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Religion et école: une étrange proposition de loi

Comment comprendre qu’un projet de loi visant à «instituer un enseignement du fait religieux» vient d’être déposé par des députés UMP alors que cet enseignement est d’ores et déjà dûment programmé à la suite de la loi «Fillon» de 2005 ? Une proposition de loi tendant à «renforcer les cours d’instruction civique et à instituer un enseignement du fait religieux» a été présentée par une quarantaine de députés UMP et a été enregistrée le 5 février à la présidence de l’Assemblée nationale. L’exposé des motifs souligne que cette proposition de loi " s’inscrit dans le cadre du débat sur l’identité nationale […]. Comment nos enfants pourraient-ils appréhender notre patrimoine littéraire, architectural, artistique, les débats intellectuels et les luttes qui ont jalonné notre histoire, sans un minimum de culture religieuse ? " est-il dit. Et l’exposé des motifs conclut : " Régis Debray a su démontrer que cet enseignement était clairement différent d’une démarche prosélyte ".

 

Et, en effet, à la demande du ministre de l’Education nationale Jack Lang, le philosophe Régis Debray a publié dès mars 2002 un rapport intitulé " L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque ". Régis Debray, partisan selon sa formule d’une laïcité non pas d’indifférence à l’égard des religions mais d’intelligence, se prononce pour que le fait religieux soit abordé à l’école publique au nom même de la laïcité.

Par ailleurs, lors du débat parlementaire de février 2005 sur la loi d’orientation pour l’avenir de l’école, le député communiste Jean-Pierre Brard a proposé un amendement ainsi rédigé : "  Dans le monde d’aujourd’hui où le fait religieux marque tout à la fois l’actualité en permanence et constitue l’un des accès à la culture comme aux arts, la situation ne peut être jugée satisfaisante ". Et le député communiste Jean-Pierre Brard suggère donc "  d’organiser dans l’enseignement public la transmission de connaissances et de références sur le fait religieux et son histoire, dans le respect de la liberté de conscience, et des principes de laïcité et de neutralité du service public ".

Cet amendement est approuvé par le ministre de l’Education nationale François Fillon, puis voté par les députés de toutes sensibilités politiques.

 

Si l’on en juge – par exemple - par ce qui est immédiatement le plus significatif, à savoir les programmes d’histoire pour le collège parus au BO du 28 août 2008, cet amendement a bien eu des retombées précises dans les programmes scolaires.

Il est dit dans l’introduction au programme d’histoire de la classe de sixième que " la quatrième partie est dédiée à l’émergence du judaïsme et du christianisme, situés dans leur contexte historique : les principaux éléments de croyance et les textes fondateurs sont mis en perspective avec le cadre politique et culturel qui fut celui de leur élaboration ".

Un dixième du temps dévolu à l’enseignement de l’histoire en classe de sixième doit être réservé aux débuts du judaïsme ( en s’appuyant en particulier sur quelques uns des grands récits de la Bible étudiés comme fondements du judaïsme ) et un autre dixième du temps doit être réservé aux débuts du christianisme ( quelques uns des grands écrits du Nouveau Testament étant eux aussi étudiés comme fondements du christianisme ). De la même façon, en cinquième, un dixième du temps dévolu à l’enseignement de l’histoire est réservé aux débuts de l’islam ( quelques uns des récits de la tradition – du Coran – étant étudiés également comme fondements de l’Islam ). Et l’on pourrait multiplier les exemples de mises en œuvre préconisées.

 

Quel peut donc être le sens de ce projet de loi qui prétend ‘’instituer’’ un enseignement du fait religieux à l’école alors qu’il est d’ores et déjà dûment programmé ?. Doit-on pour en saisir le sens faire un sort particulier ( et lequel ? ) à une partie de l’exposé des motifs en faisant très attention à la façon dont ils sont exprimés : " La présente loi a pour objectif d’instituer une enseignement dans le cadre scolaire des religions et de leur pratique. L’apparition de la burqa en France traduit l’émergence d’une conception de la femme qui est étrangère à notre République et à ses valeurs. Elle peut exprimer un rejet ou une méconnaissance de notre culture. Pour éviter ce phénomène de refus ou, inversement, de stigmatisation, il est nécessaire de permettre une meilleure connaissance des religions présentes en France […]. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cet enseignement apparaît de plus en plus indispensable pour comprendre les valeurs humanistes de notre République ".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tous les commentaires

Oui, je partage votre questionnement ... La référence expresse à la burqa en dit long sur les motifs, tout en s'appuyant sur le motif féministe, mais est-ce bien la préoccupation de fond ?

