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La mort de mon ami, Bruno Etienne

Je viens d’apprendre le décès de mon ami Bruno Etienne, des suites d'un cancer, et suis bouleversé. Il avait 71 ans. Bien sûr, je savais son état depuis des mois, mais l’annonce de la nouvelle m’a profondément choqué, peiné, chagriné. Jamais, je n’aurais pu croire qu’un homme d’une telle force ait pu partir ainsi, si vite  Bruno était d’un courage exceptionnel, entier dans ses engagements sur l’Irak et la Palestine par exemple, lucide sur la nature des régimes arabes, à l’écart des faux démocrates dans la cruelle guerre civile algérienne des années 90. J’étais avec lui, suivant ses pas, le sollicitant pour comprendre. Jusqu’au lointain Vietnam où je vivais avec ma famille après 1995, nous sommes restés en contact, nous écrivant de longues lettres. Encore l’an dernier, il m’envoyait son article pour le livre sur l’histoire de l’immigration en France, s’attaquant aux stéréotypes, cherchant à décrypter les mécanismes de fabrication de l’oubli à propos des immigrés coloniaux. Toujours là, sur la brèche, insatiable de savoirs, de polémiques, de batailles intellectuelles. Je garde près de moi son grand livre, sa biographie de l’Emir Abdelkader, modèle d’intelligence et d’érudition. Il me manque, il nous manque déjà dans ce paysage intellectuel désolant de conformisme.  Benjamin.     

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. Bruno Etienne était aussi le fondateur (1992) de l'Observatoire du Religieux, sis à Aix-en-Provence et rattaché au CNRS: . http://www.obs-religieux.iep.u-3mrs.fr/index.htm . jusqu'à ce que, (si j'en crois deux ou trois informations glanées ici ou là), les crédits soient rognés ou coupés en 2008 à ce laboratoire par Valérie Pécresse. . Je crois n'être pas très facile à satisfaire en matière de sciences religieuses, mais je dois, modestement, dire que ce secteur, bien ignoré, des sciences humaines, manque cruellement d'esprits comme Bruno Etienne et que sa disparition le laissera encore plus démuni et sous la tutelle de la théologie. . jean-paul yves le goff

En ce moment ne nous parviennent que de bien tristes nouvelles :-(

Cher Benjamin Stora, On apprend par votre plume la mort de Bruno Etienne. Une tristesse, un chagrin tout profonds. Un grand homme quitte ce monde. Il a voué sa vie a essayer de comprendre et d'expliquer l'histoire, notamment coloniale, celle qui implique surtout les deux pays, France et Algérie. Il est pour beaucoup de notre génération un honorable passeur de témoin, un chercheur rigoureux. Ses écrits se lisent comme autant de preuves d'engagement et de lucidité. Parole récente : "Pour les gens de ma génération, l’histoire se reproduisait dramatiquement et accentuait encore un peu plus l’incompréhension réciproque. Il faut maintenant se résoudre à regarder en face l’avenir : Li fat mat (le passé n'est plus), dit un proverbe maghrébin, mais qu’il est dur à enterrer, le passé, sans déshonorer les morts et tous ceux qui ont souffert des deux côtés. Les scientifiques (historiens, sociologues, politologues) français et algériens ont déjà bien amorcé ce travail nécessaire : je pense à Mohammed Harbi et à Benjamin Stora en particulier, mais à d’autres aussi. Les cinéastes, les romanciers, écrivains francophones ou arabophones ont diffusé de nombreux témoignages. Ce qui me choque tient au décalage entre ces travaux pertinents et positifs et les fantasmes, les illusions, les méconnaissances qui continuent à être véhiculés par les médias des deux côtés..." (Pensée du Midi, n°39) Condoléances à la famille, proches et amis du défunt.

Cher Amine, Pendant la cruelle guerre civile des années 90 qui a fait des plus de 100 000 morts, et avant mon départ au Vietnam en 1995, Bruno était, (avec Mohammed Harbi et Monique Gadant), mon seul interlocuteur.... Plein d'humour, et d'érudition. De provocation, et de sensibilité. Très amicalement, Benjamin Stora.

il y a tout celà et puis aussi son chemunement maçonnique au cours duquel il nous a toujours éclairer de ses réflexions...même si ne nous les suivions pas toujours.

Bruno fut un adversaire féroce, devenu un ami cher, un esprit perçant, brillant avec un caractère impossible qui faisait tout son charme. Un franc maçon de combat, franc et maçon, qui éclaira la dimension spirituelle sans perdre de vue la dimension Républicaine. Il faisait partie de ceux, rares encore, qui rappellent que la laïcité n'est pas une excuse à l'ignorance. Il nous manquera. Alain BAUER

J'ai rencontré Bruno Etienne pour la première fois en 1983, alors que j'étais jeune franc-maçon. Nous nous sommes rencontrés quelquefois chez lui ou dans des loges quand il m'avait fait l'honneur de s'intéresser à moi alors que je le sollicitais ses lumières.pour une conférence que je devais présenter . Cet homme aura marqué ma vie par son exceptionnel connaissance anthropologique sa grande lucidité, son authenticité et sa simplicité. Un grand Monsieur et un frère ... Je penserai à lui très souvent Rachid

