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Vous avez dit recrutement?
Si l’on en juge par ce qui vient de se passer pour le concours des professeurs des écoles, le manque d’attractivité pour le métier d’enseignant est net ; et le problème du recrutement ne doit pas être posé en lui-même (voire en exergue), mais au contraire dans une politique globale de revalorisation de la fonction enseignante, dans le cadre même d'une «refondation de l’Ecole».
Le nombre de candidats qui se sont présentés fin septembre au concours 2012 de professeur des écoles (18734) est à peu près le même qu’à celui de 2011 (18136) , alors qu’il y avait pourtant nettement plus de postes ouverts à ce concours de 2012 (5000) qu’au concours de 2011 (3000).
Le nombre des inscrits a été également quasiment le même (41510 inscrits contre 41763 inscrits l’année dernière). On sait que le concours de 2011 avait déjà été à un étiage particulièrement bas si l’on songe à ce qu’il était en 2007 (année de l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy) où l’on en était à 99400 inscrits et 53120 présents.
La chute, qui avait été particulièrement forte au concours de 2011, avait été imputée par certains observateurs à un effet de ‘’transition’’ de la réforme de la formation des enseignants (sans compter le nombre historiquement bas des postes mis au concours : 3000). L’effet ‘’transition’’ n’est plus là cette année (l’année dernière, du fait de la ‘’mastérisation’’, les dates de concours avaient en effet changé pour s’articuler avec le ‘’master’’ que les futurs enseignants devaient désormais décrocher, si bien qu’il y avait eu en juin 2010 le concours 2010 pour les enseignants devant débuter à la rentrée ; et, immédiatement après, dès septembre 2010 l’épreuve d’admissibilité du concours 2011 des professeurs d’école). Par ailleurs, le nombre des postes mis au concours a augmenté cette année des deux tiers (5000 contre 3000). Rien n’y a fait : le nombre d’inscrits ainsi que celui de présents à l’épreuve d’admissibilité du concours des professeurs d’école est resté le même.
Il y a de quoi avoir quelque inquiétude pour le recrutement et sa qualité dans l’avenir. Surtout si l’on met fin (à juste titre) au non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite dans le domaine scolaire, et que l’on envisage (non moins à juste titre) de (re)créer en plus des postes d’enseignants , notamment dans le primaire (qui connaît un taux d’encadrement moindre que celui de la moyenne des pays de l’OCDE, celui du secondaire atteignant tout juste la moyenne).
La perte d’attractivité semble en effet durable si l’on prend au sérieux ces chiffres, et on le doit. Et l’on voit mieux ainsi à quel point la question du recrutement ne saurait être en elle-même l’alpha et l’oméga d’une politique scolaire de gauche. Tout cela ne peut être traité que dans le cadre plus général des différentes modalités de revalorisation de la fonction enseignante, et même d’une « refondation de l’Ecole » tant la crise scolaire est forte, la crise de confiance d’abord.

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Les 5 commentaires les plus recommandés
Normal. C'est devenu LE sale boulot.
Eduquer quand toute la société professe le règne de la jouissance immédiate, quand les gouvernants propagent l'impunité, quand la loi est devenue illisible, quand le politique abdique devant l'économique, éduquer, élever, est devenu une tâche impossible.
Les profs sont les gardiens d'un temple saccagé. Leur générosité et leur vaillance sont épuisées. Le métier n'a plus rien à offrir sinon la sécurité, des horaires souples aux mères, et les vacances. Enlevez cela, il n'y aura plus personne.
Cela va plus loin et le constat est terrible : dans les disciplines qui majoritairement destinent à l'enseignement, comme les lettres et les langues, la désaffection commence avant les concours. Les effectifs de ces disciplines sont en berne, ils n'ont cessé de baisser depuis des années et les dernières réformes de l'université n'ont pas rendu les choses plus faciles pour les étudiants non plus, malgré tous les effets d'annonce du genre plan réussite en licence. Le processus de Bologne, la réforme LMD (licence master doctorat) et la LRU sont passés par là (et l'UNEF, en la personne de Bruno Julliard, conseiller espécial es éducation près PS, a donné plus d'une fois l'impression d'abandonner les étudiants en rase campagne).
