Sam.
02
Aoû

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Langue française : regrets d'une gloire passée?

L'offensive (contre la fierté de certains français pour leur langue) pourrait paraître légitime: après tout, n'avons-nous pas été des colonisateurs se souciant très peu de détruire les cultures de ceux qu'ils estimaient moins "civilisés"? "
La roue tourne", disent certains. Le latin "lingva franca"... puis le français parlé dans toutes les cours d'Europe, maintenant l'anglais, quoi d'inquiétant à cela? Que l'on nous rabatte le caquet, n'est-ce pas "mérité"?

Des Français "arrogants", tournés vers leur "glorieux" passé...

Des Français refusant de parler aux touristes ne comprennant pas notre langue... Français grincheux, tournés vers leur nombril, refusant l'ouverture au monde. Le pinard, le béret basque et la baguette sous le bras.

Voilà la fable qui se colporte depuis maintenant plusieurs décennies. Bien entendu, pour qu'une fable soit crédible, il est nécessaire qu'elle contienne quelques éléments de vérité, même si c'est l'arbre qui cache la forêt.

ASSEZ !

Comment pouvons-nous être bêtes au point d'accepter d'endosser cette caricature ? Alors que nous nous insurgeons devant le portrait du Tzigane "voleur de poules", celui de l'Allemand "hyper discipliné", du Grec "amateur d'éphèbes" (j'en passe et des pires!!!), nous ne récusons pas ce portrait peu ragoûtant du Franchouillard replié sur lui-même, et (hurlant souvent avec la meute), certains d'entre nous en rajoutent encore dans l'autodénigrement.

ASSEZ!

Impliquée, depuis plus de deux décennies, dans la lutte émancipatrice pour l'équité linguistique, de nombreuses conversations m'ont conduite à cette hypothèse: ce qu'on décrit ainsi, c'est le comportement historique d'une partie seulement des Français, à savoir une classe sociale aisée.
La moyenne ou haute bourgeoisie avait en effet, à la fin du XIX è siècle et au début du XX è les moyens d'apprendre les langues étrangères, mais ne le faisait pas forcément. A vrai dire, on peut penser qu'elle ne le faisait presque jamais.
Peut-être les Britanniques (de la même classe sociale) le faisaient-il un peu plus * (1)... Je ne dispose pas des moyens de le vérifier.

En tous cas, la réalité actuelle est bien loin de ce repoussoir qu'on nous sert à toutes les sauces, et dont la fonction *(2) (je l'ai souligné dans la conclusion d'un autre billet) est, nous faisant honte, de nous gêner dans la défense de notre culture, qui comprend aussi des valeurs émancipatrices.

Les "Français" ne sont pas un bloc homogène. En France il y a une grande diversité d'individus. Ceux qui, hier encore (pensons au délégué à la SDN en 1922) croyaient la langue française incontournable, sont issus aujourd'hui d'une pseudo-élite nous poussant à nous applatir devant le triomphe de la langue anglaise.

Le peuple, lui, maintenant comme naguère, subit...

  • Subit le fait de ne rien comprendre quand les "élites" anglophones prennent la parole.
  • Subit les longues heures (souvent peu efficaces) d'enseignement de l'anglais, pendant que les petits Britanniques ou Etats-Uniens font des sciences, de la musique ou du sport.
  • Subit et intériorise la honte d'échouer (au moins en partie) dans cet apprentissage.
  • Subit les quolibets des "gens bien" qui dénigrent leur monolinguisme.

Il voudrait bien, lui, le peuple, savoir parler cette "meeeeeeeveilleuse" langue qui, dit-on, ouvre d'innombrables sésames à ceux qui le parlent. Il fait son possible, le peuple. Et il croit qu'il est le seul dans son cas, alors que "le peuple" d'Italie, d'Espagne, du Portugal.. du Japon même!... ou de bien d'autres pays éprouve exactement les mêmes difficultés. Une enquête de 2000, publiée dans le rapport Grin, montrait qu'en matière de prtaique de l'anglais, nous étions à l'époque à peu près dans la moyenne européenne. Les Espagnols, Italien et Portuguais étaient même un peu moins compétents que nous!