 

Pour éviter ce phénomène de refus ou, inversement, de stigmatisation ...

Les deux, refus et stigmatisation, me paraissent par ailleurs aller dans la même direction.

 

Y a t-il dans cette proposition de loi des précisions sur les modalités pratiques de l'enseignement proposé ?

Non, aucune. Or, il est vrai que cela fait question ( une question difficile, et dont la résolution peut être variable, en ''sens'' divers...)

Je me demande si on ne passe pas de la tranmission des connaissances à l'idéologisation "républicaine"... Il ne s'agirait plus d'étudier et de comprendre le fait religieux en tant que tel mais de l'interpréter dans le sens des "valeurs humanistes", c'est-à-dire de le mettre au service de l'encadrement social ?

C'est effectivement une lecture qu'il ne me semble pas impossible de faire ( loin s'en faut ) en prenant en compte l'ensemble du texte des attendus de la loi, et son contexte actuel.

Etrange pour le moins, d'autant plus qu'il est question de supprimer l'étude du «La Méditerranée au XIIe siècle: carrefour des civilisations», et de la remplacer par celle de par «La civilisation rurale dans l'Occident chrétien médiéval,du IXe au XIIIe siècle».

Mais peut-être faudrait-il s'entendre sur ce que représente l'étude du "fait religieux" en classe d'histoire, car pour beaucoup de personnes déplorant que "les jeunes n'ont plus de connaissances religieuses", confondent  connaissances religieuses avec des rudiments de catéchisme catholique.

La question a été soulevée il y a une dizaine d'années à l'occasion de la en place en classe de seconde du  thème : " Naissance et diffusion du christianisme". Beaucoup de collègues -j'exerçais à l'époque- refusaient d'aborder cette question la considérant comme une atteinte à la laïcité," ne voulant pas dispenser des cours de catéchisme". D'autres se posaient des question relevant plus de la théologie que de l'histoire.

Ces types de positions révélaient  une carence très importante dans la formation des enseignants : comment aborder de manière historique la naissance et la consolidation d'une religion ?  Comment  montrer "la réussite d"une secte" pour reprendre la formule de feu Bruno Etienne.

 

Des conditions et lieux d'émergence, de mise en place, d'implantation, du rapport avec le politique, avec la société civile, les autres relgions, de la consolidation, de la  perpétuation...il était peu question .

Je ne crois pas que la situation ait vraiment évolué.

 

Proposition purement opportuniste. Vous remontez à 2002 mais déjà auparavant et à partir du rapport de Philippe Joutard publié en 1989 puis, par la suite, sous l'impulsion notamment de Dominique Borne, alors doyen de l'inspection générale d'histoire et actuellement président de l'IESR (Institut Européen en sciences des religions) les enseignants d'histoire  ont eu à traiter dans leurs programmes du fait religieux. Déjà les programmes du collège en vigueur à partir de 1995 évoquent explicitement les points à enseigner : dieux égyptiens, mythologie grecque, " Jésusdans son milieu historique et spirituel", le christianisme grec et sa diffusion, la chrétienté occidentale, Mahomet le Coran et sa civilisation etc...

Il est essentiel que cet enseignement d'histoire culturelle reste intégré aux programmes d'histoire, c'est là, dans un travail de contextualisation, qu'il trouve sa justification et son sens. L'imposer comme enseignement spécifique serait à mon sens une attaque contre la laïcité et en plus refusé par les parents d'élèves. Il n'est déjà pas toujours facile de faire admettre à certains qu'une cathédrale ou une mosquée sont des "faits historiques", que la Bible ou le Coran sont, à certains égards des documents d'histoire,  alors hors légitimité de l'histoire cela ne saurait marcher.

A mon avis, les députés ne doivent pas avoir connaissance des programmes  d'histoire!!! Comme le souligne Marie Lavin, le fait religieux est largement inscrit dans les programmes de la sixième à la seconde. A moins qu'il n'aient d'autres intentions moins compatibles avec la préservation de la laicité...

Cette question du fait religieux est toujours biaisée. Il est évident que les religions existent et sont donc un fait. Mais je doute que beaucoup de professeurs soient capables de l'enseigner de manière neutre, tout simplement parce qu'ils ne sont pas  compétents sur cette question. La seule possibilité légitime serait une approche ethnologique qui se fonderait sur un décentrement relativiste. Mais les ethnologues ne sont pas forcément un bon modèle non plus (ils reproduisent les cultures locales).

