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Fév

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Résister à la "presse d'industrie"

Pardon pour cette trop longue absence. Mais, durant ce premier mois de vie de Mediapart, depuis le lancement de la mi-mars, il a fallu continuer à s'occuper de tout ce qui n'est pas… du journalisme, tout en assurant la visibilité médiatique de notre journal. Lancer une entreprise de presse indépendante, c'est compter sur ses propres forces. Pas de grand groupe, pas de mécène intéressé, pas d'industriel richissime derrière notre aventure – et c'est évidemment tant mieux. Du coup, par-delà ce que vous, lecteurs, voyez à tout instant – notre journal numérique –, tout reste à faire et à construire. Nous avons fait le choix, en conscience, de mettre le paquet sur l'éditorial : sur 29 salariés, Mediapart compte 26 journalistes. C'est évidemment un déséquilibre mais il est lié à notre conviction de départ : remettre le journalisme au cœur du défi et construire l'identité de l'entreprise autour des enjeux éditoriaux.

 

Ce choix n'est évidemment pas sans résonance avec la crise sans précédent de la presse française, que les deux jours de grève du Monde viennent d'illustrer cette semaine. Comme vous le savez, sur ce sujet précis, je serai toujours suspecté de subjectivité, après vingt-cinq ans passés dans ce journal, qui se sont conclus par une radicale rupture avec ses dirigeants d'alors. C'est pourquoi, estimant que j'avais dit l'essentiel en 2006 dans Procès (Stock, réédité en Folio en 2007), essentiel que les événements actuels ne font, selon moi, que confirmer, j'ai choisi de ne pas y revenir. C'eût été parasiter par le legs du passé une histoire du futur. Car, même si trois de ses fondateurs se sont connus dans ce journal (François Bonnet, Laurent Mauduit et moi-même) et que cinq autres membres de notre équipe y ont travaillé (Maguy Day, Erich Inciyan, Fabrice Lhomme, Martine Orange, Vincent Truffy), Mediapart n'est en aucun cas un compte que nous réglerions avec notre ancien journal. C'est une aventure autre, libre et nouvelle, différente et distante.

 

En revanche, nous avons appris de nos naïvetés d'hier, de nos défaites et de nos échecs. Cet enseignement, je le résumais dans Procès en rappelant une fameuse conférence du fondateur du Monde, en 1956, intitulée "La presse et l'argent". Hubert Beuve-Méry, qui signait Sirius, y désignait l'adversaire habituel de la presse libre d'une formule que notre époque fait revivre: "la presse d'industrie". Ni angélique ni naïf, il savait que les journaux sont des entreprises et que la presse est aussi une industrie – certes, ajoutait-il, "une industrie pas comme les autres, puisque l'essentiel de sa production est immatériel, mais tout de même une industrie". En conséquence de quoi, la première liberté qui conditionne les suivantes, prosaïque quand les autres se veulent nobles, c'est que "l'affaire reste rentable". Loin de dédaigner, à son époque, "la presse industrialisée qu'impose l'évolution économique", Beuve-Méry veillait de près à cette rationalité comptable où se croisent technique et commerce et où se font dépenses et recettes. Mais il ne confondait pas la fin et les moyens, l'intendance et l'idéal, les nécessités concrètes et les impératifs éthiques.

 

Car la presse d'industrie, c'est tout autre chose que l'application à la presse d'un certain réalisme économique. C'est un mélange des genres, l'irruption d'une rationalité extérieure, l'échange inégal d'un confort contre une dépendance. C'est, résumait Beuve-Méry, la presse où "il suffit que l'information n'aille pas porter quelque préjudice à des intérêts très matériels et très précis ou, à l'occasion, qu'elle les serve efficacement". Dans Procès, je rappelais que Beuve parlait d'expérience, ayant connu cette presse-là au Temps, avant-guerre, illustration de ce que ces dérives et ces sujétions peuvent s'abriter sous d'apparents labels de qualité. Et je poursuivais en évoquant son rêve, qui était aussi celui du fondateur et premier président de la Société des rédacteurs du Monde, Jean Schwoebel, d'inventer un statut de société à but non-lucratif pour les entreprises de presse.

 

Bref, pas besoin d'épiloguer, si je suis parti, comme beaucoup d'autres, c'est pour la raison affirmée page 139 de Procès : "La presse d'industrie est de retour, et Le Monde, hélas, n'y fait plus exception". Mais beaucoup de ceux qui sont restés et qui, aujourd'hui, se battent pour l'emploi d'une entreprise et pour l'image d'un titre, en ont aussi bien conscience. Simplement, j'ai jugé que la bataille décisive avait été perdue en 2005, lors du vote sur la recapitalisation, qui a permis à Lagardère d'entrer en force dans la place, vote qui ne s'est accompagné d'aucune disposition pour sanctuariser le journal, ni d'aucune sanction tirant les leçons d'une gestion aventureuse, encore moins d'une remise en cause de la fuite en avant dans la construction d'un groupe de presse, groupe que Le Monde a plutôt pillé sans vergogne que développé avec ambition. Par peur de l'avenir et, déjà, chantage au dépôt de bilan, deux tiers de la rédaction ont préféré croire les illusoires promesses d'alors dont, aujourd'hui, il ne reste plus rien. Nous n'avons été qu'un gros tiers à dire "non".

 

Est-il besoin d'ajouter que cette histoire est immensément triste, humainement lamentable et professionnellement désastreuse? Dans l'immédiat, l'essentiel, c'est que des journalistes se battent et résistent. Et, depuis Mediapart, c'est évidemment à eux que nous pensons. D'un crieur de journaux à l'autre, avec l'aimable autorisation de Plantu, nous leur adressons donc ce petit clin d'œil solidaire :

 

Tous les commentaires

Jean-Louis Legalery Quand on a été, depuis 1967, lecteur, puis abonné, puis actionnaire de la SDL, tout ceci est en effet immensément triste. C'est encore plus triste d'avoir vu arriver Alain Minc, dont on se demande encore, en 2008, sur quoi s'est bâtie sa réputation de présumée compétence de gestionnaire. L'affaire Benedetti aurait dû suffir à rétablir la vérité. Mais tout ceci appartient hélas au passé. L'avenir c'est MediaPart, grâce à vous, à François Bonnet et à Laurent Mauduit. Je souhaite, de tout coeur, que l'aventure réussisse vite, car elle engendre l'enthousiasme. A ce jour on n'a nulle part ailleurs la possibilité de lire d'excellents articles, de communiquer avec les journalistes, de découvrir, grâce au Club, d'autres abonnés et d'échanger avec eux. Donc longue vie à MédiaPart, très sincèrement, car il y va de l'avenir du journalisme.