Il serait intéressant de regarder de près les chiffres pour savoir dans quels domaines la baisse de candidats est la plus marquée. Tout le système d'éducation, tel qu'on l'a connu, va à vau-l'eau et on ne saurait blâmer les jeunes qui ne veulent plus d'un boulot devenu aussi difficile mais surtout aussi ingrat. Mais ce seront les anciennes humanités qui partiront sans doute en premier (vous savez, ces trucs qui ne servent à rien ?) — et qui enseignera le français, initiera les "chères têtes blondes" de toutes les couleurs à la culture sous tous ses aspects ? Une société est malade à la mesure de ce qu'elle laisse pourrir en elle. Le prochain gouvernement aura besoin de vision et d'audace pour remettre TOUT le système d'enseignement sur pied et redonner leur place à ces disciplines indispensables parce qu'elles ne servent à rien, parce qu'elles ne servent pas l'utilitarisme mais favorisent l'aptitude à penser par soi-même. Je redoute que, dans la crise économique que nous traversons, beaucoup d'hommes politiques oublie la nécessité de cette inutilité-là. Sale temps pour les lettres et sciences humaines, mais qui sait ? je suis peut-être trop pessimiste. Détrompez-moi, ô candidats à la candidature et conseillers divers.
tant qu'on traitera les enseignants comme des larbins ,la crise de confiance durera
Pourquoi les enseignants Français sont-ils parmi les plus mal rémunérés en Europe ?
Qui acceptera encore d'exercer cette profession tout en étant Bac + 5 ou 6, alors que dans n'importe quel autre corps de métiers, les salaires sont de 25 à 50% plus élevés, avec 2 fois moins de contraintes et 2 fois moins de mépris de la part des autorités de tutelle et en premier lieu par les autorités gouvernementales ?
C'est la question que se pose mon père, enseignant en retraite, et bien heureux de l'être.
Je déconseille fortement aux jeunes "d'embrasser" la carrière d'enseignant. L'usure nerveuse est très forte et je doute que l'on puisse supporter une telle tension pendant 41 ans et demi et bientôt 42. Les forces s'usent beaucoup dans le maintien ou la tentative de maintien de la discipline des élèves. Beaucoup de débutants se font des illusions et s'imaginent que la qualité de leur pédagogie établira le calme et l'attention des élèves. Quand ils réalisent la difficulté quotidienne du métier, il est trop tard. En effet, la reconversion est quasiment impossible au bout de quelques années.
Non, réfléchissez et passez votre chemin. Il y a peut-être mieux ailleurs même si le ministre Chatel ne cesse de vanter l'effort salarial considérable en faveur des professeurs : 10 % d'augmentation ! Oui, mais, c'est pour les tout débutants ... Les autres, les "anciens" pris dans la nasse c'est peanuts, rien du tout !
Tous les commentaires
tant qu'on traitera les enseignants comme des larbins ,la crise de confiance durera
Normal. C'est devenu LE sale boulot.
Eduquer quand toute la société professe le règne de la jouissance immédiate, quand les gouvernants propagent l'impunité, quand la loi est devenue illisible, quand le politique abdique devant l'économique, éduquer, élever, est devenu une tâche impossible.
Les profs sont les gardiens d'un temple saccagé. Leur générosité et leur vaillance sont épuisées. Le métier n'a plus rien à offrir sinon la sécurité, des horaires souples aux mères, et les vacances. Enlevez cela, il n'y aura plus personne.
Professeur des Ecoles, c'est vraiment LE sale boulot... celui où on est payé à coups de lance-pierre alors que l'on a en charge l'avenir de la société et que l'on peut se retrouver en prison avec la bénédiction de la hiérarchie au moindre accident scolaire, notamment du fait de la présence imposée d'élèves pyschopathes dont le Ministère a décidé de nier l'existence.
Que fait-on avec celui qui s'amuse à étrangler ses camarades ? On le gronde... (on n'a même pas le droit ne serait-ce que de le toucher des fois que cela laisse des traces... quand il ne se fait pas ces traces lui-même).