Le peuple, il a oublié ce que disait (comme bien d'autres Français du peuple) mon grand-père, ouvrier agricole, dans les années 30: "L'espéranto, ce serait bien si tout le monde pouvait l'apprendre!!!". Non, il n'a pas "oublié", le peuple, mais on l'a effacé de sa mémoire collective, et voilà pourquoi il ne sait pas, il ne sait plus que ça a existé, que ça existe toujours, l'espéranto.

J'étais la semaine dernière avec mon ami Michael aux Journées d'été des Verts, et, au coin d'une conversation, voici ce qu'il m'a glissé: "En matière d'anglais, on fait des promesses aux gens sans se donner les moyens de réussir. On dit aux pauvres qu'on va leur donner la même chose qu'aux riches, mais c'est comme si on leur donnait une voiture sans le moteur.".

Voilà très bien résumée la politique linguistique de nombreux pays.

On affiche une volonté de "multilinguisme", on pousse l'anglais en avant comme le fédérateur indispensable de ce multilinguisme, et en fin de compte on accroît les difficultés des apprenants.

Non, en matière de langues, nous ne sommes pas (ou du moins ne sommes plus) spécialement infatués de notre langue, refusant les autres... Alors, pourquoi cette accusation récurrente? Peut-être parce qu'il s'agit de finir de briser la résistance que nous avons longtemps opposée à l'uniformisation?

Faisons un pari: introduisons des expérimentations d'espéranto dans deux ou trois centaines de classes maternelles et primaires pendant une dizaine d'années (ce serait facile et ça ne coûterait presque rien, le professeur F Grin, spécialiste de l'économie des langues l'a bien montré dans son rapport de 2005) puis évaluons pour voir si les petits Français sont toujours "nuls"!! Mais je rêve sans doute...

"I have a dream"... après tout, ça ne rate pas toujours, les rêves....

-------------------------------------

* 1) c'est toujours le cas aujourd'hui, mais on trouve des appels à délaisser le français pour des langues plus "utiles", et en tous cas, les petits Britanniques, dont on avait pendant quelques années augmenté le nombre d'heures de langues dans le cursus, sont à nouveau dispensés d'apprendre une langue de l'Union). La GB fait la démarche inverse de celle des autres pays!

* 2) je ne dis pas "l'intention", mais on peut se le demander

 

 

Tous les commentaires

28/08/2010, 13:12 | Par Emmanuel Esliard

On met l'anglais en avant, parce que c'est la langue réputée internationale, mais ça peut changer ! D'ailleurs quel anglais ? Plus grand chose à voir avec la langue de Shakespeare.

C'est facile pour tout le monde d'apprendre une langue étrangère, à condition de commencer très jeune, quelle que soit la difficulté de la langue.

 

28/08/2010, 23:45 | Par Dominique C en réponse au commentaire de Emmanuel Esliard le 28/08/2010 à 13:12

@Emmanuel Esliard "C'est facile pour tout le monde d'apprendre une langue étrangère, à condition de commencer très jeune, quelle que soit la difficulté de la langue."


Oui, la preuve: j'ai appris le français!!! Indécis
Allons, soyons sérieux! Cette affirmation (qui, à première vue, semble incontestable), ne doit pas être prise au pied de la lettre, j'entends: "sans replacer les choses dans un contexte social, culturel et pédagogique"!
Peut-on comparer la situation de l'enfant placé dès sa naissance dans un environnement multilingue (par exemple si ses parents sont de deux origines différentes, ou si sa famille emploie une jeune fille au pair...) à celle des enfants de nos écoles, qui subissent en grand groupe (20, 25 ou plus) un enseignement parfois de qualité très contestable, avec des moyens techniques et humains très limités? Les divers gouvernements qui plebiscitent l'enseignement massif et précoce de l'anglais sont-il prêts à mettre les moyens nécessaires pour que ce soit efficace? NON, bien entendu. Il faudrait alors plus d'heures et de plus petits groupes d'élèves: un gouffre financier!!!
Et d'une certaine manière, ce serait presque rassurant... car franchement, ce bilinguisme contraint qui fait la part trop belle à une langue et une seule devrait faire bondir d'indignation tous les démocrates et tous les partisans de la diversité.

