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Des expressions détournées
Le débat sur l'Ecole est actuellement assez confus parce que nombre d'expressions sont détournées du sens qu'elles avaient à l'origine par une droite qui se fait fort de «brouiller les cartes» afin de mener à bien ce que Nicolas Sarkozy et Luc Chatel n'hésitent pas à appeler une «révolution silencieuse» (en «catimini»?).
La liste est trop longue pour être traitée de façon exhaustive. On commencera par « compétences », en se contentant de la très bonne mise au point faite par Philippe Watrelot ( des ‘'Cahiers pédagogiques'' ) le 3 septembre dans sa revue de presse. Il s'agit de sortir en effet d' « une confusion établie entre deux objets distincts. D'un côté, la dérive technocratique observée avec les "livrets de compétences" où, dans une sorte de taylorisme pédagogique (les "usines à cases" ), on découpe le travail en savoir-faire ou en "micro-compétences" évaluables ; et, de l'autre, la logique du travail (et pas seulement de l'évaluation...) par compétences. Tous les pédagogues qui travaillent dans cette direction savent bien que cela consiste à identifier des "ressources" (savoirs, savoir-faire, habiletés, capacités...) que l'élève doit ensuite mobiliser pour réaliser une "tâche complexe" qui est bien la meilleure vérification de l'aptitude à penser ». Et Philippe Watrelot de conclure que l'intérêt de certaines mises en cause actuelles « des compétences », c'est que cela « va ( peut-être) amener les pédagogues et tous ceux qui se sont saisis de cette logique du travail par compétences à préciser leurs objectifs et à apporter des réponses à cette interpellation ». On ne saurait mieux dire.
L'autonomie : des établissements, des équipes pédagogiques ou des chefs d'établissement ?
L'autonomie, dans le domaine scolaire, c'est historiquement l'idée de faire confiance ( individuellement et collectivement ) aux éducateurs ( et en premier lieu aux enseignants ) pour qu'ils accomplissent leurs tâches en tenant compte des élèves qu'ils ont ( dans le cadre des programmes nationaux ; et avec la protection de leur statut de fonctionnaires pour ce qui concerne l'Education nationale ). Comme l'a dit très clairement Martine Aubry dans son interview au « Monde » du 1° septembre, « la revalorisation des enseignants c'est, outre les salaires, faire confiance, en donnant aux enseignants une plus grande autonomie pédagogique, pour qu'ils puissent se concerter et travailler en équipe, partager et transmettre les initiatives qui marchent et qu'il faut mutualiser. Valoriser, c'est considérer les enseignants comme de vrais concepteurs de leur métier ». Il s'agit donc bien d'une autonomie pédagogique, et non pas d'une autonomie managériale.
Ce qui est développé par la droite, au contraire, dans le cadre d'une politique néo-libérale, c'est la mise en concurrence des établissements ( favorisée par la disparition progressive de la carte scolaire ) avec un rôle accru des chefs d'établissement. On notera que Bruno Lemaire, qui a été chargé de présenter le projet de programme de l'UMP à son rassemblement de Marseille le 2 septembre, a été très net sur ce point : « nous voulons une vraie autonomie pour les chefs d'établissement ».
La ‘'personnalisation''.
C'est une expression qui vient historiquement de la gauche ( via certains pédagogues ; même si, un temps, l'expression de ‘'pédagogie différenciée'' a eu tendance à la supplanter ). Elle est actuellement mise en exergue par Nicolas Sarkozy et Luc Chatel . Elle figure aussi à sa façon dans le programme du PS ( « il faudra généraliser la pédagogie personnalisée » ) et plus encore dans les déclarations de Martine Aubry ( cf sa « Lettre aux Français » : « je souhaite réduire drastiquement l'échec au collège grâce [ notamment ] à la personnalisation des parcours scolaires et des pédagogies ».