Même en situation "normale", la charge sans cesse croissante de travail enseignant, doublée de la charge sans cesse croissante de travail administratif, implique des semaines de 70h voire plus, à moins de complètement s'en foutre, une nécessité de survie pour beaucoup.
S'il y a encore des candidats c'est grâce à la prévalence du chomage chez les jeunes diplômés et par ignorance de ce qu'est réellement devenu le metier. Tout ceux qui le peuvent, et même les plus motivés, l'abandonnent dès que possible (parfois même par le suicide).
Je ne suis pas Professeur des Ecoles (ni même enseignant), mais quand je vois la vie de certains, je vous jure qu'il vaut bien mieux être balayeur ou au RSA : vous gagnerez plus, vu que vous dépenserez moins, et surtout, surtout, vous pourrez dormir tranquilles, un luxe que ne peuvent s'autoriser les PE que quelques semaines par an (celles des vacances que le Ministère s'attache à rogner en permanence).
Il y a une véritable haine du Ministère envers le monde enseignant, et particulièrement des plus modestes, les plus mal représentés et les plus mal considérés dans la hiérarchie. Ces messieurs les agrégés hors sol, détachés de l'enseignement, théoriciens de la pédagogie pédante et adeptes de l'élitisme de l'idéologie anti-sociale dominante, n'ont que mépris pour les Professeurs des Ecoles.
Quant aux énarques de cabinets (chiottes), inutile d'en parler !
Je suis PE en congé parental pour un an encore.
Je préfère me retrouver au chômage plutôt que de rempiler.
Même pour une mère de famille ce boulot relève du sacrifice.
Quand j'ai tenté de reprendre ma classe de cp de zep, avec mon petit psychopathe tel que vous le décrivez et 25 autres gamins "normaux", je rentrais tous les soirs en pleurant... Après une heure à récupérer allongée sur le canap, je pouvais enfin m'occuper de mes propres enfants.
Donc aujourd'hui on ne vit avec un seul salaire, et je recherche activement à me reconvertir.
C'est peut-être un problème de recrutement, certes. Mais également un problème de démissions massives, de réelles vocations qui sont découragées. Je suis devenue instit par conviction et engagement comme tous mes collègues. Un instit c'est une personne qui bosse au moins 60h par semaine avec le niveau de connaissances et de discipline des gamins d'aujourd'hui. C'est quelqu'un qui bosse tout le temps, le week end et vacances comprises, qui préparent toutes les matières, se coupent les cheveux en quatre pour ses élèves, se sent responsables pour eux. C'est bien plus qu'un prof. Et tout ça avec un bac+5 rémunéré 1400euros en début de carrière, et les agressions quotidiennes des parents d'élèves.
Si on fait le compte, entre ceux qui démissionnent définitivement et ceux qui se mettent en disponibilité, ça fait beaucoup de monde! Et pas des vieux de la vieille, non des jeunes! Je suis instit depuis 7 ans, je dois avoir une dizaine de copains de promos qui ont déjà démissionné et les autres, ils en rêvent!
A ceux qui veulent passer ce concours je réponds: "Non, ne faites pas ça! Faites un boulot où vous êtes correctement rémunéré, et considéré... N'allez pas vous sacrifier pour des personnes qui vont vous cracher dessus (parents, hiérarchie immonde d'hypocrisie)... " Il y a les gamins, certes, c'est un réel bonheur de travailler avec ses bouts de choux, parce qu'on les aime vos gamins. Des moment de bonheur partagé en classe. Mais les adultes autant qu'ils sont s'acharnent à faire de l'école un terrain de bataille, de haine, de ressentiment... Pas un refuge paisible pour se préparer sereinement à sa future vie d'adulte.
