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Londres: prédateurs d’en haut, prédateurs d’en bas
Les observateurs ont tous été frappés par cette frénésie de pillage des émeutiers londoniens qui semble être leur seul but. Cette attitude de prédateurs semble en fait fonctionner en miroir de l’activité quotidienne de la City voisine et de la crise boursière actuelle où la prédation est devenue la règle.
Les différences entre les émeutes de Londres et d’autres situations de troubles sont patentes : pas d’objectifs politiques ni même d’opposition systématique à la police, comme dans les émeutes des banlieues françaises de 2005. La forme même de ces émeutes, à savoir le pillage principalement, semble être aussi leur but. Pas de grandes finalités donc, mais pas de grandes causes sociales classiques non plus : la situation de crise s’est certes aggravée, les relais d’intervention sociale ont été petit à petit démantelés mais c’est la forme même de l’expérience de cette crise, l’inoccupation, l’ennui, qui semble encourager la participation de cercles très larges et non une révolte contre ces mêmes causes. Les clivages ethniques ont été vite relativisés, malgré le facteur déclenchant (la mort d’un jeune noir tué par la police), pour créer un appel d’air pour toutes les communautés et un effet d’unité propice à la contagion. La forme de la prédation est en fait le message, le but et la cause à elle seule, ce qui ne justifie pas pour autant les propos de va-t-en-guerre de Cameron pour disqualifier les délinquants.
Triomphe du marketing : un monde commun
La prédation des magasins est restée souvent locale et ne s’est pas déplacée dans le centre de Londres, elle a visé les magasins des chaines et des marques pour pouvoir revendre ces biens si réputés, mais les petits magasins se sont aussi retrouvés victimes collatérales, ce qui a été critiqué par la population locale. Seuls les magasins de livres n’ont guère attirés les émeutiers semble-t-il. Bref, un grand succès pour le marketing : l’attachement aux marques a fait ses preuves puisque ce sont elles qui sont pillées en priorité. Nous partageons bien les mêmes valeurs ont semblé dire les émeutiers (le luxe, les marques), et c’est bien pour cela que nous les pillons. Belle connexion des esprits réalisée par la publicité et les médias : l’attention de tous est désormais fixée sur les mêmes objets, les mêmes mythes, n’est ce pas cela l’intégration ? Sinon, les pauvres devraient donc aimer la patrie et leurs concitoyens pendant que les riches vivraient au dessus de ces frontières finalement si mesquines pour piller où bon leur semble dans des paradis fiscaux notamment ? Non, la mondialisation d’en bas et celle d’en haut fonctionnent selon les mêmes repères opportunistes, quand bien même tout les différencie dans les ressources et les méthodes.
Anthropologie de la prédation
Dans la prédation telle que la décrit l’anthropologie, ses cibles doivent être ni trop proches ni trop lointaines, dit Descola, pour pouvoir être incorporées. Il ne semble pas venir à l’idée des émeutiers de piller la City, car elle est trop loin et surtout ses biens sont trop invisibles et impossibles à s’approprier (des titres immatériels et des valeurs mobiles, attaquer un siège social n’a guère de sens). Mais la prédation s’impose, malgré cela, comme un schéma de relation partagée. Descola a proposé un tableau des relations entre les êtres, dans lequel la prédation prend toute sa place, comme une forme présente dans toutes les sociétés et non seulement dans les sociétés traditionnelles. Il la distingue du don et de l’échange, puisqu’elle est orientée négativement, mais aussi de la production, de la protection et de la transmission (qui tisse des relations asymétriques et génétiques entre les entités). Or, si l’on reprend chacun de ces schémas, qui composent toute société à des degrés divers, il faut alors se souvenir que les diagnostics, savants ou ordinaires, sur les causes des émeutes mentionnent finalement sans cesse l’affaiblissement de tous les autres schémas, affaiblissement qui favoriserait ainsi l’extension du domaine de la prédation. Transmission problématique voire disparue (et la présence d’enfants de dix ans parmi les émeutiers en est un indice), production anémiée (et absence de postes de travail, industriel ou de service), protection démantelée (comme celle des services sociaux du modèle de l’état providence), don réduit aux occasions rares ou aux solidarités très proches ou militantes, échange dominé par le marchand mais raréfié par la faiblesse des ressources. Reste la prédation, dont l’avenir est certain, mais qui a toujours eu sa place.
La prédation financière
A tel point que l’on doit même considérer qu’elle constitue le mode dominant des relations instituées par l’économie financière. Depuis trente ans en effet, la répartition des richesses a basculé massivement du coté de la rente et des actionnaires qui prélève une part de en plus en plus importante sur la valeur ajoutée des entreprises. Mieux encore, toute une partie de la rémunération de ces actifs financiers repose de plus en plus sur des montages spéculatifs qui profitent autant des hausses que des baisses, dans l’indifférence complète aux supposés « fondamentaux » d’une supposée « économie réelle » et de la supposée « valeur ». La prédation par la finance fait en réalité partie de ces fondamentaux désormais, aussi irrationnelle soit-elle si l’on se situait dans un autre cadre d’analyse que celui de la prédation. De façon symétrique, certains s’étonnent de l’irrationalité des émeutiers qui détruisent en même temps leurs propres quartiers, et y sabotent tous les liens de sociabilité, en perdant le sens des « valeurs ». Mais les valeurs comme la valeur sont désormais portées par les rapports de prédation et sont dès lors tout à fait explicables à condition d’éviter le registre de l’indignation qui peine à reconnaitre le monde qui est le nôtre. Les prédateurs d’en haut comme ceux d’en bas ont le sens des valeurs, mais ce ne sont pas celles d’une démocratie solidaire ni celles d’une production industrielle utile, c’est le moins qu’on puisse dire. La prédation financière n’est pas nouvelle, la prédation a même joué un rôle dans ce qu’on appelle l’accumulation primitive qui a permis le capitalisme (matières premières, esclavage, etc.). Mais elle est aussi au cœur des dispositifs d’innovation sur internet (cf. Gensollen) qui voient les grandes entreprises réduites à piller systématiquement les innovations générées dans les réseaux informels du net, à partir de l’expérience des utilisateurs, avertis ou non.
