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Temps scolaire: arrêtons la catastrophe!
Le CRAP-Cahiers pédagogiques vient de lancer avec l’historien de l’éducation Antoine Prost ( qui avait dénoncé dans le " Monde " du 28 mai un " Munich pédagogique " ) un appel à pétitions contre la réduction à moins de 140 du nombre de jours de classe annuel à l’école primaire.
La durée annuelle de la présence des élèves du primaire en classe n’a cessé de diminuer depuis un peu plus d’un siècle. L’arrêté du 4 janvier 1894 définissait très précisément la durée de l’année scolaire et les périodes de vacances : six semaines de grandes vacances en été, une semaine à Pâques ( plus quelques congés extraordinaires : le Jour de l’An et son lendemain, le lundi de Pentecôte, le lendemain de la Toussaint, le jour de la fête patronale de la commune, le jour de la fête nationale ). L’horaire scolaire hebdomadaire est de 30 heures, réparties sur 5 jours ( lundi, mardi, mercredi, vendredi et samedi, le jeudi restant libre pour une éventuelle instruction religieuse ). La durée de l’année scolaire est donc de 1338 heures ( en 223 jours de classe ).
Les grandes vacances sont prolongées de deux semaines en 1922, et la durée annuelle d’enseignement est limitée à 1260 heures sur 210 jours. En 1938 et 1939, sous le Front Populaire, nouvelles réductions ( notamment en raison de deux semaines supplémentaires de grandes vacances accordées aux instituteurs, plutôt que des augmentations de salaires substantielles ) : 1128 heures dans l’année en 188 jours. Les vacances de Noël sont créées. La trame fondamentale qui sous-tend encore actuellement notre découpage de l'année scolaire est désormais en place :Toussaint, Noël, Mardi Gras, Pâques, vacances d’été ( du 15 juillet au 30 septembre). De petites diminutions de jours de classe ont encore lieu en 1950 et 1966, et l’on se retrouve avec une durée d’enseignement de 1080 heures par an réparties en 180 jours.
En 1969, l’arrêté du 8 août du ministre de l’Education nationale Olivier Guichard abaisse l’horaire hebdomadaire de classe à 27 heures, de façon à libérer le samedi après-midi pour permettre " aux maîtres de consacrer à leur perfectionnement pédagogique un temps équivalent à trois heures par semaine ". Le syndicat national des instituteurs ( le SNI ) rappelle dès le 9 août qu’il revendique " 27 heures de travail par semaine pour les maîtres comme pour les enfants ". Il obtient rapidement gain de cause. La durée de l’année scolaire est fixée à 975 heures. La loi d’orientation promulguée le 14 juillet 1989 ramène l’horaire hebdomadaire d’enseignement dans le primaire à 26 heures, afin que les instituteurs puissent avoir du temps dégagé pour leurs concertations d’école et de cycles.
Fin septembre 2007, alors qu’aucune organisation ne le demandait, le ministre de l’Education nationale annonce sa décision de supprimer les classes du samedi et de réduire la semaine à 24 heures pour les élèves ( quatre jours de 6 heures), les enseignants gardant un service prévu de 27 heures.
Ainsi, en un peu plus d’un siècle, la durée obligatoire annuelle de présence en classe des élèves de l’école primaire est passée de 1338 heures à environ 850 heures. Aux quelques interrogations qui ont suivi, Xavier Darcos a répondu que nous restions avec un horaire annuel parmi les plus élevés d’Europe.
Sans doute. Mais c’était faire l’impasse sur une question très importante lorsqu’on prend en compte les travaux des spécialistes des rythmes scolaires, à savoir que notre journée scolaire est trop longue ( et nettement plus longue en général que celle d’autres pays comparables), ce qui ne rend pas optimum - loin s’en faut – le cadre des apprentissages. Alors que dans nombre d’autres pays, le nombre de jours de classe ( heureusement moins longs ) est aussi heureusement plus élevé ( 188 en Finlande, 190 en Grande-Bretagne, 200 en Italie et au Danemark, 210 au Japon contre…140 désormais en France) . Il paraît que c’est " l’élève ", " l’apprentissage ", le" Savoir "qui est "au centre"du système éducatif et des décisions !