P.S.: Pour mesurer la considération que l'éducation nationale porte à ses élèves il suffit de mettre le nez dans les programmes. Prenons la conjugaison. Les élèves de ce1 doivent avoir "vu" tous les temps de l'indicatif en fin d'année. Ca donne des collègues consciencieux qui passent des séances de maximum une heure sur chaque temps pour avoir des résultats corrects aux évaluations nationales (parce que sinon l'inspecteur vous tombe dessus)... Il est où l'intérêt du gamin là-dedans? La construction d'un "socle" de connaissances? Un socle aussi solide que des sables mouvants... Et quand vous tentez de faire autrement, vous vous faites tombes dessus. Par les collègues, les parents... Comment ça vous n'avez pas encore abordé le plus-que-parfait? L'école d'aujourd'hui c'est de la poudre aux yeux, et ceux qui se battent pour que ça soit autre chose ont beaucoup de courage, ils sont héroïques. Professeurs des écoles désobéissants vous avez toute mon admiration...
Je vous ai parlé du temps de travail supplémentaire, le soutien que les gamins en difficulté se cognent tous les jours alors qu'ils devraient avoir des journées allégées? La plupart s'est vite couché en disant, c'est merveilleux ça apporte quelque chose... Oui parce que beaucoup ont quand même un syndrome de Stockolm très marqué et si vous leur faites suffisamment peur ils sont capables de faire leur n'importe quelle idée pourrie...
Et quand on entend parler d'enseignement par la candidiate Aubry, celle-là même qui avait accueilli avec des louanges la nomination de Lagarde au FMI, il y a de quoi être franchement inquiet.
Merci, cher Claude.
Entre prendre acte ( ''diplomatiquement'', pour ne pas ''injurier le futur'' ) et ''saluer'', je crois qu'il y a de la marge cher Jean-Louis. En tout état de cause, sur le problème de l'Ecole, Martine Aubry est dans la perspective décidée de ''refondation de l'Ecole'' en y mettant de façon prioritaire des moyens importants ( n'oublions pas que, si elle considère que la moitié de ce qui sera gagné dans la suppression des niches fiscales injustifiées devra être affecté à la réduction de la dette, l'autre moitié devra aller aux prioritées affirmées, au premier rang desquelles se trouve pour elle l'Ecole ). Je suis quand même bien placé pour le savoir puisque je suis chargé ( avec Bruno Julliard ) du dossier ''éducation '' dans son équipe de campagne ( en tant que ''membre de la société civile'', puisque je n'appartiens à aucune formation politique ). En toute amitié, Jean-Louis.
Si tu es chargé du dossier "éducation" de Martine Aubry, c'est plutôt rassurant, cher Claude. Bien que je sois adepte de la phrase de Saint-Exupéry, "loin de me léser, ta différence m'enrichit", tu me permettras, en toute amitié, de demeurer extrêmement inquiet, parce qu'elle, qui s'en prend à la "gauche molle", semble fort bien s'accommoder des suppressions de postes monumentales des fossoyeurs actuels.
Mais on peut tout à fait avoir des désaccords d'appréciation, cher Jean-Louis! Bon week-end et amitiés.
Cher Claude
J'apprécie le sérieux de vos articles. Je vous demande seulement de ne pas mélanger les genres. Comme journaliste de l'éducation, vous nous informez d'une situation assez dramatique, de crise du système éducatif (et j'ajouterai aussi de crise de l'université qui apporte les nouveaux savoirs). Sur ce point j'ai un point de vue plus "radical" que le vôtre, à partir des analyses de Christian Laval sur l'école néo-libérale et sur son adaptation au capitalisme cognitif, avec en France une tendance accentuée à l'exclusion des pauvres et des marginaux. Vu la responsabilité d'Aubry dans le néolibéralisme en France (ministre sous Mitterrand), et au vu de son acceptation de la "rigueur" économique actuelle (cf. Médiapart, rubrique économie), je vous demande seulement, en plus pendant une primaire entre candidats socialistes, de ne pas mélanger publiquement (et Internet est un média public à la différence des conversations privées ou du courrier personnel ou des notes pour untel ou untel) votre travail pour Aubry et votre travail de journaliste.
Avec toute mon estime, car il s'agit de sujets nouveaux (Internet dans le débat démocratique) de la part d'un enseignant-chercheur et d'un militant syndical.