La prédation comme événement
La prédation ne peut par définition constituer un modèle stable de relations. Les émeutes comme les bulles et les crises financières sont les moments favorables pour les attaques. La période récente voit ainsi se présenter en miroir la prédation des émeutiers londoniens sur les magasins de marques pendant qu’à quelques blocs de là, les traders parient sur l’effondrement des états soumis au diktat d’une dette que la finance a elle-même provoquée. Les prédateurs au bout du compte menacent toujours l’Etat, sans nul doute, et plus fondamentalement le droit. Les derniers épisodes de la crise financière ont eu le mérite de le rappeler. Ces événements prennent par surprise et font monter le stress, qui est le carburant commun aux deux populations. L’événement est attendu, on sait qu’il va venir (cf. mon livre « La ville-événement. Foules et publics urbains » aux PUF, 2010), les tensions sont là et finalement personne ne devrait être surpris mais il faut profiter de l’étincelle, profiter en opportuniste, car c’est bien le régime d’action dominant de ces deux populations, traders et émeutiers londoniens. Pas de plan, pas de coordination préétablie mais un art de l’occasion qu’il ne faut pas manquer, pour vendre ou pour acheter, des centaines de fois en quelques secondes s’il le faut avec le High Frequency Trading, ou pour entrer et pour sortir du magasin défoncé avec le poste de télé ou les vêtements qu’on saura revendre. Et pour cela, il faut être en éveil, en alerte, ce mode d’attention si particulier auquel nous sommes tous soumis avec nos portables. Et c’est ainsi que la contagion peut s’effectuer, cette propagation tant facilitée par les réseaux numériques, pour les émeutes comme pour les crises boursières.
La prédation contre le politique
Face à un tel état d’esprit, le temps des politiques, des institutions, du droit, semble totalement décalé et sans prise. La prédation d’en bas (les émeutes) et la prédation d’en haut (la spéculation financière) prend tout gouvernement en tenaille et le rend impuissant. Notons-le, seules les mafias savent circuler aisément entre les deux niveaux : il suffit de lire et de voir Gomorra pour s’en convaincre et voir clairement que les mafias ont aussi effectué leur mutation, la Camorra et la N’drangheta ne ressemblent plus à la mafia sicilienne de l’avant guerre car leur implication dans la finance et leur mondialisation sont nettement plus importante, alors que leurs aptitudes de régulation locale ont disparu au profit d’une prédation souvent très violente. Les mafias apprennent à chacun à tirer profit de toutes les occasions, sans dénoncer ni s’occuper des affaires des autres, dans un état d’esprit de « l’arrangement » qui tue aussi sûrement tout débat. Ce qui signifie clairement la déchéance radicale du politique, de la capacité à construire un monde commun, qui nécessite toujours discussion et arbitrage. Examinons autour de nous tous les comportements opportunistes qui consiste à contourner ou détourner le droit dès que possible, et à s’arranger, à supporter, à « la fermer » à condition que les autres la ferment aussi sur ses petits avantages et les petites prédations. Cette loi du silence tue sûrement toute démocratie mais reste la seule marge de manœuvre pour les petits prédateurs que nous sommes poussés à devenir. Les grands prédateurs, eux, n’ont plus aucun sens des limites, comme on le voit avec DSK, car toute la prostitution ordinaire et la pornographie normalisée sur internet sont des indicateurs sûrs de l’empreinte mentale de la prédation dans nos rapports les plus intimes.
La prédation ne peut pas faire l’objet d’une négociation, car elle se fait contre le droit et sur un principe négatif a priori. Elle a toujours eu sa place et l’aura toujours parmi les types de relations entre humains ou entités diverses (car la prédation des ressources naturelles relève du même principe). Tout est question de limitation de sa place, de maintien et de renforcement des autres modes de relation possibles. Mais réduire la place de la prédation ne sera obtenu que par l’exercice pur de la force, pas nécessairement violente, autant contre les prédateurs d’en bas (les émeutiers) que contre la prédateurs d’en haut (les spéculateurs) et contre les intermédiaires (les mafias).
L’état de guerre permanente est devant nous, et celui dû à la guérilla des émeutiers ou des incidents dans les quartiers sera moins durable que celui créé par la finance. Toute idée de paix est hors des schémas mentaux des prédateurs. Le temps de la prédation est le temps qui vient mais il est déjà là.


Les 2 commentaires les plus recommandés
merci pour ce lien remarquable vers le texte de Debord. Intitulé le déclin et la chute de l'économie spectacle, on y voit les talents de visionnaire de Debord puisque c'est le contraire qui s'est passé ( ce qui devrait nous servir de leçon d'ailleurs!). Ce sont donc surtout les situationnistes qui ont été contredit par les faits. On y lit aussi la vivacité du modèle du dévoilement: trouver le sens derrrière les phénomènes, montrer les causes et les contradictions dont la résolution est fatale, bref la puissance de Hegel et de Marx derrière l'apparent non conformisme de Debord. Bref, on voit comment toutes ces analyses étaient brillamment critiques (notamment sur la marchandise) et totalement inadaptées actuellement. Les différences entre les deux situations d'émeute sont bien présentées aussi: on vole des armes d'abord, on vole de la nourriture ensuite, toutes choses qui disent un état de dénuement et de ciblage politique que l'on ne trouve plus désormais.
Vous cherchez à trouver des averstissements, du sens, comme si les phénomènes sociaux portaient un sens au-delà d'eux mêmes adressés à une société avec un grand S, qui est l'un des mythes sociologiques les plus tenaces, la politique n'en est d'ailleurs que le reflet dites vous, ce qui est un credo marxiste classique qui a eu les effets catastrophiques que l'on sait. Ce qui laisse peu d'issues dans un tel contexte.
