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«Vive la pension»?

Le «déploiement sur une grande échelle des internats d’excellence constitue une véritable révolution dans notre système scolaire»,  n’a pas hésité à dire Nicolas Sarkozy avec sa modestie coutumière lors de son récent discours de Montpellier sur l’éducation.

Mais, à lire le livre que Maryline Baumard (responsable du service éducation du Monde) vient de faire paraître aux éditions Lattès (Vive la pension ; ces ados qui veulent aller en internat), on se prend à penser que Nicolas Sarkozy a d’abord et surtout «surfé» sur un «virage» qui a commencé il y a une dizaine d’années (en concordance avec un changement d’image de l’internat que la journaliste du Monde attribue en premier à l’engouement pour Harry Potter).

Et Nicolas Sarkozy a accommodé cela à son entreprise idéologique de la promotion du «mérite» (et par le «mérite»), qui assigne chacun à la place qu’il «mérite» (une idéologie consubstantielle au «libéralisme») . Or cela passe, aux «extrêmes» (et spectaculairement) par le placement (le changement de place) dans des lieux spécifiques (hors de l’environnement socio-familial «normal»): des «internats d’excellence» d’une part, ou des internats de «redressement» d’autre part (les internats dits de «réinsertion scolaire»).
Nicolas Sarkozy a été on ne peut plus clair à ce sujet lors de l’inauguration  de l’internat d’excellence de Marly-le-Roi à la rentrée 2010: «Dans l’internat d’excellence, il n’y a aucune dimension disciplinaire. Ce n’est jamais une sanction que d’arriver dans un internat d’excellence [ merci d’y penser et de le dire…].  C’est une récompense, c’est une promotion, c’est une chance. Ce n’est pas là la seule nouveauté de la rentrée. Le ministre Chatel va en effet inaugurer à Tende le premier établissement de réinsertion scolaire. Là, nous sommes dans une dimension totalement disciplinaire, je dirai exclusivement disciplinaire». Et Nicolas Sarkozy de conclure dans son style inimitable : «La République, c’est celle qui doit promouvoir celui qui le mérite, et qui doit sanctionner celui qui le mérite».

En cette année scolaire 2011-2012, 2 400 jeunes sont hébergés dans de vrais internats d’excellence créés ex-nihilo, et 7 900 occupent des places labellisées au sein d’internats classiques. «Le déploiement sur grande échelle des internats d’excellence» claironné par Nicolas Sarkozy ne concerne donc (tout compris )  que 0,2% des élèves de l’enseignement secondaire. Une «révolution»… idéologique. Comme quoi le soit disant passage du souci "pour tous'' au souci "pour chacun" et surtout  celui du "pour quelques uns''.
Selon Maryline Baumard, quelque 220 000 adolescents se trouvent dans des internats, soit «4% des élèves des lycées et collèges» («6,5% des lycées du public et 8,4% des lycéens du privé»). Et moins d’un vingtième d’entre eux sont dans des places labellisées «internats d’excellence».

C’est dire si la question de la «pension» ou de «l’internat» ne se résume pas à ce qui est au premier rang de l’attention voulue par Nicolas Sarkozy, loin s’en faut. C’est d’ailleurs l’un des principaux mérites de l’ouvrage de Maryline Baumard que de nous le montrer à l’évidence, en rendant compte des formes diverses du recours à la «pension» et de ses «raisons» multiples (à partir  de nombreuses interviews de directeurs d’établissements ou de spécialistes de l’adolescence, et de témoignages de jeunes, «ces ados qui veulent aller en internat» ). «C’est le cri du cœur d’adolescents du XXIème siècle, ajoute-t-elle. Et cela dit des choses sur notre monde!»

Tous les commentaires

15/03/2012, 15:21 | Par Gilbert Pouillart

Les mille et une variantes de l'"internat", depuis le stage hors du milieu géographique habituel jusqu'à l '"internement" judiciaire ou psychiâtrique présentent, malgré l'extrême diversité de leurs objectifs, moyens, caractères de dépaysement, de durabilité, d'entrée volontaire, fortement suggérée ou imposée, de types d'activités pratiquées, certains points commun. Un dépaysement, d'abord. De lieu, de mode de vie, de composition sociale, d'activités. Cela veut dire "nouveau", ou même "inconnu" (voir ces mots-clés sur notre édition  -coordinateur Philippe Walquemane,- dans ma contribution du 14.3). Ce dépaysement peut êtresouhaité par celui qui le vit ; accepté, comme moyen de mettre en oeuvre un projet incompatible avec le mode de vie habituel ; ou subi, avec résignation ou ressentiment, ou révolte, c omme une contrainte, un abus de pouvoir, une punition imméritée ou insupportable.

Le dépaysement ne dure que le temps, variable selon les sujets, d'accoutumance, d'exploration des réalités et des possibles de la nouvelle vie. La place que chacun se fera dans son nouveau milieu, l'image qu'il s'y construira, les pouvoirs qu'il y conquerra décideront de ses conduites et de leurs résultats. Le dépaysement peut déboucher sur d'autres dépaysements , ou sur un retour au milieu ancien, qui aura changé, et devra composer avec les changements opérés chez le "revenant".

Je me borne à ce seul point, pour montrer combien "l'internat" est chose beaucoup plus complexe et obscure qu'on ne pourrait le croire. La décision d'y recourir ne peut être prise à la légère, ni laissée à des instances purement administratives ou judiciaires. La prison est un internat...géré au nom de la sécurité publique, et non avec le souci de la vie future de ceux qui y sont placés , toutes les enquêtes en font foi...

15/03/2012, 18:41 | Par kakadoundiaye

Vous abordez là un thème et une problématique que je défends depuis plus de trente ans, furieux, bien sur, de ces "internats d 'excellence" qui viennent perturber et brouiller l'idée simple de la nécesssité d 'en revenir aux internats d 'antan qui n'auraient rien à voir ni avec les "excellences " ni avec les "représsions " mais serait une façon, expérimentée avec succés dans les années 50, de briser les ghettos de la violence et de la misère, de créer un tous ensemble basé sur la discipline - horaires- et le plaisir ( sports, récréation, inventivité).
Rappelons nous ce que furent les an nées d'après-guerre quand il s 'est agi de scolariser des enfants qui avaient grandi sous les bombardements, l'exode, l'absence de pères et d'autorité et souvent dans le commerce des armes, quand, dans une même classe, de CM2 par exemple, on trouvait des jeunes de 15 ans qui avaient participé peu ou prou à des combats, des pilleries, et des gamins à peine sortis des jupes protectrices de leur mère, quand il s'agissait de tout remettre en ordre dans les coprs et les têtes et la société toute entière. Les internats jouèrent alors un rôle majeur. En permettant à beaucoup de jeunes étudiants de  faire les "pions ", et aux gamins de jouer, de se dépenser , de disposer d'une nourriture saine, et d'heures "d'études" et de réflexions dans le cadre strict d'un horaire global..

16/03/2012, 00:02 | Par francoise delepine

C'est bien amusant cette idée que l'engouement des jeunes pour l'internat viendrait de Harry Potter et non de la " révolution " de Sarkozy !

Merci à Claude Lelièvre pour l'analyse et  la dénonciation de l'entreprise idéologique de Sarkozy et la droite libérale .

16/03/2012, 11:13 | Par Jean-Louis Legalery

La récupération est le sport favori du présumé président. Merci de l'avoir démontré brillamment, cher Claude.

18/03/2012, 22:47 | Par MichelDelord

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