 

Quant à enseigner l'histoire du fait religieux dans une perspective de notre identité nationale, alors la solution est simple: elle correspond à la laïcité dont on se gargarise contre l'islam, alors qu'elle signifie justement la séparation, philosophique et politique, de la tradition intellectuelle par rapport à la religion (voir la problématique du fameux discours de Ratisbone du pape). Alors que ce qui est envisagé me semble davantage un retour au barresso-maurrassisme (je vous conseille le livre de Sternhell Maurice Barres et le nationalisme françaisir?t=micromegas03&l=ur2&o=8 sur ce sujet).

 

Et pourquoi donc les professeurs d'histoire ne seraient pas compétents pour enseigner, en historiens, le fait religieux qui caractérise les civilisations passées comme les sociétés contemporaines?

"Enseigner les religions en historien" voilà bien le fond du problème. Pour moi et dans le cadre de l'école laïque, l'enseignement de la religion ne peut se concevoir qu'historiquement, comme un fait de société. Rien de plus. Cela nécessite en effet une objectivité d'historien. Mais on sait bien qu'en matière de religion le prosélytisme ne tarde pas à montrer le bout de son nez. La vigilance s'impose !

Le seul élément nouveau introduit par cette proposition réside dans la référence à la burqa, son refus et sa stigmatisation... Enterrez le débat sur l'identité nationale, il revient par la fenêtre avec la complicité active des députés UMP instrumentalisés par un pouvoir aux abois. Va-ton s'y laisser prendre ?

Je crois comprendre que la "stigmatisation" que veulent éviter les auteurs de la proposition est celle des personnes qui rejettent ou méconnaissent "notre culture" ;  pour qu'elles l'admettent, celle-ci doit leur être expliquée. Excellente intention, à ceci près que le port de la burqua selon eux "traduit" une attitude plus générale : le refus de voir que, comme l'a expliqué le président (sans l'accord duquel des élus de "son" parti n'auraient sans doute pas pris leur initiative), cette culture s'inscrit dans le temps par ses racines chrétiennes et dans l'espace par les clochers (des minarets ne peuvent que "dénaturer" le paysage). On peut parler en effet de retour à Barrès et à Maurras.  

A une conception de la femme "étrangère à notre République et à ses valeurs",  les enseignants devront donc opposer, "aussi paradoxal que cela puisse paraître", la doctrine de saint Paul (que les femmes se voilent et se taisent dans les assemblées, qu'elles se montrent soumises à leur mari), et celle de Jean-Paul II, qui les a écartées à jamais de la prêtrise. Il s'agit bien "d'instituer" autre chose que ce que prévoient les programmes : un enseignement "du fait religieux" (et non "des religions") ne privilégiant a priori aucune d'entre elles (ni d'ailleurs la référence à une révélation par rapport à la libre pensée).

Il est vrai également que cette proposition s'inscrit dans le contexte du débat sur l'identité nationale, dont, après plusieurs "dérapages", elle confirme l'arrière-plan caché ou dénié. Mais du fait même elle est en train de perdre de son actualité.      

 

C'est, de toute évidence, une sournoise attaque contre l'école laïque, qui s'inscrit dans le prolongement des courbettes faites au pape, lors de sa visite tintamaresque.

1. je suis également surpris de l'intitulé du projet de loi

2. que la prise en compte du fait religieux ncessite des initiatives pour des raisons de culture, de citoyenneté et de capacité à vivre dans la pluralité, ne me semble pas impliquer de façon certaine un enseignement spécifique

3. qu'il faille l'insérer dans les programmes d'histoire semble cohérent, mais la littérature, voire les sciences de la nature et la philosophie surtout ont affaire aussi à ce thème. La conception de l'Histoire comme bon moyen de "tenir à distance" l'objet religieux n'est pas fausse...pourvu qu'elle ne soit pas une manière de la ramener à un plat positivisme. L'Histoire est inscrite dans le conflit des interprétations!

4. il me semble que les associations des enseignants d'histoire contestent la thème ruralité-catholicité-univers médiéval du nouveau programme, au motif qu"il fait l"impasse sur les relations avec l'Islam.


 

Personnellement, j'ai été surpris d'entendre, au journal de 20h, à propos de la catastrophe en Charente Maritime: "une messe solennelle sera célébrée pour trois des défunts, les familles des autres victimes ayant préféré les enterrer dans leur propre paroisse".

Pourquoi paroisse et non commune? Pourquoi partir du principe que tous les défunts sont catholiques et seront enterrés selon les rites de cette religion? Je doute que je journaliste ait vérifié auprès de chacune des familles si la personne décédée était bien catholique, ou protestante, juive, bouddhiste, musulmane, ou tout bonnement athée.

