indigent et attendu. Il dénonce une chasse à l'homme quand il n'y en a pas, pour s'être tu quand il y en avait une. Il fonctionne par à coups anachroniques et désynchronisés, sans le moindre jugement, comme une boussole qui indique le sud. Ces gens-là sont dans la lignée de leurs aînés, qui se montrèrent belliqueux en 1914 alors qu'il s'agissait d'une lamentable guerre civile européenne, pour se retrouver pacifistes en 1939-1940 alors qu'il fallait s'élever contre le nazisme ; ayant gobé tous les bobards de 14-18, ils refusèrent de croire, après 1942, à la « Solution finale », perçue comme une nouvelle dramatisation abusive à laquelle ils ne céderaient pas...
Aujourd'hui, voilà donc nos dirigeants avec une affaire de retard. Ils ont cru à celle d'Outreau parce que, juste avant, un assassin n'avait pas été décelé (Dutroux en Belgique); ils refusent maintenant d'envisager la culpabilité d'Éric Woerth au nom de l'innocence de l'abbé Viel il y a sept ans dans le Pas-de-Calais. Paradoxalement, ils instrumentalisent les scrupules légitimes nés des erreurs journalistiques passées, pour les transformer en aveuglement protecteur face aux fautes politiques actuelles.
Plus grand monde n'est dupe.


Tous les commentaires
Dénoncer la chasse à l'homme est leur unique ligne de défense car si l'homme tombe ...
Le chateau est de cartes et le roi est nu !
Oui, Mêlez-vous des affaires ...
Incapacité totale de commenter, m'indique-t-on. Comme l'explique le billet de blog en tête de cette colonne, la possibilité d'écrire dans le sillage des «papiers» de Mediapart a été supprimée, pour que le site tînt le choc en ces temps de visites redoublées...
Un abonné, DonQuixote, me transmet le commentaire suivant:
Il est où, le Fillon qui prononçait ces paroles :
«Ceci étant dit, il y a aujourd'hui un doute qui pèse sur cette affaire (…). C'est un doute considérable qui fait peser une menace sur le fonctionnement même du gouvernement, de l'Etat, et je ne pense pas qu'on puisse rester très longtemps dans cette situation.(…) Il faut lever ce doute, et malheureusement le temps de la justice est tellement long qu'on ne peut pas imaginer que la justice lève ce douter à court terme.(…). Ou bien le premier ministre est en mesure d'apporter des preuves irréfutables que cette affaire a été montée de toutes pièces et qu'il n'y est pour rien ou bien il faudra que le président de la République tire les conséquences de cette situation et change de premier ministre.»
http://www.maitre-eolas.fr/fr/page/60
Il est vrai qu'alors, de Villepin était l'accusé dans l'affaire des listings de Clearstream et le président s'appelait Jacques Chirac.
Personnellement, d'un côté je lis des arguments fondésés sur des éléments à charge non négligeables comme les enregistrements de de Maistre, des témoignages concordants venant de personnes clé comme la comptable, tel banquier suisse, des faits troublants et avérés comme des retraits et des chèques, une fraude avouée, etc, et de l'autre j'entends des dénégations non substantiées, des témoignages déposés à la police qualifiés de «rumeurs» avec une légèreté inexcusable, et pour couronner le tout aucune plainte en justice face aux lourdes accusations qui s'accumulent de jour en jour. Ah si: une plainte contre X pour diffamation, alors que tout le monde connaît le prénom et le nom de X. Bref, d'un coté, on a des éléments lourds, de l'autre, de la pure com sans substance.
M'est avis qu' en terme de crédibilité, il y en a qui ne pèsent pas lourd dans la balance.
DonQuixote
Devenu président de la République, le muet d'il y a sept ans use et abuse
de ses incompétences, de son immunité, de son pouvoir acquis par des mensonges sur les valeurs morales
Avec cette affaire, nous atteignons (provisoirement ?) un sommet de la totalcratie. Depuis que le monde est entré dans l'ère moderne, la propagande est partie intégrante de l'exercice du pouvoir. Même si, à l'aune des euphémismes qui sont à la mode, on préfère parler de « communication ». Ce que je trouve à la fois troublant et exaspérant, c'est la banalisation des méthodes qui ont accompagné la montée en puissance du nazisme naguère. Lorsque les racines de la démocratie baignent dans l'opacité de la complicité de tous ceux qui ont « triché » pour pouvoir bénéficier des largesses de la République, alors c'est vrai : la corruption est omniprésente.
