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May

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Des punitions interdites persistantes

L’interdiction de certaines punitions est le plus souvent perçue comme l’effet de prescriptions post-soixante-huitardes «laxistes» alors que cela remonte à l’instauration de l’Ecole républicaine.

 

Ainsi, il y tout juste dix ans, la circulaire de juillet 2000 portant sur les sanctions disciplinaires dans l’enseignement secondaire a rencontré l’incrédulité voire l’hostilité de nombreux professeurs . Notamment la fin du passage sur les punitions autorisées, qui indiquait : " Il n’est pas permis de baisser la note d’un devoir en raison du comportement d’un élève ou d’une absence injustifiée. Les lignes et les zéros doivent également être proscrits ". En partie sur la base d’un malentendu. Certains ont cru que l’usage du zéro était prohibé dans le cadre même de l’évaluation des travaux des élèves ; or la circulaire ne prônait de fait aucun laxisme dans la notation. Il s’agissait de séparer très nettement ce qui relève du comportement ( de la discipline ), de ce qui a trait à l’apprentissage scolaire (aux disciplines ).

Par ailleurs, la circulaire de juillet 2000 - qui a pu être vécue comme restreignant le pouvoir de sanction des enseignants parce qu’elle interdisait le zéro en matière disciplinaire - ne fait en l’occurrence que pointer l’un des quatre cas d’ouverture de recours auprès des tribunaux administratifs pour excès de pouvoir. En effet le pouvoir ( l’attribution du zéro ) utilisé dans un but ( la sanction disciplinaire ) autre que celui pour lequel il est conféré ( l’apprentissage ) est depuis cent trente ans sanctionné par les juridictions administratives quand elles sont saisies. Ce qui n’a pas dissuadé, durant toutes ces années et jusqu’à aujourd’hui, bon nombre d’enseignants d’attribuer des zéros pour raison disciplinaire, en toute innocence.

 

De même l’interdiction des lignes, qui a pourtant été formellement proscrite il y a 120 ans , dès l’institution de l’Ecole républicaine qui a interdit les pensums par l’arrêté de 1890, continue à susciter des controverses et des oppositions irréductibles. Certains professeurs défendent en effet l’idée qu’une punition doit être par nature ‘’désagréable’’, et que le caractère fastidieux des ‘’lignes’’ est opportun, même s’il est peu instructif. Et ils font valoir qu’une punition s’inscrivant directement dans les tâches scolaires et se voulant ‘’intelligente’’ ( un devoir supplémentaire par exemple ) peut avoir pour effet de rabaisser le travail scolaire habituel au rang d’une punition. Mais ils n’ont peut-être pas aussi en tête les vers vengeurs de Victor Hugo dénonçant les pensums, les lignes, dans son Ode à Horace :

" Dimanche en retenue et cinq cents vers d’Horace !Je regardais le monstre aux ongles noirs de crasse

Et je balbutiais : Monsieur…- Pas de raisons !

Vingt fois l’ode à Plancus et l’épître aux Pisons !

Eunuques, tourmenteurs, crétins, soyez maudits !

Car vous êtes les vieux, les noirs, les engourdis ! "

 

La circulaire ministérielle de 1890 fait suite aux travaux d’une commission qui a regroupé presque tous ceux qui ont compté dans l’institution de l’Ecole républicaine, signe de l’importance que ces dirigeants républicains ont accordé à la question de l’ordre disciplinaire. Ils condamnent " les pénalités qui visent à mater et n’amendent guère ", et ils réclament et obtiennent " l’interdiction du piquet et des pensums, véritables travaux forcés où l’esprit n’a point de part ".

La circulaire ministérielle du 15 juillet 1890 précise que " le Conseil supérieur de l’Instruction publique a nettement manifesté sa préférence pour une discipline libérale [ l’adjectif ‘’libéral’’, dans ce type de contexte, étant alors le quasi équivalent de ‘’républicain’’ ] et son éloignement d’une discipline répressive. Celle-ci, reposant sur la défiance, n’usant que de la contrainte, se contente d’un ordre apparent et d’une soumission extérieure, sous lesquels se dissimulent les mauvais instincts comprimés, et les sourdes révoltes qui éclateront plus tard. Cette discipline sacrifie tout l’avenir à la sécurité du moment présent ; elle se satisfait de l’ordre apparent qu’elle obtient, et ne sait pas voir le désordre profond qu’elle tolère, moins encore celui qu’elle crée. La discipline libérale cherche, au contraire, à améliorer l’enfant plutôt qu’à le contenir, à le gagner plutôt qu’à le soumettre. Elle veut toucher le fond, la conscience, et obtenir non cette tranquillité de surface qui ne dure pas, mais l’ordre intérieur, c’est à dire le consentement de l’enfant à une règle reconnue nécessaire : elle veut lui apprendre à se gouverner lui-même "