Quelques extraits de la pétition ( http://www.cahiers-pedagogiques.com ) : " Avec la suppression de deux heures de classe dans l’enseignement primaire et la semaine de quatre jours, une catastrophe est en marche [ …]. On réduit la durée de l’enseignement avec des programmes plus lourds encore, où il faut emmagasiner toujours plus de connaissances […]. Les enseignants du primaire sont inquiets, car ils mesurent mieux que quiconque l’impossibilité de faire plus avec moins ; et ils savent qu’on les rendra responsables, demain, des échecs de l’école […]. Certes on nous dit que les enfants en difficulté bénéficieront de deux heures de ‘’soutien’’ : manière de les mettre à part, qui sera sans doute inefficace, surtout si on rallonge encore la journée des écoliers […] La prise en charge de tous les élèves pendant les 26 heures, quitte à réaménager l’année scolaire, ou à travailler plutôt le mercredi matin que le samedi, est nécessaire pour que tous progressent et apprennent… ".


Tous les commentaires
Merci de toutes ces infos. Ma mignonne veut maintenant abandonné son métier ! Moi je me demande pour quelles raisons les parents ne réagissent pas ? Sont-ils à ce point désemparés qu'ils en oublient le nombre d'heures passées sur les bancs de l'école ? Pourquoi tant de haine, de défiance face à l'autorité du maître ? Que faut-il faire ? Mais au fait quels motifs ou arguments avance Xavier Darcos pour cette diminution de jours de présence ?
Bonsoir Vous mettez le doigt sur le noeud de cette réduction : faire porter aux enseignants la responsabilité de l'échec scolaire et des apprentissages. J'invite les lecteurs à lire l'ouvrage de Naomi Klein sur l'exemple de la dispartion des écoles publiques en Louisiane ( la stratégie du choc -Actes Sud). Pourquoi les parents ne bougent pas ? D'abord parce qu'ils ont besoin de leur petit confort : plus décole le samedi c'est une matinée où il ne faut pas se lever; pour certains c'est le week assuré à la maison de campagne. Mais, direz vous, tous n'ont pas une maison de campagne? En effet mais écoutez les parents parler des enseignants et observez leur comportement avec leur enfant. Les parents sont majoritairement contre les enseignants : ils critiquent les apprentissages, les sujets étudiés, les corrections, les méthodes d'apprentissage. J'en parle en connaissance de cause : je m'occupe d'une association de parents d'élèves; et j'avoue : les parents sont insupportables. En outre aujourd'hui ils couvrent systématiquement leur enfant qui ne vient pas au lycée : impressionnant le nombre de certificat de médecin, parfois pour 2 heures d'abscence !!! Alors que les heures de cours dimineent, va tout à fait dans leur sens. Pessimiste ? peut-être.
La direction nationale de la FCPE ( l'une des deux grandes fédérations représentatives de parents d'élèves de l'Ecole publique ) s'est clairement élevée contre cette décision de réduction du temps scolaire lors de son annonce. Mais il ne s'en est pas suivi une mobilisation des parents d'élèves, en particulier pour sauver les classes du samedi. Xavier Darcos savait d'ailleurs qu'il jouait à ce sujet sur du velours: selon un sondage SOFRES, il apparaissait que 80% des parents se déclaraient "opposés" à ce qu'il y ait classe le samedi matin dans l'enseignement primaire.
Je découvre ce nombre de jours 140 ... comparé aux 188 de la Finlande où le Ministre s'est pourtant rendu pour trouver de bonnes idées et revenir médusé par les bons résultats des enfants de ce petit pays. Le complément à 365 est de 225 jours où beaucoup d'enfants s'ennuient et sont occupés par la télé essentiellement et l'insignifiant. Il y a évidemment un consensus sur des motifs opposés pour cet état de choses ; il y une fatigue qui unit parents, enseignants, hommes politiques, une sorte d'à quoi bon informulé au lieu d'un goût le l'avenir. Nous sommes résignés ; nous n'avons plus l'énergie de la confiance en soi ni le souvenir du passé de nos parents ou grands-parents souvent gens de peu et qui n'auraient imaginé espérer ce que nous avons. Nos têtes sont encombrées de schémas, de revendications, de jalousies à travers lesquels nous ne comprenons plus pourquoi agir c'est vivre, pourquoi créer rend content, transpirer parfois aussi. Bien sûr vous direz qu'il y a des exceptions que l'on présente toujours en contrepoint en fin de journal télévisé. Il n'en demeure pas moins que le râle profond de la nation qui se plaint sature tout l'espace public. Le laisser aller se paye : comment aujourd'hui demander 60 jours de présence de plus aux enseignants. Dans le domaine de l'urbanisme on a laissé construire loin des service publics et des zones d'activités, ne savait t-on que l'essence allait coûter de plus en plus... ; 70 milliards de niches fiscales ( + 50 % en 5 ans ). Le bon sens bien le mieux partagé disait Descartes nous a quitté... Adieu, nous y sommes tous pour quelque chose . Peut-être faut-il imaginer un refondement sur un rigueur et une sobriété heureuse ? Qui incarnera le message ?
