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L’école « nouvelle génération » de Xavier Darcos, ce n’est pas l’école de Jules Ferry
Si la querelle scolaire « républicains/pédagogistes » semble tourner à l’avantage des traditionalistes, ceux-ci risquent bien vite de déchanter. Instrumentalisé, ce retour à l’âge d’or mythique n’est qu’un levier de destruction de l’école publique.
Ce n’est pas l’école du passé que propose M.Darcos, mais une « école nouvelle génération », une « école plus juste », une « école où progressent les libertés ». Ces mots dans son discours de rentrée ne laissent aucun doute sur les projets gouvernementaux.
Une école nouvelle générationC’est une « école qui comprend et anticipe les besoins de la société plutôt qu’elle ne contraint la société à se plier à ses propres exigences » C’est bien l’annonce d’une école qui forme les hommes et les femmes au marché du travail. Trois catégories se profilent : ceux qui auront le socle commun pour des travaux qualifiés, des travailleurs autonomes, mobiles et adaptables ; ceux qui n’auront pas le socle commun pour des travaux non qualifiés, des travailleurs précaires, temporaires et dociles ; et bien sûr l’élite qu’elle soit d’héritage ou captée pour gouverner, diriger, expertiser,... etc. C’est une école liée aux impératifs économiques libéraux et aux préconisations européennes..
Une école plus justeUne école « qui vise à retrouver le consensus avec les familles », une opération de charme, M.Darcos prononce plus de vingt fois le mot famille mais … seulement cinq fois le mot enseignant.
Tout rétrécit au « plus juste » !
Les programmesDes programmes à l’intention des familles, avec une longue liste de savoirs simplifiés, isolés, minimalistes et utilitaires, des savoirs exposés et transmis par le professeur pour être récités et évalués. Le tout bien programmé par année, telle le sommaire d’un manuel : la liberté pédagogique serait-elle limitée au « choix d’un manuel de qualité »[1] ? Des programmes centrés sur « les fondamentaux » réduits au « lire-écrire-compter », laissant peu de place à la connaissance du monde et à la culture.
C’est une réduction de l’offre des connaissances de l’école publique qui creusera encore davantage le fossé entre ceux qui en bénéficient hors de l’école et ceux qui n’ont que l’école. L’accompagnement éducatif ne permettra pas de compenser le déficit et touchera peu les jeunes les plus exclus.
les horaires d'enseignement
La suppression du samedi pour une semaine adaptée au temps des parents qui travaillent, deux heures de moins d’enseignement pour tous les enfants. Des journées surchargées pour tous et un peu plus pour ceux qui sont déjà en souffrance scolaire, une double peine ! Les deux heures redistribuées aux enfants en difficulté, ne seront pas des heures d’enseignement, ce seront le plus souvent des répétitions et des exercices supplémentaires. Quelques réussites mécanistes qui ne combleront pas le déficit de connaissances. Le véritable échec, celui qui écarte l’enfant de l’accès au savoir sera toujours présent.
C’est un rétrécissement de la scolarité obligatoire, une séparation des élèves tout au long de leur parcours. Ceux qui réussissent et ceux qui échouent jusqu’à la sortie définitive : l’apprentissage ou une orientation professionnelle précoce.
Les enseignants
Suppression de postes, départs en retraite non remplacés, service minimum en cas de grève ou d’absence, formation professionnelle initiale et continue réduite ou supprimée. Les enseignants apparaissent dans les projets qu’en termes négatifs.
Moins d’enseignants fonctionnaires, plus de personnels vacataires, auxiliaires pour remplacer, compléter…
Une véritable privatisation intérieure de l’école publique !
Une école où progressent les libertésCelles des familles avec la suppression de la carte scolaire, pas toutes les familles … celles qui peuvent accompagner leurs enfants dans les déplacements, les frais de restauration, les autres préférant par défaut la proximité. La publication des évaluations nationales aux familles orientera les choix. Les établissements les moins attractifs perdront ainsi leurs meilleurs élèves et s’enliseront. Petit à petit l’école publique deviendra moins performante.
Celles de l’enseignement privé qui voit ses financements augmenter et qui peut se permettre un taux d’encadrement plus élevé. Petit à petit l’école privée deviendra plus performante. Déjà on fait appel à elle pour créer 50 classes en zone prioritaire grâce au "plan banlieue".
