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L'émeute de Rosarno et les questions qu'elle nous pose

La région de Rosarno, dans la province de Reggio de Calabre, voit affluer en hiver une foule de travailleurs précaires qui viennent récolter les agrumes après avoir cueilli les olives des Pouilles. Mais la terre de Rosarno est sinistrée. Elle l'est par la mafia locale qui s'est emparée de toute la distribution des agrumes et a fait chuter les prix de revient en favorisant des conditions d'exploitation relevant de l'esclavage. Elle l'est aussi, comme toute l'Italie laborieuse, par les effets désastreux de la gestion à courte vue d'une classe politique raciste qui n'a fait ces derniers temps que semer toujours plus de haine en soumettant les plus faibles à toujours plus de précarisation et de discriminations.<--break->

En mai 2009, une enquête antimafia sur les conditions du travail agricole dans cette région de la plaine de Gioia Taura se concluait par une série d'arrestations. Les prévenus, tous partie prenante de l'organisation de ces entreprises agricoles « voulaient exploiter le travail sous-payé de personnes privées de permis de séjour en les destinant au travail agricole pendant 9 à 10 heures par jour ». En outre, ces travailleurs « étaient frappés en cas de ralentissement de la récolte des agrumes et forcés d'accepter un salaire journalier très inférieur à la norme » [Il Manifesto, 9 janvier 2010].

Début 2010, c'est l'agression au fusil à air comprimé d'un groupe de ces immigrés africains, dont certains ont été blessés, qui a mis le feu aux poudres. Ce geste criminel de quelques imbéciles, dont la presse italienne affirme qu'il s'agirait de jeunes de la région proches de la 'ndrangheta, a alors déclenché une véritable révolte parmi ces travailleurs agricoles. Des barricades ont été dressées, des autos ont été détruites et beaucoup d'entre eux criaient avec désespoir à qui voulait l'entendre qu'ils n'étaient pas des bêtes. La police a dû intervenir et déplacer ces travailleurs migrants à quelques dizaines de kilomètre de là compte tenu de l'hostilité à leur égard de la population locale. En effet, c'est une véritable chasse aux immigrés qui a suivi leur protestation. Et le bilan est de plusieurs dizaines de blessés, dont les plus graves parmi les travailleurs journaliers.

L'Italie est dirigée par un gouvernement très marqué à droite. Et son ministre de l'Intérieur, Roberto Maroni, membre de la Ligue du Nord, un parti populiste et raciste, n'a rien trouvé de mieux à déclarer après l'émeute de Rosarno qu'il s'agissait simplement, ni plus ni moins, de l'effet d'un prétendu excès de tolérance à l'égard des immigrés présents sur le territoire italien. Il fallait oser !

Pour une fois, souligne l'éditorial du Manifesto du 9 janvier 2010, le centre-gauche a réagi à ces propos ignobles avec la fermeté qui s'imposait. Mais cela n'a pas toujours été le cas dans le passé. En effet, ces dernières années, les dirigeants de ce centre-gauche n'avaient pas voulu comprendre « qu'en ce qui concerne les droits humains fondamentaux -que l'on soit au gouvernement ou dans l'opposition- on ne peut transiger qu'au prix d'une irrémédiable dégradation de la vie sociale ». La gravité des faits de Rosarno peut en effet y faire réfléchir.

Dans cette Italie qui semble avoir oublié que c'étaient ses propres enfants, il y a quelques décennies, qui partaient au loin pour survivre et subir autant de haine que de discriminations, il y a quand même quelques voix pour protester. « Maroni a raison, écrit par exemple Paola Bottero, sur un site web local [www.strill.it/index.php?option=com_content&task=view&id=58280, mis en ligne le 8 janvier 2010], La situation de ces dernières 24 heures est bien le fruit d'une tolérance excessive. Trop de tolérance face à l'esclavage d'hier et d'aujourd'hui. Trop de tolérance pour les conditions inhumaines que vivent des milliers de clandestins noirs aux marges de la civilisation en cueillant pour nos besoins des agrumes, des tomates et d'autres fruits de notre société de consommation. Trop de tolérance pour les « jeux innocents » de jeunes gens qui remplacent la play station par des fusils à air comprimé ou par des combustibles en tous genres pour donner libre cours à leur exubérance envers ceux qu'ils ne comprennent pas, et donc qu'ils ne respectent pas (les clochards au bord des routes ou les Africains qui dorment dans des dortoirs-citernes, cela ne fait pas grande différence) ».