Edwy Plenel cite Hubert Beuve-Méry, fondateur du Monde et son patron de l'époque. Voici ce que j'écrivais, le jour de son décès, dans une chronique du bicentenaire parue en 1990. 6 août 1989. Une étoile s’est éteinte Des milliers d’étoiles meurent chaque jour dans l’univers. D’autres naissent et créent, sans cesse, de nouvelles galaxies. Dimanche, 6 août 1989, une étoile terrestre s’est éteinte au firmament de la pensée universelle. Tel un astre lointain, un phare luminescent de connaissances, cette étoile-la brillera encore longtemps sur notre monde. Elle a engendré de multiples talents, titillé les intelligences. Toute une génération d’hommes s’est inspirée de son rayonnement, de son savoir, de sa clairvoyance. Cette étoile que l’on pourrait confondre avec celle du Berger avait pris pour nom : Sirius, la plus brillante du ciel. Sirius était le pseudonyme d’Hubert Beuve-Méry, fondateur du journal Le Monde. La vie de ce grand journaliste a été tout entière consacrée à la communication de la vérité vraie. Sans fards, sans compromissions, avec une indépendance et une rigueur sans cesse remises sur le métier de l’écrit. Avec la détermination et la sureté de l’homme des montagnes qu’il était devenu, il a surmonté toutes les vicissitudes de la presse libre, il a poursuivi patiemment le sentier qu’il s’était fixé de gravir. Depuis la création du journal Le Monde en 1944, la grande presse française d’après-guerre lui doit tout. Pour des centaines de journalistes et d’écrivains, « Beuve » a été le modèle, le guide, le père. Il a montré la voie à suivre, la passe délicate entre les arcanes du Pouvoir et la liberté totale d’expression. Au grand dam de certains politiciens, il a été le contre-pouvoir de la IVème puis de la Vème République. Ces dernières années, il a suscité des vocations, de nouveaux titres indépendants des puissances d’argent. Hubert Beuve-Méry n’a ménagé personne ni sa personne. L’éclat de Sirius continuera de briller pour les générations à venir. Quel magnifique testament !

TOUR DE FRANCE : OU EST LE TABOU ? J'ai une question pour Fabrice LHOMME : Pourquoi votre manuscrit sur les coulisses du TOUR DE FRANCE n'a t-il jamais trouvé d'éditeur ? Que dénonciez-vous il y a quelques années dans votre récit ? Denis de Montgolfier/ Lyon.

Bonjour, J'ignore qui vous a dit que mon manuscrit sur le Tour de France n'avait pas trouvé d'éditeur. Le livre auquel vous faites visiblement allusion a bel et bien été publié, au mois d'octobre 2 000, aux éditions Denoël sous le titre "Le Procès du Tour" ! Dans cet ouvrage, je révélais les dessous de l'affaire Festina qui, l'été 1998, avait fait imploser le Tour de France, dont il apparut alors qu'il était totalement gangréné par le dopage. Je crains d'ailleurs que ce livre soit toujours d'actualité...

Comme d 'habitude joli résumé de la situation crayonné par Plantu ! Porte de Vincennes face au métro... le kiosque à journaux a fermé... sniff ! ya pu que les donneurs de "gratuit" qui tapent des pieds sous la pluie...

Merci bien M. Plenel pour ce nouvel avertissement quant aux réalités du fiasco actuel dans ce que vous nommez à la suite du fondateur du Monde, du Monde Diplo et d'une pratique journalistique éthique, la "presse d'industrie". Je me demande même si l'heure n'est pas plus grave encore, le Plan B, journal lancé par des bourdieusiens, même s'il peut tomber dans la caricature et l'invective à tout-va parle lui de PPA, Parti de la Presse et de l'Argent. En effet, n'aurions-nous pas changé d'époque par rapport au constat de Beuve-Méry ou pire, le rapport de force ne se serait-il pas amplifié? Quand Le Monde a été créé selon une intuition dont nous savons gré à De Gaulle de créer une presse francophone de référence, celui qui prendra en main les manettes de ce journal saura instinctivement se détacher d'un pouvoir politique qui aurait voulu s'offrir de "nouveaux chiens de garde" (Nizan et Halimi) à son service. Maintenant, penser une industrie journalistique qui sache fonctionner avec ses propres deniers, tenir une ligne éditoriale qui ne dépende plus que de ses journalistes et de ses lecteurs, tout celà ressemble à une belle utopie. Serge July, Jean-Marie Colombani et consorts ont renié la fin sur l'autel des moyens. J'étais ce lundi au Monde où je me suis glissé dans la conférence de presse et ai repris candidement une observation qui venait de Mediapart selon laquelle, radicalement, accroitre la dimension financière de Lagardère signifiait la diminution de la démocratie journalistique. Toutes les réactions au malaise de la presse ces derniers temps (voir le constat du diplo ici http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-04-14-Le-Monde) restent sur la défensive, dans le seul refus de réformes structurelles ou pire encore, dans la capitulation, comme Le Monde ou Libé ont pu laisser rentrer le grand méchant loup. Il faut maintenant passer à l'offensive, comme Mediapart en est le symptôme, et rappeler que la finance est un pouvoir, que les détenteurs du capital détiennent le nerf de la guerre. Sortir de la résignation des années 90 qui sur les ruines du Mur de Berlin ont voulu voir dans le capitalisme entrepreneurial un gage de liberté en niant les rapports de force objectifs. La politique idéologique lancée par votre initiative rappelle qu'il s'agit toujours de s'extraire d'une fermeture du pouvoir, qu'une réduction de la participation financière équivaut structurellement à une aristocratisation du champ journalistique. Que le journalisme est le quatrième pouvoir dans une démocratie si et quand celui-ci est à la fois dans, hors et contre les pouvoirs institués. C'est là sa fonction première, regarder le monde et ses contemporains à une distance respectable pour réinstituer dans la politique, comme Sisyphe dans la vie, une société d'égaux. J'en profite ici pour vous demander un nouvel outil technique. J'aimerais pouvoir visualiser la communauté que nous formons dorénavant, le "club médiapart", et pouvoir parcourir la liste de tous ses membres. Selon la même formule que vous offrez pour un blog, ne pourrions nous pas accéder à un grand forum, où tous les utilisateurs pourraient s'interconnecter? Celà démultiplierait davantage les contacts et les productions qui en rejailliraient selon le modèle du rizhome deleuzien. En même temps, je pense que çà matérialiserait notre responsabilité à tous, adhérents volontaires de ce journal numérique, en voyant petit à petit s'accroitre la liste de ses "actionnaires", les lecteurs! Bien à vous, "la République, c'est la Rue".

Cher Gwenglatre, Merci pour ce commentaire tout en écho et résonance. S'agissant du club de Mediapart, nous travaillons actuellement à son amélioration, mélange d'ajustements, de développements, d'approfondissements et de fonctionnalités nouvelles. Cela prend un peu de temps et nous pensons pouvoir mettre tous ces outils à votre disposition autour de fin mai. Parmi les pistes, il y a en effet l'idée d'un forum des lecteurs de Mediapart.