Le sociologue Pierre Bourdieu ( qui ne peut un seul instant être soupçonné d'être dans la mouvance du néo-libéralisme ) disait que l' « indifférence aux différences » a pour effet de favoriser de fait les enfants de catégories socio-culturelles favorisées. Mais encore faut-il que ce souci des ‘'différences'' n'aboutisse pas à'' figer'' les différences, en les ‘'naturalisant'' dans un souci de simple ‘'adaptation'' aux élèves ( qui peut contribuer à les ‘'différencier'' encore davantage ) au lieu d'une'' prise en compte'' des ‘'différences ‘', mais pour mieux les surmonter.
Si l'on peut se permettre la métaphore de la navigation à voile, il y a une différence entre « s'adapter » au vent ( aller, simplement, dans le sens du vent ) et « tenir compte » du vent ( et avec le plus grand soin, comme par exemple, lorsqu'il s'agit de progresser « contre le vent » mais en'' louvoyant'' sans renoncer au cap fixé, pour progresser effectivement vers le cap fixé ).
Si l'on en juge - par exemple - par « les dispositifs en alternance » ( qui sont autant de pré-orientations ) annoncés au BO du 1° septembre pour les deux dernières années du collège, la « personnalisation » , c'est avant tout « l'adaptation » pure et simple au ‘'sens du vent'' pour la droite. Pour la gauche, on est sur le versant opposé, à savoir celui de ‘'tenir compte'' du ‘'sens du vent'' afin de progresser effectivement vers le cap fixé ( à tous et pour chacun à la fin de la scolarité obligatoire ).
La ‘'révolution'' ou la ‘'refondation'' ?
Le 11 juin dernier, Nicolas Sarkozy a prétendu que la ‘'personnalisation'' de l'éducation serait la « troisième révolution », « après celle de Jules Ferry et celle de la ‘'massification'' ». Il y a tout juste un an [ le 28 août 2010 ] le ministre de l'Education nationale Luc Chatel affirmait déjà que « sans bruit, une véritable révolution s'opère sons nos yeux : nous sortons d'une approche quantitative du ‘'toujours plus'' pour aller vers le ‘'toujours mieux''. Une révolution silencieuse ». Et ce 1° septembre, à l'occasion de sa conférence de presse de rentrée, Luc Chatel a repris le thème de la « troisième révolution », celle de la « personnalisation ».
Comme pour toute « révolution », il s'agit bien sûr de « changer de base » ; mais « silencieusement », car l'enjeu est en réalité de saper les bases mêmes du service public d'éducation.
Cette entreprise est déjà tellement bien entamée qu'il ne saurait suffire de corriger ou d'infléchir ce qui est en route, mais qu'il est nécessaire de « refonder l'Ecole » pour être à la hauteur du défi. « Refonder l'Ecole » c'est renouveler ses fondements en les retrouvant ( ce n'est pas « changer de base » ) et en les mettant en œuvre à hauteur du XXI° siècle, pour le XXI° siècle .
La « refondation de l'Ecole » est le maître mot qui a été lancé fin août par Martine Aubry. La « révolution » celui, semble-t-il, de Nicolas Sarkozy et de Luc Chatel. Mais, le 2 septembre, au rassemblement de l'UMP à Marseille, Bruno Lemaire ( chargé de la présentation du projet de l'UMP ) a lancé qu'ils avaient « cinq ans pour refonder l'éducation ». Un brouillage récurrent incessant ?


Les 4 commentaires les plus recommandés
Je me permettrai de rajouter qu'il y a une belle confusion, dans les discours officiels, entre le concept de « personnalisation » (qui prend en considération la personne, sa personnalité, son originalité, sa singularité humaine) et celui de « l'individualisation » (qui ne considère que l'individu au détriment de ce qui fait le lien collectif et le vivre ensemble). Ce lui de l'individualisation fait intégralement partie des fondamentaux de la panoplie idéologique des néolibéraux, au même titre que le principe de la primauté de la loi du marché pour toutes les affaires humaines (ici : suppression de la « carte scolaire »).