Celles des entreprises qui participeront de plus en plus aux contenants et aux contenus de l’éducation…
Bref, l’école « nouvelle génération » c’est l’école privatisée avec quelques missions de service public.
[1] terme rencontré fréquemment dans les programmes 2008


Tous les commentaires
Je crains que cette analyse soit juste. Je note particulièrement le recul de l'ouverture à la culture, au profit de connaissances mécanistes. La suppression des deux heures du samedi matin est une aberration. Il faudrait revoir complètement les rythmes scolaires, on le sait depuis des années, et pourtant aucune décision n'est prise. Et maintenant, on va à contresens. Un exemple: des écoles qui fonctionnaient selon le système dit "semaine de quatre jours" (les samedis matins étaient rattrappés en réduisant les vacances) ont proposé de garder le même rythme en diminuant l'horaire de trois quart d'heures (consacrés au soutien). Refus des Inspections académiques !
Je crains que cette analyse soit juste. Je note particulièrement le recul de l'ouverture à la culture, au profit de connaissances mécanistes. La suppression des deux heures du samedi matin est une aberration. Il faudrait revoir complètement les rythmes scolaires, on le sait depuis des années, et pourtant aucune décision n'est prise. Et maintenant, on va à contresens. Un exemple: des écoles qui fonctionnaient selon le système dit "semaine de quatre jours" (les samedis matins étaient rattrappés en réduisant les vacances) ont proposé de garder le même rythme en diminuant l'horaire de trois quart d'heures (consacrés au soutien). Refus des Inspections académiques !
Alors maintenant, si on parle de l'école maternelle, tout cela paraît fort abstrait. Le problème de l'Education Nationale (oui, je mets les majuscules ) c'est la pompe, l'emphase et la complication qui envahit les classes des petits. Mesdames et Messieurs les professeurs de maternelles, et vous les décideurs qui avez perdu votre âme d'enfant, les enfants de maternelle ont besoin seulement d'amour et qu'on leur explique les règles élémentaires d'hygiène et de vie collective. Par pitié pour eux et pour la paix sociale du futur, laisser vos grands idéaux de lecture et de concepts mathématiques !
"Des journées surchargées pour tous et un peu plus pour ceux qui sont déjà en souffrance scolaire, une double peine !" Des élèves en difficulté qui restent à l'étude après la classe,s existent depuis longtemps et ils ne sont pas traumatisés. Parfois, au contraire, il sont heureux de se retrouver "proche" de l'enseignant et en situation de réussite. "Les deux heures redistribuées aux enfants en difficulté, ne seront pas des heures d’enseignement, ce seront le plus souvent des répétitions et des exercices supplémentaires." Vous ne faites donc pas confiance aux enseignants ? Si vous avez cette vision des heures supp. c'est que déjà vous faites peu de cas des pratiques en classe. "Quelques réussites mécanistes qui ne combleront pas le déficit de connaissances. Le véritable échec, celui qui écarte l’enfant de l’accès au savoir sera toujours présent." D'accord, ce dispositif ne supprimera pas les inégalités sociales. . J'ai une vision non moins noires et différente de la votre sur cette réforme, je vous invite à la découvrir dans mon billet : Les conséquences "comiques" de la suppression du samedi matin . Au plaisir de débattre avec vous !
« ...Ces mots dans son discours de rentrée ne laissent aucun doute sur les projets gouvernementaux... » me semblent ressortir plus du « procès d'intention » que de l'analyse « froide ».
Vous mettez le doigt sur les écueils qui guettent cette « école nouvelle génération », pour lesquels nous devons rester vigilent, mais nous devons, également, analyser ce qui peut être bon.
En effet, en mettant de côté les soupçons idéologiques de l’équipe qui à suscité cette réforme, il faut admettre que l'école actuelle est loin d'être parfaite et est très loin de remplir les objectifs que les citoyens souhaiteraient lui voir atteints.
En effet, beaucoup d'élève, surtout les plus fragiles, ne profitent, aujourd’hui, ni des « Connaissances », ni de la « Culture », ni, même, des « Savoirs », qu’ils soient simplifiés, isolés, minimalistes, utilitaires, … ou non !
