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Un ministre de l'éducation bon démocrate?

Au moment où les syndicats d’enseignants du primaire comme du secondaire appellent à la grève pour ce jeudi 20 novembre, Xavier Darcos se pose en bon démocrate plutôt même qu’en bon ministre pour justifier les réformes contestées.

 

" Bien sûr, certains écrivent, protestent, défilent…Mais nous savons que, petit à petit, les réformes se mettent en place […] Je ne cogère pas, voilà. Ma fonction est d’accomplir le projet sur lequel nous avons été élus. Si je ne le faisais pas, je serais pire qu’un mauvais ministre : un mauvais démocrate " ( Xavier Darcos dans " Le Monde " du 8 novembre 2008 ).

On peut en effet soutenir que, dans une démocratie de type représentatif, le respect de la démocratie exige que l’on accomplisse autant que faire se peut le projet sur lequel on a été élu. " Le projet sur lequel nous avons été élus " dit Xavier Darcos. C’est à dire ( puisqu’il appartient à l’UMP et qu’il a été nommé par Nicolas Sarkozy ) foncièrement le projet législatif adopté par l’UMP en 2007 ( pour la législature de 2007-2012 ) dont l’élaboration avait été suivie de près par Nicolas Sarkozy d’une part ( alors qu’il en était le président très actif ) et par Xavier Darcos d’autre part pour la partie spécifiquement consacrée aux enseignements scolaires ( consignée in extenso en annexe de ce billet ).

 

Or on peut constater ( par des comparaison dûment menées ) que n’y figurent pas la plupart des réformes entreprises ( dont certaines avec beaucoup de précipitation ) par Xavier Darcos depuis son arrivée au ministère de l’Education nationale et contestées par la plupart des syndicats enseignants :

 

  • pas de réforme dite des nouveaux programmes du primaire ( le fameux ‘’retour aux fondamentaux’’ )
  • pas de suppression de la classe du samedi matin à l’Ecole primaire
  • pas de rapatriement de 3000 ‘’RASED’’ dans les classes des écoles primaires
  • pas de projets concernant l’accueil ou non des tout petits de 2-3 ans à l’école maternelle
  • pas de ‘’mastérisation ‘’ de la formation des enseignants et pas de modification de la nature des épreuves des concours pour devenir enseignants
  • pas de réforme ( modulaire ou non, semestrielle ou pas ) du lycée

Excusez du peu…Pour le reste, chacun appréciera où l’on en est dans la réalisation des 28 points qui étaient – eux – prévus ( en tenant compte, certes, que l’on n’en est qu’au premier tiers de la législature ).

 

 

Projet législatif adopté par l’UMP en 2007

(pour la législature de 2007-2012)

Éducation: le devoir de réussite

1) Affirmer que l’exigence pour tous dans les savoirs et la culture est la condition

de l’égalité des chances et la mettre en oeuvre.

2) Garantir la liberté pédagogique des enseignants en les évaluant sur les progrès

des élèves et non pas sur les méthodes utilisées.

3) Conforter l’autorité des enseignants.

4) Assurer la sécurité des établissements.

5) Donner de l’autonomie aux établissements scolaires pour leur permettre de

mettre en place de vrais projets d’établissement.

6) Donner plus de poids aux chefs d’établissements scolaires et revaloriser leur

statut.

7) Prévoir des règlements intérieurs plus rigoureux dans les établissements scolaires

et assurer la solennité de leur adoption.

8) Proposer aux enseignants de nouvelles missions et les rémunérer en conséquence

: études dirigées, présence dans les établissements, soutien individualisé…

9) Adapter la scolarité aux besoins de chaque enfant au collège par l’individualisation

des parcours.

10) Organiser des études dirigées dans tous les établissements après 16h30 pour

les familles qui le souhaitent.

11) Évaluer chaque établissement par un organisme indépendant et rendre

public cette évaluation. Aider les établissements qui ont de mauvais résultats à

améliorer leurs performances.

12) Faire évaluer le système éducatif lui-même par une instance indépendante.

13) Permettre aux parents de choisir l’établissement scolaire de leurs enfants en

assouplissant, puis en supprimant, lorsque les conditions en seront réunies, la

carte scolaire.

14) Exiger en contrepartie de tous les établissements scolaires le respect d’un

équilibre dans la composition sociale et géographique des effectifs.

15) Permettre à tous les parents qui le souhaitent de choisir pour leurs enfants

un établissement réservant l’après-midi aux activités sportives, culturelles ou

associatives.

