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Obama ! Yes we can: juste une bande son d'election ou plus que cela, un mode de gouvernance ?
En écoutant ce soir la bande son de l'élection, cette mise en musique du discours de Barack Obama, prononcé en janvier dernier dans le New Hampshire, par Will I Am du groupe Black Eyed Peas, je me suis fait une étrange réflexion, sûrement inspirée par ma lecture d'un article dans le Monde du 3 novembre 2008, qui décrit la manière de travailler du futur Président en janvier des Etats-Unis.
Ce « yes, we can » n'est pas anodin, ce « nous » au lieu d'un « je » que nous entendons dans la bouche de notre Président à nous un peu trop souvent. C'est bien, à mon avis, là que résidera la principale force de ce nouveau gouvernement, qui quoi qu'on puisse en espérer ou en désespérer à l'avance, sera aussi un « nous » en même temps qu'un « je »....
De ce coté là, pour moi l'Obama-gouvernance, c'est ''l'anti sarkozy-gouvernance.
Obama -no drama ou Sarkozy - tout drame
Obama - juste assez d'égo pour être efficace ou Sarkozy - trop d'égo qui peut nuire à l'efficace
Quand il dit (et en vérité tout ce que j'ai lu de sa manière de fonctionner semble le confirmer) que " Je ne tolère pas les gens qui font passer leur égo ou leur désir de promotion personnelle devant l'équipe. Je ne tolère pas non plus la médisance ou les gens qui essaient de prendre appui sur les autres pour monter. je donne quelques avertissements et si c'est chronique, ils ne font plus partie de mon organisation" (voir et lire l'article du Monde du 3 novembre 2008 de Corine Lesnes "L'énigme Obama" , je me dis que nous avons là l'exacte opposé de la gouvernance imposée par notre Président.
Un rappel sur la gouvernance ne fait jamais de mal : « Art ou manière de gouverner qui vise un développement économique, social et institutionnel durable, en maintenant un sain équilibre économique entre l'Etat, la société civile et le marché économique » (Grand dictionnaire de la langue française).
Sans tomber dans une naïveté, qui nous ferait d’un seul coup croire, que ce nouveau gouvernement va appliquer les trois grands principes de la fameuse gouvernance :
- Transparency (liberté d’accès aux documents administratifs, prolongation de la liberté d’information, motivations des décisions, bonne justice administrative etc.…
- Accountability (responsabilité des décideurs, contrôle de l’administration, de la gestion des deniers publics, des marchés publics etc.…
- Empowerment (administration consultative, rapprocher les citoyens de la démocratie locale – démocratie locale, microprojets, développement de la société civile, ONG, liberté syndicale, presse libre, exercices des libertés fondamentales etc.
Ce « nous » au lieu d’un « je » m’inspire tout de même une bonne dose d’espoir pour les Etats-Unis que je n’ai plus pour mon propre pays. En tout cas, on verra….
Yes we can hope… and see !! Maybe !!
L’autre réflexion qui met venue, c’est que si, comme à l’accoutumée se révèle exacte ce qu’on dit toujours, à savoir que ce qui se passe aux Etats-Unis présage de ce qui va se passer ailleurs, l’échec actuel des tout libéraux buschistes pourrait bien annoncer l’échec de nos propres tout libéraux européens. Ce qui va bien avec ce que dit Monsieur Michel Rocard dans son interview du même Monde du 3 novembre (propos recueillis par François Fressoz et Laetitia Van Eeckhout et qui s’intitule « La crise sonne le glas de l’ultralibéralisme ». Je l’ai décidément bien lu dans le train le journal d’avant-hier !
Je cite « La crise actuelle ne remet pas en cause le libéralisme. En revanche, elle sonne le glas de l’ultralibéralisme, cette école de pensée criminelle fondée par Milton Friedman (1912-2006) qui voulait croire que l’équilibre du marché est optimal et que moins on a de règles, plus on a de chances d’arriver à « l’optimalité ». Elle a imprégné la droite américaine et une partie de la droite européenne. Elle a heureusement épargné les chrétiens-démocrates allemands et a droite française, encore très gaulliste. »
Je ne saurai que trop vous conseiller de lire ce Monde là !
