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A la recherche de la recherche …en école d’art
Depuis que les écoles d’art ont été invitées à rejoindre un vaste mouvement de mutation administrative et pédagogique, fruit des accords de Bologne, elles ont été priées de revoir leur relation à la théorie et au texte en s’adossant plus ou moins à la recherche universitaire comme paradigme. Une question, qui jusque là n’avait jamais posé de soucis majeurs, ne cesse de hanter aujourd’hui les acteurs pédagogiques de ces écoles (directeurs, enseignants, artistes, étudiants): comment définir la recherche en école d’art ?
De réunions en discussions, de rencontres en colloques, on émet des hypothèses, des jugements, on fait part d’expérimentations qui finalement arrivent toujours à la même conclusion sous forme de question: en quoi la recherche en art diffère-t-elle de la recherche à l‘université ? Il y a bien une différence c’est sûr mais à quel niveau se situe-t-elle ?
On ne va pas ici reprendre ce débat, mais plutôt rappeler simplement qu’en matière d’analyse de l’acte de production artistique, il n’est peut-être pas inutile d’aller relire ce que Paul Valery disait déjà en 1937, dans sa Première leçon du cours de poétique au Collège de France, sur sa volonté d’explorer « l’immense domaine de la production des œuvres de l’esprit ». Tentative reprise et développée notamment par René Passeron dans son livre La Naissance d’Icare, Eléments de poïétique générale (1996) où il définit la Poïétique comme « l’ensemble des conduites opératoires (opus operandum) en tout domaine où peut s’observer l’élaboration, la production, la création des œuvres … sorte de discipline « transversale », qui a d’abord pour objet, dans toutes les sciences – et pas seulement les sciences humaines – les multiples facettes de son objet … Elle observe et décrit les conduites créatrices telles qu’elles apparaissent dans leur contexte historique, à travers les documents et confidences concernant les divers moments du processus, et relève les facteurs pulsionnels, intentionnels, technologiques, idéologiques, etc., ayant infléchi ces conduites… Si la poïétique a un objet précis, elle n’a pas de méthodes propres… ».
Ce n’est pas la recherche en art qui pose problème. Tout le monde voit bien qu’un artiste, un créateur est avant tout un chercheur. Par définition la création n’est que cela. On cherche une couleur, une forme, une matière, une note, un mot, une phrase, un plan, une image, un cadre, etc… comme on cherche un concept, un microbe, une formule, une particule, une structure, une matière…
Mais ce n’est pas tout à fait la même chose de s’interroger sur la recherche en art et la recherche en école d’art. Même si les écoles d’art ont pour fonction principale de former des artistes (pourquoi ne pas le dire ?), elles répondent encore à des contraintes scolaires qui imposent un certain nombre de devoirs et de modes d’évaluations qui s’accordent parfois mal avec la liberté de pensée et d’expression qui sont souvent celles de la création artistique pure.
Quel type de recherche doit alors servir de référent ? Là dessus les apports de la poïetique et des multiples expériences pédagogiques menées en ce domaine depuis des décennies ( il suffit de penser à Deleuze et à l’Université de Vincennes), nous indiquent que les sciences humaines ne doivent pas être le modèle exclusif, mais qu’il y a tout intérêt à aller voir du coté des autres sciences ( qu’elles soient dites « exactes » ou non peu importe), de la biologie, des nano-technologies, de la bio-mathématique, de la climatologie, de la gastronomie…
De mettre son nez là où « ça » expérimente, « ça » cherche, « ça » pense aussi, mais où surtout « ça » fabrique des objets.
Car le véritable problème qui se pose à l’école d’art ne porte pas tant sur les qualités des productions théoriques et plastiques, ni sur les fondements méthodologiques et expérimentaux qui les travaillent ( les étudiants sont sans cesse confrontés à diverses approches théoriques et pratiques, à leur mise en dialectique au sein de leur travail personnel et à l’interdisciplinarité), mais plutôt sur le type d’objet spécifique que tout cela doit produire, et qui se différencie à l’arrivée de ce qui se fait à l’université ?
Face au système plus figé de l’université, la philosophie de l’école d’art imprègne la moindre production, réflexion, attitude, la pédagogie elle-même, qui sont pensées et vécues comme autant de gestes créatifs.