Vu sur Le Plan B : "Plenel a investi une fraction (550 000 euros) de ses plantureuses indemnités de licenciement et convaincu trois industriels de lui donner de l’or (Presse News, 3.1.08). Il compte boucler un budget de 4 millions d’euros grâce aux dispositions du paquet fiscal de Sarkozy, qui pourraient galvaniser les donateurs assujettis à l’ISF (lire Le Plan B n° 11, décembre 2007)". [...] "Pour qu’ils retentissent, les scoops doivent exciter la curiosité des confrères. En révélant que Cécilia Sarkozy n’avait pas voté au second tour de l’élection présidentielle en 2007, Rue89 ne visait pas le prix Albert-Londres mais une quantité maximale de « reprises ». Telle était aussi l’ambition d’Edwy Plenel lorsque son site Mediapart annonça que le gouvernement s’apprêtait à vendre les antennes locales de France 3 à la presse régionale (mediapart.fr, 25 et 27.1.08). Comme nombre d’enquêtes moustachues diligentées par Plenel, celle-ci fit l’objet d’un démenti « catégorique » de l’Élysée. Depuis, Edwy se dit persécuté par le monde entier. L’équipe de Mediapart se compose de plénelophiles chassés du Monde (François Bonnet, Laurent Mauduit, Erich Inciyan), d’exilés de Libération (Gérard Desportes, Sophie Dufau, David Dufresne), de débris de L’Équipe, de France soir, de 20 Minutes. Sans compter deux personnages de bande dessinée exfiltrés de l’hebdomadaire bobo Les Inrockuptibles, Jade Lindgaard et Sylvain Bourmeau (Laisse d’or de PLPL), chargés de mettre en musique les « logiques de niche, des logiques d’exigence, des logiques d’excellence, de services ajoutés, des logiques de club » exigées par leur nouveau patron (BFM, 4.12.07). L’étonnant, avec Plenel, est qu’aucun de ses amis ne l’ait supplié, même à genoux, de renoncer au journalisme. Depuis son éviction du Monde, journal qu’il livra aux crocs de Lagardère et de Maurice Lévy, Edwy gémit sur les maux dont il a vénéré les causes. Il a édifié un groupe de presse avec les amis de Sarkozy ? Il dénonce « l’anormale situation de dépendance, économique et politique, de nos médias envers une oligarchie financière imbriquée à l’actuel pouvoir présidentiel » (message à Rue89, 14.12.07). « L’indépendance a de la valeur » (BFM, 4.12.07), pétarade le journaliste qui a relayé nombre de fax policiers. Mais, à peine la création du site Internet annoncée, Ségolène Royal demande par écrit à tous les adhérents de son club, Désirs d’avenir, de soutenir Mediapart « en [s’]abonnant. Merci de ce geste militant qui s’inscrit dans la logique de la démocratie participative. Ségolène .» En matière d’indépendance, on pouvait imaginer meilleur départ. Comme l’un des fondateurs de Mediapart fut responsable de la campagne Internet de Royal, Edwy n’a qu’une idée : gratter le soutien de personnalités d’horizons divers. Bayrou, Goulard, mais aussi Besancenot et Bové ont obtempéré à la sommation, chacun expliquant dans une séquence vidéo « Pourquoi je soutiens ». Le témoignage de la psychanalyste Lydia Flem, fervente de Mediapart, a ému Le Plan B : « Alors voilà, moi je pense que c’est important d’être contemporain de son époque. La presse papier pose beaucoup de problèmes aujourd’hui, aussi parce qu’elle n’est pas sur un écran. » Liens : http://www.leplanb.org/numero-en-cours/des-journalistes-mentent-aussi-sur-internet-2.html www.les-mains-sales.over-blog.com

Je m'attendais à lire un jour ou l'autre ce type de commentaire qui ne fait que reprendre tout ce que nous avons déjà lu relu et entendu.Rien de bien nouveau et je m'en moque.Mon abonnement n'a jamais été influencé par les soutiens en tout genre mentionnés dans ce commentaire.Que Monsieur Plénel et sa bande de plénophiles,de débris,et d'éxilés -je cite-continuent à écrire pour le plus grand plaisir d'un grand nombre.

Le Plan B ! Qui donne des leçons de journalisme. On croit rêver. Mais Robert Ménard et RSF passent bien pour des héros, alors ! Pratiquement tous les articles du Plan B contiennent des "à peu près" quand ce ne sont pas des erreurs manifestes. A plusieurs reprises, j'ai écrit à la rédaction pour souligner et signaler, avec exactitude, ces dérives fort déplaisantes. Aucune réponse. Aucun changement. A croire que le plan B est payé par les descendants d'un croisement de Marcellin et de Dassault...

Fabuleux ! Vous dites "estimant que j'avais dit l'essentiel .... j'ai choisi de ne pas y revenir" et vous passez l'essentiel de votre article sur ce thème. Alors que comme vous le rappelez en introduction "Pardon pour cette trop longue absence" cela fait longtemps que vous n'avez rien écrit. Truculent :) Enthousiasmé à l'origine par le principe du projet Mediapart je suis tous les jours consternés par la pauvre qualité des articles pour la plupart empreints d'un ressenti constant. Triste :(

Cher Christophe Guguen, J'ai envie de vous répondre (rassurez-vous, c'est de l'humour… noir) que le terrorisme aveugle fait toujours le jeu de l'ordre établi. Les animateurs du "Plan B", ex PLPL, s'acharnent depuis belle lurette à tirer sur tous les journalistes qui tentent de défendre un peu d'indépendance et quelques principes dans notre métier. Sur la forme, bien que nous soyons ici bien loin du talent de Karl Kraus ou des saillies surréalistes, je n'ai rien contre l'assaut provocateur des citadelles en place – même si cette littérature verse parfois dans une forme d'attaques ad hominem qui évoquent la presse la moins estimable et la plus dégradée. Mais mon principal désaccord est de fond : je crains que cette entreprise univoque et uniforme n'abrite ou ne diffuse une haine profonde de la démocratie, de son désordre et de ses conflits, de sa pluralité et de ses contradictions, à travers cet acharnement contre la figure inclassable du journaliste d'information. Reste (et ce n'est pas un mince problème s'agissant du journalisme, de ses principes et de ses règles) que cette œuvre de dénigrement est menée avec une mauvaise foi ravageuse, sans aucun respect pour la vérité factuelle, l'enquête de terrain, la vérification des informations. De ce point de vue, la caution que continue de lui donner un estimé confrère, récemment devenu directeur du "Monde diplomatique", me navre. Je pourrais ainsi répondre précisément sur tous les points que vous citez, mais ce serait lasser les lecteurs de bonne foi. Aussi me contenterai-je d'un seul : mes indemnités de licenciement du "Monde" (car il s'est agit d'un licenciement contraint, par la volonté de la direction d'alors). Elles sont publiques (et consultables) car résultant d'une sentence déposée au greffe du tribunal de Paris, selon les dispositions de la loi de 1935 qui protègent les droits moraux et sociaux des journalistes. Elles ont été fixées par une commission arbitrale, présidée par un magistrat professionnel, et composée de deux représentants du collège salarié et de deux représentants du collège patronal. La sentence rendue a condamné "Le Monde" à me verser, pour vingt-cinq années de travail dont dix à des postes de direction, très exactement 410.000 euros. Cela n'a rien à voir avec un parachute doré, ni avec un privilège indu, c'est en l'occurrence, l'application de la loi envers un salarié contraint par son employeur à quitter son entreprise. Mon avocat était Michel Henry, grand spécialiste du droit social, que tous les syndicalistes de la profession connaissent bien et qui est aussi l'avocat du syndicat dont je suis adhérent, le SNJ-CGT. Bref, cher Christophe Guguen, ne croyez pas votre "Plan B" sur parole, vérifiez et réfléchissez par vous-même. Et, par exemple, jugez Mediapart sur pièces, en le lisant et en le discutant, plutôt que de croire les on-dit, les rumeurs, les amalgames, le n'importe quoi.