 

Mais cela peut-il encore avoir un sens fort aujourd’hui, alors même que la cinquième ‘’République’’ se résume institutionnellement au passage du Haut Empire ( Charles de Gaulle ) au Bas Empire ( Nicolas Sarkozy ) où l’empire du chef ( voire la soumission ) sont érigés en principe?.

" Qui aime bien, châtie bien " dit-on encore. Mais, en la matière, peut-on encore entendre l’appel d’un expert en sado-masochisme, à savoir le marquis de Sade lui-même : " Français, encore un effort pour être républicains ! ".

Tous les commentaires

Cher Claude,

vous mettez le doigt sur un problème si juste ! et ces lignes de la circulaire de 1890 feraient l'effet d'une bombe dans beaucoup de salles des professeurs ...

En même temps que toute une réflexion sur la sanction s'est menée toutes ces dernières années, un véritable refoulement semble s'être exercé : c'est comme si le travail sur "le sens" des choses (actes, décisions ...) était forclos. Cette institution a de moins en moins le souci d'être ni même de paraître cohérente, chacun à sa place ne se préoccupe pas du lien nécessaire avec l'autre et mouline son discours. Le sens tombe et parfois, comme vous dites, "en toute innocence", ce monde agit une sorte de folie ordinaire.

Analyser les causes de tout ceci, en voilà une rude tâche.

Je rajoute : évoquez dans un collège la nécessité d'analyser un phénomène avant de prendre une décision, et vous verrez votre parole tomber dans un grand vide.

 

Tout cela n'est pas réjouissant, chère Marielle. Mais le découragement engendre nécessairemment peu ou prou cela. Ce qui revient à dire qu'une refondation de l'Ecole est à la fois nécessaire et difficile....

Intéressant! Il y a l'évaluation du travail et l'évaluation du comportement! les objectifs ne sont pas les mêmes en effet, faut pas confondre ! Mais on parle alors d'une pédagogie par objectifs et ce qui est en cause, c'est la formation des enseignants ! Comme on la supprime,ça ne risque pas de progresser beaucoup, les jeunes collègues étant obnubilés par les seules connaissances et detestant les formations pédagogiques des IUFM jugées "intellectuelles"et pas assez pragmatiques! On continuera donc d'enseigner comme grand papa à coup d'heures de colles et de lignes!

C'est en effet à craindre. L'existence de centres de formation autonomes est sans doute en effet une condition nécessaire ( mais hélas pas suffisante...) pour rompre avec les comportements établis.

Distinguer le comportement et la production intellectuelle cela semble évident dans la plupart des domaines (ainsi on distingue la production d'un écrivain de ses idées politiques) , mais j'ai souvent constaté en effet (et je constate encore) que dans la tradition de l'Ecole on a toujours eu tendance à confondre les deux. C'est à l'origine de graves malentendus entre élèves et enseignants. C'était le rôle de la formation IUFM d'inciter les futurs professeurs à réfléchir sur cette distinction....

Merci pour ces textes de 1890, preuve s'il en faut qu'il est important de travailler sur le temps long!

Sans aucun doute, chère Marie Lavin. D'autant plus que ce qui est foncièrement en jeu, c'est la conception du citoyen républicain, dont la définition la plus claire à mon sens est qu'il est co-souverain ( et que le ''souverain'', c'est à dire - en principe - le collectif des citoyens et citoyennes, sera d'autant plus ''éclairé'' que chacun de ses membres pourra l'être ).

Cher Claude Lelièvre, un grand merci pour ce billet et ce texte, excellent ! Je ne le connaissais pas, même s'il n'est pas très étonnant quand on a quelque familiarité avec l'histoire réelle de notre fameuse Ecole républicaine, celle qui a existé dans sa complexe diversité et non pas celle qui a été fantasmée à la fin du vingtième siècle. Il est dans la logique même de ses fondements philosophiques. Ce qui fait qu'on a pu maintenir cet idéal régulateur dans l'institution, dans les instructions, les formations, et, dans une certaine mesure, les pratiques, pendant toute cette histoire longue, sans même savoir qu'existait cette norme légale. C'était, en gros, très clairement le discours cohérent tenu par les Ecoles Normales que j'ai connues ( pour ma part, dans leurs dernières années). Mais c'est là où l'on perçoit la force décisive de l'argument historique appuyé sur des documents - en nous fournissant ce texte, Claude Lelièvre, vous permettez d'ouvrir un débat qui va au coeur des choses, et sans risque de se perdre dans les polémiques oiseuses auxquelles nous sommes habitués.