16) Desserrer les contraintes qui pèsent sur la répartition des effectifs entre le

public et le privé, afin de permettre à tous les parents qui le souhaitent d’inscrire

leurs enfants dans une école sous contrat.

17) Donner plus de droits aux parents dans leurs relations avec l’école.

18) Garantir le doit de tout enfant handicapé à être accueilli dans une école de

droit commun.

19) Multiplier par deux la place du sport à l’école.

20) Permettre à tous les enfants d’être bilingues, et à ceux qui le peuvent d’être

trilingues.

21) Faire de l’école le levier de la démocratisation culturelle par une éducation

culturelle et artistique plus soutenue, plus exigeante et par la réaffirmation culturelle

des enseignements fondamentaux (lettres, histoire, philosophie,

sciences…).

22) Faire intervenir des artistes dans les classes pour renforcer l’éducation culturelle

et artistique.

23) Créer un vrai service d’orientation, en phase avec les besoins du monde du

travail et de la société.

24) Diversifier les stages qui constituent actuellement un puissant facteur de

reproduction sociale.

25) Renforcer le temps consacré à l’enseignement général dans les filières technologiques

et professionnelles et dans l’apprentissage, afin que ces élèves

conservent la possibilité de revenir dans l’enseignement général.

26) Créer des universités des métiers, parce que les élèves qui suivent l’apprentissage,

l’enseignement technologique et l’enseignement professionnel ont également

droit à des " grandes écoles " dans leurs domaines.

27) Expérimenter, avec des communes et des enseignants volontaires, une répartition

des compétences entre, d’un côté, l’Éducation nationale chargée de

" l’école du savoir ", de l’autre côté, la commune chargée de " l’école de la

vie " (citoyenneté, culture, sport, activités d’éveil, découverte des métiers…).

28) Transférer aux départements la compétence actuellement exercée par les

régions en ce qui concerne les lycées.

Tous les commentaires

Ce comparatif est tout à fait intéressant. En bref, les "réformes" réalisées sont purement comptables et orientées ... Ceci dit dans le programme de l'UMP, il y a tout un fatras assez inquiétant parce que non pensé : ex : que seraient ces nouveaux droits des parents ?(17) que seraient cette division des tâches école/commune ?(27) pourquoi la proposition 28 ? comment s'assurer du point 14 ? (j'y vois le même type de fausse garantie qu'avec les banques !) etc ... Vous pourriez mettre cet article dans l'édition sur l'école : Observatoire des réformes des systèmes de formation, enseignement et recherche. Merci à vous. Marielle Billy

Je ne plaide en rien ( dans ce billet ) sur l'opportunité ou non de tel ou tel point du programme de l'UMP ( même si je partage, entre autres, vos interrogations; et que de nombreux points méritent d'être soumis au feu de la critique argumentée: et on peut commencer de suite... ). Mais je trouve ''fort'' de la part de Xavier Darcos de prétendre fonder sa ''fermeté'' ( voire sa fermeture ) face aux syndicats sur un prétendu respect de la démocratie ( en l'occurrence du ''projet'' sur lequel lui et les siens ont été élus ) alors que ce n'est nullement vrai pour la plupart des réformes engagées et contestées ( qui ne figurent d'aucune façon dans les 28 points du programme, pourtant parfois détaillé, voire de l'ordre du ''détail'' ). Merci pour votre dernière proposition. Mais j'ai donné à Art Monika ( responsable de l'Observatoire ) la possibilité de transférer sur cet Observatoire ( à partir de mes billets ) ce qu'elle jugera bon d'y mettre.

Intéressant et riche en éléments de compréhension sur le leurre dans lequel nous sommes entretenus par l'actuel Ministre de l'Education. La légitimité du pouvoir se doit bien sûr au vote souverain en démocratie et je pense que c'est notre devoir -dans le sens de l'engagement- de défendre ce principe. Mais cette légitimité ne saurait s'émanciper du débat, de la confrontation, de la critique. Or nous assistons et nous subissons le discours "totalitaire" d'un ministre qui fonde son action sur le suffrage des électeurs qui, en ce qui le concerne, ne lui a pas été accordé puisqu'il a été battu aux municipales. Il tire, en quelque sorte sa légitimité personnelle du bon vouloir du "prince"! En tant que parent d'élève je suis effaré par les mesures prises concernant les suppressions de postes et ce qui attend nos enfants au lycée. En tant que citoyen je suis consterné par ce démantèlement systématique de l'outil du service public alors qu'on serait en droit de penser que la situation actuelle de baisse d'effectifs au Collège permettrait d'innover et d'élargir le cadre de travail et l'apport de connaissances aux jeunes qui sont le devenir du pays. Ce ministère devrait constituer une des priorités dans les investissements de l'Etat. En tant que professionnel, dans le secteur de la "protection de l'enfance" j'observe, je constate tous les jours auprès de la population scolaire la plus en besoin de soutien, la diminution persistante et avec des effets durables de tout ce qui, peu ou prou, a cherché à venir en aide aux populations bien en difficulté à l'école. L'expérience du Rased étant le dernier fait marquant. J'ai publié quelque brefs -parfois rapides- billets sur ce Ministre que le Monde appelle "un homme d'esprit". Merci pour votre contribution qui permet d'argumenter autrement "cette phase noire" de l'éducation nationale.