À cet égard, Jean-Pierre Obin, dans sa préface au projet pour l'école d'Arnaud Montebourg, livre une analyse très éclairante de tous ces enjeux, à l'échelon international comme à l'échelon français. Dès lors, on peut considérer qu'il y a bien chez nous une manière d'offensive idéologique programmée, obstinée et ambitieuse d'une certaine droite contre l'école de la République telle qu'elle s'est développée jusqu'aux années 2000.
Comme vous l'analysez fort justement à propos de l'école,les mots dans la bouche des hommes et femmes au pouvoir sont devenus des pièges.
En faussant ainsi délibéremment le contrat implicite qui existe entre nous grâce à notre langue,ils prouvent leur mépris du peuple français et leur dangereux cynisme avec les dégâts qui s'observent et s'accumulent au fil des jours et qui sont autant de preuves de la justesse de l'analyse.
Il nous reste,dès qu'ils parlent à chercher le piège,à décrypter et à alerter.
La priorité du "socle", c'est à dire les connaissances de bases du type "savoir lire écrire et compter" affirmée par les récents ministres Darcos et Chatel (qui ne possèdent pas eux-même complètement ce socle, car ils se plantent, qui dans des règles de trois, qui dans le futur antérieur...) se fait au détriment des activités d'éveil.
On revient à l'enfournement du savoir au détriment de la réflexion et de la découverte.
L'antique bourrage de crâne type entonnoir menace de tuer la pédagogie.
C'est revenir à la notion de "l'instruction publique" au détriment de "l'éducation nationale."
Quelle régression, de la part de gouvernants qui se proclament "modernes et innovants"!
PS - Et voilà que nos gouvernants préconisent le retour de la morale.
Hélas, pas plus que le socle, ils ne la possèdent, la morale. Un Woerth, un Chirac, un Gaymard, liste non exhaustive, sans compter les "pas vus pas pris", devraient balayer devant leur porte et songer à donner l'exemple à nos cher têtes blondes si vulnérables devant ce "Faites c'que j'dis, faites pas c'que j'fais."
J'ajouterai à votre liste la différence entre le goût d'apprendre qui est le goût de cultiver son propre champ et le goût du savoir qui est le goût d'acquérir les outils nécessaires pour s'approprier le champs des autres.
Tous les commentaires
****** Il faut toujours creuser au fond des mots et les mettre en perspective pour les décrypter vraiment !!!!!
D'acord avec vous, grain de sel.
Voir aussi ces 2 articles traitant du gloubi-boulga éducatif :
- "Le jargon des enseignants"
- "Le jargon de l'EducNat"
Je me permettrai de rajouter qu'il y a une belle confusion, dans les discours officiels, entre le concept de « personnalisation » (qui prend en considération la personne, sa personnalité, son originalité, sa singularité humaine) et celui de « l'individualisation » (qui ne considère que l'individu au détriment de ce qui fait le lien collectif et le vivre ensemble). Ce lui de l'individualisation fait intégralement partie des fondamentaux de la panoplie idéologique des néolibéraux, au même titre que le principe de la primauté de la loi du marché pour toutes les affaires humaines (ici : suppression de la « carte scolaire »).
À cet égard, Jean-Pierre Obin, dans sa préface au projet pour l'école d'Arnaud Montebourg, livre une analyse très éclairante de tous ces enjeux, à l'échelon international comme à l'échelon français. Dès lors, on peut considérer qu'il y a bien chez nous une manière d'offensive idéologique programmée, obstinée et ambitieuse d'une certaine droite contre l'école de la République telle qu'elle s'est développée jusqu'aux années 2000.
Sur l'individualisme, lire le texte de Durkheim L'individualisme et les intellectuels (1898) qui le défend contre ses adversaires antidreyfusards (à l'époque). Comme quoi, les mots peuvent être détournés par tout le monde !