En déplaçant légèrement la question, l’enjeu deviendrait alors : comment formaliser cela artistiquement? Comment trouver une forme qui parle de la recherche tout en pensant la recherche comme un objet de recherche ?
Autrement dit comment faire de la recherche elle-même un acte de création ?
Richard Skryzak
Vidéaste, écrivain
Enseignant à l’Ecole Supérieure d’Art du Nord -Pas-de-Calais / Dunkerque-Tourcoing
Site de Dunkerque


Tous les commentaires
Merci !
LES JOURNEES PORTES OUVERTES DE L'ESA SE TIENDRONT LE SAMEDI 11 FEVRIER A PARTIR DE 10 h A DUNKERQUE, 5 bis RUE DE L'ESPLANADE.
http://www.facebook.com/events/286848534710026/
Le vrai sujet de recherche me semble être l'étude sur l'opportunité de l'existence des écoles d'Art. Si ces écoles n'ont pour objet que de cloner les zartistes en cour, elles ne font que former des chômeurs hors statistiques.Si par chance on nait artiste, point n'est besoin d'une école pour dire je suis artiste...
Toutes les études produites sur l'insertion des diplomés des écoles supérieures d'art vous donnent tort.
Ces écoles travaillent justement à l'évitement de ce que vous nommez le "clonage" et au maintien de protocoles d'initiation et de réflexivité des pratiques qui l'évitent..
Qu'est-ce qu'un artiste en cour ?
Un artiste, on voit vaguement ce que c'est...mais une cour...
Les auteurs de ces œuvres vous remercient pour le non respect de leur droit moral, la signature en faisant partie !
Un atriste (lapsus frappant... lisez artiste) "en cour" est un artiste adoubé par les "inspecteurs de la création" du Ministère de la Culture.
Ah...c'est un point de vue...
On aura reconnu Fantin-Latour et Dosso Dossi.
Intéressant tout ce temps et ces détours pour en arriver à la conclusion sur l'essence même de la création.
"Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais déjà ttrouvé"
A mon sens les professeurs d'art et les ecoles d'art ne devraient pas former des artistes mais prendre des personnes qui sont devenues artistes et les aider dans leur recherches et les guider dans leurs démarches. Pour moi que l'on ne puisse pas s'inscrire à l'ENSABA aprés 26 ans est une pure abérration quand on constate que 5 à 10% de ces éleleves deviennent artistes alors qu'il y a énormement d'autodidactes 30 ans dépassés qui exposent, ont du talent et auraient bien besoin de tout ces cours et de se savoir pour s'ameliorer sans etre clonner.
Les écoles supérieures d'art proposent une validation des acquis de l'expérience et des cours spécifiques extra-curriculaires qui répondent à votre attente..
On ne nait pas plus artiste qu'on nait physicien ou boulanger. Les trajectoires sont imprévisibles. Beaucoup de personnes sont devenues artistes grâce aux écoles d'art, c'est la raison pour laquelle la question de leur devenir est essentielle, car elles demeurent peut-être encore aujourd'hui (mais jusque quand?) les rares lieux de respiration pédagogique et de liberté d'expression . D'autre part, toute école produit autant de "modèles" que de "marges"...
Richard Skryzak
je viens de voir le fonctionnement du fameux "sistema" au Vénézuela, particulièrement dans l'enseignement et transmission de la musique et que actuellement est en train de prendre place dans le domaine des arts visuels et de la créativité en général. Voir des enfants de douze ans -pour la pluspart venant des quartiers défavorisés- prendre en charge dix autres jeunes pour les former, c'est du jamais vu… et qu'est ce que cela marche bien…- DES MOYENS et VOLONTÉ HUMAINE-. Aujourd'hui 600 000 jeunes musiciens de haut niveaux "travaillent" au Vénézuela. Et vogue pour la recherche ensuite… voir université des arts, Caracas
C'est en effet exemplaire, merci d'avoir mentionné Sistema. Vous pouvez donner ici toutes les informatiosn utiles sur ce programme.
http://www.culture.gouv.fr/culture/dap/dap/vae/document_information_09.pdf
http://fr.wikipedia.org/wiki/El_Sistema
Texte que l'on dirait écrit par des analphabètes secondaires. Jargon bureaucratique feignant de poser des problèmes épistémologiques et pédagogiques alors que l'on sait très bien que les écoles des Beaux-Arts ne servent qu'à payer les professeurs et à permettre aux étudiants de passer cinq and (!!!!) à ne rien faire.