"les journalistes qui tentent de défendre un peu d'indépendance et quelques principes dans notre métier" => Permettez-moi d'en douter. A de rares exceptions près, les médias sont manipulés par le pouvoir. Le Plan B est un journal intéressant - et plutôt amusant - bien que ses moyens soient limités. Le seul reproche que l'on peut leur faire est ce sentiment constant de vouloir se faire calife à la place du calife... A l'inverse du Canard Enchaîné, qu'on peut faire disparaître simplement si il cesse de respecter certaines règles précises et qui ne vit que des miasmes échapés des cabinets ministériels, Le Plan B est réellement indépendant. Qui plus est, ne niez pas que MediaPart est légèrement orienté anti-Psoump depuis son lancement... Que ces réflexions ne remettent pas en cause ma fidélité et l'admiration que j'ai pour l'équipe de MediaPart ; je ne fais ici que prendre la défense du Plan B. Est-ce excessif ? Peut-être pas tant qu'il n'y paraît !...

Je crois qu'une fois de plus tout est dit (non seulement les preuves sont vérifiables pour ceux qui douteraient encore de la bonne foi d'Edwy Plenel et de son éthique professionnelle) et il est grand temps pour ceux qui n'ont pas eu la curiosité, au fil des mois écoulés, de se faire leur propre opinion sur le pré-site de Mediapart, d'"allonger" 9 petits euros par mois pour apprécier in situ la qualité et l'originalité de ce projet et bien sûr d'en critiquer le contenu tout à loisir, tout comme je pourrai également le faire si telle ou telle chose me poussait à la contradiction. Encore une fois il faut savoir ce que l'on veut. Bien sûr que monter un quotidien en ligne ne se fait pas en claquant des doigts et qu'un montage financier a été nécessaire - il me semble, là encore, que la transparence des données qu'il nous a été proposé de lire est parfaitement satisfaisante - mais que l'option de départ de ne compter que sur ses propres forces et le soutien grandissant des abonnés est franchement une vraie démarche déontologiquement novatrice (au moins prenons-en acte), que je fais mienne entièrement. Ce nouveau quotidien numérique existe depuis à peine plus d'un mois maintenant dans sa version payante et jusqu'ici il me convient parfaitement par la qualité du contenu rédactionnel et le souci d'investigation permanent. Je me permets de redire ce que j'ai déjà écrit un peu plus haut (après avoir résumé en deux phrases la pensée d'Edwy Plenel " ...remettre le journalisme au coeur du défi et construire l'identité de l'entreprise autour des enjeux éditoriaux" "...Car la presse d'industrie, c'est (...) l'échange inégal d'un confort contre une dépendance" (sic)), à savoir que rien ne me parait plus précieux aujourd'hui que d'être un citoyen responsable, c'est à dire un lecteur "justement" informé. Il n'y a aucune raison jusqu'alors de douter que cet outil ne remplisse pas cette mission fondamentale. Jugeons donc sur pièces et, en attendant, tous à vos chéquiers pour conforter l'assise financière du projet et pouvoir enrichir cet instrument de vos pertinentes remarques !! Bien cordialement. Tiensdonc!

M. Plenel, je vous remercie chaleureusement d'avoir fondé Mediapart. Enfin un peu d'air pur et frais dans cette presse française dévorée par les industriels de l'armement, du luxe, du sport et de la publicité. Je vous ,joins les lettres que j'ai envoyées aux journalistes du Monde. Certains termes vous choqueront, mais c'est sous le coup de la colère que je les aie écrites. Mesdames et Messieurs les journalistes du MONDE. Mesdames, Messieurs, Je suis un de ceux qui, il y a très longtemps, ont apporté une modeste contribution au sauvetage du Monde. J’apprends que vous avez fait grève aujourd’hui. Dois-je vous apprendre qu’un journal n’est pas une entreprise comme une usine, surtout le vôtre ? Que les ouvriers de Renault soient en grève, c’est normal, mais pas vous. Vous êtes responsables devant vos lecteurs, lecteurs d’un journal d’une qualité et d’une audience morale supérieures à tous les autres quotidiens, reconnues dans le monde entier. Lorsque Colombani a lancé sa politique d’achats de tout ce qui était à vendre, vous n’avez rien dit. Vous n’avez jamais proféré, tout au moins à ma connaissance, de menaces de grève pour stopper cette boulimie. Vous ne vous êtes pas demandé si ces achats étaient rentables, si le Monde pouvait supporter les pertes et les frais financiers que ces achats provoquaient. Et, aujourd’hui, alors que ce journal est à la veille de faire faillite, par votre grève, vous l’affaiblissez encore plus. J’en connais qui doivent se frotter les mains, à commencer par Alain Minc ( que vous avez eu raison d’éliminer ) , Lagardère ( connu pour sa philanthropie et sa bonté d’âme ), d’autres ( tels que Pais ) et j’en oublie. Le jour du dépôt de bilan, croyez-vous que le Tribunal de Commerce vous fera des cadeaux ? Il sera plus enclin, de part sa composition, à faire des cadeaux à Lagardère, et à enfoncer un peu plus un journal trop indépendant aux yeux du pouvoir. Je viens de lire, dans le nouveau journal d’Edwy Plenel ( Mediapart ) des révélations sur le rôle du Tribunal de Commerce dans l’affaire du Royal Monceau. Lisez-les, vous serez édifiés. Vous êtes tous responsables de cet état de fait. Vous devez, que cela vous plaise ou non, en tirer les conclusions. Il est vrai que la perte d’emploi de 130 journalistes est dramatique pour eux. Mais le passage du Monde aux mains de Lagardère sera pire. Ce sera bien plus que 130 licenciements, peut-être 150 ou plus, et la perte de confiance et de respect que le monde entier a pour votre journal, qui deviendra un Figaro bis. Si votre solidarité doit s’exprimer autrement que par la grève, pour reconnaître vos responsabilités, acceptez de diminuer vos salaires, de façon à ce que la masse salariale devienne celle qu’elle serait après ces licenciements. Et tenir compte du coût de ces licenciements. Quant aux publications que votre direction veut vendre, elles vivaient avant que vous les achetiez. Leurs propriétaires avaient trouvé le pigeon idéal, car elles étaient toutes en mauvaise santé financière, sinon ils ne vous les auraient pas vendus. Qu’elles redeviennent à leur ancienne situation. Et je m’abstiens, pour ne pas remuer le fer dans la plaie, de poser la question de l’influence de la religion catholique dans certains de ces achats. Mesdames, Messieurs, Rien ne doit plus faire plaisir à Minc et à Lagardère que vos grèves. Continuez, continuez, en vous êtes en train de leur ouvrir la voie. Vous adoptez la politique du pire. Quand Colombani et Jeantet vous faisaient miroiter des lendemains radieux, avec des achats onéreux et inutiles, vous avez cru au Père Noël, et vous n’avez alors émis aucune critique. Aujourd’hui le réveil est amer. Quel va être le résultat de vos grèves, si ce n’est enfoncer encore plus le journal ? Je vous rappelle ma lettre d’hier qui, je m’en rends compte, n’a pas l’heur de vous convaincre. Je me demande même si vous vous l’avez lue. M. FOTTORINO Monsieur, Je suis un de ceux qui, il y a très longtemps, ont apporté une modeste contribution au sauvetage du Monde. Je suis un fidèle lecteur du journal depuis, pratiquement, sa naissance. Je suis effaré par la myopie des journalistes et leur absence de sens commun. Toute leur agitation mène le journal à la faillite, et il ne leur restera que les yeux pour pleurer. Gribouille n’aurait pas fait mieux. Je vous joins les deux lettres que je leur aie adressées, muais je réalise, sans en être surpris, qu’elles ont été inutiles. Quel est le coût des deux jours de grève ? Je vous apporte mon soutien et je vous demande, si ce n’est pas être trop outrecuidant, de faire état de ce courrier. Pourquoi ne demandez-vous aux actionnaires du Monde, tels que moi, leur opinion