Très bonne analyse des mots.
Et :
"L'école est devenue un service, où l'on accède au savoir sans apprendre".
L'école n'est en effet plus l'école de la réflexion.
"Apprendre à penser" devrait être élémentaire. Mais est-ce que les enseignants ont eux-mêmes atteint le "stade du miroir" (Lacan) ?
La refondation de l'école doit passer par la "réflexion" (non plus raconter, mais dire).
Merci pour ce billet trés intéressant et qui touche positivement mes valeurs fondamentales.
Cordialement
Merci , bravo , Claude , pour ce billet ! Un ++ pour la " personnalisation " et la " révolution " .
Progresser vers le cap fixé à tous et pour chacun jusqu'à la fin de la scolarité obligatoire...
Nous ne voulons pas de cette révolution de Sarkosy destructeur du service public mais une refondation à la Langevin Wallon pour notre siècle .
Il n'y a pas que la droite qui sache jongler avec les termes. . Et il n'y a pas que pour l'école. . jpylg
Cher M. Lelièvre, je vous communique ce lien :
http://www.refondation-ecole.info/
pour que vous le fassiez suivre à Titine. Je peux me tromper, mais je ne crois pas qu'elle approuve cet appel. Alors qu'elle cesse d'appeler refondation ce qui sera du déclin rénové si elle (*) est aux affaires en 2012.
(*) Où d'ailleurs n'importe quel autre candidat de l'UMPS.
Comme vous l'analysez fort justement à propos de l'école,les mots dans la bouche des hommes et femmes au pouvoir sont devenus des pièges.
En faussant ainsi délibéremment le contrat implicite qui existe entre nous grâce à notre langue,ils prouvent leur mépris du peuple français et leur dangereux cynisme avec les dégâts qui s'observent et s'accumulent au fil des jours et qui sont autant de preuves de la justesse de l'analyse.
Il nous reste,dès qu'ils parlent à chercher le piège,à décrypter et à alerter.
Et à propos du mépris du peuple français, puis-je me permettre ce lien vers une chronique magnifique de Michel Serres ? : (à écouter et réécouter...)...
Le sens de l’info
Michel Polacco
Entretien
chaque dimanche entre les deux Michel : le regard hebdomadaire
analytique mais distancé et volontairement décalé du philosophe Michel
Serres qui répond à Michel (...)
Dernière chronique : 12:00- Le Peuple (Rediffusion du 19.06.11)
Bien cordialement à tous,
J'ajouterai à votre liste la différence entre le goût d'apprendre qui est le goût de cultiver son propre champ et le goût du savoir qui est le goût d'acquérir les outils nécessaires pour s'approprier le champs des autres.
Merci de remettre les pendules à l'heure.
A propos de personnalisation, la notion même de projet d'école ou de projet d'établissement me semble extrèmement porteuse de cette ambiguité.
Quel projet d'école est envisageable pour une école de quartier pauvre ?
Ce projet d'école joue de plus en plus le rôle de plaquette publicitaire.
Dans un système sans carte scolaire, l'usager (on dira bientôt le client) saura vite lire dans le projet d'école si telle ou telle école mérite qu'il y investisse dans l'avenir de sa progéniture, ou si au contraire elle s'est laissée enfermer dans son ghetto, réduisant sa population scolaire aux enfants dont les parents n'ont pas la possibilité d'aller voir ailleurs (privé, ou centre ville).
La carte scolaire n'était déjà pas tellement garante d'une mixité sociale à l'école, mais sa disparition enterrine cette ségrégation. Le projet d'école devient la carte de séjour de l'établissement, son faciès.
On voit bien, par exemple en collège, des établissements de quartier difficile qui ne savent plus quoi inventer pour redorer leur blason (leur projet d'établissement) et attirer ou conserver les "bons élèves".