Mais les événements de Rosarno ne sont pas seulement calabrais. Ils ne sont pas seulement italiens. Ce sont des événements européens qui interpellent l'Europe tout entière et sa politique de fermeture.

Dans leur introduction à un très beau dossier sur la résistante, déportée et femme de lettres Charlotte Delbo, qui a passé sa vie, de retour des camps, à tenter de témoigner pour préserver la flamme de notre vigilance démocratique [revue Témoiger. Entre histoire et mémoire. Revue pluridisciplinaire de la Fondation Auschwitz, n° 105, Paris, Kimé, 2009], Philippe Mesnard et Yannis Thanassekos se demandent pourquoi les mobilisations mémorielles qui marquent fortement notre présent restent aussi dépourvues « de toute incidence sur le réel ! » Cette question met en cause les modalités de la transmission mémorielle et les limites de nos bons sentiments. Elle invite à repenser le travail de mémoire. Elle est redoutable. L'émeute de Rosarno et cette très inquiétante chasse aux immigrés nous montrent toutefois qu'elle est vraiment cruciale pour notre avenir.

Charles Heimberg (Genève)

Tous les commentaires

Billet nécessaire pour alerter, faire réfléchir.

-Le rôle de la mafia dans ces événements. peu mis en avant par les medais je trouve (ex : France Culture).

-Notre vigilance démocratique, qui s'émousse, ou qui est sans effet sur le réel.

Charles Heimberg,

ces questions il n'est peut-être, déjà, plus temps de se les poser...

Cordialement

http://allainjules.wordpress.com/2010/01/11/fadela-amara-veut-nettoyer-au-karcher/un suisse ( tribune de geneve) analyse ...

FADELA .... et le karscher !

des videos !

La France se rapproche de cette Italie nauséabonde, en parallèle du rapprochement des ressemblances entre Berlusconi et Sarkosy.

N'oublions pas une déclaration d'un ministre de l'intérieur de Berlusconi : la maffia, il faut faire avec

http://innocentnaki.blog.24heures.ch/archive/2010/01/11/eric-zemmour-et-lepen-meme-combat.html

 

quand zemmour cause .....

video!

analyse suisse parue ds Tribune de geneve

Ces événements se passent bien en Europpe et en 2010, et il n'y a pas plus de reactions au niveau des responsables politiques européens ?

il faut sortir de l'emotionnel et organiser une resistance , intellectuelle, réfléchie et humaine

Je ne peux que vous mettre en lien ce blog du Monde qui traite du sujet et insister pour que vous fassiez l'effort de lire tous les commentaires, pour qu'enfin on ouvre les yeux sur le fait que la boîte de Pandore n'est toujours pas refermée.

 

http://veilleur.blog.lemonde.fr/2010/01/10/italie-le-racisme-explose/#xtor=RSS-32280322

 

 

Merci pour ce lien, Chafikbr. Désolé, je n'ai pu poursuivre bien longtemps la lecture des commentaires qui suivent cet article du blog du Monde. L'écoeurement, la nausée, le dégoût et la tristesse. Je suis consterné de lire ce que je lis, de voir ce que certains écrivent et expriment. C'est édifiant et effrayant. Mais vous avez raison, il faut aller voir...

 

Les boucs émissaires. Observons bien ce qui se passe en Italie. Observons le et gardons le en mémoire. Ce sont là les symptomes d'une démocratie déliquescente. Hulot avait un mot très intéressant pour ça : l'ensauvagement. Voila ce qui nous guette si nous n'avons pas ici, au moins, un sursaut. Il nous reste deux ans. Je ne parierais pas gros.

Chafikbr

Dans le contexte économico-social que les gouvernements des principaux pays dit développés on construit sans, peut-être, mesurer l'ampleur des dégats collatéraux qui en résulteraient , il est vain, je crois, d'espérer pouvoir refermer la boite de Pandore.

Cordialement

 

Ce n'est pas qu'en Italie, et il n'y a pas que la mafia pour s'engraisser sur cet enfer des travailleurs migrants. Il y a aussi la plaine de la Crau en France, l'Andalousie en Espagne, et le système économique dans lequel nous vivons, comme le rapporte "Les nouveaux esclaves du capitalisme" de Patrick Herman.