C’est dommage et finalement, ci ceux-ci pouvaient déjà débuter leur vie de femme ou d’homme adulte avec des bases, certes minimales, ce ne serait pas si mal.
Il est vrai qu’il ne serait pas raisonnable de construire l’école de demain pour ne répondre qu’aux imperfections de celle d’aujourd’hui et balayer du même coup les qualités qu’elle avait.
En même temps vous tirez du discours du ministre Darcos quelques phrases, a priori consensuelles, est vous en faîte une exégèse qui vous permet de brosser un tableau plus que sombre mais peu etayé par d'autres éléments plus probants.
Par exemple, en quoi être formé au marché du travail empêcherait d’acquérir une « culture d’honnête homme » ? En quoi l’école d’aujourd’hui est-elle plus performante ? N’y-a-t-il pas déjà, des élites, une masse plus ou moins adaptée et des laissés pour compte ? Cette réforme va-t-elle dégrader encore la situation ?
Vous reprochez au ministre d’avoir cité vingt fois le mot famille et seulement cinq fois le mot enseignant ! De la même manière que lorsque l’on évoque une loi fiscale ou parle plus souvent des contribuables que des agents des impôts, pour les lois relatives au travail, on parle plus des salariés que des agents de l’ANPE ou des caisses de retraite, …
Je grossis le trait !
Quant à la place laissée à la « connaissance du monde et à la culture », il faudrait être naïf pour s’imaginer que cela s’acquiert à l’école ! Quel que soient les programmes et la qualité des enseignants. Tout simplement parce que la Culture ne supporte pas de la contrainte et que, quoique l’on dise, l’école c’est la contrainte.
Le plus important, à mes yeux, c’est la qualité des enseignants. Professeur, c’est un métier ! Il ne s’agit pas seulement de maîtriser la matière enseignée, il faut surtout savoir l’enseigner ! Il ne suffit pas d’être motivé, il faut être compétant.
Vous avez raison de dénoncer cet aspect totalement oublié
Le commentaire de "jmv" me paraît judicieux. En effet, ce billet est intéressant, mais il souffre de l'habituel non-dit des défenseurs de l'enseignement dit "républicain" (que je défends bien entendu), à savoir : impasse sur les limites et les faiblesses de cette école républicaine au nom de la "résistance". Parmi ces limites, l'élitisme incurable de cette école "réductrice de têtes" qui est, il me semble, l'une des causes majeures de son échec historique à intégrer les enfants issus des familles les plus pauvres. Quant à la culture, jmv a raison : la culture ne s'acquiert pas à l'école, l'école peut seulement et à la rigueur donner quelques outils pour mieux se débrouiller avec. Et c'est là que se noue le drame social : les enfants issus de milieux "cultivés" arrivent à l'école avec un capital considérable qui ne pourra que fructifier, les autres avec un vide. Attention ! je ne sous-entends pas qu'il n'y a pas de culture dans les milieux populaires, mais que cette culture n'est pas monnayable dans notre société dominée par la culture bourgeoise et ses dérivés adaptés aux classes moyennes (essentiellement, la télévision : cf. le magazine "Télérama", support "exemplaire" de cette culture bourgeoise dégradée, miroir flatteur pour les classes moyennes ambitieuses). À cet égard, l'entrée à Sciences Po' d'enfants de la banlieue est significatif : l'essentiel de la mise à niveau porte sur l'acquisition de ce mince vernis dit "culturel", spécialité de cette école, vernis fait surtout du langage adéquat pour passer un "grand oral" sans trop de casse et prospérer ensuite plus ou moins discrètement dans les allées du pouvoir, corps d'État ou grandes entreprises. Les enseignants, enfin : là aussi, malaise et malentendus. Il semblerait bien, à la lecture du billet, qu'une partie (majoritaire ?) du corps enseignant persiste de façon irrationnelle et illogique à refuser que son action puisse être légitimement évaluée par la société. Attention ! je ne dis pas tel ou tel gouvernement, mais bien la société, ou encore la nation. Soit les citoyens contribuables qui financent l'enseignement, les établissements et les salaires des enseignants. Ça me paraît pourtant être le fondement même du pacte républicain sur lequel est fondée l'école républicaine. Oui, jmv a raison : les enseignants comme les agents des impôts sont bien au service de la société, pas au service seulement des familles, mais au service aussi des familles, lesquelles sont supposées représenter les intérêts des enfants (je dis bien "supposées", hélas !)