Oui, Bruno Étienne est de ceux dont on ne peut oublier la chaleur, la fermeté, la richesse et la rigueur de pensée, la drôlerie aussi. J'évoquerai sa présidence d'une séance d'après midi au grand colloque organisé à Marseille du 28 au 30 septembre 1988 par Philippe Joutard et Jeanne Laffite sur HISTOIRE ET INTÉGRATION. Ce colloque et la présence de Bruno Étienne restent pour moi emblématiques des capacités d'interrogation sur elle-même de la société française des années 80. Sa disparition est symbolique du silence, du mutisme dans lesquels notre capacité à penser semble aujourd'hui s'être enfermée. Suzanne Citron

C'est aussi avec beaucoup de tristesse que j'ai appris la disparition de Bruno Etienne. Il a été 3 ans mon professeur à l'IEP d'Aix, de 83 à 86, il a été également mon directeur de mémoire. Bruno Etienne est un formidable professeur qui, dans une institution qui prépare, voire qui formate de nombreux étudiants à l'exercice du pouvoir, sous quelque forme que ce soit, apporte le recul, interpelle, dérange mais fait progresser la conscience. Après, chacun agit en connaissance de cause. Il restera un très grand chercheur, un érudit comme on en rencontre plus beaucoup. Je suis convaincu qu'il restera comme un homme qui a marqué sa discipline, peut-être davantage encore dans l'avenir. Quelques mots encore pour présenter toutes mes condoléances à sa famille et à ses proches.

Comme Marc, Bruno a été mon professeur et directeur de mémoire. Il est ensuite devenu un ami dont le regard m'a soutenu longtemps. Je vis tous les jours de ce qu'il m'a enseigné. Son immense sourire a guidé tant de discussions... A Maryse et à tous ses proches je voudrais dire combien j'ai conscience de leur douleur et de leur peine. Karim

J'apprends brusquement cette disparition qui me touche comme s'il s'agissait d'un membre de la famille, tant je le connaissais et l'aimais. Tout au moins la famille de la science politique, vivante, insolente, nerveuse, courageuse. Bruno a eu un rôle essentiel dans la création de la science politique dans la Faculté de Droit de Montpellier, à l'époque où celle-ci était vivement hostile à cette discipline. C'est peu de chose dans l'ensemble des combats qu'a mené Bruno. Mais cette funeste journée où il disparaît est aussi celle où pour la première fois, le conseil de la dite Faculté de Droit vient d'accepter d'intituler l'établissement comme celui du droit et de la science politique. C'est un geste insignifiant en soi mais qu'il aurait aimé je crois. Que Maryse le reçoive comme tel. Décidément avec la mort de Jacques Lagroye dimanche, l'université perd deux intelligences d'une valeur rare.

Entre 1992 et 1995, c'était difficile de faire bouger l'opinion française anesthésiée par Mitterrand à propos de Sarajevo et de toutes les ignominies des milices serbes de Karadjic,Vladic et autres bienfaiteurs de l'humanité. Bruno Etienne était avec nous, pour expliquer, pour démystifier, pour combattre les préjugés. Il y avait beaucoup de travail et peu de monde. On a toujours pu compter sur lui. Je ne sais pas grand chose d'autre de lui mais c'est déjà beaucoup et nous sommes quelques uns à ne pas risquer de l'oublier.

C'est exact! Ce souvenir là aussi! Sarajevo dont on entend moins parler à présent. Les gens à patronyme en prénom sont deux fois mieux nommés que les autres Quand au risque de l'oubli c'est encore autre chose mais je suis d'accord avec vous, Virgil, ne prenons pas ce risque-là !

Je me souviens de Bruno Etienne comme enseignant à l'IEP d'Aix-en-Provence. Je salue la mémoire d'un professeur charismatique et érudit qui a fait honneur à notre système universitaire.

En direct et en duplex depuis Aix, Bruno Étienne offrit l'un des plus extraordinaires moments de feu l'émission «Tire ta langue» sur France Culture: il commenta une heure durant, avec un humour érudit et féroce, différentes chansons d'avant-guerre consacrées à l'Empire français (Maurice Chevalier, bien sût, et tant d'autres), illustrant ce qu'il appelait «la glottophagie coloniale». Son intelligence était heureusement dévastatrice.

Et si France culture rediffusait cette émission ou une autre pour lui rendre hommage ? Merci de cet article et de ces commentaires divers et de qualité.

Benjamin, j'ai beaucoup aimé ton texte tu y as bien décrit qui était Bruno et quel Monsieur il était, je pense que nous avons grand besoin de bonhomme de cette envergure, par ces temps affreux. Très touché je viens d'envoyer ce texte-ci à Maryse : "Bruno, maintenant que tu achèves ton voyage d'Orient, dis nous si Isis est vraiment si belle. Tu as été quelqu'un qui laisse des traces dans la vie des personnes qui te fréquentent, je fais partie de ces cherchants. Sache que mes pensées vont pour Maryse et tes filles, je leur dit "l'esprit vit éternellemnt surtout s'il a participé à faire bouger la pensée des autres". Taoufik Monastiri

Merci infiniment pour ce beau texte. Il va nous manquer Bruno, avec sa fougue, ses emportements, son intelligence et ses fulgurances.... Avec mon amitié, Benjamin.

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