moi aussi je remercie media part d'exister. on n'en peut plus de la presse industrielle qui nous gave à longueur de temps avc les meme thèmes, les mêmes réactions, les mêmes regards, la meme pub. media part est un masque d'oxygène indispensable , et je continuerai à vous soutenir. merci.

je n'ai rien à ajouter, si ce n'est de dire merci à médiapart d'exister pour son journal clair et facile à lire. je n'ai pas fait d'etudes superieures et je n'ai pas une grande culture mais je lis le journal depuis mon enfance et je supporte plus la publicité mensongère. edwy Plenel me semble un journaliste courageux et honnête

La greve du Monde aujourd'hui nous rappelle combien la presse traditionnelle a du mal a s'y retrouver dans l'univers numerique du gratuit. Je me suis apercu que je n'avais pas achete de journal papier depuis une eternite, si meme j'en ai deja achete, tout passe pour moi par internet, je papillonne de site en site pour glaner les informations, les analyses interessantes et les commentaires pertinents. Ma generation n'aura jamais les doigts noirs d'avoir trop lu les feuilles de chou, mais les yeux rouges d'avoir trop regarde les ecrans. Et a y regarder de plus pres, internet est une chance pour le journalisme, dont Mediapart saura tirer parti : interactivite, hypertextualite et...independance. Il y a eu des tas de "pourquoi j'adhere" des differentes personnalites, mais aucun "pourquoi je m'abonne", ce qui donne parfois l'impression que le lectorat n'est la que pour financer cette independance. Il n'existe aujourd'hui aucun grand journal numerique d'information qui ne soit un avatar d'un journal papier. Sauf Mediapart. Mais la ou les journaux papiers peuvent rester entraver dans des logiques d'industrie que decrit tres bien Edwy Plenel, un journal numerique pourrait user de sa nouveaute, de sa fraicheur, pour multiplier les experiences et decouvrir ce que sera la presse du 21e siecle. Peut-etre non plus un recolteur d'infos, mais un economiseur de temps : les infos, aujourd'hui, il y en a trop, partout, gratuites, le temps lui par contre ne cesse de manquer. Trouver une info, que l'on cherche ou non, prend des heures mais ne coute rien. Alors, la collecte d'info, leur analyse, l'originalite de la pensee, c'est cela qui aura de la valeur. Le reste, on le trouvera sur Google News. La suite sur l'edition "Petites nouvelles de la fin du monde".

Edwy Franchement, j'aime beaucoup vos orientations et votre pensée, quoique je déplore votre propension à en délayer l'expression, comme si vous étiez payé à la ligne. Je veux croire que les exigences du journalisme numérique corrigeront enfin ce vilain défaut. J'ai l'impression, et je ne m'en réjouis, que c'est déjà commencé, même avant l'expérience de "mediapart", si j'en juge par l' opuscule que vous citez, intitulé "Procès" (2.006, je crois); malheureusement, j'aurais justement souhaité que, pour une fois, vous en disiez davantage, notamment sur la partie "journalisme industriel" et votre expérience à la direction du Monde. Je ne vais pas ajouter ma mauvaise langue (très réelle) à celle, vipérine, de la cohorte de vos détracteurs. Chacun a compris que vous n'êtes qu'un homme. Le problème me semble être qu'il n'est pas particulièrement difficile d'analyser les difficultés économiques de la "presse industrielle", mais qu'il est plus difficile d'en trouver les solutions. Je me permettrai de vous titiller là-dessus, non pas par passion du dénigrement, mais parce que c'est, probablement, de l'avenir de mediapart qu'il est question. J'ai déjà eu l'occasion de dire combien mediapart correspondait à mes attentes et combien je lui souhaite de réussir, et je voudrais même faire tout le peu que je pourrais dans ce but. Mais, paradoxalement, figurez-vous que je doute de ce succès. Autrement dit, j'ai bien peur qu'il s'agisse d'une utopie, ce qui n'enlèverait rien à son mérite; nous avons besoin d'utopie pour exister; mais il faudrait aussi que, de temps à autre, au moins partiellement, quelques utopies se réalisent. Je souhaite que ce soit le cas de mediapart. On verra. Ce qui m'inquiète, pour en revenir à tous vos défauts, c'est que Bernard Poulet dans "Le pouvoir du monde" (2002 et 2004) vous accuse de "déni de réalité". Je ne souhaite pas reprendre l'histoire du "plan B", précédemment évoqué, mais c'est un fait que Bernard Poulet rappelle que vous avez co-dirigé pendant dix ans Le Monde, que conscient, apparemment, des difficultés, vous avez tenté de nombreuses expérimentations, qu'aucune n'a réussi, que votre méthode pour faire tomber la fièvre était de changer de thermomètre; bref, que ce sont vos tentatives qui ont aggravé la situation au lieu d'y remédier et rendu indispensable la recapitalisation que vous dénoncez de manière si convaincante et qui a mis fin à cette partie de votre carrière. Pour en revenir à mediapart, même en réalisant l'objectif de 75.000 abonnés que vous vous êtes fixés, en quelques années, je vois mal comment, les abonnements pourraient suffire à payer les salaires convenables d'une équipe d'excellents journalistes, serait-elle même réduite. Autrement dit, j'ai peur que mediapart, en effet, relève de l'utopie et ce qui va avec, c'est-à-dire l'amateurisme et le militantisme. J'aimerais être détrompé. En attendant, merci pour vos efforts et bon courage. jean-paul yves le goff http://www.lelivrelibre.net

Cher Jean-Paul-Yves Le Goff, Que, financièrement, Mediapart soit un pari, c'est l'évidence : il faut un rythme régulier d'abonnements pour que nous atteignons nos objectifs. Mais je ne crois pas du tout que ce soit une utopie économique. Bien au contraire, notre modèle payant, qui construit une communauté de lecteurs fidèles, contributeurs du club, me paraît sur la durée plus solide et plus créateur d'authentique richesse que la course aléatoire à l'audience et à la publicité du modèle gratuit. Enfin, s'agissant du défi éditorial, je crois que l'équipe dirigée par François Bonnet a déjà montré en un mois que, loin de l'amateurisme que vous redoutez, elle traçait sa route, créait l'événement et suscitait l'intérêt.