Le fruit d’une enquête de plusieurs années menée dans le sud de la France, en Espagne et au Maroc, sur la condition des travailleurs agricoles immigrés. Ces ouvriers se trouvent en bout de chaîne d’une production intensive que la mise en concurrence mondiale entraîne vers des conditions d’exploitation de plus en plus démentes. 23 € (Au diable vauvert).

Merci Charles Heimberg.

"Ce geste criminel de quelques imbéciles, dont la presse italienne affirme qu'il s'agirait de jeunes de la région proches de la 'ndrangheta...."

 

On a pu voir sur France3 les hurlements de rage de leurs soutiens : ni jeunes, ni stupides mais sciemment manipulateurs. L'un des "témoins", se répandant avec complaisance devant caméras et micros, vociférait "ils manquent de respects à nos compagnes, ils défèquent sous nos yeux" . Et personne pour le traiter de menteur.

 

Cela rappelle les plus violentes diatribes du Ku-klux-klan.

 

Quant aux esclaves, c'est à eux que l'on pense en permanence. Je ne peux plus faire le moindre achat de fruits sans me demander qui les a cueillis et dans quelles conditions. Le "made in France" n'étant pas une garantie, c'est une évidence, grâce à "salopards sans frontières" qui s'en met plein les poches dans la grande distribution.

 

Que faire ? Comment agir ? On finit par devenir fou à toujours peser le pourquoi du comment du moindre acte de notre vie quotidienne tant le champ est laissé libre tous azimuts aux exploiteurs en tous genres.

 

Option : achats saisonniers du commerce de proximité ? Oui, et on tombe parfois sur des gredins qui exploitent les contrats aidés à leur petite échelle. Le petit commerce n'est pas forcément plus vertueux...

 

Reste la distribution directe en circuits courts... Mais quel travail alors pour tous ces esclaves si personne n'achète les agrumes ou tomates en question ?

 

Elle fiche quoi l'Europe là-dedans bon dieu de bon dieu ! Elle sert à quoi la multiplication des présidences tournantes ou pas sur l'assiette au beurre ? Ils servent à quoi les règlements qui ordonnent la courbure des concombres et ignorent les taudis des cueilleurs ?

Chère Dianne,

Juste une petite précision: les "quelques imbéciles" en question, ce sont ceux qui ont tiré sur des immigrés avec un fusil à air comprimé et qui ont déclenché la révolte de leurs compagnons d'infortune. Ce qui a été été ensuite retramsmis à la télévision correspond à la chasse aux immigrés qui a suivi. Mais, quoi qu'il en soit, c'est effrayant...

Merci pour cette précision Charles Heimberg. Comme souvent il suffit de peu pour que tout s'enflamme. En l'occurrence, ces imbéciles-là ont dû recevoir suffisamment de signaux positifs de la part de leur entourage pour passer à l'action.

 

Maintenant il faut questionner sur le fond : l'accaparement mafieux des structures de production agricole avec la bénédiction des instances italiennes et européennes. Et l'on n'en est pas si loin en France...

 

Produire toujours plus au moindre "coût". La concurrence des pauvres et le dumping social, parce qu'il n'y a aucune règle contraignante en ces matières que le TCE et ses avatars ont décidé de traiter comme "secondaires", à la grande béatitude des oui-ouistes qui trouvent que cela constitue un pis-aller ! On ne fait pas plus stupide ni plus criminel à bien y réfléchir.

Vous avez tout à fait raison, Charles, de souligner que ces évènements se passent finalement "chez nous", en Europe. Alors que ces exactions passent finalement peu ou prou pour un banal fait divers éloigné...

 

Même à considérer la situation particulière de la région, notamment de par le rôle de la mafia, il s'agit là pourtant d'un signe. Un de ces signes dont on ne prend pas suffisamment la mesure et dont on se souvient... trop tard. Comme les symptômes de la maladie, les signes avant-coureurs peuvent être prémonitoires. Il faut donc faire tout sauf les négliger. Ces faits sont révoltants, inconcevables, inimaginables dans un pays co-fondateur de l'Europe.Je n'ai pas suivi l'actualité de manière très assidue mais il me semble que cela aurait du provoquer une réaction extrêmement ferme de la part des instances européennes, des politiques, des intellectuels. Tout cela a des relents peu engageants et de sinistre mémoire.