Cher Claude
J'apprécie le sérieux de vos articles. Je vous demande seulement de ne pas mélanger les genres. Comme journaliste de l'éducation, vous nous informez d'une situation assez dramatique, de crise du système éducatif (et j'ajouterai aussi de crise de l'université qui apporte les nouveaux savoirs). Sur ce point j'ai un point de vue plus "radical" que le vôtre, à partir des analyses de Christian Laval sur l'école néo-libérale et sur son adaptation au capitalisme cognitif, avec en France une tendance accentuée à l'exclusion des pauvres et des marginaux. Vu la responsabilité d'Aubry dans le néolibéralisme en France (ministre sous Mitterrand), et au vu de son acceptation de la "rigueur" économique actuelle (cf. Médiapart, rubrique économie), je vous demande seulement, en plus pendant une primaire entre candidats socialistes, de ne pas mélanger publiquement (et Internet est un média public à la différence des conversations privées ou du courrier personnel ou des notes pour untel ou untel) votre travail pour Aubry et votre travail de journaliste.
Avec toute mon estime, car il s'agit de sujets nouveaux (Internet dans le débat démocratique) de la part d'un enseignant-chercheur et d'un militant syndical.
Cher Jacques Milan, je ne suis pas un journaliste ( ni de Mediapart, ni d'ailleurs ), mais un blogueur qui a le droit ( comme tout lemonde ) d'avoir ses opinions ( discutables, comme pour tout le monde aussi ), d'autant que je m'efforce de les étayer autant se faire que peut ( ou plutôt que je le peux ).
Par ailleurs, la France se retrouve régulièrement, à l'issue des enquêtes internationales PISA , parmi les tout ''premiers'' pays où l'écart entre les résultats des élèves de statuts socio-culturels favorisés ou défavorisés est le plus grand. L'écart peut aller du simple au double avec d'autres pays. Et depuis longtemps. Dès la première enquête PISA ( celle de 2000 ), l'écart - en France - était de l'ordre du double de ce qui existait au Japon, au Canada ou en Finlande.Pourtant ces pays ( et à l'évidence le Japon ou le Canada ) ne semblent pas échapper au ''néolibéralisme'' ( voire à l'''ultralibéralisme''.).. Il y a donc bien des facteurs d'inégalités endogènes différents dans chaque pays, qui ne s'expliquent pas par l'invocation au'' néolibéralisme'' ( et à l'OCDE ) et qui peuvent avoir pour effet ( comme en France ) de doubler ( au moins ) les inégalités scolaires. On pourrait ( on devrait ) s'en ''occuper'' ( avec Martine Aubry ou pas ) .Bien cordialement.
L'essentiel est dit ci-dessus!
Tout à fait d'accord avec les inquiétudes exprimées dans cet article. Et la perte d'attractivité touche autant, sinon plus, les postes du secondaire que ceux du primaire. Les causes en sont bien sûr multiples mais la réforme de la masterisation a fortement accélérer le mouvement. A vrai dire, ce qui m'inquiète le plus, ce n'est pas tant de voir la chute du nombre de candidats, c'est la diminution drastique du nombre de candidats de qualité ; des gens ternes, peu rigoureux et sans imagination, il en reste, hélas !
Mais comment attirer massivement des étudiants de bon niveau dans une direction où, après 5 ans d'études après le bac, ils auront des conditions d'exercice aussi difficiles et un salaire aussi bas, s'ils sont capables de faire autre chose ? A moins d'être fortement idéaliste ou de concevoir le métier comme un sacerdoce...
Vous semblez ignorer que Claude Lelievre est conseiller de Martine Aubry!
Ce qui explique ses propos... que je n'approuve pas forcément tous.
Personnellement, je n'ai aucune confiance en Martine Aubry, y compris sur ce dossier-là. Sur d'autres, c'est bien pire encore ! (relations avec le néolibéralisme en particulier - voir le 4 février 2008)
Je ne suis pas un porte-parole de Martine Aubry, mais un ''conseiller'' pour ce qui concerne le domaine de l'éducation. J'espère que vous saisissez la différence.
Eh bien oui , et pour suivre son blog depuis longtemps je pense qu'on peut être rassuré , si Martine passe , il fera tout pour qu'elle agisse dans le sens de la refondation profonde de l'école pour le mieux de tous et surtout des plus faibles
Il aura beau tout faire, elle ne fera rien.