Bonjour Edwy Plenel, D’abord juste un détail : le dessin de Plantu a été, je crois, initialement publié dans Le Monde (je suis abonné depuis 20 ans et… au bord de la rupture). Si Plantu garde les droits de ses dessins peut-il les publier ailleurs que dans Le Monde, quand ils ont été produits pour Le Monde ? Je comprends votre confraternité avec Plantu, mais ici le dessin a perdu de son impact ou de sa « nouveauté » pour ne pas dire de sa « fraîcheur ». C’est pas grave. Vous nous direz simplement pourquoi ce choix. Je suis content de vous lire, de vous lire sur la presse et particulièrement sur LeMonde car nous sommes nombreux à ne pas digérer la descente aux enfers de ce journal qui a abusé de la confiance de ses lecteurs exigeants, fidèles et critiques. Juste une anecdote : que Le Monde accepte une pub de « 20 Minutes » après avoir « vomi » sur les gratuits, c’est totalement affligeant et désespérant. Que Libé soit gratuit le 11 avril : totalement mensonger puisque Joffrin expliquait que Disney et Aegis avaient soutenu l’opération. Les gratuits sont payés par la pub. Libé n’y échappe pas et se la joue « bon prince-Rothschild », pour les bobos-gogos. Très content de lire (et de lire encore demain) votre point de vue sur la mort de « l’étoile de Sirius ». La plaie est béante. Nous devons comprendre ce que LeMonde n’a jamais dit. On ne sera pas moins triste mais on y aura gagné en analyse critique du « 4éme pouvoir »… et plus à même d’accompagner MédiaPart sans tomber dans les pièges de « la presse d’industrie ». Voilà, bravo pour ce premier mois où plusieurs Unes valaient vraiment la « peine » d’être lues où le Club ponctue bien, en miroir et contrepoint, le travail des journalistes, où l’on commence à trouver ses « affinités électives », où surtout, surtout, la « longueur » des articles n’est pas pré-calibrée ET où le tâtonnement expérimental (cher à Célestin Freinet) est absolument sympathique. «Ce n’est qu’un combat, continuons le début.». fañch langoët

Cher Edwy Plenel, Ce commentaire n'était pas un avis personnel, mais un simple extrait d'un article du Plan B (auquel je ne suis même pas abonné, c'est dire si ce n'est pas "mon" Plan B comme vous dites), qui cite à plusieurs reprises Médiapart et vous-même, et qui n'engage que leurs auteurs. Il me paraissait néanmoins intéressant de le publier ici afin d'apporter un brin de critique (justifiée ou non, c'est selon) à tous ces commentaires élogieux qui encensent l'indépendance et la qualité de Médiapart. Si le contenu de cet extrait n'est qu'un ramassis de "rumeurs, amalgames, on-dit, n'importe quoi", les lecteurs sauront sans doute faire la part des choses... "Réfléchissez par vous-même", jugez sur pièces", me dites-vous. C'est justement ce que je m'attache à faire en portant un regard attentif à tous les points de vue qui s'expriment sur un sujet donné, afin d'avoir l'ensemble des éléments nécessaires à une vraie réflexion et construire ainsi ma propre opinion. Je lis tous les jours l'intégralité des articles publiés sur Médiapart.fr et, à part quelques excellentes enquêtes qui sortent des sentiers battus, le contenu du journal diffère assez peu de ce que l'on retrouve dans la presse écrite traditionnelle. Ceci n'est pas une critique, je comprends bien qu'il est quasiment impossible - ne serait-ce que par les moyens humains et financiers dont vous disposez - de publier quotidiennement une vingtaine d'enquêtes poussées sur des sujets de fond, et j'apprécie le travail effectué par votre équipe. Mais je trouve un peu prétentieuse cette ambition d'incarner "une aventure autre, libre et nouvelle, différente et distante", de s'afficher en pionner du journalisme 100% indépendant en comparaison avec les pauvres serfs du capitalisme financier que seraient devenus les médias papier. Oui, Médiapart est un bon site d'informations, mais je pense qu'en toutes chose il faut savoir garder la mesure.

Cher Christophe Guguen, Merci pour votre réponse, posée et mesurée. Et merci d'illustrer le pluralisme du club de Mediapart, dans le respect d'un dialogue de qualité. Toute ambition proclamée peut être jugée, par d'autres, prétentieuse. Mais d'expérience, je préfère cette franchise, fût-elle exaspérante, à l'hypocrisie des ambitions dissimulées, lentement macérées et longuement calculées. Celles-là sont plus dangereuses et moins généreuses. Reste ce que je vous concède volontiers, à savoir que beaucoup d'humour, pas mal de distance et un peu de hauteur, ne font jamais de mal.

j'ai l'impression de voir tirer sur l'ambulance. J'aimerais un réveil moins sombre. je n'essaie pas de trouver dans un journal un prêt à penser, mais simplement des éléments que je ne peux pas trouver seul. j'ai l'impression d'un monde entouré de cellophane, difficile d'accès parce qu'accéléré et en même temps immobile, une toupie qui cache le reste.Comme si ces jouets prenaient toute la place dans les représentations du monde, masquant la réalité, par manque des mots pour la nommer. Je crois que ce phénomène est partagé et qu'il est difficile, aussi pour les journalistes , de travailler, de connaître, d'être assuré que ce qu'on relate est vrai, dans la réalité. Pourquoi seraient ils indemnes de ce qui est à l'oeuvre, soit un monde caché et caché par sa propre représentation. Ce que je vois n'existe pas, mais ce qui existe est juste à côté, une présence que chacun peut percevoir sans en être certain. Aussi , les attaques frontales et personnelles me laissent un goût de cendre, laissant doucement les yeux se fermer devant ce qu'on ne veut pas voir.

Heureux de vous retrouvez chez Médiapart, en effet je vous ai suivi dans certaines de vos escapades radiophoniques car la télé ce n’est pas pour moi. Votre recrutement de qualité vous permet en effet de vaquer à l’intendance. Car attentif comme je vous suppose, vous devez vous être aperçu que même en votre absence, ce fut en tout cas en ce qui me concerne un bonheur de retrouver quotidiennement les articles et les commentaires de votre journal. Voilà, juste pour vous dire tout le bien que je pense de votre aventure, et un énorme merci.