La journée française est très mal faite, et pas seulement à l'école: aussi pour tous ceux qui travaillent. Comme vous le précisez avec vos exemples étrangers, la journée devrait être plus courte, et les vacances moins longues, pour un total annuel pas trop lourd mais pas si réduit que l'actuel (et l'intervalle entre deux classes différentes aussi ne devrait pas être si long, comme en France où il coïncide avec les grandes vacances).
Beaucoup de Français ont du mal à imaginer faire plus de journées, parce que c'est leurs journées hyperlongues et mal foutues qu'ils n'imaginent pas multiplier. La journée d'un élève finlandais (Finlande = premiers au classement mondial des meilleurs élèves) comporte une pause-repas entre 11h et midi, puis le dîner en famille, quand tout le monde est rentré de l'école et du boulot, c'est entre 17h et 18h, et non à 20h comme en France. APRES le dîner, vers 18h30, on peut avoir toutes sortes d'activités, sport etc.
En France, cette facon paisible et optimisée d'organiser son temps du soir, est remplacée par les deux heures d'embouteillages automobiles ENTRE MIDI ET 14H (!!!) ce qui repousse tout le reste, notamment le stress, le sentiment que les journées sont interminables etc etc (c'est toute une perception du monde, ça va loin). Tout ça pourquoi? Parce que faire la journée continue est impensable pour les Français, sauf ceux de la Région Parisienne.
Ce que vous dénoncez à juste titre dans votre billet, ça tient à toute une mentalité, une manière de concevoir la vision de la journée, une manière de profondément et inconsciemment détester sa lourdeur. Le même constat pour le printemps français qui est toujours sacrifié. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point un peuple qui ne peut profiter du printemps (parce c'est là qu'il travaille le plus dur, et les élèves préparent les examens) est un peuple de déprimés qui n'arrivent plus à prendre les bonnes décisions. Et la suite logique: L'été à rallonge, pas de vrai repos dans une fureur et une chaleur à crever, Bison Fûté et le mois d'Août opération France morte, etc, et les élèves qui ont tout oublié à la rentrée.
Pour changer l'école, il faudrait d'abord que la société le veuille bien.
Avant de lire cet article, en accord complet avec les arguments d'Antoine Prost, j'avais envoyé ma signature à cette pétition. En fait, ce sont les parents débordés, pressés de rejoindre leur résidence secondaire, qui sont au centre du système scolaire. Ils pourront toujours rattraper les heures perdues par des cours particuliers. Tant pis pour les enfants de milieux populaires. Il faut un vrai sursaut pour défendre l'école et la rénover en soutenant les enseignants dans leur action éducative. Les soutenir, pas les critiquer perpétuellement devant les enfants qui perdent confiance dans le système scolaire. Il faut réformer l'école, la rendre plus attractive, mais pas en poussant les élèves dehors. Darcos pense qu'il faut travailler moins pour progresser plus. Ca peut marcher dans les beaux quartiers où domine l'économie du rentier, pas dans les quartiers populaires où les parents, qui doivent travailler plus pour gagner la même chose, n'ont pas la possibilité d'encadrer leurs enfants.
Oui, et encore ce n'est même pas si sûr pour les plus favorisés. Une autre ''contradiction'' est d'ailleurs à souligner: la démarche pédagogique privilégiée dans les "nouveaux programmes" de Xavier Darcos, est celle de la répétition, de l'exercice redoublé, voire du ''par coeur''. Cela demande beaucoup de temps ( si possible correctement ''fractionné'' ) . Cela pouvait être mis à peu près en oeuvre quand il y avait beaucoup d'heures d'enseignement distribuées sur beaucoup plus de jours. Or, on ne saurait trop le répéter, la durée obligatoire annuelle de présence en classe des élèves de l'école primaire est passée progressivement en un siècle de 1338 heures à 850 heures ( plus du tiers de diminution ), pour un nombre annuel de jours de classe passé, lui, de 223 jours à 140 jours ( plus du tiers de diminution également..).