Pourquoi les enseignants Français sont-ils parmi les plus mal rémunérés en Europe ?
Qui acceptera encore d'exercer cette profession tout en étant Bac + 5 ou 6, alors que dans n'importe quel autre corps de métiers, les salaires sont de 25 à 50% plus élevés, avec 2 fois moins de contraintes et 2 fois moins de mépris de la part des autorités de tutelle et en premier lieu par les autorités gouvernementales ?
C'est la question que se pose mon père, enseignant en retraite, et bien heureux de l'être.
De toute manière, c'est normal que l'école soit en crise, toute la société est en crise , on ne pourra changer l'école que si on change la société . Pour que les gens s'engagent dans une profession ,il faut qu'ils puissent se projeter dans l'avenir et ça on l'a tué . Autour de moi , je connais plein de jeunes diplômés qui abandonnent tout parce qu'ils ne veulent plus participer à ce système :sois compétitif et tais toi . Ils ne veulent plus sacrifier leur vie privée pour "ça ".
Bien sûr : la compétition tue la solidarité. C'est de celle-ci qu'on a besoin, maintenant surtout.
Cela va plus loin et le constat est terrible : dans les disciplines qui majoritairement destinent à l'enseignement, comme les lettres et les langues, la désaffection commence avant les concours. Les effectifs de ces disciplines sont en berne, ils n'ont cessé de baisser depuis des années et les dernières réformes de l'université n'ont pas rendu les choses plus faciles pour les étudiants non plus, malgré tous les effets d'annonce du genre plan réussite en licence. Le processus de Bologne, la réforme LMD (licence master doctorat) et la LRU sont passés par là (et l'UNEF, en la personne de Bruno Julliard, conseiller espécial es éducation près PS, a donné plus d'une fois l'impression d'abandonner les étudiants en rase campagne).
Il serait intéressant de regarder de près les chiffres pour savoir dans quels domaines la baisse de candidats est la plus marquée. Tout le système d'éducation, tel qu'on l'a connu, va à vau-l'eau et on ne saurait blâmer les jeunes qui ne veulent plus d'un boulot devenu aussi difficile mais surtout aussi ingrat. Mais ce seront les anciennes humanités qui partiront sans doute en premier (vous savez, ces trucs qui ne servent à rien ?) — et qui enseignera le français, initiera les "chères têtes blondes" de toutes les couleurs à la culture sous tous ses aspects ? Une société est malade à la mesure de ce qu'elle laisse pourrir en elle. Le prochain gouvernement aura besoin de vision et d'audace pour remettre TOUT le système d'enseignement sur pied et redonner leur place à ces disciplines indispensables parce qu'elles ne servent à rien, parce qu'elles ne servent pas l'utilitarisme mais favorisent l'aptitude à penser par soi-même. Je redoute que, dans la crise économique que nous traversons, beaucoup d'hommes politiques oublie la nécessité de cette inutilité-là. Sale temps pour les lettres et sciences humaines, mais qui sait ? je suis peut-être trop pessimiste. Détrompez-moi, ô candidats à la candidature et conseillers divers.
Nous sommes sans doute d'accord, car je pense, moi aussi, qu'il faut remettre TOUT le sytème sur pied ( d'où l'expression refondatrice "refonder l'Ecole'' ). Si l'on en juge par les résultats à la dernière session du CAPES, les disciplines ''déficitaires'' ( celles où il y a eu moins de reçus que de postes offerts ) sont les mathématiques, les lettres classiques, la musique et l'anglais ).
Oui, absolument, nous sommes d'accord.
En ce qui concerne l'anglais, j'en suis témoin de près, enseignant la littérature anglaise (quelle idée, n'est-ce pas ?) à l'université et les étudiants que je côtoie sont de moins en moins nombreux à vouloir aller vers les concours (et donc sont plus nombreux les étudiants que je ne vois pas parce qu'ils ne viennent plus dans ce genre de "filière"). Et c'est vrai même de l'agrégation, toutes proportions gardées, alors que pendant une poignée d'années la différence ne s'est pas fait sentir, les étudiants pensant qu'avec l'agrégation en poche, ils étaient plus protégés qu'un titulaire du CAPES.