Votre contribution est opportune car elle vient rappeler que ce qui se joue aujourd'hui au Monde c'est bien le résultat à la fois d'un choix "industriel" par la précédente direction mais aussi la confrontation dont le pouvoir de l'argent a besoin pour imposer ses orientations, autant de pièges tendus à la démocratie. Il me semble que votre titre "résister à la presse d'industrie" prend tout son sens car dans les plus divers secteurs, la résistance aux différentes atteintes aux droits ou à la justice s'impose. Pas que nous soyons sous un régime totalitaire qui bafoue les libertés fondamentales, mais parce que nous sommes dans un système qui tous les jours cherche et participe à la "domestication de la démocratie". C'est pour cela que la création de Mediapart me paraît une contribution qui arrive à son heure dont la vitalité sera celle de l'équipe que vous constitué d'ores et déjà et de celle des lecteurs et "blogueurs" que vous avez su susciter. Les critiques ou remarques de christophe guguen, ou d'autres, me semble faire partie de ce pluralisme dont nous sommes nombreux à défendre. Si la charte éditoriale est respectée, en avant la contradiction et avec l'humour dont beaucoup de "blogs" nous gratifient ! Bonne route !

Cher Edwy Plenel, Ravie moi aussi de vous voir reprendre la plume pour autre chose que des strictes questions de maintenance ou d'autopromo de ce site dont j'ai été une des abonnées de la première heure. Et très choquée des attaques ad hominem contre vous que j'ai lues plus haut. Je suis ravie (et très rassurée, ceci en référence à des commentaires suivant un autre papier sur Le Monde et la presse en général il y a quelques semaines) par la solidarité "professionnelle" que vous adressez, vous ainsi que vos collègues de MediaPart, anciens du Monde ou d'ailleurs, aux journalistes en grève de ce journal (comme je l'imagine ceux d'autres journaux, de Libération au Figaro en passant par les Cahiers du cinéma, etc.) et je pense que votre intervention va un peu "assainir" ce débat: ce n'est pas parce que maintenant MediaPart existe que le reste de la presse peut sombrer. Je m'étais indignée (et continue de le faire) par le petit ton "bien-fait-pour-eux" que j'avais pu observer chez certains abonnés tout contents d'avoir un joujou tout neuf (MediaPart) et le peu de, disons, "solidarité sociale" manifestée dans les propos. Lorsque vous dites "Est-il besoin d'ajouter que cette histoire est immensément triste, humainement lamentable et professionnellement désastreuse? Dans l'immédiat, l'essentiel, c'est que des journalistes se battent et résistent...", je pense que vous dites l'essentiel et c'est une bonne chose, qui se révèlera je l'espère contagieuse sur votre lectorat. Par contre, M. Plenel, lorsque vous dites un peu plus haut dans votre papier: "Par peur de l'avenir et, déjà, chantage au dépôt de bilan, deux tiers de la rédaction ont préféré croire les illusoires promesses d'alors dont, aujourd'hui, il ne reste plus rien. Nous n'avons été qu'un gros tiers à dire "non", alors là, pardonnez-moi mais je ne suis plus d'accord... Tout le monde ne s'appelle pas Edwy Plenel, Laurent Mauduit ou François Bonnet, et tout le monde n'avait pas le possibilité de se reclasser, voire même simplement de retomber sur ses pieds. Dans un journal comme partout d'ailleurs, il y a les "grandes plumes", les "stars", les "compétences reconnues" ... et puis il y a les autres, tous les autres, plus ou moins obscurs et sans grade, les soutiers de l'ombre dont la signature ne bouscule pas les foules mais qui, néanmoins, se donnent à leur travail et ne sont pas forcément restés "croyant à d'illusoires promesses", mais parce que plus simplement, ils n'avaient PAS LE CHOIX. Et puis, est-il besoin de vous le rappeler (je suis sûre que non): dans une rédaction, il n'y a pas non plus QUE des journalistes, il y a des personnels techniques, des correcteurs, des photograveurs, des administratifs, etc., et eux non plus n'avaient pas forcément le choix de partir, avec le panache de ce "gros tiers" qui a eu le courage de dire "non". Eux peut-être aussi pensaient NON, mais n'ont pas pu se payer le luxe de faire le geste de claquer la porte. Et eux aussi sont menacés et en grève aujourd'hui. Au Monde, comme ailleurs. A Libé l'an dernier. Au Figaro en ce moment. A France Soir depuis longtemps. Et dans l'ensemble de cette presse écrite qui se meurt. Voilà ce que je voulais vous dire. Pardonnez-moi d'avoir été un peu longue. J'admire, (j'ai toujours admiré) le courage. J'ai toujours détesté l'élitisme, je n'aimerais vraiment pas voir MediaPart tomber ne serait-ce que d'un orteil dedans ! Sincèrement à vous tous car je suis véritablement devenue addict à votre site et lui souhaite longue vie... Signé "Grain de sel" (et non "grain de sable"). Mais peut-être finalement aurais-je dû choisir "poil à gratter" ?

Chère (j'espère ne pas me tromper sur le féminin) grain de sel, Je respecte totalement votre objection sur ce qui fut en jeu lors du vote de 2005. Mais une objection, tout de même : si, à l'inverse, nous avions été une majorité à dire "non", l'histoire n'aurait-elle pas été différente ? Certes, ce n'est que fiction et nous ne pouvons aucunement en garantir l'issue rétrospective. Mais il me paraît évident que la situation de blocage, face à la direction de l'époque, créée par un "non" de la majorité de la Société des rédacteurs aurait ouvert un jeu qui s'est, vous me l'accorderez, fermé depuis. Enfin, tous nos lecteurs ne le savent pas, mais il y eut aussi quelques journalistes qui sont alors partis du "Monde" sans aucune perspective de reclassement, simplement par conviction, pour ne pas cautionner ce qu'ils jugeaient inacceptables. C'est par exemple le cas d'Erich Inciyan ou de Laurent Mauduit qui, après une période de chômage, ont rejoint l'équipe de Mediapart.

Touché-coulé. Même si (honnêtement) je ne comprends pas vraiment la réponse, ni surtout ce qui a pu provoqué sa sévérité. Je n'avais pas l'impression d'objecter , comme vous le dites sur "le vote de 2005" (???), mais simplement de défendre quand même l'honneur de ceux qui sont restés. On va dire : envie de leur témoigner une certaine solidarité même si ceux qui les gouvernaient se sont plantés... Car, pour le reste (et il me semble l'avoir dit aussi dans cette contribution comme dans plein d'autres), je suis totalement d'accord avec Jacques T. : longue vie à MediaPart ! Mais ce n'est apparemment pas cet aspect de mon intervention qui vous a marqué... Je suis sincèrement désolée... (au féminin, vous ne vous êtes pas trompé). Une très bonne soirée !

Cher Edwy Plenel, J'ai commencé à lire le monde en 1969, à 18 ans. J'avais vraiment l'impression de devenir "moins con" quand je l'avais lu, ce qui a duré presque 35 ans. Je retrouve dans Mediapart la même impression. D'accord ou pas, mais des points de vue argumentés, pas de bouillie. Ci dessus, des "contributions" d'officines d'ultra libéraux qui subventionnent des pollueurs professionnels de sites dont nous nous contrefoutons. Je ne vous dirai qu'une chose, je suis HEUREUX de m'être abonné et je pousse tous mes amis à le faire. Bon vent

Cher Jacques T., Eh bien, merci, tout simplement. Ça fait plaisir.