Pour ouvrir ce débat, trois remarques :

1/ Ce texte est certes libéral au sens où il fait écho à la valeur cardinale de "liberté" comme droit et aspiration essentielle à la dignité humaine. Mais accepteriez-vous l'idée qu'il est également, et là je me place dans la longue durée, au delà du paradoxe, dans la continuité du christianisme ? et notamment de la forme scolaire comme institution chrétienne de conversion intime à une foi et à une doctrine, par différence avec une religion d'observance des rites ?

Ce qui pose donc, comme dans l'histoire du christianisme, la question de la tension interne, de la relation bien compliquée entre les idéaux, les normes et les pratiques réelles.

2/ les pratiques réelles... qui obligent à prendre les instructions officielles comme l'image inversée de ce qui se fait. Et que décrit longuement, si je ne me trompe, l'histoire des historiens de l'école, pas celle de ses idéologues ?

3/ pour rebondir sur le commentaire précédent, n'y a-t-il pas, dans le refus ou l'impossibilité d'analyser, de rechercher des cohérences, une raison forte, qui tient aux contraintes propres des situations vécues ? Pour le dire très concrètement et très simplement, lorsque les élèves s'agitent, chahutent, transgressent, etc... bref, le désordre ordinaire et extraordinaire, on fait quoi, là, tout de suite, compte tenu des possibles, ici et maintenant ? C'est très exactement la question de fond posée par les enseignants. Et là, le rappel obstiné de l'idéal d'une éducation rationnelle peut être non pas régulateur, mais désespérant.

Personnellement, j'ai dû reconnaître que je n'y arrivais pas... Et que, pas plus que le socialisme dans un seul pays, on ne peut pratiquer l'éducation libérale dans une seule classe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je ne sais pas s'il est nécessaire de remonter au christianisme pour bien mettre en évidence la tension que vous mettez en valeur, mais cela me semble cependant assez éclairant, et en tout cas à méditer. Merci pour votre commentaire, en espérant qu'il en suscitera d'autres.

La violence de la punition à l'école n'a jamais empêché semble-t-il la violence des comportements d'élèves de l'éducation spartiate jusqu'à celle de nos jours. Voir le jeune René affrontant le fouet dans Les Mémoires d'outre-tombe : "macte animo, generose puer !", citant Voltaire citant Virgile.

Voir aussi : http://www.cairn.info/revue-histoire-de-l-education-2008-2-p-67.htm

Bel exemple, cher Lincunable, que figure d'ailleurs en bonne place de mon livre "Histoires vraies des violences à l'école", page 19.

je vais m'empresser de m'y reporter, Claude Lelièvre, en vous remerciant pour les références.

Merci M. Lelièvre pour ce "rappel à la loi", il est bienvenu.

 

Cela soulève différentes problématiques liées, à mon sens, à la pédagogie qui n'est pas appliquée, pas comprise ou pas apprise. Mais, et pour pondérer, il y a un rapport indéniable entre pédagogie et temps de mise en oeuvre à disposition. Je m'explique : si on prend en compte l'organisation d'une salle de cours (matériel, disposition des tables) et qu'on différencie (on peut parler de médiation) les apports en fonction des apprenants, ça demande plus de temps. Sans en arriver à un nivellement par le bas, on peut encourager l'entraide ; un apprenant en avance explique à celui qui n'a pas compris, ce qui sera facilité par une organisation en sous-groupes. Un professeur (ou un formateur) peut aussi s'interroger sur la manière dont chacun peut comprendre le savoir qu'il cherche à enseigner ; ce qu'on peut qualifier de stratégie alternative d'enseignement. Pourquoi une stratégie alternative ? Parce que tout le monde n'apprend pas de la même manière ; partant du principe que l'enseignement magistral est basé sur le fait statistique qu'une majorité sera capable de suivre.

C'est, à mon sens, une des sources de l'échec scolaire ...

 

Quand apparait un problème d'autorité non provoqué, c'est à dire que les élèves ne sont pas livrés à eux mêmes, la systémique peut être mise en oeuvre ; dans ce cas : réunir l'élève, ses parents, le professeur et éventuellement un représentant de l'institution afin de parler, de dire ce qui pose problème et d'envisager ensemble des solutions.

