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May

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Les mots ont un sens (2) : Bilan de 2 années

Mon Empireur,

Combien d’années que je t’écris ?

Quatre au moins...

Toi, tu fêtes tes deux ans d’omnipotence fantasmée.
Et nous en sommes rendus à un point

où j’ai vraiment l’impression que tu ne m’as pas lu.

Rhaaa la déception.

 

Ni ici

http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/dominique-wittorski/080508/joyeux-anniversaireeuhhhhh

(où je te dis que la majorité n’est pas élue pour imposer ses visions aux autres, mais pour veiller à l’intérêt général)

ni là

http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/dominique-wittorski/120408/coherence

(où je souhaite un peu de cohérence dans tes pratiques et celles de ton gouvernement),

ni ceci

http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/dominique-wittorski/140808/la-publicite-la-dette-et-le-service-public

(où, il est vrai, j’avais la prétention de ne pas croire que la pub disparaîtrait de notre univers télévisuel, aujourd’hui on est passé à autre chose et tout le monde s’en fout)

ni non plus cela

http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/dominique-wittorski/100109/les-mots-ont-un-sens-1

(qui a pourtant le mérite de montrer comment tu te moques du sens des mots, et donc du sens de ton action, au profit d’un populisme immédiat).

Enfin, ce sont quelques exemples parmi d’autres.

Tu reconnaîtras que tout cela n’était pourtant pas inutile.

Quel temps perdu.

Par moi.

Et par toi, mon Prési-sans-plus-aucune-dent

(ben oui, elles sont toutes resté plantées dans la croissance... tes pauvres dents).
Quel temps perdu quand on sait, aujourd’hui qu’il y a plus de 13 % de la population qui vit sous le seuil de pauvreté (chiffre insee 2006) et que les choses se sont lourdement aggravées ces derniers mois. Quel temps perdu quand il est visible pour tous (et risible) que ton entêtement pour, par exemple, Hadopi couvre de ridicule toute la classe politique française quand le parlement européen rend caduque la riposte prétendument graduée par son amendement 46. Un beau bordel en perspective. Alors qu’il y a des chantiers autrement plus importants : l’exclusion ci-dessus d’abord. C’est un artiste qui te l’écrit.

Mais bon.
De nouvelles élections approchent.
Alors, comme à la bitude, j’y vas de mon petit couplet que tu ne me demandes pas, ô mon Empireur de situation.

Je t’ai promis la relecture de tes discours passés.

J’y œuvre mon Omni-pô-de-dent, mais ça prend du temps, et j’œuvre à d’autres bagatelles. Tu m’excuseras si je traîne.
Alors, comme petite mise en bouche, je te propose une toute petite première recherche, partie d’une intuition. Trois fois rien. Trois petits mots. Rien, quoi. Trois fois.

J’aurais pu partir de « Liberté, Egalité, Fraternité ».
Trois mots qui sont censés nous réunir.
Torpillés depuis longtemps, il est vrai.

Mais, j’ai beau chercher, je ne vois pas en quoi tu incarnes le début du commencement du premier quart des valeurs qui sont attachées à ces pauvres mots.

Les trois mots, trois fois rien, qui te caractérisent,
Tu ne le nieras pas,
Sont plutôt ceux-ci :

Le premier, sans conteste, « Travail ».
Du « travailler plus pour gagner plus » dont tu nous as rebattu les oreilles,
Pour finir par encourager le chômage partiel avec allocation revalorisée (tu parles d’une cohérence), au « travail dominical » dont tout le monde voit que la coquille vide est une lubie monomaniaque, des 4000 heures des grutiers de Barcelone au travail acceptable pour les chômeurs... le « Travail » est indubitablement ton leitmotiv.

Le second de ces mots,
autour de la notion d’immigration, d’assimilation,
et de ministère y-associé, un symbole que tu as voulu très fort,
autour de « nation »,
autour de « la France, tu l’aimes ou tu la quittes »...
c’est « Patrie », qui recouvre à lui seul, toutes ces idées.

Point n’est besoin de beaucoup relire tes discours pour savoir que ces deux choses-là sont au cœur de tes propos en permanence.