En plus de la pétition, il y a une initiative marrante ici: http://nuit.des.ecoles.over-blog.com/ Que la force soit avec eux!
Parler des rythmes de l'enfant, de l'enfant au centre du système éducatif devient à peu près aussi exotique que de parler de la qualité de la vie. Les ministres parlent chiffres, ce qu'on peut traduire avec peu de chance de se tromper par :économie sur le dos du bien public. Le bel objectif d'Antoine Prost "Moderniser sans exclure" semble relégué à la préhistoire de la préhistoire. Si le train bouge, quelques effets de perspective peuvent toujours donner l'impression que c'est vers l'avant. Serge Koulberg
La seule motivation du gouvernement est la suppression des postes en masse dans le public. Donc en baissant le nombre d'heures de cours et en allégeant les programmes ont peut faire de grosses économies pour réduire le déficit de l'état et c'est très bien pour alléger la charge de travail de nos chers petits qui sont si maltraités en France... C'est de l'illusionisme !! Notre président est un illusioniste et rien d'autre !! Pendant qu'il nous amuse avec une main n'oubliez pas de regarder ce qu'il fait avec l'autre main. Il détruit tout le service public car il veut une France complètement libérale !! L'intérêt des enfants et le déficit de l'état il s'en fout ! Le déficit il a augmenté pendant cette première année Sarkozy ! C'est un idéologue illusionniste qui nous gouverne.!!
Cet aménagement des horaires de classe est la conséquence logique de la diminution de 11.200 postes d'enseignants. Mais, dans l'enseignement privé, donc majoritairement catholique ( à 95 % ) je n'ai lu nulle par qu'il serait également soumis à ces privations.
Cet aménagement des horaires de classe est la conséquence logique de la diminution de 11.200 postes d'enseignants. Mais, dans l'enseignement privé, donc majoritairement catholique ( à 95 % ) je n'ai lu nulle par qu'il serait également soumis à ces privations.
Si c'est lié à la question de la diminution de 11 200 postes d'enseignants et à celles qui sont prévues pour les années qui viennent ( et je partage cet avis) , c'est d'une certaine manière indirectement: le manque de réactions vives et franches à la suppression des classes du samedi et à la diminution de la durée de deux heures par semaine de la présence des élèves dans l'enseignement primaire permet d'entreprendre plus facilement une diminution des horaires hebdomadaires des élèves dans le secondaire ( en particulier dans les lycées ), mais n'entraîne pas ipso facto une diminution des postes dans le primaire lui-même.
Je prie de m'excuser pour les dérapages précédents...
Merci à Claude Lelièvre pour ce rappel de l'histoire de notre école trop souvent ignorée de nos contemporains. Juste quelques remarques complémentaires : bien sûr, cette réduction du temps scolaire pour les enfants du primaire a aussi et peut-être même surtout pour objectif de permettre de réduire le nombre d'enseignants. Pas en primaire, puisque ça ne diminuera pas le nombre de classes, mais pour le secondaire, dans un second temps. En effet, l'allègement du nombre de cours annoncé par Sarkozy dans sa "lettre aux éducateurs" concerne aussi le secondaire (Collèges et Lycées). Et là, la diminution du temps scolaire permettra de réduire sensiblement le nombre des profs. Ce qui a été dit sur les conséquences néfastes de cette généralisation de la semaine de 4 jours en primaire, sans refonte de l'année scolaire, est très juste. Notre ami Hubert Montagner, spécialiste des rythmes biologiques, s'est élevé depuis des années contre la semaine de 4 jours. Je signale aussi les travaux de François Testu, qui a travaillé sur les rythmes psychologiques et a publié avec Roger Fontaine un ouvrage très documenté, Pourquoi il faut changer l'école, il y a quelques années. Il semble qu'il soit épuisé, mais je viens de voir qu'il vient de sortir un nouvel ouvrage avec Roger Fontaine et d'autres auteurs, Rythmes de vie et rythmes scolaires : Aspects chronobiologiques et chronopsychologiques, chez Masson. Je pense qu'il y a repris ses critiques très pertinentes sur la répartition du temps scolaire en primaire. Que la réduction du temps scolaire en primaire réponde à une