Vouloir coller sur les pratiques des groupes d'émeutiers des messages, des objectifs autres que ce qu'ils ont fait, c'est les déposséder un peu plus de leurs propres façons de penser. Vous vous réjouissez que les émeutiers puissent goûter aux délices marchands, je n'ai pas de point de vue là dessus, l'important pour moi étant ici de seulement indiquer que leurs objectifs immédiats et visbiles sont en effet l'indice d'un partage des mêmes références, ce qui au moins nous vaccine contre l'idée qu'ils seraient porteurs d'un autre modèle. Mais la forme de la prédation à laquelle ont participé des centaines de personnes non spécialement émeutières mais opportunistes, semble en effet leur seule issue, c'est cela qui m'intéresse. Ce n'est pas renvoyer dos à dos, car on sait comment on traite les uns et comment on traite les autres, mais montrer les parentés et l'univers commun que nous partageons, certes celui de la marchandise devenue marque (ce qui est une mutation que Debord n'a pas pu connaitre à plein même s'il l'avait pressentie) et celui de la prédation comme forme normale dominante des relations entre les êtres ( de tous types).
Bonne question Jean Jacques qui suppose de penser qu'on peut y faire quelque chose, mais il le faut même si ce n'est pas certain, et ensuite de prendre appui sur des analyses ( et non pas des constats) pour comprendre ce qui a quelque chance de faire levier.C'est pour cela que parler de prédation est politique, car c'est le régime de relations entre les êtres qui ne repose que sur la force et donc nie le politique. On ne peut que le contenir mais le contenir par la force précisément d'un côté et par le renforcement des autres modes de relation ensuite. ce qui veut dire politiques de production ( et non financières), de protection ( et à toutes les échelles, rappel de mon billet précédent sur le care), de transmission (école et prise en charge collective des enfants en général), de don ( nouveaux circuits non marchands) et d'échange ( ressources pour y participer). Nous avons là un beau programme politique mais n'oublions pas que tout cela suppose l'exercice de la force contre les prédateurs ( et là j'assume: TOUTES les prédtations, qu'il s'agisse de la finance, des gangs ou des mafias). Evidemment, la force contre les prédateurs d'en bas est la plus aisée à afficher, mais échoue autant que les autres depuis tant d'années car les autres, finance et mafias, n'ont rien subi de pareil (même si en Italie, les efforts ont été réels). C'est pour cela que j'avais indiqué dans un billet précédent, que le financiarisme est à traiter comme un ennemi. Les mesures à prendre sont connues (voire le manifeste des économistes atterrés) mais il faut avoir des leaders conscients de l'état de guerre que la finance a déclaré.
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Décidément, vos billets sont des mines.
Merci.
Jean-Jacques M’µ
http://blogs.mediapart.fr/blog/pascal-maillard/110811/pour-un-appel-citoyen-contre-la-dictature-financiere
Dans tout totalitarisme il y a les serviteurs sans état d'âme ou si peu, se ramenant au rôle de simple exécutant. La banalité du mal....Surtout ne pas penser par soi-même, effleurer la surface des choses jusqu'au jour où on se réveille, parfois, ou où on est broyé par le système même qui nous choyait. Traders et émeutiers de Londres sont les deux côtés d'une même médaille. Contre les seconds la force est employée (voir le discours ahurissant de Cameron), l'état de guerre déclaré, contre les premiers, au mieux, la voix est élevée (rappel par Plenel du discours de Sarkozy) mais rien n'est fait, bien au contraire, pour contrer leurs méfaits dont l'impact est bien plus considérable...C'est que ces méfaits sont le coeur même du système.
Une fois que nous aurons convenu du constat sur leurs méfaits et leurs nuisances, que faisons-nous pour mieux faire ?... Et, surtout, autrement !...
Jean-Jacques M’µ
Bonne question Jean Jacques qui suppose de penser qu'on peut y faire quelque chose, mais il le faut même si ce n'est pas certain, et ensuite de prendre appui sur des analyses ( et non pas des constats) pour comprendre ce qui a quelque chance de faire levier.C'est pour cela que parler de prédation est politique, car c'est le régime de relations entre les êtres qui ne repose que sur la force et donc nie le politique. On ne peut que le contenir mais le contenir par la force précisément d'un côté et par le renforcement des autres modes de relation ensuite. ce qui veut dire politiques de production ( et non financières), de protection ( et à toutes les échelles, rappel de mon billet précédent sur le care), de transmission (école et prise en charge collective des enfants en général), de don ( nouveaux circuits non marchands) et d'échange ( ressources pour y participer). Nous avons là un beau programme politique mais n'oublions pas que tout cela suppose l'exercice de la force contre les prédateurs ( et là j'assume: TOUTES les prédtations, qu'il s'agisse de la finance, des gangs ou des mafias). Evidemment, la force contre les prédateurs d'en bas est la plus aisée à afficher, mais échoue autant que les autres depuis tant d'années car les autres, finance et mafias, n'ont rien subi de pareil (même si en Italie, les efforts ont été réels). C'est pour cela que j'avais indiqué dans un billet précédent, que le financiarisme est à traiter comme un ennemi. Les mesures à prendre sont connues (voire le manifeste des économistes atterrés) mais il faut avoir des leaders conscients de l'état de guerre que la finance a déclaré.
C'est extraordinaire de renvoyer dos à dos ceux qui profitent d'une société et la conduisent au désastre avec ceux qui en sont rejetés et en pâtissent le plus surtout dans une période ou seuls ces derniers sont poursuivis. C'est tendre la main à la police et aux tribunaux de Cameron .
La prédation des exclus n'a pas du tout le même sens que celle des inclus et n'est-il pas tout a fait sain que les gens des banlieues goûtent eux aussi et de temps en temps aux délices marchands. Les différentes émeutes qui ont eu lieu en Angleterre sont un des premiers avertissement de la Société contre les conduite antisociales de ses couches supérieures. la politique n' a pas sa être invoqué contre la société dont elle n'est que le reflet.
Il est amusant que notre commentateur reprenne les position qui étaient invoquées il y a quarante ans lors des émeutes noires aux USA et sibien contredites par les situationnistes.
http://www.homme-moderne.org/societe/philo/debord/declin/
merci pour ce lien remarquable vers le texte de Debord. Intitulé le déclin et la chute de l'économie spectacle, on y voit les talents de visionnaire de Debord puisque c'est le contraire qui s'est passé ( ce qui devrait nous servir de leçon d'ailleurs!). Ce sont donc surtout les situationnistes qui ont été contredit par les faits. On y lit aussi la vivacité du modèle du dévoilement: trouver le sens derrrière les phénomènes, montrer les causes et les contradictions dont la résolution est fatale, bref la puissance de Hegel et de Marx derrière l'apparent non conformisme de Debord. Bref, on voit comment toutes ces analyses étaient brillamment critiques (notamment sur la marchandise) et totalement inadaptées actuellement. Les différences entre les deux situations d'émeute sont bien présentées aussi: on vole des armes d'abord, on vole de la nourriture ensuite, toutes choses qui disent un état de dénuement et de ciblage politique que l'on ne trouve plus désormais.