Mais plus grand monde n'est dupe, surtout quand parallèlement on instaure des évaluations qui donnent lieu à une publication statistique des résultats, établissement par établissement.
La priorité du "socle", c'est à dire les connaissances de bases du type "savoir lire écrire et compter" affirmée par les récents ministres Darcos et Chatel (qui ne possèdent pas eux-même complètement ce socle, car ils se plantent, qui dans des règles de trois, qui dans le futur antérieur...) se fait au détriment des activités d'éveil.
On revient à l'enfournement du savoir au détriment de la réflexion et de la découverte.
L'antique bourrage de crâne type entonnoir menace de tuer la pédagogie.
C'est revenir à la notion de "l'instruction publique" au détriment de "l'éducation nationale."
Quelle régression, de la part de gouvernants qui se proclament "modernes et innovants"!
PS - Et voilà que nos gouvernants préconisent le retour de la morale.
Hélas, pas plus que le socle, ils ne la possèdent, la morale. Un Woerth, un Chirac, un Gaymard, liste non exhaustive, sans compter les "pas vus pas pris", devraient balayer devant leur porte et songer à donner l'exemple à nos cher têtes blondes si vulnérables devant ce "Faites c'que j'dis, faites pas c'que j'fais."
Même programme chez Martine Aubry : "Pour entrer en sixième, il faut savoir lire, écrire, compter, cliquer et même avoir quelques notions d'anglais."
Retour au XIXème siècle.
Le PS est devenu depuis peut-être trente ans un parti de plus en plus réac, tout comme l'UMP et le FN. Un parti incapable de promouvoir pour l'école une réelle démocratisation.
Sur instruction publique et éducation nationale, il faudrait d'abord savoir que "éducation nationale" est d'origine fasciste et qu'en ne le rejetant pas, le PS fait le jeu du FN.
Voir à ce sujet :
Education vs. Instruction : 2 "axiomes" à discuter
''Spinoza'', on pourrait dire, après d'autres, que "tout ce qui est excessif est négligeable", mais quand même...Le ministère de l'''Instruction publique'' a été dénommé ministère de l''''Education nationale'' par le ministre ( radical-socialiste ) Anatole de Monzie en 1932 ,et non pas dans des perspectives ''nationalistes'' ou ''patriotiques'' mais dans le cadre de la recherche de l'''Ecole unique'', comme on disait alors ( d'un système scolaire unifié dirait-on aujourd'hui ). Et ce n'est pas parce que, lorsque une ordonnance de 1824 a pour la première fois détaché l'Instruction publique du ministère de l'Intérieur et a créé un ministère autonome dénommé "ministère des Affaires ecclésiastiques et de l'Instruction publique" ( dont le premier titulaire a été Monseigneur Frayssinous, un ultra-royaliste patenté ), que j'aurais un seul instant l'idée de prétendre que la notion d'Instruction publique est liée au cléricalisme ou à l'ultra-royalisme...
Merci pour ces éclaircissements tellement bienvenus en cette période de confusion généralisée. Je rappelle que cette déviation du vocabulaire, cette perversion de leur sens premier, cette captation par la droite de termes qui appartiennent à la tradition de la gauche ont été magnifiquement analysées par Hannah Arendt dans son livre sur le totalitarisme. Et qu'il y a là un vrai danger dans la mesure où les medias, dans leur ensemble, ne prennent jamais la peine de revenir sur les sens des mots que les politiques et eux-mêmes utilisent. A ma connaissance, La Croix est un des rares journaux qui donnnent régulièrement des définitions des mots qui sont au centre des débats.
Même parmi nous, j'entends les gens de gauche, un tel travail est nécessaire et mettrait un terme à bien des conflits inutules !
A quel livre d'Hannah Arendt faites vous allusion ?
Je n'ai encore rien lu de ses oeuvres, celui-ci m'intéresse.