Alors il ne reste presque plus que les rares candidats qui visent un doctorat et au-delà un poste à l'université, l'agrégation étant toujours un plus sur un CV le jour du recrutement d'un maître de conférences. Mais vu l'état dans lequel se trouve l'université aujourd'hui, les conditions de travail dégradées, la difficulté pour assurer son enseignement et sa recherche de façon satisfaisante et gratifiante, et vu la raréfaction des postes, cela ne durera pas non plus si rien n'est fait.
Alors, oui, refondons l'école et l'université, avec courage et imagination.
C'est un peu facile de faire porter la responsabilité sur les politiques. Cela permet surtout de ne pas assumer ses propres insuffisances (des dirigeants syndicaux plus que limite). A l'occasion des manifs sur les retraites j'avais discuté avec des militants de syndicats de profs, ils étaient tellement certains d'avoir raison qu'aucun n'a accepté de partager mon point de vue à l'époque.Ce même point de vue dont vous découvrez la réalité aujourd'hui. Le but de la reforme du recrutement des profs est simple - c'est la doctrine Copé - assécher le vivier de recrutement sur concours pour placer les gens devant le choix suivant :1/ pas de profs pour vos enfants ;2/ des profs recrutés en cdd et plus de fonctionnaires dont l'indépendance est souvent gênante.Que va choisir le bon peuple ? La solution 2 bien sûr ! Vous venez de faire disparaître un des piliers de l'éducation républicaine.
Sans être de la partie, je confirme que, vu de l'extérieur, les syndicats enseignants sont nullissimes. Ce ne sont que des tubes de vaseline.
@KOIKIDI17
Qui cela, "vous" ?
Cette réalité, je ne crois pas être de ceux qui la découvrent aujourd'hui, ni de ceux qui ont besoin d'une explication de texte sur la doctrine Copé (il n'est qu'un nom de plus dans une longue liste de démanteleurs).
Quant à faire porter la responsabilité aux politiques, navré, je fais une différence entre attendre des hommes politiques (et surtout de ceux de gauche, pour qui je vote) de prendre leurs responsabilités et leur faire porter toutes les responsabilités. Je laisse ce dernier choix aux populistes.
Et par pitié pas d'amalgame, ce n'est pas parce que vous avez discuté avec quelques militants de syndicats de prof que vous pouvez vous targuer de connaître ni ces syndicats, aussi criticables que d'autres, mais pas plus, ni les profs.
Alors, une fois encore, qui est ce "vous" qui vient de faire disparaître un des piliers de l'éducation républicaine ? Certainement pas ces milliers d'enseignants du secondaire qui ont fait grève pendant des mois, autant de mois de salaire perdu pour défendre une conception du métier à l'exact opposé de ce qui se passe. Certainement pas ces enseignants du primaire qui se sont porté désobéissants pour des raisons similaires, malgré les pressions et les chantages exercés par leur hiérarchie. Certainement pas ces milliers d'universitaires qui se sont battus, syndiqués ou non syndiqués, contre le massacre qu'est la réforme du recrutement des profs sans avoir — pardon pour l'offence — pris le temps de vous demander votre point de vue, d'autant moins qu'ils leur paraissaient tout aussi évident qu'à vous que la logique des réformes de la fonction publique à droite, bien avant Copé, était d'aller à la disparition du financement de l'éducation par l'état. Et à ce moment-là, il n'est même pas vrai que le bon peuple, comme vous le dites, choisira la deuxième solution : c'est tout sauf un choix, ce sera la seule réalité.
Je déconseille fortement aux jeunes "d'embrasser" la carrière d'enseignant. L'usure nerveuse est très forte et je doute que l'on puisse supporter une telle tension pendant 41 ans et demi et bientôt 42. Les forces s'usent beaucoup dans le maintien ou la tentative de maintien de la discipline des élèves. Beaucoup de débutants se font des illusions et s'imaginent que la qualité de leur pédagogie établira le calme et l'attention des élèves. Quand ils réalisent la difficulté quotidienne du métier, il est trop tard. En effet, la reconversion est quasiment impossible au bout de quelques années.