 

Les questions ''d'autorité'' ( au sens très large ) sont sans doute toujours plus ou moins liées entre elles et sont incluses dans une ''systémique'' que l'on devrait traiter parfois de façon plus délibérée. Mais ce n'est ni facile en soi, ni aisé sur le plan institutionnel. C'est le moins que l'on puisse dire...

Si je comprend votre billet, et vous en remercie pour sa clarté et les informations qu'il apporte, il me semble ne traiter que d'une partie de la problématique, beaucoup plus complexe au fond.

 

Vous imaginez vous écrire un billet intitulé "Des punitions autorisées .....".

 

Je crois au fond que les enseignants restent bien seuls pour tenir un minimum de discipline dans leurs classes, sans trop d'outils ad'hoc, et sans, non plus, que ceci soit le fondement de leur métier.

Il ne s'agit pas d'excuser mais de tenter de comprendre. C'est je crois en partie cette absence d'outils "autorisés" ou de recours, ou d'aide, qui fait remonter à la surface des outils inappropriés certes, mais faciles, et surtout compréhensibles par les parents. Car très souvent derrière ces punitions inadptées, il y a aussi un appel aux parents, qui n'ont très souvent pas conscience que leur délicieux bambin puisse être insolent et imbuvable à l'école.

 

J'ai pour ma part vécu deux écoles différentes pour mes enfants. L'une était très ouverte sur l'extérieur, les enfants étaient responsabilisés, les parents pouvaient participer si ils en avaient l'occasion et le temps, et les punitions de ce type n'existaient pas. L'outils "je vais mettre un mot à tes parents" fonctionnait.

L'autre, très fermée, les parents étaient traités en ennemi possible, en source potentielle d'embêtement, ou plus simplement de remise en cause, les enfants étaient infantilisés, et là, les lignes, les privations de récré,...

 

Selon moi, une campagne de sensibilisation des parents sur le fait que les enfants sont des personnes très différentes selon qu'ils sont avec eux, avec leurs grands parents, à l'école, en colonie,..., associée à une plus grande, et réelle ouverture des écoles sur le monde extérieur, permettrait de progresser sur le sujet.

 

Car un enfant est co-éduqué par tous les adultes qui l'entourent, et principalement par ses parents ou tuteurs et par les enseignants. Si deux messages qu'il reçoit de ses éducateurs ne sont pas en phase, il remet forcément en cause l'un des deux.

Voilà, c'était mon moment psychologie à deux balles.

Vous mettez en valeur une difficulté certaine et des perspectives de sensibilisation a priori fort intéressantes. Mais l'on devrait aussi ( et l'on pourrait sans doute ) beaucoup progresser dans l'homogénéité des règles et des comportements des uns et des autres dans chaque établissement scolaire, ce qui peut réduire de moitié ( toutes choses étant égales par ailleurs ) les violences scolaires comme l'ont montré des travaux américains, en particulier ceux de Denise C. Gottfedson ( cf le chapitre "Pour une prise en charge plus collective" de mon livre "Histoires vraies des violences à l'école"

Merci beaucoup pour votre billet, que je trouve très intéressant.

Je ne suis pas enseignante mais parent d'élèves d'école élémentaire, et j'observe ce genre de choses depuis cet angle. Je constate peu de punitions de type lignes (elles me semblent rares, mais elles se pratiquent), et plutôt, pour l'évaluation du comportement, un système de notation hebdomadaire (que nous devons signer, nous, parents chaque fin de semaine) par l'attribution de "clés" , ou de symboles évaluant divers critères (participation au rangement, discipline, comportement avec les autres ....). Ceci m'a plutôt fait sourire au début, à la présentation, mais finalement, peut-être est-ce utile pour apprendre aux enfants à vivre avec les autres ? Tout dépend sans doute de l'utilisation de ces supports, et des explications qui en sont données aux enfants. Il existe visiblement différents systèmes, comment sont-ils choisis, c'est-à-dire existe t-il une évaluation publiée de ces méthodes qui permet aux enseignants de se référer et faire un choix ?