Vous cherchez à trouver des averstissements, du sens, comme si les phénomènes sociaux portaient un sens au-delà d'eux mêmes adressés à une société avec un grand S, qui est l'un des mythes sociologiques les plus tenaces, la politique n'en est d'ailleurs que le reflet dites vous, ce qui est un credo marxiste classique qui a eu les effets catastrophiques que l'on sait. Ce qui laisse peu d'issues dans un tel contexte.
Vouloir coller sur les pratiques des groupes d'émeutiers des messages, des objectifs autres que ce qu'ils ont fait, c'est les déposséder un peu plus de leurs propres façons de penser. Vous vous réjouissez que les émeutiers puissent goûter aux délices marchands, je n'ai pas de point de vue là dessus, l'important pour moi étant ici de seulement indiquer que leurs objectifs immédiats et visbiles sont en effet l'indice d'un partage des mêmes références, ce qui au moins nous vaccine contre l'idée qu'ils seraient porteurs d'un autre modèle. Mais la forme de la prédation à laquelle ont participé des centaines de personnes non spécialement émeutières mais opportunistes, semble en effet leur seule issue, c'est cela qui m'intéresse. Ce n'est pas renvoyer dos à dos, car on sait comment on traite les uns et comment on traite les autres, mais montrer les parentés et l'univers commun que nous partageons, certes celui de la marchandise devenue marque (ce qui est une mutation que Debord n'a pas pu connaitre à plein même s'il l'avait pressentie) et celui de la prédation comme forme normale dominante des relations entre les êtres ( de tous types).
Pourquoi au travers des émeutes n'aurait-il pas un autre message que celui de cette violence que vous semblez présenter comme « gratuite » ou en tout cas se suffisant à elle-même ? Les évènements de ces derniers mois nous montrent bien que des revendications profondes sont faites au travers d'émeutes très violentes (en Libye, Syrie..) mais aussi au travers d'actions pacifiques (en Espagne, Israel ..). La violence rendrait-elle intelligible le message dans le cas présent ?
Mais ne connait-on pas déjà les causes et les messages que ces mouvements sociaux font passer ? Un Etat- Providence moribond, dont le désengagement dans le secteur social n'a comme équivalent que son engagement auprès du secteur financier, étranglant son propre peuple qui n'a d'autres choix que de descendre dans la rue pour réclamer un peu plus de justice sociale .. et comme réponse de ce crétin de Cameron : la répression : 16000 policiers dans les rues de Londres (soit plus 250% d'augmentation, belle perf !!).
Le gouvernement anglais ne fait que récolter le fruit de son désengagement auprès de sa population.. des fruits amères et pourris .. bah ! nous, ce sera pour le 24 août !
merci de me donner l'occasion de préciser ma pensée: je n'ai jamais caractérisé ces émeutes comme violence gratuite, puisqu'en l'occurrence, elle est au contraire bien payée: la prédation comporte inévitablement de la violence sous une forme ou sous une autre mais ici ce n'est pas ce qui était le plus évident (casser des vitrines, certes). Tout le risque des interprétations savantes (dont je fais partie mais dont j'essaye d'éviter les pièges) tient dans une condamnation morale a priori ou dans une attribution de causes trop grandes. On peut tenir les deux discours mais a t on appris quelque chose, s'est-on laissé affecter par l'événement dans ce qu'il a de surprenant, d'inédit? Les causes sociales, le démantèlement de l'état providence, entièrement d'accord mais ça ne débouche pas forcément sur des pillages et surtout, ces manifestants ne sont pas descendus dans la rue pour réclamer de la justice sociale, pas du tout ( ce qui n'était pas le cas des étudiants quelques mois auparavant et les bagarres qui avaient suivi étaient d'une autre nature). De même condamnation morale, pourquoi pas, mais alors on risque de ne pas faire face à cette réalité qui est l'omniprésence de la prédation dans toutes les sociétés, y compris ces sociétés traditionnelles qu'on peut parfois idéaliser. Descola parvient tout à fait à tenir cette posture, sans condamnation morale mais qui prend en compte les possibles et l'observable. A nous de faire (ensuite! ) un choix politique pour délibérément réduire la place de la prédation qui est en train de devenir envahissante sans pour autant prétendre attendre d'avoir affaire à des êtres purs et pacifiques, car nous perdrons notre temps (et nous nous illusionnerons sur nous mêmes!)
Je pensais gratuite dans le sens "sans porteuse de sens" ! Or ce n'est pas le cas semble-t-il. Ne sommes nous pas en présence du schéma classique de la frustration -agression de Dollard. Un peuple frustré par les privations, par la dégradation de sa condition de vie, qui agresse (certes de manière indirecte car la source de frustration est trop puissante) l'Etat en descendant dans la rue et en s'en prenant à ce qui, aux yeux des émeutiers, le symbolise et en défiant du même coup l'ordre qu'il entend établir voire imposé. Et même si le message n'est pas brandi sur des pancartes ou crié à longueur de cortèges, il y a bien un message derrière ces violences non ? A-ton déjà vu des émeutes dans un pays où tout va bien, et où le système social fonctionne .. non ! Alors si il y a prédation, et les pillages et dégradations de toutes sortes le montrent (ce sont des formes de violences, des façons d'agresser la source de frsutration), il y a aussi sens, ne pensez vous pas ? Sinon là oui, la violence serait gratuite, et d'autant plus dangereuse que les causes qui pourraient l'engendrer inexistantes, elle naitrait pour elle même, s'alimenterait elle même et n'aurait pas de limite .. mais là ce ne semble pas être le cas ? Quant aux choix politiques à faire ensuite, il semble que Cameron ait donné le ton : répression et privation qui engendreront encore plus de frustration et d'agression ... et surtout de misère ..