demande de nombreux parents (pas seulement de ceux qui partent en week end, je le vois bien dans les villages de ma région), mais aussi à celle de nombreux Institutrices/teurs, est certain. La FCPE a protesté (sauf la responsable IDF, d'ailleurs) mais la PEEP s'en réjouit. C'est l'une des caractéristiques du gouvernement que de noyer ses "réformes" dans des mesures démagogiques (ex : moins de profs ça permettra des économies dont une partie servira à mieux payer les profs "méritants"). Il y a cependant une conséquence que je n'ai pas trouvée dans les diverses réactions lues jusqu'à présent : c'est le fait que libérer du temps scolaire (en primaire comme en secondaire) va dans le sens des souhaits des officines de cours particuliers. J'ai tenté, il y a plusieurs années, de diffuser les recherches de Belges (Nico Hirtt et de Sélis, notamment) sur les projets de la commission "éducation" de l'E.R.T. (lobby très actif à Bruxelles) Voir sur http://assoreveil.org/ert.html notamment. Je pense que mes amis ont eu tort de ne pas prendre ces projets au sérieux. Ils avancent toujours, en catimini. Il y a une convergence d'intérêts financiers et d'idéologie néo-libérale dont on peut voir les effets au Japon par exemple. Changer l'école ? " Il faut savoir que les choses sont sans espoir. Et tout faire pour les changer." écrivait Rainer Maria Rilke. J'aime beaucoup la devise des Cahiers Pédagogiques "changer l'école pour changer la société, changer la société pour changer l'école". Mais plus l'urgence est évidente, plus la réaction se fait virulente. J'en profiter pour signaler que le réseau REVEIL que j'anime organise, sur une idée de Hubert Montagner (qui réagissait au rapport Bentolila sur l'enseignement de la langue française en maternelle) voir sur http://assoreveil.org/rapport_bentolila_reponse_hmontagner.html - une conférence de presse sur l'éducation, le 23 juin prochain à l'Ile St Denis. Les conférenciers seront Albert Jacquard, Edgar Morin, Hubert Montagner et Jacques Pain. Peut-on espérer une bonne couverture par la presse ? Pour l'instant, peu de réponses aux invitations lancées. Pas plus que de la part des mouvements d'éducation populaire, ou des mouvements qu'Edgar Morin désigne comme "les contre-courants régénérateurs" invités. Présentation de cette manifestation sur http://assoreveil.org/lettre_5-8.html . A cette même adresse, on trouvera une défense des petites écoles rurales par le Collectif Ecoles de proximité. Et une pétition contre leur mort programmée. Et puisqu'on est dans les pétitions, il y a aussi celle contre la fermeture du collège rural pionnier de la Maronne (Cantal) sur http://www.lapetition.com/sign1.cfm?numero=1802 A propos de la suppression des classes du samedi après-midi en 69, Claude Lelièvre attribue cette mesure à Guichard. J'étais à l'époque dans le Haut-Rhin et un peu à l'origine d'une décision d'un collectif, en mai 68, qui avait décidé que les Instits consacreraient leur samedi après-midi à leur formation continuée par des réunions qu'ils organiseraient entre eux, à l'instar de ce que nous faisions à l'ICEM, le jeudi matin en général. Cette décision avait été approuvée par l'IA, Bernard Pagnier, l'un des plus intelligents que j'ai rencontré dans ma carrière - il a d'ailleurs payé son attitude en 68 en étant expédié à la Direction du CNEC (devenu plus tard le CNED) sur intervention du député gauliste Bourgeois du 68. Ce même député, avait obtenu du Ministre, Edgar Faure, dans mon souvenir, que les tous Instits du 68 soient obligés de revenir aux 30 heures par semaine. Ceci au cours du 1er trimestre 68/69. Et au début de l'année, le Ministre, Edgar Faure toujours, avait, me semble-t-il, officilialisé le samedi après-midi libéré pour permetre la formation continuée. Mais comme rien n'avait été organisé pour cela, cela s'est soldé par une réduction de 3 heures du temps hebdomadaire de travail des Instits. Qui en ont profité, comme tout le monde, pour aller faire leurs courses... La réduction du temps scolaire à 26 heures avait pour but de libérer un samedi matin sur 3 pour permettre cette formation continuée. Là encore, rares sont les IEN qui utilisent tout ce temps pour la formation de leurs maîtres !