 

Il n'est pas forcément très simple pour les parents de savoir précisément ce qui se fait en classe, comment et pourquoi. On se trouve assez vite sur un terrain dont on perçoit qu'il n'est pas tout à fait le nôtre (il ne l'est pas, je l'admets volontiers, mais il nous intéresse). J'ai le souvenir qu'en conseil d'école nous avions abordé la question des devoirs à la maison, parce qu'il semblait y avoir surcharge, dans une classe donnée. J'avais bien senti une forte crispation, et une difficulté parfois à venir sur le terrain de ce qui est interdit, ce qui est possible (les leçons, pas les exercices ?), ce qui était rendu obligatoire (sinon légal) par le programme et notamment ses modifications récentes (pas le choix, il faut en passer par là) ... Difficile parfois, toutes proportions gardées car nos rapports avec les enseignants sont bons dans cet établissement, difficile quand même de dialoguer avec l'institution sans sembler remettre trop en question le fonctionnement. Par contre nous n'avons jamais eu ces dernières années à traiter cette question des punitions, peut-être ne sommes-nous pas assez vigilants sur ce point, car issus de ce système (lorsque j'étais enfant, donner des lignes était très utilisé, en effet) ?

Merci pour votre témoignage. Et bon courage!

Ce qui a changé, du moins le crois-je, c'est qu'avant 68, ces punitions étaient acceptées par les parents, y compris quelques gifles de temps à autre et les coups de règles sur les doigts.

Ce qui a changé la donne, ce ne sont ni les profs ni les effets de Mai 68 mais les parents.

Il y a eu certes des évolutions à ce sujet, mais lentement et de façon diversifiée selon les ''catégories'' de parents. En la matière, mai 68 ne constitue pas la rupture que l'on croit généralement.

Ah merci, c'est ce que je pense depuis des années et je me trouvais bien seule. C'est important que cela soit dit, tant de poncifs sont régulièrement alignés sur mai 68 et bien sûr dans la réalité les choses sont beaucoup plus complexes et la chronologie plus fine. Encore merci.

Cher Claude, la notion d'Empire du Chef de De Gaulle à Sarkozy m'intéresse au plus haut point. Avez-vous publié quelque oeuvre à ce sujet qui m'aurait échappé ?

Chère Anne, non. Mais je le ferais bien avec vous, si la retraite vous pèse et le risque vous tente.

Merci , Claude , de toujours tenter de nous" éveiller " en nous "éclairant" !

 

Merci aussi, chère Françoise. Mais la prochaine fois ,ce sera avec des claques ( interdites aussi ) depuis encore plus longtemps; mais persistantes encore, parfois, dans certaines écoles.

Quand c'est administré au bon moment , est-ce que vraiment ça n'a jamais fait de mal à personne ? Encore faut-il être maître de soi , sans colère .

La note de service de juillet 2000 aurait sans doute gagné en efficacité en rappelant l'arrêté de juillet 1890... mais le haut fonctionnaire qui l'a rédigée en ignorait sans doute l'existence: 500 vers d'Horace pour cet ignorant, et pour faire bonne mesure, autant de Victor Hugo!

Ceci étant, pourriez vous nous éclairer davantage sur les punitions "autorisées"?

L'arrêté du 5 juillet 1890,stipule que désormais, "les punitions auront toujours un caractère moral et réparateur; le piquet, les pensums, les privations de récréation, la retenue de promenade sont formellement interdits. Les punitions autorisées sont la leçon à refaire, le devoir extraordinaire, la retenue du jeudi ou du dimanche, la privation de sortie ou l'exclusion, qui doit être utilisée avec circonspection".

Vers les années 60, j'ai été privée de retour à la maison pendant plusieurs semaines pour "colles" car mes coutures n'étaient pas de 2 fils en 2 fils , grande injustice par rapport aux externes qui venaient faire leurs 2 heures de colle le matin ou l'après-midi ..Il m'en reste encore de la révolte !

Monsieur Lelièvre : consignée en pension à cause d'épinards non mangés pour éviter les vomissements, j'ai également entendu mes parents, l'un parler de raclées collectives, l'autre de coups de règle sur le bout des doigts par les bonnes soeurs. J'ai moi-même reçu mon content de baffes et de coups de martinet sans jamais l'avoir trouvé juste. Impossible de trouver glorieux les châtiments corporels même si ça peut échapper : mais aujourd'hui, la difficulté serait la désobéissance, la transgression à la moindre peccadille : les profs ne font plus peur comme dans les années cinquante soixante...La façon des autorités de considérer les deux parties en présence aussi aurait grandement changé !

 

En conséquence, encore heureux que ce soit le pavé suivant qui compte : "Les punitions autorisées sont la leçon à refaire, le devoir extraordinaire, la retenue du jeudi ou du dimanche, la privation de sortie ou l'exclusion, qui doit être utilisée avec circonspection".