Les origines du totalitarisme, tome 3 Le système totalitaire, publié dans la collection Points Seuil, Politique n°53
Bonne analyse de C. Lelièvre. La métaphore du "vent" est bienvenue pour mettre en lumière le détournement de sens opéré par la clique au pouvoir. Il faut donner plus d'autonomie aux enseignants pour qu'ils puissent personnaliser accompagner les élèves tels qu'ils sont et les faire advenir. La politique managériale du chiffre qui avance plus ou moins cachée est une escroquerie intellectuelle quand elle prétend faire une révolution de personnalisation. Ceci suppose des enseignants formés et reconnus... on en est loin. La politique du "cliquage" des compétences est encore une escroquerie. C'est tellement plus facile à informatiser et à fliquer (cf agenda électronique); elle va à l'encontre d'une véritable formation et construction des connaissances.Entrer ( ce qui signifie que c'en est une parmi d'autres) dans la pédagogie autour de compétences c'est vouloir donner du sens à une politique contractuelle avec chaque élève, c'est se poser la question du développement de capacités intellectuelles et sociales, c'est s'interroger sur la construction des savoirs (cf didactique), c'est susciter l'envie d'apprendre, c'est accompagner l'élève dans sa compréhension du monde, c'est prendre en compte la complexité du développement d'un jeune et les conditions de l'émergence du savoir mais ce n'est pas formater des élèves, ce n'est pas automatiser la chaine des connaissances, ce n'est pas manager une classe d' individus interchangeables, ce n'est pas s'inscrire dans une logique utilitariste suscitée par les livrets de compétences. Mais le combat doit porter sur la revalorisation du travail des enseignants et des élèves, sur les conditions de celle-ci, c'est un combat contre une logique de démolition du système éducatif pour le plus grand profit de quelques uns, c'est une résister au néolibéralisme ambiant.
@ Joël Martin se méfier des mots pour moi "éducation" ça veut dire qu' on est poli,qu'on connaît les régles de bienséance . Quand on dit il est bien éduqué:ça veut dire qu'il sait se tenir en société .Si non, on dit il est instruit ou cultivé ce qui n'est pas la même chose que "éduqué" qui donne un goût de formatage . Les enseignants, ils sont là pour cultiver, instruire, ouvrir l'esprit des élèves et non pour les formater . Ils sont là pour enseigner .
Les enseignants ne sont ni des éducateurs,ni des assistantes sociales, ni des gendarmes , ni des juges . EEt j'ai comme l'impression qu'on mélange tout ..
Belange, ok, mais les mots ont plusieurs sens, éduquer, du latin ex ducere, conduire dehors, sous-entend aussi préparer l'autonomie. C'est le sens du mot éducateur. On ne peut pas faire plus positif que préparer l'autonomie.
Instruire, c'est bien aussi, mais ça n'implique que remplir de connaissances .
Je viens de recommander ce commentaire.
L'autonomie de savoir se débrouiller au chômage ( qu'on soit diplomé ou pas )parce qu' en fait le problème il est là et mettre la faute du chômage sur le dos de l'école est un peu facile . Et il nre faut pas croire que l'école va régler tous les problèmes .
Si instruire = remplir de connaissances, bourrer le crâne, alors vous ne savez pas vraiment ce qu'est savoir. Vous confondez savoir quelque chose et avoir une information sur quelque chose.
Enseigner ou instruire, ce n'est pas juste transmettre des informations. Cela, un ordinateur peut le faire.
A lire: "LQR La propagande au quotidien" de Eric HAZAN. Instructif.
Analyse au combien éclairante!
M Aubry en parlant d' "autonomie" ne fait que préparer le terrain à l'allongement du temps de présence des enseignants sur le lieu de travail. J'y suis favorable depuis très longtemps. Mais que M Aubry cesse de tourner autour du pôt. On ne pourra travailler en équipe pédagogique complête et de manière régulière qu'en touchant aux emplois du temps et en incluant ces réunions d'équipes aux emplois du temps. Et donc au statut de 1950.