C'est donc un apriori - quand ce journaliste pense "enterrement" il ne pense qu'à l'église catholique.

Avec les nouveaux programmes d'histoire et le nouveau recrutement des enseignants (sans formation), ça ne risque pas de s'arranger. 

 

Je relaie volontiers cette supposition de Joël Martin:

Pourquoi "paroisse" et non "commune" ?

Peut-être parce que la Vendée n'est pas loin, avec son logo en forme de Sacré-Coeur et son vicomte de Villiers si fortement catholique.

 

 

Je me permets de mettre ici la réaction qui aurait été la mienne ce matin, si nous avions eu un peu plus de temps :

"C'est une pratique maintenant habituelle de la droite de faire des "réformes" et "propositions" de loi qui sont déjà appliquées :

- interdiction de la lecture globale par Robien (alors que plus personne ne l'utilisaitet que les programmes 2002 excluait déjà la méthode)

- la énième introduction de la marseillaise à l'école

- maintenant "l'introduction" de l'enseignement du fait religieux.

 (je ne cherche pas mais je suis sûr qu'il y en a d'autres)

Ce phénomène est à rapprocher des lois sur la sécurité où l'on vote une nouvelle loi  avant même que les précédantes aient été décrétées. 

 

Mais ici, ce qui est particulièrement imbuvable, c'est que cette décision ait été prise  pour remplir le vide du débat sur l'identité nationale où implicitement cette identité est assimilée aux réligions "traditionnelles" de la France (chrétiennes, voire juives). Où est l'enseignement de l'athéisme ? celui de l'agnostisme ? de la libre pensée ? du bouddhisme ? du catharisme et d'une religion républicaine ? 

Et pourquoi pas de la scientologie..." (je n'aurais certainement pas osé faire cette dernière remarque à l'antenne)

 

Le retour à l'obcurentisme n'est-il que le fait de la Sarkozie, ou un mouvement plus général? Je crains hélas que cette dernière proposition soit la bonne, et je me désole. Au secours, Voltaire & co, le monde plie toujours sous l'assaut des prédicateurs de tous bords!

Merci pour ce billet et cette information dont je n'ai entendu parler que mercredi midi avec votre chronique sur France Culture.

 

Un supplément d'info. pour montrer que cette question est déjà bien présente dans les programmes.

Dans les nouveaux programmes de Bac Pro 3 ans, nous avons un sujet d'étude qui s'intitule "La République et le fait religieux depuis 1880".

De plus dans ces mêmes programmes, nous avons à traiter des "valeurs" humanistes des Lumières en Lettres avec le sujet d'étude "Les philosophes des Lumières et le combat contre l’injustice".

Quant à la burqa (allons-y, rions, tellement c'est caricatural !), on peut très bien travailler la question de l'égalité homme/femme dans le sujet d'étude "Les femmes dans la société française de la Belle Époque à nos jours"

Je suis donc d'autant plus surprise de lire les propositions de ces députés... Mais enfin, y a-t-il des hommes politiques qui vont voir sur le terrain avant de nous "pondre" des propositions de loi concernant l'école ?

S'ils n'ont pas le temps, il leur suffirait de lire les programmes (ou de les faire lire par leurs "nègres") sur le site officiel du ministère : http://eduscol.education.fr/

 

Par ailleurs, si l'islam pose problème, j'invite nos élus à regarder le superbe documentaire de France 5 "Musulmans de France" qui montre comment la République coloniale a mis de côté sa laïcité pour "contrôler" les Musulmans (Mosquée de Paris et l'Hôpital Franco-musulman...)

 

Farida Gillot

 

 

"Mais enfin, y a-t-il des hommes politiques qui vont voir sur le terrain avant de nous "pondre" des propositions de loi concernant l'école ?". On dirait bien que non, on dirait bien aussi qu'ils ne prennent même pas la précaution élémentaire (que l'on exige des élèves) de vérifier les infos avant de légiférer. A moins que seul le cynisme et l'opportunisme ne les guident.

Ils sont allés à l'école, ils ont rencontré des profs une ou deux fois par an peut-être lorsque leurs enfants étaient en classe, cela leur suffit certainement pour juger de tout ce qui se passe de la maternelle à l'université, pour la formation des enseignants ou la suppression de celle-ci, les programmes des différentes matières, la façon de motiver des adolescents, etc.

