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Un appel au secours des Touaregs du Mali

Lundi 2 janvier à 9h05. Je ne suis pas encore à mon bureau que le téléphone sonne. C'est mon ami Mohamed qui m'appelle de Gao (Mali). Rien là de très exceptionnel, hormis l'heure et la date.

Mohamed était notre chauffeur lors d'un voyage un peu chaotique, en octobre 2007, chez les Touareg de l'est malien. Nous avons noué des rapports d'amitié et, depuis, nous continuons de correspondre régulièrement par téléphone.

Et par téléphone seulement puisque toute cette région nord et est du Mali est devenue inaccessible aux « toubabs » (les blancs) que nous sommes du fait des agissements terroristes d'AQMI. Pour ce Songhaï (minorité noire du Mali), mon numéro de téléphone est le lien ultime et minuscule qu'il parvient à entretenir avec le monde extérieur.

S'il m'appelle ainsi dès 9 heures du matin un 2 janvier, c'est qu'il est en compagnie de Farouk, « grand frère » (en réalité le cousin) d'Alagha, le remarquable chef de la petite communauté Touareg à l'invitation de laquelle nous nous rendions. Plus de trois ans qu'Alagha et les siens, par dépit et découragement, refusent catégoriquement tout contact avec les « toubabs. » Or, cette fois, Farouk veut profiter de ce lien si ténu entretenu par Mohamed avec le monde extérieur. Il veut me parler. Et ce qu'il m'a dit, ce matin d'année toute neuve, c'était à la fois un pathétique appel au secours et un immense cri d'espoir.

« Il faut que tu dises... » m'a-t-il moult fois répété tout au long de son long discours. Que le sac de mil est aujourd'hui à 30.000 francs CFA (environ 45 euros) sur le marché de Gao. Il coutait moitié moins cher il y a un an ; qu'il n'y a plus la moindre structure médicale à l'est de Gao ; que les populations nomades sont totalement livrées à elles-mêmes et dans un état sanitaire épouvantable ; qu'à Gao même, il n'y a plus rien à faire qu'à survivre d'expédients et de petits (et moins petits...) trafics...

Un pays que l'ostracisme qui lui est imposé par la peur des agissements d'ACMI et notre impuissance à y faire face condamne à une mort lente. Un pays qui n'a plus rien pour vivre alors que lui parviennent d'énormes quantités d'armes en tous genres exfiltrées de Lybie...

Et pourtant « la sécurité est en train d'être rétablie » m'affirmait Farouk ce matin. « La preuve, ajoutait-il, on a arrêté les ravisseurs des deux Français enlevés à Hombori, il y a quelques semaines. » Ces deux Français-là et quelques autres n'en restant pas moins entre les mains d'AQMI probablement fort loin de là, au nord du Mali.

J'ai promis à Farouk de ne pas garder pour moi ce qu'il venait de me dire. Nous nous sommes quittés. Sur France Inter, au même moment, passait un reportage sur le début délirant des soldes d'hiver en Lorraine...

Didier Cornaille

 

Tous les commentaires

Oui.

Dernier séjour en 2006. Depuis, la situation n'a cessé de se dégrader. Toute l'aire touareg est allumée. Le sud de l'Algérie, le nord du Niger et du Mali. En révolte contre la spoliation de leur territoires, ils sont en plus abandonnés des gouvernements.

En soutien.

 

@Patrick,

ce billet de ton blog m'avait échappé et je le regrette.

Il y a effectivement un pillage des richesses nigeriennes par Areva mais aussi par les pouvoirs soutenuss par le France dont Tandja et le sud qui le soutient.
Mais il y a aussi la politique sécuritaire d'Areva qui est scandaleuse

D'abord en direction de ses ouvriers qui travaillent quand même dans une mine d 'uranium!!! Une étude de la CRIIAD il y a trois ans sinon plus relevaient des manques graves.

Enfin la sécurité vis a vis de l'extérieur et en particulier de l'AQMI justement et des différents entre le gouvernement de Tandja et le Directeur de la sécurisation du site.

Merci

Ce qu'il faut rappeler, c'est que Tandja a été renversé par une junte militaire(2010 sauf erreur), au moment ou il modifiait la constitution pour le droit au troisième mandat.

Une junte qui n'a pas fait versé le sang, au moins en tout état de cause. Ceci dit, le fait est que Tandja n'est plus en cause, mm si il est responsable des conséquences... en partie avec ses contrateurs de contrat areva et anne lauvergeon, mm démisionnée, elle est aussi redevable des pollutions des nappes phréatiques fossiles , des atteintes a la santé, de la concentration excessives de bouleversements géologiques titanesques ...bref pour l'uranium

@Patrig,

exact. Tandja a été renversé par une junte alors qu'il essayait de modifier la constitution pour s 'octroyer un troisième mandat. Cette junte était dirigée par un jeune militaire qui fit régner un ordre républicain assez peu ordinaire et dont on doit saluer le courage et la détermination. Il rendit la pouvoir, comme il l'avait dit, un an après son coup d 'Etat s 'étant assuré que la multiplité d 'élections qu'il avait mise en place s 'étaient déroulées sans trop d 'accroc ( municipales, législative, présidentielle). C est le Rawling de l'Afrique francophone . Il mérite qu'on le célèbre son exemple est rare.

C'est un appel au secours où l'on ne peut rien faire... comme un cri dans la nuit qui vient d'où on ne sait. Mais là on sait tout-de-même un peu, et on réfléchit, cherche comment et où on peut tisser des liens qui aboutiront peut-être...

 

voir l'association SURVIE FRANCE www.survie.org

 

Merci pour ce lien d'une organisation que je ne connaissais pas. Le site a l'air assez intéressant et je le garde en référence...

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