La traduction du discours de Barack Obama pour les non anglicistes (outrageusement copiée collée du site de France Inter ! )
Lorsque nous avons surmonté des épreuves apparemment insurmontables ; lorsqu’on nous a dit que nous n’étions pas prêts, ou qu’il ne fallait pas essayer, ou que nous ne pouvions pas, des générations d’Américains ont répondu par un simple credo qui résume l’esprit d’un peuple. Oui, nous pouvons. Ce credo était inscrit dans les documents fondateurs qui déclaraient la destinée d’un pays. Oui, nous pouvons. Il a été murmuré par les esclaves et les abolitionnistes ouvrant une voie de lumière vers la liberté dans la plus ténébreuse des nuits. Oui, nous pouvons. Il a été chanté par les immigrants qui quittaient de lointains rivages et par les pionniers qui progressaient vers l’ouest en dépit d’une nature impitoyable. Oui, nous pouvons. Ce fut l’appel des ouvriers qui se syndiquaient ; des femmes qui luttaient pour le droit de vote ; d’un président qui fit de la Lune notre nouvelle frontière ; et d’un King [NDLR : en anglais, un roi, mais dans le cas d’espèce il s’agit de Martin Luther King] qui nous a conduits au sommet de la montagne et nous a montré le chemin de la Terre promise. Oui, nous pouvons la justice et l’égalité. Oui, nous pouvons les chances et la prospérité. Oui, nous pouvons guérir cette nation. Oui, nous pouvons réparer ce monde. Oui, nous pouvons.
Discours de campagne dans le New Hampshire, 10 janvier 2008


Tous les commentaires
C'est vrai que l'empowerment et le "we" vont bien ensemble. Beaucoup de discours sur Obama qui serait vu par ses électeurs comme un homme providentiel. Je n'en suis pas si sûre.
Moi non plus, mais..... il fait meilleur en "WE" qu'en "I," non?
Tout à fait, Christel. J'avais fait ce matin un développement à propos du "Lexique" de Jean-Louis Legalery (Bilan lexico-sémantique de la campagne américaine) Mais je l'ai déplacé ci-dessous où il avait davantage sa place.
Merci beaucoup pour cette bande nous en avons besoin ! Le JE incantatoire ne pourra jamais créer la communication libératrice et l'effort à partager pour entraîner au changement collectif comme le fait ivibrer un NOUS généreux et communicatif ! Nos dernières léections présidentelles ont été un jeu de massacre en ce domaine.... hélas ! Un déluge de JE de part et d'autre et NOUS en fûmes noyés Nous nous rapprocherons de la démocratie et non de la domination quand le NOUS ne sera plus laissé aux chiens. La pub n'a rien arrangé "Parce que JE le vaux bien" NOUS devenons peu de chose... n'est-ce pas ?
Je crains, pour ma part, que nous sommes toujours noyes dans ce "je" mutiples, et ce dans presque tous les partis... sauf peut être les verts qui s'étaient noyés avant... mais je me surprends à continuer à espérer néanmoins ! Et oui, la démocratie est définitivement un nous.
J’espère tout autant, Christel. Oui, « la démocratie est définitivement un nous », mais un nous pluriel et non unanime. Un nous d’individus consciemment groupés pour agir, capables de « faire avec » leurs différences. C’est ça, où la dictature d’Un seul (groupe, individu…) . Je développe ma réflexion en deux parties: ************************************************************ Je reviens sur la forme grammaticale du Yes we can . C'est "we" et non "I". Impossible donc de le traduire retrospectivement par "Oui il a pu". J’aimerais bien, que cette formule soit prise, en France, dans son sens exact : « Oui, NOUS pouvons » !