Cher Sébastien Rome, vous avez entièrement raison, ces gens de droite disent absolument n'importe quoi sur l'Ecole et ses programmes. L'exemple significatif, quasiment carricatural c'était la méthode globale que je n'ai jamais vu appliquée en 30 ans de carrière et qui a  pourtant oocupé la scène politique pendant des mois!! Vous avez raison de dire qu'il y a d'autres exemples et je vous en ai trouvé un : la Shoah qu'il fallait absolument enseigner à l'école primaire et qui est dans les programmes depuis très longtemps et rappelée avec force dans les programmes de 2002.On pourrait aussi parler de l'éducation civique réinventée par Darcos! Je pense que ce nouvel amendement est encore un rideau de fumée pour amuser les journalistes et les opposants pendant qu'on va faire passer en douce la "réforme" judiciaire et autres reculs démocratiques!

Deux remarques :

 -J'ai suivi les travaux de Régis Debray et la peine qu'il a eue à faire entendre que "fait religieux" ne signifiait pas "religion". Entreprise non démagogique, ambitieuse intellectuellement et sans doute indispensable en son temps (pas si loin). Je ne sais ce qu'il pense de cette nouvelle mesure?

-Il est de plus en plus avéré que nous sommes gouvernés par des personnes ignorantes du fait scolaire...  Gouvernés comme au gouvernail, oui, au coup par coup, sans cap, sans instruments, sans route.

... Ils croient que l'Ecole, c'est Le lycée Papillon (connaissez-vous la chanson?). Un jour, ils découvriront qu'il faut des enseignants qui enseignent et qui sont formés pour cela. Je ne sais par quel fait divers la puce leur sera mise à l'oreille....

Merci, une fois de plus, Claude Lelièvre, pour votre vigilance. 

Les Dieux de la Grêce et de la Rome antiques que nous avons rencontrés dans nos classes de 6ème sont pliés de rire devant tant d'incompétence parlementaire! Par Bacchus et Toutatis,fouettons-les!

Je voulais parler des Députés? bien s^r!

  Et n'y aurait-il des valeurs humanistes que dans les religions ?

 Je suis d'accord avec Sébastien Rome .

La proposition de loi, dont le titre global est "  tendant à renforcer les cours d’instruction civique

et à instituer un enseignement du fait religieux"

est intégralement reproduite ci-après. Je crois que c'est important parce que si cela n'invalide pas nombre de remarques faites au-dessus, que l'on peut discuter, cela permet de s'interroger sur le procédé consistant à ne livrer ici qu'une partie de cette proposition. Je n'ose pas croire qu'il s'agit de susciter plus facilement la réprobation... Je pense que le soigneux et joyeux caviardage opéré par Claude Lelièvre mérite d'être révélé, afin de se faire une idée plus globale de la volonté des auteurs de la proposition. Cela ne leur donne pas plus raison ou tort, à mes yeux, mais fait un peu justice de leur volonté politique. La lecture du dispositif laisse tout de même une impression assez différente de ce que Claude Lelièvre en a sélectionné pour son public.

Voilà la proposition:

 

EXPOSÉ DES MOTIFS

MESDAMES, MESSIEURS, La présente loi vise à renforcer l’apprentissage à l’école et dans

l’enseignement supérieur d’un socle de valeurs communes.

Repli identitaire, violence dans le monde scolaire, sportif et

économique, dans le milieu hospitalier, plusieurs signaux doivent nous

alerter sur l’urgence de conforter les bases mêmes de notre société.

La France, de par son histoire et les valeurs universelles qu’elle porte à

travers le monde, se doit d’être exemplaire sur le plan du respect de la

dignité humaine. Encore faut-il que les comportements dans notre société

soient en cohérence avec ces valeurs. C’est pourquoi il importe qu’elles

soient davantage enseignées et expliquées afin qu’elles imprègnent

davantage les rapports entre nos concitoyens.

Notre société ne doit pas se résigner à voir ses enfants régler leurs

différends à coups de couteaux. Elle a la responsabilité de les aider à

maîtriser leurs instincts violents et à les éduquer à la courtoisie. Le lieu

privilégié de cet apprentissage reste la famille. Mais l’école peut les aider à

consolider cette éducation au respect de l’autre et à la civilité. Elle doit les

conforter à prendre conscience que leurs actes les engagent. La présente

proposition de loi vise à renforcer ces aspects dans les cours d’instruction

civique.