28/08/2010, 14:08 | Par Axel J

Parler une seule langue, c'est ça qui est nul, et c'est ça qui rend nul.

 

Et accessoirement, on se retrouve aussi quand on n'en parle qu'une, avec des gens qui ne comprennent le problème que par cettte approche négative de "suprématie d'une langue" et de "passation de pouvoir d'une langue dominante à une autre langue dominante"...

Certains proposent même, puisqu'on serait sur un champ de bataille, de se rencontrer "en terrain neutre" avec une langue créée de toutes pièces!

 

Dans très peu de temps, c'est le chinois qui va s'imposer partout comme langue dominante, si on vous suit avec votre vision de l'anglais qui aurait supplanté le français.

29/08/2010, 00:00 | Par Dominique C en réponse au commentaire de Axel J le 28/08/2010 à 14:08

@Axel J:
Sur le fait de ne parler "qu'une seule langue", en effet, les champions en la matière sont les Britanniques ou les Etats-Uniens... C'est étrange, hein, ça on ne le dit jamais!!!!

Je ne dirai cependant pas qu'ils sont "nuls". Pour le moment cela ne leur réussit pas trop mal: en matière de langues, ils se débrouillent pour faire faire tout le boulot par les autres!!! Et cela leur rapporte énormément d'argent.


Quant aux Français, non, ils ne sont pas si "monolingues" qu'on le prétend. Veuillez considérer le tableau présent dans cet article de mon autre blog. On y voit que nous sommes à peu près dans la moyenne Européenne...

8162145.c4ae90f4.500.jpg
Il est tout à fait curieux de voir qu'au sujet de l'espéranto, de nombreuses personnes affirment d'emblée, au lieu de formuler leurs objections et doutes sous forme de questions...
Comme il faut cent fois sur le métier remettre son ouvrage, je vais remettre quelques points sur les " i " pour vous, qui (après quelques centaines d'autres personnes avec qui j'ai échangé), mettez en avant une assertion sans rapport avec la réalité.
1) l'espéranto n'a pas été "créé de toutes pièces". Parmi les langues construites, il fait partie du groupe des langues "a posteriori" ce qui signifie que son créateur s'est appuyé sur les racines indo-européennes. Il s'agit d'un édifice tout à fait bien pensé, enraciné dans les cultures européennes, mais ouvert sur le monde entier par sa structure ingénieuse et régulière... et bien vivant!!! Vous pouvez aller vérifier sur Wikipedia, si vous le désirez... Mais bref.
2) Ni moi, ni aucun des espérantophones que je connais ne souhaite aller vers une langue "unique". Au contraire, nous sommes pour un multilinguisme "vrai", c'est-à-dire dans lequel la langue anglaise serait moins puissante, et les autres plus reconnues et répandues dans l'enseignement. Nous pensons en effet que le "poids" excessif de cet idiome nuit à la diversité des langues apprises. Son étude demande tellement de temps et d'energie que dans de trop nombreux cas, les élèves ou étudiants étudient très imparfaitement une LV2 ou l'abandonnent carrément. Vous trouverez un document intéressant sur internet: un manifeste de la langue espéranto publié en 1996 à Prague.

Quant au chinois, quand vous aurez essayé de l'apprendre pendant quelques mois (j'ai essayé, mais seulement quelques semaines), vous m'en redirez des nouvelles. Non, il ne s'imposera jamais comme langue internationale, pour deux raisons: la complexité de son écriture, et la difficulté des non-natifs à percevoir... et reproduire les 4 "tons". Et c'est une polyglotte qui vous parle! Je ne dis pas que personne ne l'apprendra, mais à mon avis, seule une faible proportion de ceux qui s'y mettent parviendront à la parler suffisamment pour bien s'en servir.
Je m'arrête là pour le moment, car je crois plus important d'utiliser mon temps à échanger avec quelques abonnés qui désirent crééer une édition en espéranto, plutôt que de rectifier des erreurs d'appréciation de gens qui peuvent très bien rechercher les informations eux-mêmes.

18/12/2010, 16:13 | Par Dominique C

Et pourquoi que je ne ferais pas remonter ce billet dans le "pisteur", hein, oui, pourquoi pas??? Tranquile

Newsletter