Si Obama a gagné la présidence, c'est aussi parce que les personnes et les équipes qui l'ont soutenu ont fait bien plus que ça, ils ont su convaincre, balayer des réticences, d'abord dans le parti démocrate puis dans tous les USA. Je suppose là que leur porte à porte n'était pas sur le mode agressif (d'après les quelques échantillons entendus) Qu'on me détrompe, sinon .... . Oui, ils ont pu. Je veux dire que chacun des soutiens d'un candidat participe au climat d'une campagne par ses propres attitudes. On ne gagne pas la confiance majoritaire d'un groupe ou d'un pays en proclamant "faites moi confiance". Mais en inspirant celle-ci. Le calme d'Obama dans les débats était aussi frappant que l'élan dans ses discours. J'espère que l'exemple de cette attitude d'un individu (Obama) inspirera beaucoup d'autres. On constate aussi qu'il a la même attitude de principe concernant la politique internationale : le dialogue avec tous (ce qui n'exclut en rien la fermeté.) . Oui, nous pouvons. Etre plus conscient de l'impact de nos attitudes agressives sur la diffusion de nos propres convictions.
Enfin, cette expression pourrait à nouveau reprendre du service pour la crise économique. Nous aurons tous à inventer. A sortir de nos habitudes et réflexes.
************************************************************* :"nous sommes toujours noyes dans ce "je" mutiples, et ce dans presques tous les partis... (Christel). En réponse, je dirais que nous ne pourrons pas revenir à un "nous" unique, ce qui serait d'ailleurs dangereux à mon avis (nous fusionnel). Mais que nous pouvons choisir d'apprendre à créer et faire vivre des nous formés de "je multipes". Coïncidence ? (ou bien, la semaine agitée du PS est dans beaucoup de têtes !), j'avais écrit quelqque chose là dessus suite à la très pertinente analyse d’Alexy Fortin ce matin. (voir son idée de constellation ou de myriade).
Pour moi ce nous en politique ne peut être que composite, d'ailleurs je ne crois guere au nous fusionnel, sauf peut etre (et encore ne peut il etre que momentané dans le cas des jumeaux et de certains couples !). Le situation des partis français était bien dans ma tête quand j'ai ecrit ce billet. En ce moment, cela m'ennuie de voir que personne n'est fichu de passer outre ses egos personnels pour aller vers un "composé". Un composé dans le bon sens du terme. J'ai lu l'article d'Alexis et son analyse est très juste. La constellation socialiste devrait pouvoir se realiser si un jour ces derniers réussissent à passer du "je" au "nous". Il nous faudra de la patience cependant car le modèle en face n'est pas le même : il est plus simple (un chef, un qui parle, les autres suivent...), bien dans la philosophie de droite. A gauche, c'est toujours justement plus compliqué car ce n'est pas la philosophie de ce groupe composite par nature. Je me souviens d'une socialiste convaincue qui disait toujours que c'était plus facile d'être de droite, elle avait sûrement, en partie raison, surtout quand on sait aujourd'hui que certains socialistes sont effectivement des centre- droite mal déguisées. S'il faut de tout pour faire un bon parti socialiste, il serait largement temps que ce tout se redefinisse au moins à minima un "nous" agissant. Ou alors qu'il renonce à ce nous, et qu'il passe, comme le parti d'en face à un "je" et des suiveurs (mais j'espère que non, car définitivement, ce n'est pas ma conception d'un parti socialiste). La constellation/myriade d'Alexis en somme ou le tous derrière un.
Merci à Fantie car cet excellent billet m'avait échappé, et bravo Christel, car cette distinction, entre le généreux "we" obamien et l'insupportable "je" autocentré de l'actuel président, est judicieuse et remarquable. Tout comme la lumière particulière que tu donnes à empowerment, qui implique l'individu, mais eu sein d'un groupe, une notion que ne comprendra jamais Artaban le minuscule, pour reprendre le sobriquet de Tony.