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À propos de l’obstruction
Quand une réforme qui concerne tous les citoyens est élaborée sans tenir compte du tout des organisations syndicales …
… quand le texte est soumis en plein mois de juillet à la commission ad hoc et que ladite commission siège à huis clos …
… quand l’étude d’impact – rendu obligatoire par la réforme de 2008/ 2009 - est réduite à sa plus simple expression et ne permet pas de voir quel a été, à ce jour, l’impact réel de la réforme de 2003 …
… quand la discussion en séance plénière est inscrite à l’ordre du jour d’une session extraordinaire, on ne peut plus chargée …
… quand une telle discussion est engagée selon la procédure dite « accélérée » (en conséquence de quoi, quelle que soit la façon dont se déroule la discussion au Sénat, il n’y aura pas de deuxième lecture à l’Assemblée) …
… quand le débat est organisé sur la base d’un temps dit « programmé »
( 50 heures – hors gouvernement – ce qui représente un tiers du temps consacré au débat en 2003 ) et que chaque séance commence par un « rappel au temps » du type « Le temps de parole restant pour la discussion de ce texte est de x heures x minutes pour le groupe x dont x amendements restent en discussion » (l’Assemblée comme un gigantesque sablier … peu importe ce qui est dit … ce qui compte, c’est que le temps passe … car, quand le temps sera passé, la réforme aussi sera passée !) …
… quand le débat commence sans que le Gouvernement ait fait connaître ses derniers amendements (soi-disant de « concessions » et, sans aucun doute, de compassion !) …
… quand le débat sur les amendements est réduit à presque rien du tout ( car les amendements de droite sont, le plus souvent, retirés au dernier moment et que les députés de l’opposition – surtout au début du débat - préfèrent intervenir dans la discussion générale qui débute l’étude de chaque article … de peur de ne pas pouvoir dire tout ce qu’ils ont à dire ) …
… quand il n’y a pratiquement aucun scrutin public (sauf sur les amendements demandant la suppression de l’article 5 fixant l’âge légal de la retraite à 62 ans) et que, par conséquence, le citoyen ne peut savoir qui a voté quoi …
… quand ministres et rapporteurs se contentent, le plus souvent, de réponses laconiques et répétitives, voire fallacieuses (comme, par exemple, lorsque le Gouvernement dit qu’il a fait passer de 10% à 20 % le taux d’invalidité ouvrant droit à la retraite à 60 ans au titre de la pénibilité) …
… quand aucun amendement de l’opposition n’est voté en séance plénière ( même quand ils portent sur des sujets – en principe – consensuels, comme la prise en compte pour les retraites des problèmes des handicapés …
… quand, au détour d’un amendement, on met à bas les fondements mêmes d’une institution protectrice des salariés, comme c’est le cas avec la médecine du travail …
… quand il faut attendre minuit passé pour discuter – au pas de charge – des sujets tels que les injustices qui frappent les seniors en matière d’emploi ou les inégalités qui frappent les femmes en matière de retraites …
… quand sur cette dernière question, les députés de l’opposition sont interdits de parole, leur temps programmé étant écoulé …
… alors OUI, ils ont raison de faire de l’obstruction … d’autant plus que la forme donnée à cette opposition repose sur une procédure prévue lors de la réforme du travail parlementaire ( à savoir la possibilité ouverte à tout député qui le demande de prendre la parole pendant cinq minutes pour expliquer son vote ) …
… alors NON, monsieur ACCOYER, vous n’aviez pas le droit de suspendre la séance avant que tous les députés qui avaient demandé à exercer ce droit aient pu le faire …
… CAR ce droit, c’est aussi le nôtre … celui de ceux qui ne sont pas d’accord avec la réforme que vous proposez et qui, pour beaucoup d’entre eux, vont souffrir dans leur chair des conséquences de cette réforme injuste … de ceux qui se sont donné de la peine pour aller manifester leur désaccord et qui ne voient aucune retombée …
… CAR, pour que la loi votée soit la loi de tous, il faut que tous soient - d’une façon ou d’une autre – présents/ représentés dans le lieu où se dit/ se fait la loi … et que c’est là, le rôle de l’opposition …
… CAR, lorsque l’opposition est ainsi encadrée, muselée, ridiculisée, c’est nous qui sommes sommes encadrés, muselés, ridiculisés …
… CAR l’obstruction n’est que l’expression de (la réponse à) la violence qui nous est faite – de par la loi du nombre sur laquelle repose la démocratie sous sa forme actuelle – quand nous sommes obligés d’appliquer – de subir – une loi dont nous n’acceptons ni les fondements ni les modalités …
« La réforme du travail parlementaire : bonjour l’ennui ? » écrivais-je au moment de la réforme de 2008/2009. Cà y est. Nous y sommes. La preuve en est faite avec ce débat sur les retraites.