Les écoles d'art insèrent professionnellement 75 % de leurs étudiants, payent fort peu leurs enseignants.qui cumulent charge notable de travail et production personnelle. En matière de jargon, ceci dit, vous semblez suffisamment au point.pour que les éditos de l'école ne vous enseignent rien...
J’aime mieux vivre que travailler. Je ne considère pas que le travail que j’ai fait puisse avoir une importance quelconque au point de vue social dans l’avenir. Donc, si vous voulez, mon art serait de vivre ; chaque seconde, chaque respiration est une œuvre qui n’est inscrite nulle part, qui n’est ni visuelle, ni cérébrale. C’est une sorte d’euphorie constante.
Marcel Duchamp
Je ne cherche, pas je trouve.
Picasso
La société ne souhaite pas avoir des écrivains et des artistes. S’ils existent, s’ils peuvent exister, ils le font chacun à leur façon, avec leurs moyens, leur caractère, leur nature ; toujours à l’encontre de ce qui est attendu, et ce qui est attendu n’est jamais ce qui vient.
L’histoire de l’art fonctionne en dépit des évidences, et ne va pas assez au fond du conflit qui oppose automatiquement une individualité qui s’amène au langage et à l’art, à la société dans laquelle elle vit.
Philippe Sollers
Je suis artiste. Je pratique un art du chant et j'en vis très bien. Je ne travaille pas. Je crée des situations (sur ce point je vous renvoie aussi à Guy Debord) qui passent parfois par la réalisation d'objets d'art : installation, photographie, vidéo, sculpture. J'ai une formation artistique, je suis titulaire d'un DNSEP, mais aussi une formation universitaire et scientifique, j'ai deux maîtrises, économétrie et analyse économique, et puis quelques autres compétences qui ne sont pas sanctionnées par des titres , mais par des trophées. Mon travail comprend parfois une partie technique ou scientifique assez poussée. J'ai mis au point une invention qu'on me suggère régulièrement de breveter, et j'ai fait, sans chercher, plusieurs découvertes singulières.
L'art n'est pas la science. Dans "La pensée sauvage", Lévi-Strauss en parle très bien. La science part d'un projet, il s'agit de se donner les moyens d'atteindre un objectif, ce qui implique effectivement des recherches, mais l'art, lui, relève du bricolage. On part de ce qu'on a sous la main, de ce qu'on est et on fait avec, en particulier avec sa subjectivité et son désir, alors que la science vise au contraire l'objectivité la plus totale. La loi de la gravité serait exactement la même si elle avait été découverte par un chinois plutôt que par Newton.
L'idée de caler les écoles d'art sur les universités est une ineptie. Elle n'a aucun fondement en dehors d'une demande sociale d'uniformisation et de soumission au capitalisme qui est maintenant devenu mondial. Il faut pouvoir tout mesurer, tout dénombrer, tout calibrer, tout rentabiliser, tout échanger. Et effectivement on trouve les mêmes produits artistiques à Berlin, Sidney, Tokyo, Changaï, ou New York (cf. Art press 381 p52). Il n'y a plus d'altérité, il n'y a plus que du plus et du moins. Plus d'amour et de jeu, plus de génie, mais du travail, du mérite et de la compétitivité !
Quel ennui ! et quel ennui d'être enseignant dans une école d'art si ce n'est qu'un travail. Dans le cas contraire, je suppose alors que vous êtes un artiste de la pédagogie. C'est bien cela n'est-ce pas ? Ma femme l'est et il lui arrive souvent de voir des étincelles s'allumer dans les yeux de ses étudiants : grandes joies.
Bon, si vous aimez la vie, vous savez... Filiou : « l’art c’est ce qui fait aimer la vie plus que l’art », alors invitez-moi dans votre école pour un work-shop ou une conférence. Je viendrai avec un phallus géant lumineux rose et on reparlera de tout cela ou encore de Diderot, de son article « Art » dans l’encyclopédie d’où il se déduit que penser ou philosopher sont un art. Ce sera très drôle et un peu dangereux, mais quand on est un artiste accompli, on s’expose n’est-ce-pas ?
Bruno Girard
Bienvenues "on" médiapart les gens derrière l'écran.
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