La société des agrégés a déja dit NIET!
M Aubry doit cesser de prendre les enseignants pour des demeurés. On a compris ce qu'autonomie pédagogique signifiait dans sa bouche. Je le redis: j'y suis favorable. Mais je ne supporte pas que la candidate PS que vous soutenez ne le dise pas clairement.
Amitiés
Christophe
Chris! Au lieu de participer, collectivement, à une clarification nécessaire face aux détournements de sens opérés par la droite et ses soutiens, vous songez avant tout à autre chose!. Moi, qui ne suis militant d'aucun parti, cela m'étonne toujours. D'autant que Martine Aubry, dans son interview au "Monde" du 1° septembre s'est exprimée là-dessus : "Je négocierai avec les enseignants un nouveau contrat, dans lequel je leur donnerai la capacité d'innover, de travailler collectivement et d'adapter leur métier aux besoins", car, "ils le savent d'ailleurs très bien et, pour l'immense majorité d'entre eux, c'est déjà le cas, le travail des enseignants ne se termine pas quand ils ont fini de corriger leurs copies. Ce qu'il faut, ce qui doit changer, c'est que ce temps de concertation pour mener des projets, pour accompagner les élèves individuellement, pour recevoir des parents soient plus clairement définis et que l'organisation de leur métier réponde à ces objectifs. Je souhaite engager avec eux, dès le lendemain de la primaire, une large concertation. Les sujets, nombreux, sont sur la table et seront au coeur du contrat que nous passerons avec eux".
Les propos sur le sujet de M. Aubry ne rassurent pas, je ne vois pas vraiment la différence avec la droite.
@Chris
Je réprouve ce genre de commentaire récupérateur.
La priorité, c'est les mômes, pas les chicayas politicardes.
La confusion est certes dans les mots et peut-être aussi dans les niveaux d'analyse. Il y a un effet étabissement qui n'est pas de l'autonomie de direction mais qui donne tout son sel au travail de direction. Il y a une "crise de l'école" à laquelle heureusement ne se réduit pas la vie d'une école. Le fond véritable des problèmes est à mon avis dans des questions d'ordre social. La "reproduction" des différences sociales par le système scolaire qui se serait encore accrue est insupportable et les familles qui en font les frais ne sont pas dupes.
Article un peu facile. Compétences, personnalisation, révolution et refondation sont des termes déjà tellement vagues et galvaudés, qu'il n'y a aucun mal à les détourner encore plus. Par exemple, révolution : quel rapport entre 1789, la révolution néo-conservatrice (!) ou la "révolution" des ayatollas ? La "refondation sociale" du Medef n'a rien de réjouissant etc etc.
"Article un peu facile"
Article au contraire pertinent qui dénonce, en montrant comment certains les détournent, des formulations aussi prétentieuses que vides qui visent à amoindrir encore un peu plus le service public.
Chatel est un ministre d'opérette, qui a dirigé les "ressources humaines" d'un parfumeur de luxe, ce qui à l'évidence l'imposait comme le meilleur ministre possible de l'Education dite nationale...
Le livret de compétences est aux écoliers ce qu'était l'antique livret de l'ouvrier.
Un boulet.
Le fichier "Base-élèves" est la mise en code-barre de nos enfants.
Les évaluations en CM2 sont comme un thermomètre mal étalonné : on note de façon binaire (une faute ou douze fautes rapportent la même "note") des réponses à des questions que les élèves n'ont pas encore étudiées.
Le ministère marche sur la tête.
Hélas, c'est de l'avenir de nos mômes qu'il s'agit.
Donc à terme celui de notre pays.
Je ne suis pas sûr que le Ps ne veuille pas faire la même chose mais de façon plus perverse encore . Car pour trarvailler en é quipe , recevoir les parents en équipe toujours, indibidualiser l'enseignement , il faut avant tout reconstruire nos écoles c'est à dire faire des locaux adaptés .
révolution : changer de base et comme le dit Claude Lelièvre , il s'agit en fait de saper les bases du service public .