Prédation: un concept bien utile pour rendre compte d'une activité dont le résultat est de nuire à quelqu'un. Et chaque personne, quelle que soit la relation de pouvoir qui l'enferme, peut la mettre en oeuvre, en être le sujet. . Ce concept, qui fait de chacun de nous un oppresseur potentiel, dérange ceux qui voient le monde de façon binaire, avec les dominants d'un côté et les dominés de l'autre. Le tissu des relations de pouvoir est complexe, il n'est pas seulement dans une structure verticale et pyramidale, mais également en réseaux transversaux. . La prédation peut concerner des objets ou des êtres vivants. Vols, corruptions, viols, meurtres (rapt d'une vie) sont des prédations. Selon le contexte, on leur accorde des circonstances atténuantes ou aggravantes.
@ à Boullier er Ars monica
Le terme de prédation lui-même voudrait réduire la condition humaine à n'être qu'une variante de la condition animale. Cette métaphore zoologique n'a aucun sens, les loups ne se mangent pas entre eux mais mangent d'autre espèces alors que l'homme lui dévore sa propre espèce. L'homme est un homme pour l'homme ...mais aussi pour les autres espèces animales qui disparaissent à son contact.
Si donc vous acceptez le terme de prédation comme très utile on ne voit pas le tissu de relations complexes s'établissant entre le loup et le mouton. La prédation n'implique justement aucune relation, le mouton ne discute pas avec le loup .
La domination est elle non pas une relation simple mais une relation fort complexe puisqu'elle est celle que connaissant et discutent depuis en fait fort peu de temps les hommes sans pouvoir encore la résoudre. On peut d'ailleurs à ce sujet seulement et modestement prétendre que les solutions invoqués ici par le prodesseur Boullier ne sont pas les bonnes sans prétendre savoir ce qu'il devrait en être. Seule l'humanité peut y prétendre et non pas quelques spécialistes ou politicien
Le terme de prédation employé à l'égards d'être humains voudrait nous faire croire comme vous le soulignez si justement que l'homme pourrait parfois être sujet et que la vie consisterait en quelque sorte a être des imtermittents du sujet.
La simple observation des évènements récents en Angleterre nous montre au contraire qu'il n'en est rien et que les roles de sujet ou d'objet sont tout a fait bien définis dans notre société comme nous le démontre d'ailleurs monsieur Cameron. Gare à ceux qui contestent le fait que les marchandises soient à tous sans le détour de sortir sa carte de crédit imposée dorénavant par les banquiers.
JP Chenet . Le concept de prédation peut sortir du cadre animal pour entrer dans l'anthropologie. C'est ce qu'a tenté par exemple Michel Volle. . Les humains prennent pour "proies" des humains, certes, mais qu'ils vivent comme différents, autres, et qu'ils réduisent à l'état d'animal, voire de quasi-objet. C'est précisément au cours de cette objectivation que la prédation se produit. C'est sa condition. . Ce n'est pas pour rien qu'on a parlé de "comportement prédateur" dans certaines situations de viol. Les victimes ont été traitées comme des proies pour satisfaire des pulsions. Et puis, il y a de l'animal en l'humain, parfois même du sous animal...
Au sujet des prédateurs d'en-haut, un petit tour ici:
http://www.volle.com/ouvrages/predation/predation.htm
Mais oui, c'est le même schéma mental, avec cette mentalité de prédation et de mépris des "gens à tondre", qui anime la racaille d'en-bas et celle d'en-haut. Celle d'en-haut reste simplement dans les limites de la loi. Ils peuvent payer les avocats d'affaires pour ça.
Certains habitants des "quartiers" ont assimilé le discours néo-libéral des business-schools. Ils "ont les mêmes valeurs": fric, fric, fric.
Bienvenue au club, cher Boullier. Si vous avez le temps de jeter un coup d'oeil sur mon blog, vous y verrez qu'avec un style un peu différent nous pensons de concert.
Le grand moment de la prise de conscience que l'heure est à la Renaissance des citoyens est arrivé.
"Pouce ! On arrête jusqu'à ce qu'ils partent tous ces suppôts de Mammon et que la politique reprenne ses droits, nom de dieu !"
Suppression des agences de notation, étatisation de certaines banques, exigence du remboursement des prêts faits aux prédateurs, taxation des fluctuations financières qui ne correspondent à aucun investissement concret.
Cher monsieur Boullier, vous êtes professeur et par conséquent vous enseignez à partir d'une culture livresque. Je n'ai rien contre les livres dans la mesure où ils nous apprennent à penser. Merci de m'avoir révélé l'existence de Descola. J'aime beaucoup l'anthropologie à condition qu'elle soit une phénoménologie "réaliste" et non pas "idéaliste"; ce qui conduit à des théories où les mots ont plus d'importance que la réalité. Vous parlez des prédateurs d'en haut et vous les comparez par symétrie aux prédateurs d'en bas. Vous tombez dans le parallèlisme à la mode de notre monde médiatique. Le fameux esprit de géométrie.
Dans les événements de Londres, il y avait de tout monde, de tous les âges et de toutes conditions. Tous ces prédateurs ne se ressemblaient pas. C'est l'occasion qui a fait le larron.
Je ne veux souligner qu'un point. Le jeune de banlieu qui est chômeur, fils de chômeur, désoeuvré, aspirant à vivre comme tout le monde n'a pas beaucoup de choix. Il doit vivre d'expédients: petit boulot, travail au noir, vol au cul du camion, petit trafic, et caetera.
Il devient prédateur par nécessite, puis par habitude. C'est presqu'une deuxième nature.
Le prédateur d'en haut, le financier, par exemple, ne l'est pas par nécessité, même s'il le devient à cause du systéme.