Merci pour ces précisions historiques ( j'en ferai bon usage ), qui ont encore leurs enjeux actuellement. Merci aussi pour les autres informations et les liens proposés
Le samedi matin était l'occasion pour mes enfants de travailler parfois en décloisonnement de classes. C'était la possibilité pour eux de s'exprimer dans des ateliers tels qu'informatique, théâtre, arts plastiques, confection des cadeaux du marché de Noël, confection des cadeaux de la fête des pères et des mères et chant. Cette dernière activité (répétition donc tous les samedis matins) donnait lieu fin juin à une chorale de toute l'école primaire dans l'église du village. L'église était archi-comble (d'auditeurs), c'était magnifique. Merci, Xav, d'avoir saccagé tout cela. Et merci à tous ceux et toutes celles qui ont maintenant LEUR WEEK END BIEN A EUX. Ah oui, j'oubliais, on m'a récemment dit qu'il fallait vivre avec son temps et qu'il fallait aussi penser aux familles recomposées... Tu parles d'un argument à la c... Je rejoins aussi la réaction d'Alexander Scott.
Je viens de lire la dérnière note de Claude Lelièvre publiée pendant que je rédigeais ma réaction. Je partage, bien entendu, tout à fait son avis.
J'observe, en tout cas, que la comparaison avec d'autres pays a complètement remplacé la référence à notre histoire administrative, que Claude Lelièvre sait si bien nous remémorer. À propos d'histoire, il ne faut pas oublier que cette suppression du samedi matin intervient après des années de cafouillage sur le temps scolaire. Un peu partout en France, le « calendrier dérogatoire » (quatre jours d'école, avec une réduction proportionnelle des jours de vacances) tendait à remplacer le calendrier ordinaire, alors que le collège et le lycée ne connaissaient que ce dernier. Par ailleurs, certaines communes pratiquaient un calendrier mixte (deux samedis matin travaillés). La demande sociale allait vers la libération complète du week-end et un allongement de la journée scolaire, afin de calquer l'emploi du temps des enfants sur celui des parents. Les spécialistes en rythmes scolaires avaient beau préconiser exactement le contraire, ils n'ont pas été écoutés. Il est vrai qu'une organisation différente aurait exigé une réorganisation complète du fonctionnement des écoles et des structures d'accueil extra-scolaires, avec des dépenses trop importantes pour les municipalités. La décision unilatérale de Xavier Darcos, pour surprenante qu'elle soit, atteint à la perfection plusieurs objectifs : - uniformiser les différents calendriers, sans imposer de charge supplémentaire à l'Éducation nationale ni aux communes ; - satisfaire les demandes des parents fortunés ; - imposer aux enseignants une obligation de résultat ; - réduire les redoublements ; - rendre les réseaux d'aide aux enfants en difficultés obsolètes, en vue peut-être de les supprimer. Les enseignants du premier degré ne se font aucune illusion à ce sujet ; ils savent que cette réforme, qui pourrait leur sembler favorable, ne vise qu'à les affaiblir. La voie est ouverte, désormais, pour une école à deux vitesses : pendant que les instituteurs de l'enseignement public s'occuperont des élèves en difficulté, les gosses de riches pourront mettre à profit le temps libéré pour toutes sortes d'activités enrichissantes…
nous sommes le pays du paradoxe : le plus grand nombre de jours de congés et le plus grand nombre d'heures travaillées ( enseignants et élèves) de la maternelle à l'université ( semestres de deux mois) ! voilà une sélection qui ne dit pas son nom car le temps est une sanction très lourde pour ceux qui n'ont rien d'autre et voilà que l'on supprime à nouveau des heures hebdomadaires . ( voir l'Allemagne juste à côté) Qu'on le dise franchement !!!!! que veut-on ? Une école publique lente et une école moins publique rapide pour ceux qui comprennent vite, ont des arrières ou de l'argent ( ce qui souvent revient au même)? Ah si : pour ceux qui ont des problèmes avec l'enseignement, la culture et l'école en général, on leur rajoutera des heures : "Karim y joue pas? - non il a des cours !!!! - il est nul alors?