 

Plus loin d'ici, mais dans la même veine, on peut évoquer aussi les agressions contre les ressortissants d'origine indienne en Australie...

Merci Charles Heimberg de cet article, et de nous informer sur les causes économiques de cette situation (dont l'exploitation esclavagiste des travailleurs Africains), et sur les protestations et la riposte des démocrates Italiens.

 

Une situation aussi dramatique et dangereuse pourrait se produire en France. Le "débat" sur l'identité nationale ne risque-t'il pas de dégénérer en émeutes, en guerre ethnico-religieuse? Ce risque inquiétant me semble d'autant plus possible, que je me demande si cette guerre civile n'est pas le but politique recherché pas les promoteurs de ce "débat" irresponsable et alors qu'un effondrement économique menace notre pays du fait qu'ils le dépècent.

 

Il est bien et juste que vous ayez donné la dimension européenne à cette affaire.

Vous devez probablement être informé de ceci, mais au cas où...:

Le MOUVEMENT CITOYEN GENEVOIS (MCG) axant sa campagne contre les Français venant travailler en Suisse, a obtenu 17 sièges au parlement du canton de Genève, lors des élections organisées dimanche (Octobre 2009). Le MCG, qui avait notamment qualifié les frontaliers Français, de «racaille» et de «criminels étrangers», est arrivé en seconde position derrière le parti libéral (20 sièges). (Journal Direct Matin, d'Octobre 2009, sous le titre : "Des anti-français élus en Suisse").

 

Je vais imprimer votre article et le diffuser avec le livre de Jean Ziegler "L'empire de la honte", que j'offre aux jeunes avec qui je dialogue de ce sujet.

 

Mes salutations distinguées et fraternelles.


Oui, il fallait que ce billet soit. Je suis souvent écœurée, indignée, épouvantée de ce qu'on découvre dans l'actualité. Mais les images de ces lynchages en calabre découverts hier ou ce matin dans le JT m'ont laissée sans voix...

Horreur. Horreur de découvrir que le monde dans lequel on vit est ce monde-là ! Oui, c'est bel et bien chez nous que se passe "ça"...

Ce soir, la Tribune de Genève reprenant l'Agence de presse ATS publie un article sur le sujet. Il y est fait état d'un article du journal pro-berlusconien Gorniale qui en appelle à ce que les habitants de la ville s'attaquent directement à la Mafia... La situation en Italie s'aggrave considérablement dans le sud notamment à Naples où Fiat représente encore le seul pôle d'emploi important échappant à l'emprise de la mafia et qui est au Nord sous l'influence toujours très grande de la Léga Nord.

 

IL y a bien longtemps que le probl. du racisme se pose en Italie et déborde très largement du cadre de la "Mafia", espèce de chose indéterminée mais tellement pratique pour noyer le poisson ..Il y a eu d'excellents articles parus il y a 1 ou 2 ans dans le monde diplo, citant des extraits d'articles (conséquente et ne prêtant à aucune interprétation ....) de grands quotidiens italiens traitant de la question de l'immigration dans des termes qui feraient passer notre le pen national pour un modéré .... il y a dans le berluconisme ambiant et son succédané sakozyste qq chose d'autrement plus grave qui est en train de se " jouer " , de se faire, et sur lesquels nous, intellos, militants et, tout simplement citoyens, devraient accorder notre attention .Mon sentiment c'est que ça devient urgent !

Tout à fait d'accord avec vous, Banisto. Mais on entend généralement peu ceux qui crient au loup. Parce que pendant ce temps les "puissants" font des affaires et c'est bien là l'essentiel. Et il y a bien urgence.

 

Ce qui se passe à Rosarno, c'est le début de l'expression du chaos. Quant on atteint le point de non retour. Quand les vociférations, les ulcérations couvrent la raison. Quand les hurlements et la violence hystériques remplacent la réflexion, le dialogue et le raisonnement. Ca n'est évidemment pas ici que nos gouvernants vont réagir, forts de leur "débat"...

Notre brillant intellectuel ne voit pas plus loin que le bout de son nez, de peur d'aller au-delà du politiquement correct qui cantonne son droit à l'expression.

Ainsi, il écrit qu'il s'agit d'un problème européen, méprisant par leur négation les millions d'immigrés opprimés sur les autres continents, et en particulier en Afrique.