Il semblerait toutefois que les enseignants actuels, face aux caïds à l'école, avec tous les dégâts qui peuvent s'ensuivre - souffrent surtout de devoir se débrouiller avec très peu d'aide en interne, non ?... C'est comme une censure tacite. Que les rapports de force restent en catimini... Ils déploreraient l'inertie de leur direction d'établissement (différent par rapport à il y a une vingtaine d'années). Avant tout, l'école ne doit pas être repérée, ne doit pas être mal notée par l'académie, que les profs se débrouillent, remuent ciel et terre mais entre eux s'ils sont agressés ou si leurs classes sont sous l'emprise de meneurs (émission récente de France Culture à ce sujet), mieux vaut supporter, ne pas se plaindre.

Du coup : si on donnait des lignes à faire : fortes probabilités qu'elles ne soient jamais faites.

Si l'on frappe un élève : tollé dans l'école, les parents seront choqués, l'enseignant sera suspendu, la presse en fera des gorges chaudes.

 

Si un élève frappe un enseignant : c'est que l'enseignant n'aura pas su s'arranger du conflit, il est donc classé incompétent. Dans quelle mesure l'enseignant est-il alors défendu par ses collègues ?

 

Quelles armes reste-t-il, face à des élèves en ébullition dans l'école d'aujourd'hui si ce n'est l'autorité naturelle, la voix de stentor, l'humiliation verbale, ce qui n'est pas forcément le mode de fonctionnement de tous les enseignants ? Ou encore, la perfidie si ce n'est la séduction par le contenu du cours ? Et qui peut varier selon les matières enseignées, certaines plus ingrates que d'autres ?

 

J'ai une amie enseignante qui se flatte de la grande solidarité de ses collègues, ce qui lui permet de ne jamais requérir un quelconque appui de la direction de son lycée. Mais je n'aimerais pas l'avoir comme prof, elle si conciliante de nature, utilise à présent des méthodes pour le moins musclées, constamment dans l'humiliation verbale pour arriver à ses fins, un vrai dragon !

 

 

 

Billet intéressant et instructif mais qui ne répond finalement pas aux préoccupations quotidiennes de nombreux enseignants : lorsqu'un élève failllit, lorsqu'il est insolent, en arrive aux insultes, je n'ai aucun complexe à le sanctionner, et cela passe par les lignes et le piquet. Arrive ensuite la seconde étape, la convocation des parents, pour ainsi dire inefficace dans la plupart, si ce n'est la totalité des cas, et ainsi va la vie dans une classe. Il me plaît à penser que la salle de classe doit demeurer un lieu d'instruction où chaque habitant doit apprendre à vivre ensemble, dans un climat souriant, serein, calme et silencieux. L'élève qui nuit à cette sérénité doit être rappelé à l'ordre, car il s'extrait, par son comportement, de la société avec laquelle il cohabite de septembre à juin. Je ne suis pas un afficionado des sanctions, mais je constate toujours avec un bel amusement que la plupart des grands penseurs de l'éducation sont sans ressources lorsqu'on leur demande, simplement : "Et là, Monsieur, je fais comment ?" Ce métier s'apprend, se peaufine, s'exerce avec patience, le métier d'instruire est un métier de "lime", et pas de "hache", nous nous trompons, nous essayons, nous faillissons, mais nous faisons toujours de notre mieux, n'en déplaisent aux penseurs de l'éducation que je ne porte pas trop dans mon coeur, il est vrai... Bien cordialement.

Ce post très sensible de Jérôme me rappelle un prof de maths que j'avais eu en Terminale, sans le connaître car c'était la première fois que je revenais dans ce lycée après plusieurs années.

Il a réussi une année excellente, une réussite au bac et dans d'autres classes aussi, qui le récompensa bellement de ses efforts, mais le plus beau de l'histoire, c'est qu'il sortait de l'année précédente, son année d'arrivée au lycée, d'une réputation déplorable et justifiée de "mauvais prof".

Pour cette deuxième année si réussie, il avait donc changé complètement son fusil d'épaule, il ne s'était pas braqué ni réfugié dans je ne sais quel esprit procédurier, au contraire, il avait personnifié à merveille le mot qui dit que pour savoir enseigner, il faut savoir apprendre.

Il avait aussi, surtout, prouvé de manière éclatante que quand on aime vraiment son métier de prof, on est capable de soulever les montagnes...

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