Non, réfléchissez et passez votre chemin. Il y a peut-être mieux ailleurs même si le ministre Chatel ne cesse de vanter l'effort salarial considérable en faveur des professeurs : 10 % d'augmentation ! Oui, mais, c'est pour les tout débutants ... Les autres, les "anciens" pris dans la nasse c'est peanuts, rien du tout !
Cette vision apocalyptique du métier n'a aucun sens et ne correspond en rien aux travaux sur les enseignants eux memes.Connaissez vous les conditions de travail des ingénieurs, des commerciaux en particulier? Avez vous vu l'émission de France2 sur le recrutement des cadres commerciaux dans les assurances pour un poste a 1200 euros fixe, le reste en commissions? L'entreprise de démolition des personnes dans ces formes de recrutement ( meme chose d'ailleurs dans les licenciements)Il faut certes relever les traitements des enseignants mais,il faut raison garder et voir un peu ce qu'il se passe ailleurs! Tous les cadres ne sont pas banquiers!Je partage le point de vue de Lelievre concernant l'accent a mettre sur les maternelles et le primaire mais attention au secondaire! Je crains un plan socialiste années 60/70 : la fameuse école fondamentale!!! Pour moi ce serait un recul et non une avancée. Attention a un lycée qui mènerait a un diplôme de fin d'études secondaires pour tous et au final deux années de college a l'américaine pour entrer a l'université ! Il faut calculer les couts de cela a moins que l'on ne décide que ces deux années nécessaires soient en partie financées par les familles avec des droits d'inscription importants!On n'echappera a ces questions.En attendant, je rends hommage
En ce qui concerne les professeurs des écoles serait-il possible de savoir, parmi les candidats, la proportion d'étudiants ayant reçu une formation scientifique universitaire, et son évolution ?
Je n'ai pas de réponse pour les deux derniers concours; mais on peut dire que le pourcentage d'admis dans la catégorie "sciences'' ( sans autres précisions ) a été à peu près stable et a tourné autour de 15% depuis le début de ce millénaire ( et le pourcentage parmi les présents au concours autour de 11% )
Recul du nb d'étudiants poursuivant des études scientifiques.
Orientation très majoritaire des élèves des "grandes écoles" vers le secteur financier.
Recrutement difficile de candidats compétents au capes de mathématiques...
Pour attirer dans la carrière de professeur des écoles des maîtres ayant une formation scientifique il y aura beaucoup à faire.
C'est pourtant un enjeu important, une condition, par exemple, pour que les pédagogies type "main à la pâte" (Charpak), ne se réduisent pas à de dangereux gadgets.
La revalorisation, la formation, la mise en oeuvre d'échanges de service fondés sur les motivations et les compétences ... le chantier est multiple.
Quantitatif et qualitatif intimement mélés.
Un problème particulier pour les professeurs du secondaire et qui explique la désaffection " a priori" pour ce métier chez de nombreux étudiants est qu'à 23-25 ans, ils sont souvent en couple, ce qui n'était pas nécessairement le cas à 21 ans. Or le concours du secondaire n'est pas régional (par académie) mais peut envoyer l'heureux candidat n'importe où en France. Ils seront séparés de longues années, jusqu'à 10 ans, y compris lorsqu'il y a des enfants en bas âge. La suppression des postes a rendu les mutations presque impossibles et les étudiants savent parfaitement qu'entrer dans l'enseignement, c'est s'exiler et sacrifier son couple ou ses enfants. Beaucoup le refusent et refusent donc de passer le CAPES (ou l'agrégation). Certains passent le concours de Professeur des Ecoles plutôt que celui de la discipline souhaitée; ceux qui peuvent, ou préfèrent, cherchent un travail qui sera rarement moins bien payé même si le recrutement est abominable, mais qui leur garantira une vie personnelle "normale". Le temps où l'on acceptait d'entrer dans l'enseignement comme dans les ordres est fini depuis longtemps.