Babarsatva, heureusement vous êtes là, avec votre brilllante intellectualité pour rétablir la justice, défendre les faibles, et dénoncer les négationnistes et le mépris.

 

Vous voyez tellement loin, Babar, et vous bravez la peur, vous. Nos pauvres esprits ne peuvent vous suivre, illuminés, irradiés, fascinés qu'ils sont par l'aura éblouissante, la justesse et la finesse de votre propos. Respect. Bientôt canonisé j'espère...

La droite extrême et ses idées nauséabondes rampent chez nous et partout en Europe. Il ne faut pas se lasser de le dénoncer et de le combattre au risque de le regretter amèrement prochainement. Merci Charles pour ce billet.

 


http://www.programme.tv/les-martyrs-du-golfe-d-aden-2444187.php
_*Les martyrs du golfe d'Aden*_
Durée : 55 min
*Réalisé par :* Daniel Grandclément
Fuyant la guerre ou la misère, des milliers de réfugiés venant de
Somalie et d'Ethiopie tentent, par tous les moyens, de gagner les côtes
du Yémen, de l'autre côté du golfe d'Aden. Ils utilisent les services de
passeurs qui chargent 130 passagers dans des canots de moins de 10
mètres. Le voyage
<http://www.programme.tv/les-martyrs-du-golfe-d-aden-2444187.php#> dure
de deux à quatre jours pendant lesquels la traversée se transforme en enfer.
Diffusé ce soir sur France Ô
Les autres diffusions cette semaine "Les martyrs du golfe d'Aden" :
Lundi 11 janvier 2010 15h15
<http://www.programme.tv/les-martyrs-du-golfe-d-aden-2456228.php>
Mardi 12 janvier 2010 16h45
<http://www.programme.tv/les-martyrs-du-golfe-d-aden-2452580.php>
*
*_*Extrait vidéo :
*_*_http://www.dailymotion.com/video/x4rric_les-martyrs-du-golfe-dyaden-extrait_news
_
*
------------------
http://www.tvnews.over-blog.com/article-les-martyrs-du-golfe-d-aden-rediffusion-ce-soir--42668952.html

Merci Marie 75. Ce document a été diffusé par l'équipe de Thalassa voici plusieurs mois. Grandclément a risqué gros.

***J'ai vu ce document effrayant hier, comment n'en être pas encore écoeurée et bouleversée... Qui sont ces monstrueux passeurs? D'où leur est née sans les affliger nullement, cette cruauté pour leurs frères...C'est vrai qu'il a risqué gros Grandclément et ce n'est pas lui qui a révélé qu'il a été battu aussi! D'où leur vient ce courage aux deux gazelles qui attendaient les immigrés sous la tente avec tous les risques encourus face aux soldats! Des humains avec une "trempe" exceptionnelle et d'autres au coeur dévoyé qui ont perdu toute humanité... Je parle aussi là des "gorgés" comme dit Jean Mézières dans son billet... Je me pose souvent les mêmes questions que dites plus haut par Dianne lorsque j'achète fruits et légumes, mais pas que... Des images qui s'imposent, pas facile de porter ce malaise et cet écoeurement...

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"Quel est le véritable progrès, au delà du progrès technique et technologique ? Le progrès du coeur !... C'est le coeur qu'il faut moderniser... Sans cela, l'homme reste une bête affamée...c'est juste le costume qui change..."

10/01/2010 16:22 Par Majead

 

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* Merci à Marie pour les liens.

 

J'AI PEUR!

d'où l'annonce :

cherche trou bien protégé, avec de la chaleur humaine, pour se terrer face au monstre qui nous menace, gueule ouverte.

***Ah mais pour sûr Danielle, tous ces vautours qui noircissent notre ciel, ils s'en sont faits construire des abris bien douillets bien garnis bien secrets! Des abris atomiques, au cas où le monstre deviendrait fou. Mais bon, j'aimerais pas ce genre de villa!

Henri Roger nous signale une video raciste que les partisans du FN s'échangent sur You Tube.

Il s'agit de dessins - de caricatures - Je me suis arrêtée dans le visionnage à celle où des rescapés de la mer débarquent sur une plage, l'auteur faisant dire à l'un d'eux : "Quand je pense qu'autrefois pour envahir un pays il fallait se battre".