Le troisième mot, j’en avais l’intuition, il me fallait le vérifier.
J’ai pris plusieurs discours. Il est là. Employé à diverses sauces.
Le petit nuage de mots ci-dessus te le montre.
Bien sûr il y a d’abord le « Je » omniprésent. Et le « vous », qui nous objective face à toi. Ensuite, puisque le discours que je prends là, au hasard, était un discours adressé aux personnels permanents de la St Sylvestre, il y est question d’hôpital à tour de bras. Ce qui est drôle, c’est qu’en filigrane, on peut donc lire « Français, je vous veux plus à l’hôpital »... On ne peut dire qu’une chose : ça c’est de la clairvoyance ! Un brin cynique, non ?

Mais ce n’est pas ces mots-là que je veux épingler,

mais un mot à peine moins récurrent et qu’on trouve dans tous tes discours : « Famille ».

Regarde dans le nuage, il est là, au-dessus de « Nous » et « vos »...

nuagenuage

 

Il s’agit de « familles » politiques, de familles au sens religieux, de familles d’idées, de comportements sociaux à adopter sur le mode familial... Avec les Etats-Unis, tu emploies le mot « famille »... Avec les européens, tu l’emploies aussi...

Oui, « Famille » est un mot que tu emploies tout le temps.
Moi, ça m’amuse, parce que la famille, c’est cette organisation sociale au pied de laquelle la Loi s’arrête, et la Morale commence. C’est-à-dire que c’est le lieu où tous les comportements sont possibles sans aucun garde fou, sauf celui de l’Omnipotent du lieu (tiens tiens). La famille, c’est le lieu où les viols et les agressions, les harcèlements et les vols... ne sont pas poursuivis... parce qu’on lave son linge sale en « Famille ». Tu es avocat, tu le sais, tous les avocats le savent... à l’intérieur de la famille, la Loi est pratiquement inexistante ou tellement difficile à faire appliquer.

M’étonne pas que la « Famille » soit une des valeurs de la droite.

Enfin,
Mon Empireur,
Tout ça pour dire, que les trois petits mots trois fois rien à toi,
Loin d’être « Liberté, Egalité, Fraternité »,
C’est manifestement « Travail, Famille, Patrie ».

Ça donne toute la mesure de la France que tu nous façonnes.
Puisse une majorité s’en apercevoir rapidement.
D’ici les élections européennes en tout cas.


Je t'embrasse, familialement,

Ton Dévoué

Tous les commentaires

Belle démonstration, Dominique. Bravo!

Merci Tony. (Je joue à Strasbourg ce soir... aargh ! j'ai oublié de vous prévenir en voisin !)

C'est malin!

Non, pas très !

Sincèrement: bravo, l' artiste!

J'applaudis aussi, et merde pour ce soir !

Bien reçu... et efficace !

Bravo ! Dominique

Merci collectif pour ces bravos que je découvre seulement pour cause de commentaires durablement invisibles... Dur dur de se faire lire dans ces conditions...

En apprenant à lire avec votre image, je dis : JE VEUX PLUS VOUS. Pas vous Dominique !

On peut lire aussi : "Nous plus vous : hôpital !"

Je suis complètement fan de vos lettres à sa majesté l'Empireur, cet Omni-pô-de-dent Prési-sans-plus-aucune-dent.

Mais, Lui, son Importance, qu'en pense-t-il ? (en même temps, je suis pas sûr d'avoir envie qu'il m'appelle pour me le dire)

Remarquable et indispensable !

Merci Thierry. J'aimerais tant, cependant, que tout cela fut dispensable........

Le dieu des élections t'entende Dominique! On voit bien à te lire comment les mots nouveaux se mettent en catimini sur les traces des anciens. Pour ma part, je ne reproche pas à un homme de droite de pencher à droite chaque fois qu'une idée s'éveile dans sa tête, mais je suis effaré de constater comment les 75% de la population (à la louche) qui n'ont aucun intérêt à penser à droite se laissent béatement diviser aujourd'hui plus qu'hier et peut-être moins que demain. Notre microcosme médiapartien n'est évidement pas en reste.

Eh oui, Serge, il est peut-être possible que mes missives à l'Empireur s'adresse un peu plus à d'autres qu'à lui. Moi aussi, ça me tétanise de voir que des gens qui n'ont aucun patrimoine à transmettre votent pour un gars qui promet de supprimer les droits de succession... C'est pourtant pas à eux que l'Empireur s'adressait, non ? Il s'est contenté de le faire croire... Quelle vessie ont-ils pris pour une lanterne ? J'en reste pantois, deux ans plus tard. Il ne suffit pas de citer Jaurès pour être progressiste. Les mots peuvent nous le rappeler. Et, moi non plus, je ne suis pas surpris que notre Prési-pô-de-dent soit de droite, d'une droite dure.