Et bien, je ne suis pas d'accord ! Je trouve que ce programme est plutôt bien appliqué : - 2) une liberté pédagogique (creuse) est bien accordée aux enseignants (liberté d'employer la méthode Boscher dixit "l'auteur" de "la fabrique des crétins", formule validée par un ministre sur un plateau tv). Evaluation sur les performances des élèves, on y arrive avec les évaluations CE1 et CM2 qui ne servent plus à dépister les points faibles des élèves mais à diagnostiquer le travail des maîtres) - 3) et 7) conforté l'autorité du maître et durcissement du règlement intérieur : un règlement intérieur (des écoles et collèges) national est à l'étude; avec des propositions de sanctions... - 8) et 10) c'est l'aide personnalisé et l'accompagnement éducatif - 13) fin de la carte scolaire (même idée que Royal) - 9) individualisé les parcours au collège : la réforme Maître, après que nous ayons accepté toutes les autres, la fin du collège unique. - 19) un recul : le nombre d'heures de sport ne passera pas de 3h à 4h (il fallait supprimer l'histoire...) - 16) Desserrer les contraintes qui pèsent sur la répartition des effectifs entre le public et le privé : les subventions pour les écoles privées qui s'installent en ZEP - 27) Enfin, le vœu le plus "cher" : recentrer l'Education nationale sur son "cœur de métier" en transférant à la charge des communes tout ce qui est "secondaire". La fin de l'école maternelle pour les 2/3 ans un bon exemple. - Alors, oui, ce programme est appliqué. On ne pourra pas dire que nous ne savions pas (et oui, je donne même des recettes à Darcos pour "résister" face aux attaques injustes qu'il subit des archaïo-comploto-syndico-socialo(ha non, ils n'attaquent pas eux !) gaucho-internautes... Darcos m'entends-tu ?

Merci pour ces réflexions, que je partage en partie. Mais les réformes les plus contestées de fait par les syndicats ( et les plus visibles, celles qui ont engendré par exemple des pétitions nationales de protestation ) ) ce sont bien celles qui ont été énoncées dans mon billet ( et elles ne figurent d'aucune façon dans le ''projet'' des élus de l'UMP )... Quant à l'application ( partielle, ou surtout le plus souvent en chantier ou en début d'application ) des 28 points, je suis d'accord avec la mise en alerte effectuée par Sébastien Rome

alors je concède

Une autre info. pour compléter la liste des décisions "réformistes" de notre Ministre zélé : Les Associations Éducatives Complémentaires de l’Enseignement Public - CEMEA EEDF FOEVEN JPA OCCE AROEVEN FGPEP spécialisées par exemple dans l'accompagnement scolaire, la formation des délégués d’élèves, les ateliers de pratiques artistiques, les classes de découvertes et voyages scolaires éducatifs, l'accompagnement et accueil de personnes handicapées, etc ... viennent d'apprendre en octobre le gel budgétaire de 25% au titre de l'exercice civil de ... 2008, soit avec effet rétroactif ; 25%, à comparer aux 6% annoncés. Encore des promesses tenues ! Par ailleurs, toujours à la même date, le Ministre a annoncé sa décision de ne pas reconduire, dès le 1er septembre 2009, l’aide qu’il apportait aux centaines d’emplois d’enseignants détachés, répartis sur tous les territoires, pourtant indispensables à la conduite des activités de terrain des Associations concernées, ce qui représentera une réduction globale de près de 70 % des financements concernés ! Cette décision programme la disparition des mouvements d’Education populaire, ciment de citoyenneté et du « vivre ensemble » dans une République solidaire, en particulier dans les territoires sensibles, au plus près de ceux qui en ont le plus besoin. La réponse sera peut être encore, dans la langue délicate de notre chef : « Je ne financerai pas ceux qui viennent brailler sous mes fenêtres ».

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