 

Le mal vient de loin, en Italie. Depuis des années, les politiques au pouvoir ont laissé le champ libre à des propos et à des actes ouvertement racistes et xénophobes : quelques exemples en vrac : le maire de Trévise avait enlevé les bancs près de la gare pour empêcher les immigrés de s'y asseoir, Umberto Bossi a accusé récemment les Egyptiens de "massacrer les chrétiens", certains joueurs noirs sont régulièrement accueillis sur les stades par des cris de singes...

La situation de l'Italie n'est pas la même qu'en France : l'immigration y est plus récente, et les vagues d'immigrés (ceux venus d'Albanie il y a quelques années, ceux qui débarquent sur les côtes italiennes) ont accru le sentiment d'un danger. Du coup, rappeler aux Italiens que des millions d'entre eux ont aussi émigré ne marche pas forcément : cette peur comporte une part d'irrationnel, et elle est exploitée politiquement par certains.

Quant au rôle de la 'ndrangheta (une organisation criminelle calabraise qui a des ramifications dans le monde entier) à Rosarno - comme dans quasiment toute la Calabre - il est sans doute réel, mais à clarifier :pourquoi tirer sur des ouvriers qui sont eux-mêmes exploités par cette même mafia, qui les paie une misère, et qui a besoin d'eux ? Pour mieux les maîtriser, pour les intimider ? Une enquête est en cours.

A ce sujet, dans son livre récent, intitulé "La malapianta" et consacré à la 'ndrangheta, le magistrat - sous escorte permanente - Nicola Gratteri, dit, en se référant à Sciascia, que "l'Italie est un pays sans mémoire et sans vérité". Que la classe politique n'a jamais mené à fond la lutte contre les mafias. Et il cite aussi l'écrivain Dacia Maraini, pour qui "l'Italie se meurt de morts infinies... tel un Oedipe sûr de soi, notre pays semble tâtonner en aveugle, face au grand thème de la responsabilité. D'un délit sont nés d'autres délits, mais dès le premier, la juste punition a fait défaut. Le sentiment de la justice a été humilié. La vérité a été niée." Ces paroles, dit Gratteri, "me rappellent Tirésias qui, même aveugle, voyait tout. Il soutenait que, à l'origine de la catastrophe, il y a l'offense faite à la vérité. Quand la question criminelle implique de manière déterminante la responsabilité des classes dirigeantes, devenant le mal obscur qui ronge l'Etat et la démocratie, le pays finit par être attaqué par la peste, exactement comme Thèbes."

Et la vérité est constamment offensée en Italie par un pouvoir qui détient les clés de l'information et qui cherche à l'intimider, qui est indulgent avec les relents de fascisme, qui cherche à imposer dans les écoles le "seuil" de 30% d'élèves d'origine étrangère, comme si l'étranger était responsables des maux actuels de ce pays. Alors que si demain (comme en France) ces sans-papiers invisibles, que l'on ne veut pas voir mais qui sont indispensables (aides à la personne, bâtiment, cueillette des fruits et des légumes, médecins et infirmiers) se mettaient en grève, le pays s'effondrerait.

La télévision et une certaine presse sont aussi responsables en Italie : elles sont prêtes à stigmatiser le "marocain", l'"albanais", le "roumain" en insistant sur sa nationalité, elles montent en épingle le moindre fait-divers et alimentent la peur de l'Autre.

Mais il y aussi une autre Italie. A Rosarno même, le curé de cette petite ville , au lendemain des "faits" a tenu un sermon d'un courage exemplaire, en rappelant les valeurs humaines essentielles. Des journalistes, des écrivains se mobilisent, des magistrats se battent, avec peu de moyens mais avec opiniâtreté, et paient souvent de leur vie (le sacrifice de leur vie privée, et parfois leur vie tout court).

Merci à Charles Heimberg pour son article. Il faut s'indigner.

L'auteur du livre dont j'ai parlé dit aussi : "Ce qui me frappe, ce n'est pas tant l'inefficacité de certains gouvernants, mais l'inertie et le manque total d'indignation de la société civile, qui semble avoir peur de se réveiller de cette torpeur rassurante.(...) Ce n'est plus un problème de droite et de gauche ; il s'agit de retrouver le sens de l'Etat, de l'éthique, de la morale et de la dignité."

 

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