La liberté de choisir n'est pas comparable dans les deux cas. Cela fait une sacrée différence!
le problème avec l'argument du prof et de sa culture livresque, c'est qu'il est lui-même livresque et peu documenté: Descola écrit à partir d'années de terrain et tout son travail est très documenté. Quand j'écris sur un sujet c'est que je suis aussi documenté et pas seulement dans les livres, mais c'est vrai que c'est bon de préciser d'où on parle comme on dit. J'ai été éducateur de jeunes délinquants pendant 6 ans, j'ai fait ma thèse en vivant dans les quartiers populaires avec les bandes de jeunes précisément pendant 4 ans, je suis allé patrouiller avec les Guardian Angels à LA et à San Francisco et je me suis fait prendre dans des bagarres entre gangs, j'ai observé sur le terrain le travail de la police anglaise ( et française) etc...Juste pour vous préciser que comme vous l'avez remarqué, j'écris rarement, mais quand je le fais, je choisis des sujets que je connais un peu, et autrement que par les livres ( ce qui par ailleurs ne suffirait pas à disqualifier un argument). La symétrie, cetes, mais elle est secondaire pour penser la prédation par rapport aux cinq autres modes de relation.C'est la symétrie qui nous pousse à voir les choses sous un autre angle mais ensuite il faut effectivement complexifier l'affaire, entre tous ces modes de relation possible dont la prédation tend prendre toute la place.
Par ailleurs, vous êtes d'accord avec moi sur l'opportunisme des pillards ( et ce n'est que ça la prédation, il n'y a pas besoin d'être méchants pour faire ça ;-) Vous êtes aussi d'accord pour dire que d'en haut ou d'en bas, c'est une deuxième nature. Vous cherchez à faire un différence entre les prédateurs d'en haut et ceux d'en bas, en fonction de leur liberté de choisir. Mais il ne s'agit pas ici d'instaurer un tribunal qui prendrait en compte le degré de responsabilité. Il s'agit seulement de prendre une grille de lecture qui renouvelle notre façon de voir ces phénomènes, sans jugement a priori mais pour mieux choisir les politiques à conduire ensuite. Et lorsque vous mentionnez les petits trafics et le travail au noir, vous avez raison de préciser que ces petites formes de prédation comme je le disais dans le texte font partie de notre vie quotidienne, qu'elles ont toujours été là d'ailleurs et que nous ne sommes donc pas si étrangers que cela à ce monde. Toute la question est d'éviter qu'il occupe la première place en supplantant le droit et les autres formes de relation possibles. C'est cette alerte là que j'ai voulu lancer.
Merci d’avoir pris le temps de répondre à mon interpellation. Très heureux d’avoir pu situer l’homme qui écrit et d’apprendre qu’il n’est pas seulement un professeur qui reprend des textes plus ou moins anciens qui font référence sur une question en maniant l’argument d’autorité. Tout le monde connaît des personnes qui parlent des ouvriers en faisant référence à Marx ou à Zola. Vous avez raison de noter la faiblesse de l’argument. On peut très bien attraper le virus pour une cause à partir d’une lecture. Les personnes qui nous font réfléchir sont authentiquement des maîtres à penser, à condition qu’ils nous inspirent une véritable recherche et même la possibilité de remettre en cause leurs propres conclusions. Encore une fois merci pour ce dialogue
Une remarque pour finir Vous me dites « Vous cherchez à faire une différence entre les prédateurs d’en haut et les prédateurs d’en bas…il ne s’agit pas d’instruire un procès sur les responsabilités ».
Il y a deux questions distinctes dans mon esprit que mon style elliptique a compacté après avoir lu votre sujet et certains commentaires.
- Les jeunes des cités sont des prédateurs par nécessité. Je pense Que Descola ou vous-mêmes n’ignorez pas que ce fut le cas des premiers humanidés tout comme de la majorité des animaux, puisqu’ils étaient cueilleurs et chasseurs. A l’époque cela ne posait aucun problème à la société. Mais depuis le droit de propriété a beaucoup évolué. Et là nous touchons à un véritable problème. Qui est réellement propriétaire de l’air, de l’eau et des matières premières ? Je ne citerai pas l’auteur de l’affirmation péremptoire : « la propriété, c’est le vol ». Mais tout de même je m’interroge( comme beaucoup d’autres) sur le fait que l’on multiplie les brevets y compris sur le vivant qui existe déjà et les droits de propriété pour lutter contre la contrefaçon, sans parler du droit de polluer qui s’échange en bourse. On peut légitimement reconnaître un droit de propriété sur le fruit du travail et sur les objets vraiment attachés et indispensables à la personne. Ce qui est le plus étonnant c’est qu’un certain libéralisme totalement dévoyé par rapport à ses fondamentaux tend à écarter de plus en plus de catégories sociales à l’accession à la propriété et notamment ceux qui n’ont pas de travail.
- Le prédateur n’est pas nécessairement un nuisible. Une espèce de guêpe importée de Chine est en train de ravager les ruches d’abeilles plus petites et plus faibles qu’elles. Le drame est que l’on ne trouve pas de prédateurs susceptibles de neutraliser ces envahisseurs parce que les oiseaux méfiants ne s’attaquent pas à des insectes qu’ils ne connaissent pas. Vous devez être sensible en tant qu’ancien éducateur au fait que l’on assimile prédateur et délinquant. Notamment en ce qui concerne les jeunes défavorisés. Ce n’est pas moi qui cherche à introduire la question morale ; elle est présente sur toutes les ondes et sous-jacente à presque tous les discours.
Donc si je comprends bien un salarié syndiqué est lui aussi un prédateur puisque dans l'établissement de ses revendications il ne s'occupe en aucune manière de la société et cherche, si l'on vous suit, à satisfaire en toutes occasions son égoîsme . Il n'en reste pas moins que vous restez assez étrangement silencieux sur cette forme de prédation dont on peut penser qu'en tant que professeur syndiqué, j'imagine, elle vous agrée.
Déjà Proudhon avait remarqué autrefois que la Propriété reposait sur le vol et Marx que le travail salarie était en fait une simple extorsion de plus value et une forme dissimulé d'esclavage. Quant au christianisme il voyait le monde comme une oeuvre du Diable. Le terme de prédation n'est donc qu'un terme qui n'ajoute rien à cette longue liste surtout quand il sert à dénigrer les seules attaques contre un système que tout le monde dénonce mais que tout le monde supporte espèrant certainement si lemonde s'écroule pouvoir échapper au sort commun.
