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Les Arabes et le Nobel, la maigre récolte

La sélection de liens de l'iReMMo (4). 

La liste des lauréats du prix Nobel en 2012 n’aura pas surpris les esprits chagrins : aucun Arabe n’y a obtenu de récompense. Et si l’on regarde plus loin en ne s’intéressant qu’aux Nobel « techniques » (physique, chimie, médecine, économie), il faut remonter 13 ans en arrière, en 1999, avec le Nobel de chimie de l’Egypto-Américain Ahmed Zewail pour trouver trace d’un Arabe.

Sur les forums arabes, ce phénomène est souvent mal vécu. Les faits sont sans appel, puisque si l’on exclut le prix Nobel de la Paix, qui est un prix politique (4 lauréats : Anouar el-Sadate, 1978 ; Yasser Arafat, 1994 ; Mohammed El Baradei, 2005 ; Tawakel Karman, 2011), on ne trouve que deux prix Nobel attribués à des Arabes : un prix Nobel de Chimie, en 1999 (cf. supra) ; un prix Nobel de Littérature, en 1988 (Naguib Mahfouz, Egyptien).

La médecine ? La physique ? L’économie ? Jamais un lauréat issu d’un pays arabe.  
(une vérification détaillée peut être effectuée via le site du prix Nobel ; on trouve la même liste sur le blog KABOBfest, tenu par des Arabes américains, ou sur Wikipedia)

Faut-il y voir un complot du Nobel, arabophobe ou islamophobe ?

Il se trouve que le problème est le même pour le Right Livelihood Award, aussi appelé le prix Nobel alternatif. Créé en 1980, il « récompense les personnes ou associations qui travaillent et recherchent des solutions pratiques et exemplaires pour les défis les plus urgents de notre monde actuel.» Sur 137 prix remis depuis sa création, on ne compte que … 3 Arabes.

 

Ce ne serait donc pas le Nobel, ses critères de sélection, son jury, qui pousserait à écarter des Arabes des récompenses.
Car au fond, qui s’étonnerait que le douloureux XXè siècle qu’a traversé à grand-peine le monde arabe n’ait engendré que peu d’innovation, de recherche, de génie créatif ? En témoigne la surreprésentation des universités occidentales dans les instituts de recherche des lauréats : la connaissance est passée à l’Ouest.
Le constat est d’autant plus cinglant pour une civilisation qui n’a jamais renoncé à revendiquer ses apports dans le monde des sciences, sciences dures aussi bien que sciences humaines. Comme le dit justement un professeur arabo-américain, Saleem Ali, face au constat simple de « l’inertie intellectuelle des institutions éducatives » dans le monde musulman, on entend encore souvent des discours se glorifier des « découvertes pharmaceutiques » d’Avicennes ou de l’influence décisive des Arabes sur la maîtrise de l’algèbre et des mathématiques.

 

Quand le problème paraît insurmontable, il faut changer le cadre du problème, disait Jean Monnet. Les Arabes l’ont bien compris, et c’est pour « rendre fiers 350 millions d’Arabes » que le journaliste libanais Ricardo Karam a créé en 2009 les « Takreem Awards » (Takreem, تكريم, peut se traduire par « témoignage d’honneur » ou « respect »). Avec neuf prix distribués (philanthropie, femme de l’année, jeune entrepreneur, sciences et technologie, …) et déjà 3 éditions, le prix essaie de se positionner comme un Nobel régional à même de récompenser et de mettre en avant des projets et des hommes dans le monde arabe. Comme le dit son fondateur, l’idée première est « de contribuer à changer l’image négative et stéréotypée des Arabes et d’inspirer les jeunes générations en leur permettant de s’identifier à des modèles  positifs ».

De son côté, l’Iran, qui n’a obtenu qu’un seul Nobel (la Paix) en 2003 avec Shirin Ebadi, soucieux non pas de promouvoir les Arabes (rappelons que l'Iran n'est pas un pays arabe) mais les seuls musulmans, a annoncé en novembre dernier son intention de créer un prix réservé aux scientifiques musulmans. Le « Great Prophet World Prize » (Prix mondial du Grand Prophète) sera remis tous les deux ans, à un scientifique musulman, dans trois domaines qui restent à définir.

 

En choisissant de contourner la difficulté et de s’auto-attribuer des prix, on réalise combien, pour les populations arabes, les contextes nationaux et régionaux les empêchent de briller face au reste du monde. Les dirigeants arabes ont donc, bien sûr, une part de responsabilité ; qu’aucun d'entre eux, sur les 9 pays arabes qui se situent en Afrique, n’ait jamais été distingué par le prix Mo Ibrahim du leadership d’excellence en Afrique est d'ailleurs révélateur : le lien entre le contexte politique et la capacité de déploiement du génie humain saute aux yeux. Cela va-t-il changer? Pour le savoir, dans quelques années, nous pourrions peut-être choisir de juger le Printemps Arabe à l’aune de la réussite scientifique et technique des nouvelles élites qui en auront émergé...

 

Pour aller plus loin :

- La liste de tous les lauréats du Nobel : http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/lists/all/

- Les lauréats musulmans du Nobel : http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_Muslim_Nobel_Laureates

- Les lauréats du Right Livelihood Awarrd : http://www.rightlivelihood.org/laureates.html?&no_cache=1

- Les lauréats des Takreem Awards : http://www.takreemawards.com/candidates/index.php?sect=2

- Le compte-rendu de l’édition 2012 des Takreem Awards par Jeune Afrique : http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20121207153853/bahrein-monde-arabe-andre-azoulay-lakhdar-brahimitakreem-awards-2012-neuf-succes-pour-rendre-fiers-350-millions-d-arabes.html

- Le compte-rendu de l’édition 2012 du prix Mo Ibrahim par RFI : http://www.rfi.fr/afrique/20121015-gouvernance-politique-pas-laureat-prix-mo-ibrahim-troisieme-annee-consecutive

Tous les commentaires

08/01/2013, 19:20 | Par Jean-Claude POTTIER

Voilà qui en dit très long, en effet. Dès lors, se pose normalement la question du racisme de très haut niveau.

08/01/2013, 22:16 | Par Apeiron

Etonnnant commentaire. Si cette question se pose (  encore qu'il soit difficile de concevoir une hiérachie en l'occurrence), la majeure partie du texte  montre clairement  que ce n'est pas vraiment le noeud du problème.

08/01/2013, 22:38 | Par La marmotte

(...)La liste des lauréats du prix Nobel en 2012 n’aura pas surpris les esprits chagrins : aucun Arabe n’y a obtenu de récompense. Et si l’on regarde plus loin en ne s’intéressant qu’aux Nobel « techniques » (physique, chimie, médecine, économie)

 

Le prix  Nobel d'économie n'existe pas!

Voir à http://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Nobel où sous le médaillon il y a un autre prix!

08/01/2013, 22:40 | Par Mounikdutroll

09/01/2013, 04:11 | Par Duduche

Il faut miser sur de futurs Français nobels et musulmans, ou nobels et arabes. Si on réussissait cela en France, sela permettrait au moins aux Arabes et musulmans de France de pouvoir s'identifier à des élites scientifiques positives. Ensuite, cela pourrait faire émulation ailleurs.

09/01/2013, 08:11 | Par Chris43

Bientôt des prix à-la-Nobel pour les gays ?

 

C'était la rubrique " L'humanité en progrès"

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