Mais je ne me réjouis pas d’avoir eu raison – contre ceux qui voulaient vraiment y croire à cette réforme qui allait « revaloriser » le Parlement – car, derrière cela, ce qui nous guette, c’est « l’ennui démocratique » qui, comme je l’écrivais à l’époque, « ferait de nous des intermittents de la citoyenneté, des pourvoyeurs de voix, des plantes-supports sur lesquelles on grefferait des programmes tout faits. Bref, tout l’inverse de la démocratie ! » …
… et, puisque c’est comme çà, je m’en vais à la manif devant l’Assemblée !
(Ce texte a été publié le 15.09 dans les chroniques d’abonnés du monde.fr)


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Message de soutien aux députés de l’opposition… qui vont avoir la lourde tâche de défendre nos droitsRETRAITES : un débat pour quoi faire ?_l’exemple de 2003
et (bien entendu) le rétro-journal des débats de 2003
sur mon autre blog (le monde.fr)
TEXTE FONDATEUR : La réforme du travail parlementaire_bonjour l'ennui ?
Dieu et la guenon
Séquence 02 : de l'obstruction / l'exemple du débat sur les retraites
Y at-il encore quelqu'un, ni juge ni parti, qui défend la constitiution dans ce pays ?
Même question mais plutôt désespérée à vrai dire ...
Et je repose encore la même question que sur les commentaires de l'article "Retraites une guerre de tranchée ..." et m'excuse pour cette redondance : n'y a-t-il pas matière à demander l'annulation du vote si le règlement n'a pas été respecté ? (et sinon, à quoi servent règlements, constitution etc ... à plus rien ? Je ne veux (peux) pas y croire)
Merci Denis Meriau de votre mobilité ce mercredi 15 septembre dont nous nous souviendrons, et de votre commentaire en direct sur cette séance où le tout à l'égoût - mis en place par l'UMP a avalé les retraites par répartition, acquis social historique, et dépouillé la médecine du travail de sa fonction au service des salariés.
A bientôt, je rappelle le rendez-vous de Martine Billard demain jeudi 16 à 19h 30 h au café le Progrès 1, rue de Bretagne dans le 3ème arrondissement.
Bonsoir Denis Meriau, et merci de vous être déplacé.
Je n'aurais pas eu 8OO Km à faire , je me serais rendue sur place aussi .
ce qui confirme votre excellent billet :
http://www.assemblee-nationale.fr/13/cri/2009-2010-extra2/20102014.asp#P254_9282
Si les inconscients avaient quelque illusion sur le respect de nos institutions, ils savent maintenant à quoi s'en tenir.
-même sans le "collabo"- de Mr Woerth!!!
Obliger un député à s'exprimer APRES VOTE, sous prétexte qu'il ne fait parti d'aucun groupe (bien que légitimement élu) contrevient également au règlement.
Je pense que cette séance aura... des suites légales : une plainte pour non respect des textes serait la bienvenue.
Bien cordialement,
A.N.
http://www.assemblee-nationale.fr/13/cri/provisoire/P20102015.asp
Le discours lu par Mr ACCOYER (je dis bien LU car j'ai regardé) l'ordre de mission m'a paru évident.
Les interventions soulevant le non respect des temps de parole
Sur le premier lien que j'ai copié plus haut : il semble que les députés ont compté des votes et que çà ne colle pas!
Bonne soirée et courage : nous devons continuer notre REFUS de cette parodie de démocratie
Merci Denis Meriau pour votre texte. Je me permets de poster le lien sur le billet que j'avais posté le 1er septembre, et que vous aviez lu "Lettre à Mesdames et Messieurs les députés et les sénateurs". C'était la rentrée, et je ne suis pas certaine que les personnes au courant du programme de la session extraordinaire étaient nombreux à ce moment-là.
@ emmap72
J'ai bien lu vos nombreux appels demandant si on pouvait faire quelque chose de juridique contre la décision de ACCOYER de suspendre les débats. Il ne fait aucun doute que sa décision n'est pas conforme au Règlement.
(art.49-13 : « Chaque député peut prendre la parole, à l’issue du vote du dernier article du texte en discussion, pour une explication de vote personnelle de cinq minutes »
Peut-il y avoir annulation de la loi pour défaut d'application du Règlement ?
La question est compliquée et je ne suis pas assez compétent sur le plan juridique pour y répondre. Quelques éléments de réflexion :
1) à ma connaissance ( ?) il n’y a pas eu, à ce jour, d’annulation d’une loi pour cause de non respect du Règlement ;
2) la question sous-jacente est de savoir si le Règlement de l’Assemblée est « de nature constitutionnelle » (si la réponse à la question est positive, il peut y avoir annulation.