La présente proposition de loi s’inscrit aussi dans le cadre du débat sur

l’identité nationale voulu par le Président de la République et le

gouvernement. Elle a pour objectif d’instituer un enseignement dans le

cadre scolaire des religions et de leur pratique. L’apparition de la burqa en

France traduit l’émergence d’une conception de la femme qui est étrangère

à notre République et à ses valeurs. Elle peut exprimer un rejet ou une

méconnaissance de notre culture. Pour éviter ce phénomène de refus ou,

inversement, de stigmatisation, il est nécessaire de permettre une meilleure

connaissance des religions présentes en France. Régis Debray, dans son

rapport « L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque » remis en

février 2002 au ministre de l’éducation nationale, a expliqué l’importance

de cet enseignement. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cet

enseignement apparaît de plus en plus indispensable pour comprendre les

valeurs humanistes de notre République. Comment nos enfants peuvent-ils appréhender notre patrimoine littéraire, architectural, artistique, les débats

intellectuels et les luttes qui ont jalonné notre histoire, sans un minimum de

culture religieuse ? Régis Debray a également su démontrer que cet

enseignement était clairement différent d’une démarche prosélyte.

Le débat sur l’identité nationale intervient au moment où la sphère

économique traverse une crise provoquée, notamment, par des

comportements dénués d’éthique et du sens des responsabilités. Or, nos

grandes entreprises nationales ne sont pas épargnées par certaines dérives

qui consistent à considérer les êtres humains seulement à travers le prisme

de la rentabilité financière. La réponse à cette crise ne doit donc pas

seulement être économique. La France a vocation à faire rayonner dans le

monde un certain nombre de valeurs éthiques, de respect de la dignité

humaine et de la parole donnée, y compris dans les milieux économiques et

au sein des entreprises. C’est la raison pour laquelle la présente proposition

de loi vise à instituer dans le cadre scolaire un enseignement sur ces

différents aspects.

PROPOSITION DE LOI

Article 1er

L’article L. 121-1 du code de l’éducation est ainsi rédigé :

« Art. L. 121-1. – Les écoles, les collèges, les lycées et les établissements d'enseignement supérieur sont chargés de transmettre et de

faire acquérir connaissances et méthodes de travail. Ils contribuent à

favoriser la mixité, le respect et l'égalité entre les hommes et les femmes,

notamment en matière d'orientation. Ils concourent à l'éducation à la

responsabilité personnelle et civique. Ils participent à la prévention de la

délinquance et à l’apprentissage de la civilité. Ils assurent une formation à

la connaissance et au respect des droits de la personne ainsi qu'à la

compréhension des situations concrètes qui y portent atteinte, y compris

dans le monde de l’entreprise. Ils dispensent une formation adaptée dans

ses contenus et ses méthodes aux évolutions économiques, sociales et

culturelles du pays et de son environnement européen et international. Cette

formation peut comprendre un enseignement, à tous les niveaux, de langues

et cultures régionales. Les enseignements artistiques ainsi que l'éducation

physique et sportive concourent directement à la formation de tous les

élèves. Dans l'enseignement supérieur, il est prévu un enseignement sur la

responsabilité des personnes morales et sur l’éthique dans le monde du

travail. Des activités physiques et sportives sont proposées aux étudiants. »

Article 2

L’article L. 311-4 du même code est ainsi rédigé :

« Art. L. 311-4. – Les programmes scolaires comportent, à tous les stades de la scolarité, des enseignements destinés à faire connaître la

diversité et la richesse des cultures et des religions représentées en France.

L'école, notamment grâce à des cours d'instruction civique, doit inculquer

aux élèves le respect de l'individu, de ses origines et de ses différences. »

Article 3

Le premier alinéa de l’article L. 312-15 du même code est ainsi

rédigé :

« Outre les enseignements concourant aux objectifs définis à l'article L. 131-1-1, l'enseignement d'éducation civique comporte, à tous les stades

de la scolarité, une formation aux valeurs de la République, notamment du

respect de la personne humaine, à la connaissance et au respect des droits

de l'enfant consacrés par la loi ou par un engagement international et à la

compréhension des situations concrètes qui y portent atteinte. Dans ce

cadre est donnée une information sur le rôle des organisations non

gouvernementales oeuvrant pour la protection de l'enfant.

Article 4

Les charges qui pourraient résulter pour l’État de l’application de la

présente loi sont compensées à due concurrence par la création d’une taxe

additionnelle au droit visé à l’article 403 du code général des impôts.

Allo Claude Lelièvre,

Nous sollicitons de votre part une petite explication sur les 95% de la proposition de loi que vous avez oubliés lors de votre commentaire initial. 