"La culture ne s'acquiert pas à l'école" ? Et donc aucune chance pour les enfants non issus de milieux "cultivés" (détenteurs de la culture reconnue) ! De multiples expériences ont montré au contraire que l'école pouvait ouvrir à la culture (monter un spectacle avec des comédiens, travailler avec un auteur, aller régulièrement au musée, enregistrer un disque ou monter un orcherstre, etc.) et que cela ne nuisait pas aux apprentissages, mais, au contraire, les motivait et les renforçait ! Il faut voir des enfants travailler avec acharnement à leur texte avant publication (modeste), s'entraîner à le lire à haute voix, ou apprendre par coeur des textes très longs qu'ils mettront en scène ! Ces moments sont souvent l'occasion pour certains d'être en réussite, de découvrir des capacités qu'ils ne soupçonnaient pas, et les encourage à apprendre. Ce n'est pas la panacée, mais les "détours pédagogiques" sont souvent efficaces. Et pour beaucoup d'enfants, c'est l'unique chance d'entrer en contact avec théâtres, musées, salles de concerts, etc.
Pour plus d'information sur les réformes DARCOS, vous trouverez de nombreuses vidéos de spécialistes dont P. Meirieu, ici: http://regardeavue.com/lecoleestfinie Enrichissant !!!
J'approuve le contenu de cet article (j'ai passé trente années dans une classe), c'est la destruction de l'école où l'enfant se devait être au centre du système éducatif , pour une école au service du système économique. Avez - vous remarqué comme le code du travail est déconstruit, comme les conditions de travail ont durci, comme l'écart entre les riches et les pauvres a grandi ( 97/1 :cfblog Cléopatre)... .L'école est un rouage de la société, un miroir en quelque sorte. Le gouvernement qui n'a pas de respect pour le peuple, ne peut pas rêver une école révélatrice de la richesse de chacun. Il construit une école qui sépare, qui compare , qui sélectionne.... Ce n'est quand même pas l'école qui est responsable du chômage? Il n'y a jamais autant eu de création, d'artistes, d'écrivains......., d'étudiants , de diplomés,.... . Qui a eu la curiosité d'aller voir le niveau de lecture( non pas déchiffrement mais compréhension ) demandé dans les évaluations de 6ième? Collectivement , le niveau de lecture est bon, les cancres du fond de la classe, n'allaient pas au collège en 1960. Ils s'arrêtaient au certif. Ils n'entraient pas dans les statistiques. Et puis, connaître par coeur la liste des chefs lieux de cantons, ce n'est pas une preuve d'intelligence. L'école se doit de développer les potentiels de chaque enfant et l'aider à acquérir les outils nécessaires pour se coltiner à la vie et prendre sa place dans cet écheveau inextricable des réseaux relationnels, économiques, culturels...... Alors, faire poser la division en CE1 n'apportera rien de plus , surtout quand on sait que, soit on divise équitablement , et ça on l'apprend en maternelle en partageant les gateaux, soit on divise pour régner, et alors là....ce n'est pas l'objectif de l'école.
Je suis entièrement d'accord avec cet article, et les réactions pour décider de ce qui devrait ou ne devrait pas ou peut être ou pas enseigné à l'école me paraissent complètement à côté de ce qui est en train de se passer : le démantèlement total de l'école publique, la mort de l'école comme service public. Claude Lelièvre a déjà tiré la sonnette d'alarme dans ces "pages" dans son article sur Xavier Darcos, le grand prestidigitateur, le 29 août dernier. Il est utile aussi de lire l'article de qualité de Caroline Fourest paru aussi le 29 août dernier dans LE MONDE, "On achève bien l'école publique", et ma modeste contribution sous forme de deux billets "La Chronique d'un Assassinat Revendiqué". La tribune ouverte de Mediapart permet à une libre parole de s'élever et de circuler, il reste à souhaiter qu'elle se multiplie et devienne de plus en plus sonore.