J’ai entendu JM.AYRAULT répondre oui à cette question, mais je n’en suis pas sûr du tout : ledit Règlement a été validé par le Conseil constitutionnel suite à un recours de l’opposition ; mais cela ne suffit pas à lui donner valeur constitutionnelle ;
3) pour avoir suivi de près la réforme constitutionnelle, j’avais été à l’époque très impressionné par la stratégie adoptée par le pouvoir en place.
Ils ont emboîté
- loi constitutionnelle
(art.44 : « Les membres du Parlement et du Gouvernement ont le droit d’amendement. Ce dernier s’exerce en séance ou en commission dans les conditions fixées par les règlements des assemblée, dans le cadre déterminé par une loi organique.
(art.51-1 : « Le règlement de chaque assemblée détermine les droits des groupes parlementaires constitués en son sein. ») ,
- loi organique
( Article 13/ « Les règlements des assemblées peuvent, s’ils instituent une procédure impartissant des délais pour l’examen d’un texte, déterminer les conditions dans lesquelles les amendements déposés par les membres du Parlement peuvent être mis aux voix sans discussion. »
- règlement de l’Assemblée
(art. 55-3 « (Dans le cadre de la procédure dite du « temps programmé » lorsqu’un groupe a épuisé le temps de parole, la parole est refusée à ses membres. »)
(La règle ouvrant droit à une expression de cinq minutes en fin de débat avait été arrachée au cours des débats, avec l’idée d’amener certains députés de l’opposition à voter le texte –ce qui n’a pas été le cas.)
Cet emboitement est juridiquement imparable.
imparable. Je me suis toujours demandé comment Jean-Louis Debré – qui s’était battu contre les députés de la majorité, en 2003, pour laisser tout le temps qu’il fallait à l’opposition – avait pu avaliser, en tant que président du Conseil Constitutionnel, de telles dispositions. La réponse est dans ce que j’ai dit ci-dessus : à partir du moment où on avait voté l’article 44 de la loi constitutionnelle, il n’y avait plus aucun moyen juridique pour s’opposer à la restriction du temps de parole des députés (de l’opposition en particulier).
Tout çà est un peu compliqué. Mais çà ne laisse pas beaucoup d’espoir d’invalidation de la loi sur les retraites par le Conseil constitutionnel. Alors … on sait ce qu’il nous reste à faire …
Je reproduis ici une dépêche AFP tout à fait intéressante car elle met en parallèle CPE et retraite et souligne le rôle personnel joué par ACCOYER dans les deux cas ( sans parler d'une autocritique de VILLEPIN ... qui laisserait entendre qu'il a enfin perçu l'importance du débat parlementaire ... je demande à voir !)
Retraites: Accoyer "une nouvelle fois mal inspiré", selon Villepin
PARIS, 16 sept 2010 (AFP) - 10h35 heure de Paris - L'ex-Premier ministre Dominique de Villepin a estimé jeudi que le président de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer avait "été une nouvelle fois mal inspiré" en interrompant les débats sur les retraites, comme en 2006 où il avait poussé à l'interruption des débats sur le CPE.
"Le désordre parlementaire d'hier est dû à la volonté de précipiter les choses", a estimé M. de Villepin sur France Inter à propos de l'interruption des débats sur les retraites par le président Accoyer et les très vives réactions dans les rangs de l'opposition qui ont suivi.
"J'ai connu (la même situation, ndlr) moi-même lors de la réforme du CPE", a rappelé l'ex-Premier ministre en référence à ce projet de loi controversé adopté par l'Assemblée avec la procédure d'urgence du 49.3 avant d'être retiré après de nombreuses manifestations d'étudiants et lycéens, soutenus par des salariés, partis politiques et syndicats.
"Je note que c'est la même personne qui a pris ou poussé à la même décision", a-t-il souligné en rappelant que M. Accoyer était à l'époque du CPE, président du groupe UMP à l'Assemblée.
"Il m'avait appelé en début d'après-midi en disant, +je ne tiens plus mon groupe, il faut impérativement que l'on procède à un vote d'urgence+, ce qui a conduit à une décision que je regrette aujourd'hui", a expliqué M. de Villepin. Il a précisé que le président de l'Assemblée de l'époque "Jean-Louis Debré était convaincu qu'il ne fallait pas recourir à cette procédure".
Bernard Accoyer "a été mal inspiré à l'époque. Je le regrette tout en assumant totalement la responsabilité de ce qui a été fait".
Hier, "il a été une nouvelle fois mal inspiré. Je crois que les quelques heures supplémentaires auraient peut-être contribué à plus de sérénité", a-t-il estimé.