Sur le fait que vous connaissiez votre sujet pour l'avoir étudier sur le tas cela n'empêche pas le fait que ce ne fut qu'en "observateur" c'est à dire sans entrer dans votre sujet. Il est donc tout a fait possible que vous n'y ayez fait entrer que les préjugés de votre classe. Je préfère à ce sujet l'attitude de Marx qui lui savait de quoi il parlait puisqu'il a partagé la misère des prolétaires anglais
Le phénomène des classes dangereuses est aussi ancien que le capitalisme et nul n'a jamais pu tracer une frontière nette entre les classes dites dangereuses et l'ensemble des classes populaires bien au contraire tout démontre que la révolte des jeunes anglais est comprise par tout le monde et même si elle lése un grand nombre de salariés ceux-ci en supportent les effets négatifs de la même manière qu'ils supportent les grèves des professeurs et autres fonctionnaires.
Je remarque aussi qu'a défaut de lepenisation des esprit on assiste à gauche et ces derniers temps à une zemmourisation encore plus inquiètant. Les classes populaires sont idéalisées tant qu'elles supportent dignement et passivement les méfaits de la phynance, cette idéalisation ne sert effectivement qu'a nier la modernite de ses révoltes réelles et à justifier les partis opportunistes qui disent la représenter.
Beaucoup d'invectives pour beaucoup de confusion. La prédation ce n'est ni la propriété, ni le salariat, ni le diable, ni le syndicalisme, ça parait évident mais bon il faut le préciser. Vous êtes bien obligés d'admettre que ces émeutes ne sont en rien "contre le système" et à la belle époque marxiste auraient été déclassées immédiatement comme celles du lumpen prolétariat manipulé et sans conscience de classe...Heureusement je les prends au sérieux, pour ce qu'elles sont , ces émeutes, et comme indice d'une forme de relation désormais partagée du haut en bas de l'échelle sociale, ce qui n'est pas porteur de renouveau , c'est sûr. Etre politiquement responsable ce n'est pas justifier tout ce qui bouge comme révolutionnaire, c'est tout.
En passant, Marx n'a rien partagé du tout des prolétaires car il n'en était pas un (fils d'avocat) et il n'a jamais travaillé au sens salarié du terme pour se consacrer entièrement à son oeuvre, ce qui fait qu' il a laissé toute la famille dans la misère, et heureusement qu'Engels les a aidés. Enfin je dis ça de mémoire, il se peut que je me trompe et de toutes façons ça n'enlève rien à la force des idées de Marx ( et à leurs limites non plus).
Pour Marx vous vous trompez celui-ci a vécu de travaux journalistiques très mal payés mais qui pourtant lui ont coûtés beaucoup d'effort. S 'est ajouté un héritage de sa femme et bien sur l'aide financière de Engels mais qui seulement à la mort du père de celui-ci a été conséquent.
Marx n'a pas laissé sa famille dans la misère mais celle-ci a été accepté volontairement par sa femme qui pourtant était issue de la grande bourgeoisie. Il y a des êtres comme Marx entièrement possédés par leur sujet et près à tout les sacrifices et d'autres comme Engels et Jenny Marx prêts par amour, amitié ou idéal à se sacrifier et à les suivre . C'est certainement incompréhensible pour un fonctionnaire. Marx d'ailleurs n'a connu une misère constante , la plupart du temps je ne suis pas un spécialiste mais sa modeste condition économique était traversé de période jubilatoire. La lutte paie...en joies.. Je n'ai pas dit que Marx était un prolétaire mais qu'il avait partagé la vie misérable des prolétaires anglais c'est à dire qu'il ne s'était pas contenté d'observer mais que le cours tumultueux et riche de sa vie intellectuelle l'avait précipité a vivre COMME un prolétaire. D'autrepart il n'a pas précipité sa famille dans la misère mais celle- ci a été partagé par sa famille , tout le monde ne règle pas ses relations sur la "reproduction" .
Marx est pourtant aussi en partie responsable de la création du concept floue de "lumpen prolétariat" mais certainement parce qu'il était aussi un héritier de la pensée utilitariste et protestante anglaise pour qui un homme sans travail et donc éliminé du systéme productif était prêt à toutes les prédations. Pour Marx comme pour les idéologues économistes de son époque hors de l'économie point de salut..En reprennat à votre compte cette divison, vous êtes donc plus marxiste que vous ne vous l'imaginez.mais vous n'avez pas non plus répondu à mon interrogation, un travailleur normal c'est à dire aussi vous prof d'université est-il lui aussi un prédateur quand ilcherche à maximaliser les revenus de son statut social?..
A propos des émeutes vous avez oublié de signaler sinon comme un fait sans importance que la population des quartiers pauvres de l'agglomération londonienne s'était soulevé après le meurtre par la police d'un habitant de ces quartiers. Ce fait n'est pas sans signification il est même commun à beaucoup d'autres émeutes ce gens là que vous traitez de prédateurs ont un sens aigu de l'injustice sociale et ne sont pas gens comme le "classe moyenne de base " à ne pas protester quand ils sont confrontés à l'injustice c'est justement cette indocilité et cette humanité disait-on il y a longtemps qui indigne la "classe moyenne" . On réduit donc le fait de l'indignation populaire devant un meurtre effectué par un policier pour n'y voir qu'un prétexte. Quand on veut noyer son chien on dit qu'il a la rage n'est ce pas et le malheur des pauvres n'est ainsi pour la sociologie qu'un prétexte à désordre. Pourtant les faits ont la tête dure c'est bien un meurtre maquillé et donc une exigence de JUSTICE et de VERITE qui a suscité l'indignation émeutière de ces derniers jours à Londres.
Je ne vous invective pas le moins du monde, quant à la confusion elle est aussi de votre côté semble-t-il
à JP Chenet,
Je comprends mal cette sortie de votre part.
Toutes les nuances que l'on saura porter sur les penseurs du passé doivent-elles servir à réfuter une analyse fondée sur un concept anthropologique récent comme celui de prédation ?... ou à discréditer votre interlocuteur par la comparaison avec une idole a priori intouchable ?