Quelques précisions : Précisions administratives Malgré l'annonce faite d'un calendrier unique, il reste de larges marges de manœuvre pour établir tous les calendriers aménagés possibles (étalement de la semaine sur 9 demi-journées, réduction des vacances..). Il faut comprendre que les réalités du terrains sont très différentes d'une école à une autre et qu'il est impossible de faire un même calendrier pour tout le monde. Ceci est noté dans les circulaires envoyées aux Inspecteurs d'Académie. Vous pouvez la télécharger à cette adresse : http://dl.free.fr/mUblYrV3q/SAMEDIMATIN.pdf De ce fait, les Inspecteurs d'Académie (sorte de préfets de l'Education) et les Inspecteurs de circonscriptions (sous-préfets) interprètent à leur guise le texte. Dès septembre, il existera déjà des variations importantes dans les calendriers : certains Inspecteurs veulent une semaine à 4 jours, d'autres veulent que le mercredi matin soit travaillé, d'autres que les deux heures en plus (pour les élèves en difficulté) soient réparties de telles ou telles façons. Bref, le grand "cafouillage" est déjà de retour. En fait, ce texte est l'occasion pour chacun de montrer son pouvoir sur l'organisation de l'école. (Précision : notre Inspecteur d'Académie est pour la semaine de 4 jours) Précisions personnelles Après avoir été longtemps contre la suppression du samedi matin, j'y ai trouvé une utilité sociale qu'il ne faut pas négliger : il simplifie la garde d'enfants en cas de séparation des parents. Or, cela, pour l'équilibre de l'enfant et des familles ne peut être négligé. Pour cette raison, la suppression du samedi matin est une avancée sociale tout en étant un recul dans l'organisation de la semaine de travail des élèves. Quand on sait que l'augmentation des divorces a eu des effets qui sont mal mesurés aujourd'hui sur l'augmentation de la pauvreté, la précarisation de l'emploi, la pénurie du logement...si à tout cela on peut parvenir à soustraire les carences affectives. Ceci aurait dû impliquer de répartir autrement le temps de travail des élèves. La journée (6h) est bien trop longue pour des élèves, c'est une évidence. En fait pour beaucoup d'élèves ce n'est pas 6 h mais 10 h ! Il faut compter le temps de garderie, d'études et de cantine, tout ce temps où l'on dit à l'enfant de se tenir ! Cette densité nuit au travail des élèves mais aussi des enseignants. De ce fait la journée du mercredi est une rupture qui devient salutaire. Les élèves et les enseignants enchainent les phases de sprints et de repos alors que l'éducation est une course de fond. Notre système marche sur la tête. la précipitation et le manque de préparation de cette suppression du samedi matin (l'annonce est faite en septembre, les circulaires arrivent au compte goutte depuis fin mai !) n'a pas permis aux équipes de construire un projet porteur pour les élèves. Modestement, je testais mes collègues pour étaler la semaine sur 9 demi-journées. Ils étaient plutôt contre car ils estimaient que la mesure n'avait pas été faite pour les élèves : "pourquoi seul les enseignants devraient penser au rythme des apprentissages quand nous sommes si méprisés ? " Ceci dit, je me donne pour objectif de convaincre mes collègues (et ceux des 5 autres écoles + la mairie) de faire cours le mercredi matin. L'idée serait, dans un travail concerté, d'articuler scolaire et peri-scolaire de manière à inclure les élèves qui "seront" exclu du système scolaire. La première étape pour moi a été de conduire la mairie à créer une commission extra-municipale sur le rythme de l'enfant. Je me donne un ou deux ans pour parvenir à convaincre tout le monde Enfin, pour me prendre un peu pour un ministre de l'Education, je crois que le "deal" (voila que je parle le sarko) 9 demi-journées de classe (24h ou 26h, je ne fais pas le difficile) + une obligation de présence de 2h30 le mercredi après-midi, en contre partie d'une hausse substantielle de salaire*. les conséquences de ce "deal" aurait eu des effets bénéfiques sur l'enseignement. Ceci permettrait de mieux apprendre à travailler en équipe, de créer de véritables moments de retour sur la classe, des préparations plus fines car confrontées avec le travail des autres. (*en fait, il pourrait y avoir d'autres avantages que des hausses de salaires comme une médecine du travail, un comité d'entreprise, des chèques-emploi services offerts par l'administration ou des chèques restaurants, une véritable liberté pédagogique, un meilleur taux d'encadrement des élèves...)
je crois avoir dépassé les 500 mots...