Sarkozy a utilisé les memes ficelles réthoriques que Bush : comme de toute facon les gens savent qu'ils sont dans la merde, ils votent pour quelqu'un qui leur parle d'honneur, de valeur, qui cherche des boucs émissaires.

Le dieu des élections t'entende ... Le dieu des élections ? ou bien : Les dieux de l'élection... Dans le second cas : c'est nous ! Dans le premier cas : aïe

@Oliv92, Cher Olivier, Il y a donc un seul dieu des élections, c'est le désespoir ... avec lequel les populistes jouent. Dans ce cas, je crains que ce soit durablement plié. Pourtant Mitterrand avait réussi, me semble-t-il, a joué l'espérance. La transformation ne fut hélas pas au rendez-vous. Ce serait donc définitivement fini ? Les populistes effrayeurs auront-ils toujours le dernier mot en traitant les autres de rêveurs naïfs ? Je veux croire que non. Sinon, c'est à crever.

Après Bush est venu... Obama ! Ne perdons pas espoir ! 8 ans, c'est long Au fait, j'oubliais, grandiose démonstration.

Ne perdons pas. Merci, Olivier

Pour crever, il faut être en vie. Et quand on est en vie on est increvable jusqu’à ce qu’on crève. Puisqu’on est increvable, c’est pas un Empireur (j’adore!) qui nous crèvera. Un objectif : Battre les américains. 5 ans, gagné. 10 ans perdu.

Quand on voit le nombre de gens brillants, bosseurs, imaginatifs, cultivés, rassemblés seulement sur Médiapart, on se demande comment on peut se retrouver avec un gouvernement aussi gratiné. Sans parler de l'opposition. Le pouvoir n'intéresserait-il que les nuls?

Que des nuls, non. Je vous propose une piste anatomique: Pour y parvenir il y a la nécessité d’être pourvu d’une disgrâce que des “brillants, bosseurs, imaginatifs, cultivés” dont vous parlez ne souhaitent pas exhiber: des incisives qui doivent a minima rayer les parquets car on dit, pour certains, qu’elles les traversent. Elles s’aiguisent en grignotant avec acharnement la porte qui ouvre la carrière et en mordant brutalement tous azimuts. Lorsque la plupart ne faisaient qu’y passer un temps se consacrant à un mandat à la fois, ils avaient plus de temps pour imaginer l’intérêt général. Depuis qu’ils ont tous projets de s’y incruster 50 ans et de mordre autant à Paris la semaine - lorsqu’ils prennent le temps d’y être - qu’en divers endroits pour assurer leur réélection au trop long cours en butinant tous les mandats, le temps leur manque nécessairement. Le pouvoir use les hommes, pas leurs dents.

Il y a une question de dentition, c'est sûr. Le désir du Pouvoir remplit souvent un vide existentiel. Malheureusement, il ne le masque pas. Il le bouche, comme un pansement de dentiste bouche une dent curetée. Le vide est là.

Et si on ajoute à ça qu'il ment comme un arracheur de dents et qu'il ramène partout sa fraise.... Personne n'a un clou de girofle sous la main, il paraît que ça anesthésie légèrement ?

Bravo Dominique ! Et je redonde : ne perdons pas, ne perdons pas espoir, et même : gagnons !!! Incroyable, non ? "Vaincre" serait possible ? Assurément oui, un gros oui bien vaste et puissant comme l'est l'espoir qui vire travailfamillepatrie à force de liberté-égalité-fraternité, tous les jours, à gros coups de latte de résistance solide ET joyeuse dans les fesses dictatoriales aux dents longues. . Quand même, nous n'avons pas le pouvoir, peut-être ne le voulons nous pas, mais nous avons la puissance. La puissance, extraordinaire puissance de chaque être qui lutte pour faire régner sa propre lumière, sa propre conception de la lumière, son essence, là où il est, à chaque seconde. Nous avons cela qui est absolument invincible, irréductible, et éminement contagieux dès lors que nous l'amenons à la surface et osons le laisser vibrer. . Soyons contagieux !!!

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