Pourquoi donc ces saillies sur l'incompréhension supposée d'un fonctionnaire face au prolétariat ?... Le salariat d'une force de travail contre celui d'un service public, c'est ça ?... Nous faudrait-il alors accepter vos distinctions pour le moins discriminantes, sinon discriminatoires ?... En tout cas très contestables : diviser c'est régner. Vous vous situez dans le règne de quoi, ce faisant ?...
Jean-Jacques M’µ
je ne conteste pas le terme de prédation, je conteste son application aux émeutiers anglais. Pour moi les idées de Marx ne sont pas du tout intouchables,je remarque même qu'elles ont été jusqu'à maintenant très peu contestés -http://leuven.pagesperso-orange.fr/Chapitre4.htm - ce qui m'apparaît "intouchable" est la personne même de Marx dont la vie est jusqu'a preuve du contraire tout a fait remarquable.
J'ai donc répondu à monsieur Boullier sur son statut de fonctionnaire de la même manière dont il persiflait sur l'abandon à la misère de sa famille par Marx. En dehors de ça j'ai le plus grand respect pour les fonctionnaires surtout quand la défense de leur statut sociale n'empêche pas leur esprit critique sur les institutions et les gens qu'ils sont sensés servir. Je pense que tous les salariés - traders y compris - partagent un sort commun en ce qu'ils sont statutairement sous la dépendance de capitalistes qui donnent effet à leur travail.Mais bon tout cela est un cadre, parfois heureusement des capitalistes le remettent en question par exemple Engels ou Wittgenstein ou des salariés ne manifestent aucune attention à ceux qui partagent le même sort.
Ce matin encore, dans Médiapart, l'article de Thomas Cantaloube, reprenant les analyses de nombre de sociologues, psycho-sociologues et autres experts souligne le fait que les violences de ces derniers jours sont "contre le système", la police répressive, la justice qui brime les plus pauvres pour un vol de baskets et qui ne condamne pas les méfaits commis au plus haut de l'état, la politique d'austérité ... Que les émeutiers reprennent les mêmes modes "opératoires" (la prédation) que ceux au sommet de l'état, des banques ou autres institutions dérégulées, cela semble acquis (c'est ce que soulignera aussi l'éditorialiste du Daily telegraph dans l'article précité), mais pourquoi nier qu'ils agissent contre le système et qu'ils ont un message à faire passer ? Car même si sur la forme, ces émeutes sont déroutantes par leur violence, leur propagation à d'autres villes ... , elles ne sont pas nées de rien (d'ailleurs le déroulement des faits montre qu'avant les émeutes, il y a eu une manifestation plus pacifique à Totteham) et ne sont pas sans rappeler ce qui s'est passé chez nous en 2005 .. non ?
Je trouve dures et injustifiées les critiques adressées à D. Boullier sur ce fil. . Se faire traiter de "zemmourien" parce qu'on dit (on ose dire?) que les victimes d'un système sont des sujets, et peuvent être à l'occasion des bourreaux, semble insupportable à une certaine bonne pensée de gauche. Quand une gamine a été brûlée par un bande de garçons en banlieue, la prédation a fini en flammes. Faut-il le taire pour ne pas stigmatiser les garçons opprimés? . On rencontre souvent plus opprimé que soi, souvenons-nous en...
Ce n'est pas parce que le professeur Althusser a étranglé sa femme que tous les professeurs un peu à la mode doivent être stigmatisés . Je ne comprends pas bien - ou trop - le rapprochement que vous faites entre des conduites criminelles et le le fait d'habiter en banlieue...
Vous comprenez "trop", cher JP Chenet, car vous ne lisez pas ce que j'écris, et tentez d'y trouver le preuve de votre soupçon. . J'ai choisi sciemment la banlieue, lieu d'oppression, pour dire que, même dans ce cadre, les sujets opprimés peuvent eux-mêmes opprimer. Cela n'excuse pas pour autant l'oppression qu'ils subissent. Et je ne généralise pas ces conduites à l'ensemble d'un groupe social. . Tenir deux ou plusieurs choses dans le raisonnement en même temps semble indispensable pour penser le monde.
En efffet; Art Monica, il y a un réel travail de déconstruction du "genre" à faire. Les stéréotypes qui stigmatisent et qui soupçonnent, qui discréditent ou qui généralisent sont à prendre avec des pincettes : contre la masculinité ou la féminité, contre les intellectuels ou les banlieusards, contre les fonctionnaires ou les libéraux, contre les couches aisées ou les défavorisées, contre les religions ou les laïques... il va de l'intérêt d'une thèse de discerner par simple vérification (l'épreuve de la vérité) les points incontestables des autres points plus discutables. Les clichés et les lieux communs sont alors à écarter pour envisager la seule pertinence des arguments face à l'observation et à l'expérience.
En quelques mots : quand Dominique G Boullier voit dans les événements des villes anglaises une identité de démarche qu'il appelle prédatrice entre les agitateurs et les tenants du modèle dominant, les nantis protégés par leurs lois, ça, ça me donne à réfléchir. Et, à tort ou à raison, fouillant dans mes propres bagages conceptuels, il me semble reconnaître dans sa façon de voir bien des éléments contenus chez Saul Alinsky qui, s'il avait bien le sens de l'organisation auprès des activistes des milieux défavorisés, n'avait jamais vraiment théorisé. L'analyse de Boullier devient alors pour moi l'occasion d'un bond en avant. Je ne connais pas ces jeunes, pas plus que la bourgeoisie londonnienne, mais je reconnais là des fonctionnements universalisables.
Ça m'aide davantage que toutes les apologies qu'on pourrait faire des grands théoriciens car le décalage est souvent très grand entre leurs idées, interprétables de bien des façons, et leurs applications mises en pratique, ce qui augmente mon scepticisme, alors que la mise en évidence d'un détail jusqu'alors passé inaperçu me permet de mieux me positionner face aux événements devant lesquels je suis exposé avec mes contemporains.
Jean-Jacques M’µ
Un lien très interessant et des éclaircissements sur les récentes émeutes anglaises. Pour lutter contre les analyses" bas de plafond" tentant de criminaliser - comme au dix- neuvième siècle des révoltes strictement sociales -
http://blog.emceebeulogue.fr/post/2011/08/19/Un-pillage,-Sir-Non-une-r%C3%A9volte