Juste une remarque Sébastien à propos de "La journée (6h) est bien trop longue pour des élèves […]. De ce fait la journée du mercredi est une rupture qui devient salutaire." Le problème ici étant que la rupture du mercredi soit salutaire. On ne devrait pas en avoir autant besoin, de ce "salut du mercredi", et pour pouvoir s'en passer, la solution c'est que la journée ne soit pas si longue, d'une part, mais aussi qu'il y ait plus de jours travaillés dans l'année, c'est-à-dire moins de vacances.
Ce dont les enfants ont le plus besoin selon moi pendant toute la scolarité, c'est une saine continuité (contrairement aux successions de sprints et de repos que vous dénoncez justement), pas seulement en termes de semaine, mais aussi en termes d'alternance mieux pensée entre périodes travaillées et périodes de vacances dans une année.
La coupure estivale aussi est trop longue, et pour elle aussi, comme pour le mercredi, c'est une "rupture salutaire" (l'année étant si épuisante) qui ne devrait pas avoir besoin d'être si longue, si seulement l'année ne semblait pas si lourde et épuisante.
Merci de préciser ma pensée. Par contre, la coupure estivale reste nécessaire si les écoles ne sont pas climatisées. Il est impossible (dans le sud, je ne sais pas dans le nord) de travailler en été. La température est bien trop élevée (parfois dès le matin, selon l'orientation de la classe).
Il me semble que le débat – intéressant – sur les rythmes scolaires doit aussi être replacé dans le cadre général de la politique menée ( ou plutôt à mener ) pour l’enseignement primaire. Si l’on suit de près les résultats de la recherche en la matière, il apparaît qu’il faudrait assurer toute leur place aux apprentissages des écoles maternelles et élémentaires, renforcer leur cohérence, prendre le temps de l’explicitation des attentes et de la régularité du travail demandé aux élèves, mieux répartir les enseignements sur la semaine et l’année. On en est encore loin ; et l’on doit dire que nombre des mesures prises récemment ( qu’il s’agisse des « nouveaux programmes » du primaire ou des « rythmes scolaires » ) ne vont pas dans le bon sens, loin s’en faut. Cela devrait interpeller au plus au point les enseignants , les parents et tous ceux qui sont attachés à l’Ecole publique. Il est temps que s’organise une réponse ( voire une résistance ) cohérente à ces dérives et à ce manque d’ambition au moment même où l’on prétend refonder l’école primaire ( une « petite révolution » selon Nicolas Sarkozy ).
merci aux auteurs des précédents commentaires de rencentrer le débat sur les rythmes scolaires, et non plus sur les parents, boucs émissaires d'un système déliquescent.... et puis franchement, à l'heure des privatisations tout azimut, vous pensez franchement qu'ils y tiennent, nos dirigeants, à la petite « révolution » de l'école primaire de la République ?
Le nombre des signatures pour la pétition approche les 3000, en moins de quatre jours, ce qui est un très bon rythme (compte tenu en particulier de la modestie des vecteurs qui ont pu être empruntés jusqu'alors ). Ce n'est qu'un début, continuons le combat... http://cahiers-pedagogiques.com ( cf le lien au-dessus dans mon billet initial ).
Votre article est une contribution qui me paraît essentielle pour la prise de conscience du démantèlement en cours contre le service public soumis au diktat de l'économique alors que l'éducation est un investissement indispensable pour le devenir d'un pays. Merci pour votre alerte qui suscite aussi une importante participation qui vient enrichir les propos et remarques des "mediamis ...". J'ajouterais un point sur l'école du samedi matin. On peut observer que c'est aussi un moment privilégié entre parents et enfants. Le jour où on peut aller les chercher "sans courir" à la sortie d'une demi-journée de travail scolaire, en général plus souple aussi dans la vie du groupe classe. Souvent aussi c'est le seul jour où le parent moins "assidu" de l'école (souvent le père) peut aller l'attendre. Par ailleurs, et d'après mon expérience personnelle le samedi matin est une opportunité où les parents se rencontrent à la sortie de l'école, dans une certaine sérénité et disponibilité contrairement aux autres jours de la semaine où on "dépose" l'enfant à huit heures vingt et on le "récupère" à dix-huit heures ! Il me semble que le savoir et les apprentissages à l'école ne sont pas indépendants de la vie réelle, des relations école-parents, des rapports entre les citoyens. L'argument que les parents partent en weekend, je ne pense pas que ce soit la majorité. Mais au-delà du nombre il serait peut-être important que ces questions soient autrement abordées et étudiées comme le propose la pétition des cahiers pédagogiques.