Il existe une loi thermodynamique pour dire que, dans un système isolé, l'entropie (comprendre « désordre ») ne peut que croître : au moyen de toutes les protections réciproques, cumuls de mandats et autres prébendes, nos élus ont réussi à construire un système politique d'essence totalitaire et d'apparence démocratique (la totalcratie).
La seule manière de ne pas subir les effets de la loi d'entropie, c'est de mettre de l'ordre là où le désordre tend à s'installer. Mais le vrai problème, c'est que nous avons une vision « solaire » de l'ordre : comme les rayons du soleil, l'ordre doit se propager à partir d'un centre. C'est le syndrome du Roi Soleil.
La notion d'ordre ne doit pas se comprendre au sens militaire : en réalité, il s'agit d'organisation. Pour qu'une organisation soit efficace, il faut qu'elle structure les échanges d'information qui sont à la base de toute vie, individuelle ou collective. Nos sociétés doivent organiser leurs échanges d'informations internes et externes de manière à pouvoir s'adapter au processus d'évolution qui sont l'essence de la vie : c'est assez dire qu'une organisation ne doit pas être figée...
Depuis la Révolution qui a introduit des changements radicaux, le souffle et l'inspiration se sont perdus.
Aujourd'hui, nous avons un monarque « républicain » qui décide de tout sur tout. Mais le débat républicain n'existe plus.
Partout, pour que les décisions d'intérêt collectif puissent être prises au contact le plus direct possible avec les citoyens, on tend à la régionalisation des pouvoirs. Chez nous, en France, nous continuons d'avoir des Préfets aux ordres du seul pouvoir central et les décisions de décentralisation ne sont en fait qu'une façon d'augmenter les moyens discrétionnaires de l'Etat central en transférant des responsabilités aux « lointaines provinces » sans les dotations budgétaires afférentes.
Ce n'est certainement pas la bonne manière d'organiser la décentralisation centripète dont nous aurions besoin.
Pourquoi les Préfets ne sont-ils pas placés sous l'autorité des Conseils régionaux ?
Pourquoi l'Etat central continue-t-il à encourager le zèle de ses serviteurs à coup de primes et autres gratifications qui sont en réalité assimilables à de la corruption de fonctionnaire ?
Il n'est pas de pouvoir valable s'il n'y a pas de dialogue ouvert avec (au moins) un contre-pouvoir libre. Pauvre Beaumarchais : il doit se retourner dans sa tombe avec sa liberté de blâmer ! Il n'y a plus de place que pour des éloges flatteurs : comme l'a si bien dit Monsieur l'Eminence Noire (il est sorti du gris depuis longtemps) « la vérité est rétablie »...
(R)évolutions tranquilles : le cas actuel de l’Islande
UN PARFUM DE JASMIN PLEIN LES TÊTES !
Par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).
Le 26 janvier 2011.
Un jeune homme s'immole en Tunisie et le peuple tout entier est prêt à s’embraser comme une poudrière…
L’hypocrisie d’une grande partie de la classe politique française…
L’activité néfaste de Strauss-Kahn et du FMI…
Le régime de Ben Ali est toujours en place…
Poursuite du processus révolutionnaire…
Une révolution laïque et démocratique qui aura des répercutions dans tout le monde arabe, et au-delà notamment en France…
Il est certain que cette révolution laïque et démocratique aura des répercutions dans l'ensemble du monde musulman ; déjà des revendications similaires se font entendre par des manifestants en Algérie et en Égypte…
L'impact de la révolution tunisienne ne se limite pourtant pas aux pays musulmans. Déjà elle semble devenir, en France aussi, un nouveau mode identitaire, hors de l'islam, un nouvel idéal révolutionnaire et laïc qui pourrait prendre forme dans la jeunesse française, notamment issue de l'immigration…
Que partout des revendications pour des sociétés justes et démocratiques éclosent comme autant de jasmins dans un jardin ensoleillé !
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Pour lire la suite cliquez ici :
http://www.m-pep.org/spip.php?article1971
Pour signer et faire connaître l'Appel « Si le Parti socialiste est encore de gauche, il doit exclure Pascal Lamy et Dominique Strauss-Kahn ! »