Je ne réponds pas à tous les commentaires, loin s'en faut. Et je pense que pour cette fois aussi, comme souvent, chaque lecteur est tout à fait en mesure de faire son jugement en croisant les commentaires et le billet  initial. Comme vous m'interpellez à nouveau, je précise que s'il fallait pour chaque billet ( et en l'occurrence la situation de ce billet ne déroge pas à la règle ) donner l'ensemble du texte de référence, on serait foncièrement en dehors du fonctionnement de ce type de blog, à texte relativement court ( mais le plus souvent déjà  assez long par rapport à la plupart des autres blogs ). Je ne pense pas avoir ''caviardé'', mais mis simplement  l'accent sur l'un des aspects ( qui me semble majeur ) de ce qui m'apparaît toujours, quoi que vous en disiez, pour le moins curieux, voire assez ''suspect''.

J'en ai plus qu'assez d'entendre parler de religion. On nous gave de ça du soir au matin. La religion c'est comme les frites Mac Cain, plus on parle d'amour, moins on le fait!!!!

Paix sur la terre!Le religion n'est que guerre et division. Vive l'universalisme, l'humanité toute entière. Vive notre liberté de penser ! Nous n'avons pas besoin de ces dogmes pour sentir ce qui est bon! Religieux t'approche pas de mes enfants ou t'aura à faire à moi!

Je remercie Sylvain  Lovefab d'avoir donné le texte complet. Celui-ci cependant, comme lui-même semble prêt à l'admettre, n'invalide pas toutes les critiques faites auparavant.   

"La présente proposition de loi s’inscrit aussi dans le cadre  du débat sur l’identité nationale voulu par le Président de la République et le gouvernement. Elle a pour objectif d’instituer un enseignement dans le cadre scolaire des religions et de leur pratique. L’apparition de la burqa en France traduit l’émergence d’une conception de la femme qui est étrangère à notre République et à ses valeurs".  Omise par Claude Lelièvre, la première phrase reproduite ici me semble justifier que, malgré un contexte qui se veut en effet consensuel, on puisse, compte tenu des arrière-pensées révélées par Sarkozy et des membres du gouvernement ou des élus de sa majorité à l'occasion d'un débat qui lui aussi était censé rassembler, éprouver quelques soupçons. La troisième phrase les renforce en laissant entendre que la conception de la femme qui aujourd'hui "émerge" a toujours "étrangère" au catholicisme et  à la République.

Je relaie volontiers ce constat de Joël Martin

Sur une radio publique, dans la même séquence sur la tempête, un bon quart d'heure est consacré à une célébration religieuse et à peine une minute aux problèmes de reconstruction, de permis de construire en zone inondable et de solidarité.

Cherchez l'erreur...

Sur une radio publique, dans la même séquence sur la tempête, un bon quart d'heure est consacré à une célébration religieuse et à peine une minute aux problèmes de reconstruction, de permis de construire en zone inondable et de solidarité.

J'ai aussi remarqué, comme si tous les morts étaient catholiques et que ce soit l'info la plus importante.

     Attiser par tous les moyens des débats foireux, flatter le repli identitaire puis l'instrumentaliser, tenir des propos ambigus sur la laïcité pour plaire aux forces les plus rétrogrades, ...etc ... Tout cela est le signe de dirigeants prêts à tout pour trouver une diversion à leur faillite. Rien d' autre à chercher pour l' instant, me semble-t-il. Mais le plus grave pourrait venir.

Dans l'enseignement public italien, il y a des cours de religion (le prof de religion est du reste depuis peu mieux payé que ses collègues: l'église et Berlusconi se soutiennent)). C'est en fait un catéchisme vaticanesque.

(Plein accord avec bjm: avec notre radio publique actuelle , on a à peine besoin de radio notre dame. Exemple: alors que France Culture consacre une grande partie de la matinée du dimanche à des émissions religieuses, ce qui est justifié par d'anciennes obligations contractuelles, il faut que France Musiques en rajoute en programmant au même moment une émission sur la Bible. Et de tels accès de bigoterie sont fréquents. Le respect de l'auditeur est une valeur en baisse)

ce qui est excessif est insignifiant...

On revient toujours au même problème :  la laïcité permet le fonctionnement de la démocrati; elle ne signifie pas qu'il est interdit de parler de religion. Votre allusion au "jardin des dieux" de France Musique et aux séquences qui en ce moment illustrent le "cantique des cantiques" est simplement bouffonne et prouve qu'un peu d'initiation à l'histoire des religions vous aurait évité de dire des bêtises en pensant séfendre la modernité. Faut-il censurer la musique dite "sacrée" pour raison de loi de 1905? le père Combes doit se retourner dans sa tombe.