Je reconnais beaucoup de chose dans ce billet.
D'abord une métaphore que vous appréciez tant, celle de la navigation à la voile contre le vent. Vous l'avez fait mienne et je trouve qu'elle aide grandement quand le vent en sens contre se lève (vais-je l'écrire sur mon tableau pour en faire une maxime à apprendre pour mes élèves ?).
Je reconnais aussi une discussion qui court beaucoup entre les personnes qui pensent une autre école que celle de Darcos-Sarkoy-Chatel. Je pense d'abord à Angélique del Rey qui découvre, après la parution de son livre, que le terme libéral de "compétences" rencontre celui des pédagogies Freinet. Je pense à la discussion que nous avons eu avec Dominique Momiron quand il est passé à Lodève ou encore celle j'ai pu avoir avec les abonnés de Mediapart à Buoux. Philippe Watrelot l'évoque directement, ou indirectement, dans les informations sur le monde de l'éducation qu'il livre. Les acteurs de l'Appel des appels ont aussi fait des remarques dans ce sens sur d'autres domaines.
Merci d'avoir fait cette synthèse ramassée et utilisable comme un couteau suisse.
Je crois qu'à partir de ce billet que je peux renouveler à Dominique Momiron, une demande que je lui avais adressé. Les inspecteurs ont été piégé par ce vocabulaire qui bien souvent les placent du côté des assaillants libéraux, sans même qu'ils en aient toujours conscience. "Tableau de bord", "objectifs", "projet d'école ou de circonscription", "évaluations", "livret de compétences"...sont autant de mots pollués. Il est indispensable qu'une réflexion s'ouvre sur l'utilisation d'autres mots dans les rapports inspection/enseignant. La confiance pour une refondation ne passera qu'à ce prix là. Et ce serait faire preuve d'une...résistance, voire d'une...désobéissance discrète de la part des inspecteurs qui préparerait une autre école.
Visiblement, au vu de la dernière remarque de Claude (et, en creux, celle de Chris), travailler sur les mots sera aussi une necessité incontournable de la prochaine présidentielle.
Merci pour ce billet.
"travailler sur les mots sera aussi une nécessité incontournable de la prochaine présidentielle"
Oui.
Par exemple, au lieu de hurler "casse-toi, pauvre con !", énoncer fermement :
"Sarko, dégage!"
Cher Sébastien,
Pour répondre à ta question dans l'immédiat, je peux citer quelques-uns des articles de notre charte pour une éthique des corps d'inspection :
« 2-a) Adopter un langage clair et accessible, tout en cherchant à promouvoir une terminologie professionnelle raisonnée.
2-b) Présenter et expliquer sans ambiguïté les objectifs et les modalités de nos actions.
2-c) Pratiquer le dialogue interactif et prendre le temps nécessaire à l'écoute et à la compréhension de son interlocuteur.
2-g) Distinguer la présentation des instructions officielles et l'expression éventuelle de points de vue, en toute honnêteté intellectuelle et sans déroger au principe de neutralité du service public. »
Merci. Mise au point vivifiante.
Je me permets d'ajouter à cet édifiant inventaire, un autre concept aussi habilement récupéré et que honteusement détourné, celui de MIXITE
> voir l'article sur mon blog : "Au nom de la mixité"
la révolution silencieuse pourrait en déclencher une plus bruyante.
http://www.snalc.fr/affiche_article.php?actu=1&id=636&id_rep=281
Merci pour l'analyse.
"Autonomie" : le serpent de mer, pas à la rubrique institution scolaire, mais en ce qui concerne les enfants, les élèves. Comment peut-on parler d'autonomie à leur sujet ? Une escroquerie biologique et psychologique présente dans pratiquement TOUS les projets pédagogiques sous peine de les voir "recalés".
Et Martine Aubry, donc...