 

@ A. Rousseau. Je n'ignore pas qu'une bonne partie de la musique est d'inspiration religieuse. Quand je le pouvais, je traversais Paris pour aller écouter de la musique à Notre Dame ou à Saint Eustache. Et même, quitte à vous surprendre, j'ai passé une partie de ma vie à étudier des poèmes qui s'appuient sur la Bible. Ce que je dénonce, c'est le virage pris depuis que le chanoine de Latran est au pouvoir, et la sournoise prédication religieuse apparue sur nos radios publiques. La laïcité, c'est, me semble-t-il, le choix. L'émission, excellente en elle-même, sur Le Cantique des Cantiques me paraît être située le dimanche matin uniquement pour des raisons religieuses et je n'aime pas qu'on me l'impose au moment où France Culture retransmet la messe dominicale et autres émissions religieuses.

Quant à la "défense de la modernité", vous avez trouvé le mot juste pour qualifier cette affirmation.

 

Merci pour vos précisions et mes excuses pour le ton un peu survolté de ma première réponse. Pour ce qui concerne la programmation de France Musiques le dimanche, rappelez-vous, ce n'est pas d'hier qu'une émission y est consacrée à ce genre de musique; c'est là que j'ai découvert les cantates de Bach et les rad-soc qui peuplaient souvent les gouvernements  d'alors n'y voyaient pas de la "bigoterie". Au fond ce qui nous sépare c'est un degré de susceptibilité épidermique envers une attitude qui considère positivement le religieux.  M.Sarkozy incarne à peu près tout ce que je déteste en politique (et pas seulement en politique), mais la critique des ambiguités et des "à peu près" que contient son discours du Latran ne doit pas conduire à un "intégrisme républicain" qui sera un très mauvais contre feux.  La démocratie c'est ce qui se débarrase du "théologico-politique",  disait à peu près Claude Lefort); la manie de vouloir donner un fondement absolu à la république retombe dans un cléricalisme inavoué. Les "arrangements raisonnables" de nos cousins du Québec ont quelques longueurs d'avance - ce me semble - sur les défenses crispées de la laïcité. Ceci ne nous éloigne pas du sujet introduit par ce projet de loi, c'en est, à mes yeux, l'enjeu premier.

Reste donc entière la question de Claude Lelièvre (relayée par S. Rome de façon élargie) sur le sens de ces lois proposées qui semblent des redites.

Au delà de la question religieuse, la question de la fabrication de la loi et de sa fonction ....et en fond, la chute de la dimension symbolique d'une loi - la "loi" de plus en plus ramenée à la "règle" (circonstancielle) gommage inquiétant du symbolique dans la société .....

 

Oui, chère Marielle Billy, cela me paraît aussi une source non négligeable de préoccupations

Attention : la loi, convention/compromis ou nouveau sacré?   je vois bien comment la société a besoin d'interdits, mais l'autorité démocratique mérite d'être nue et doit le rester, pour que ce soit une délibération constante. Cf mes discussions lisibles ci dessus. La fragilité de la "laïcité" ne serait-ce pas qu'elle chausse les bottes du catholicisme pour défendre la démocratie ?

l

D'accord avec Marielle .

ah, là "on" est mal!

Cette proposition de loi n'apporte donc rien de positif à l'éducation de nos enfants. Elle est susceptible d'apporter un trouble manifeste sur les principes de laïcité, déjà mis à mal par nos gouvernants.

Je propose aux députés signataires de retirer cette proposition de loi et de contribuer à l'éducation citoyenne du citoyen Sarkozy en lui inculquant les principes énoncés en préambule de la loi :

...Elle (la société) a la responsabilité de les (les enfants) aider à maîtriser leurs instincts violents et à les éduquer à la courtoisie.

 ......crise provoquée, notamment, par des comportements dénués d’éthique et du sens des responsabilités....

La France a vocation à faire rayonner dans le monde un certain nombre de valeurs éthiques, de respect de la dignité humaine et de la parole donnée

D'accord mais le problème est que Sarkozy n'est plus citoyen, mais ROY

"un enseignement dans le cadre scolaire des religions et de leur pratique."

ce qui n'est pas du tout le même chose que'un enseignement du fait réligieux.

"un enseignement des religions et de leur pratique" : cela ressemblerait à quoi ?

la phrase qui me dérange : l'apparition  de la burqa traduit une conception de la femme étrangère à notre république et un homme en papillote ou autre traduit sûrement une conception de l'homme étranger à notre république.

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