Cher Edwy Plenel, Enfin aujourd'hui après quelques difficultés d'accès au site, j'ai eu le plaisir de lire votre article sur la presse écrite actuelle et votre façon originale de résister aux pressions des chevaliers d'industrie. Il faut être courageux pour tenter une telle expérience mais que disait-on en 68 : - Soyons réalistes, demandons l'impossible J'ai lu les quelques commentaires acerbes de ceux qui ignorent que la contradiction fait partie de la discussion, et que la critique systématique sans la moindre proposition constructive, dessert ceux qui l'emploient C'est le mal de ce siècle qui se veut mondialiste, coulé dans le même moule, sans humour, mou, sans aspérités avec des traits de plume trempées dans un vitriol délayé, un "peu" " pas trop" "juste ce qu'il faut "pour éviter les ennuis. Je suis sûre que je vais retrouver avec vous et toute votre équipe le sérieux, l'éthique, le professionalisme de Beuve Méry, Fauvet, Lazareff, des Maréchal, de Jaurès et tant pis pour les esprits chagrins, je suis très contente de m'être abonnée et j'essaie de convaincre mes proches d'en faire autant. Longue vie à MEDIAPART....

Merci pour cet article. La richesse du débat suscité est impressionnante. Lagardère ou pas, je me demande tout de même ce qui justifie d'avoir autant de simples transcriptions de brèves des agences de presse dans le Monde. C'est l'une des raisons qui m'ont poussé à moins acheter et lire ce journal que j'aimais vraiment.

Salut Camarade Plenel ! Certes camarde anonyme d'un instant , mais instant décisif d'éveil politique: c'était en mai 68 et tu haranguais un peuple de lycéens, invoquant l'Histoire et les trahisons de la révolution des soviets. Cet appel à la révolution se faisait du haut d'une table-barricade dans une enclave française d'enseignement en terre...socialiste (c'était en Algérie !).Voilà pour le clin d'oeil en cette date anniversaire, mais n'en parlons plus puisque du passé faisons table rase, comme nous y invite désormais Camarade Dany. Concernant la nouvelle révolution en cours (toutes proportions gardées) et le combat intellectuel électronique de Mediapart contre la révolution ultra conservatrice politico-financière et morale, il paraît urgent de mettre au point le logiciel qui en garantisse: 1. la prise de hauteur de vue (angles différents,points de vues étrangers, apports intellectuels extra journalistiques...) 2. la rapidité de sélection visuelle des réactions aux articles .Par ex, parmi les 4 thèmes des contributions ci dessus (Le Monde, Plan B, EP, Mediapart) en ce qui me concerne je n'aurais lu que ce qui traitait de Mediapart. 3. la visibilité de la communauté des contributeurs (cf Gwendaël ci dessus à propos de rhizome) Pour le moment on ne peut qu'encourager la nouvelle aventure, comme en 73 ! (Libé...)

"...remettre le journalisme au coeur du défi et construire l'identité de l'entreprise autour des enjeux éditoriaux" "Car la presse d'industrie, c'est (...) l'échange inégal d'un confort contre une dépendance" (sic). Cher Edwy, En deux phrases que j'ai volontairement rapprochées et légèrement écourtées, vous avez tout résumé de façon limpide et incisive.. J'ai toujours approuvé vos choix journalistiques et déontologiques et ce depuis l'affaire du "Rainbow warrior". Oui, assurément, nous avons besoin de ce journalisme là, en ces temps où les hommes de pouvoir (industriels, politiques, financiers, rentiers de tous poils, hommes d'affaires de l'ombre) n'ont aucun intérêt à ce que les choses changent en profondeur pour le meilleur de tous et non celui de quelques uns et donc à ce que l'info soit plus ou moins sous contrôle et où la multiplicité des sources brouillent plus souvent les cartes qu'elles n'éclairent nos lanternes. Il est réconfortant de constater à quel point l'équipe rédactionnelle de Médiapart prend elle même à coeur ce credo qui, par ailleurs, ne peut que donner des ailes à tout journaliste normalement constitué. Sachez que nous sommes partie prenante dans cette aventure exaltante et que, même si nous n'en voyons pas les coulisses dont vous parlez, nous pouvons aisément imaginer que beaucoup de choses restent à mettre en place afin que l'entreprise soit pérenne. Soyez assuré de notre soutien sans faille, tant nous tenons, plus que tout, à être des citoyens responsables, c'est à dire des lecteurs justement informés, bien loin du "buzz" médiatique que certains rêveraient d'ériger en norme d'information. Longue vie donc au contenu éditorial riche de sens et engagé. Encore merci. Bien amicalement. Tiensdonc

Bonjour, j'ai lu et a été adhérent au journal le monde par internet mais au fil du temps celui-ci a perdu de sa superbe. Pour moi Le Jounal "LE MONDE" était synonyme de contre pouvoir ( gauche ou droite ) et d'être sur de lire des articles vérifiés. Je m'aperçois qu'au fil du temps le journal est devenu plus un outil commercial. Je pense que son fondateur ne devait pas le reconnaitre dans son état actuel. Mais j'espère pour la presse écrite qu'il va rebondir et trouvé une ligne éditoriale comme par le passé. Médiapart j'en suis comptent et j'espère que beaucoup d'articles seront encore plus présent dans le futur.

Cher Edwy Plenel L'aventure de Médiapart m'intéresse. D'abord parce que c'est une aventure et que rien, d'avance, n'est joué. Je ne suis pas un lecteur fidèle de journaux et je dirais volontiers comme Marguerite Yourcenar que l'actualité me semble le plus souvent m'éloigner de l'essentiel... mais je garde un réflexe de participation à tout ce qui me semble savoir et vouloir résister aux déversements financiers et publicitaires et de tout ce qui autour de la main invisible du marché construit une légende aussi grotesque, dangereuse et efficace que le fut en son temps le réalisme socialiste. Je suis incapable de lire des polémiques inter journalistiques au-delà des deux premières lignes eet de la conclusion lorsqu'elle se trouve résumé sur la dernière ligne. Congénital! Par contre, je tiens à souligner ce qui m'apparaît pour l'instant comme la principale réussite de Médiapart : les commentaires"à chaud" des articles qui rappellent qu'il existe encore un pays vivant, démocratique, divers, exigeant et qui parfois ne manque pas d'humour. Sans doute quelques aménagements seront nécessaires avant que la quantité ne commence à jouer en défaveur du repérage rapide, en fonction des intérêts personnels de chacun, des contributions sur lesquelles on a envie d'aiguiller son attention. Je ne suis pas de ceux qui rêvent d'un journal sans peur et sans reproche et la virginité des journalistes ne m'émeut pas davantage que celle qui fonde la foi catholique. J'attends d'un journal qu'il sache faire place à des contributions de grande qualité,(comme on aime un poète pour quelques vers qui nous parle) qu'il sache se garder d'être idéologiquement buvard et sensorimétriquement bavard. Le projet m'intéresse et j'en suis! Je prépare une information à mettre dans les boîtes à lettres de mon village, l'aventure mérite à mon avis d'être partagée. Serge K

Cher Edwy Plenel. Je vous écris de La Réunion où j'enseigne les Sciences économiques et sociales dans un lycée. J'observe avec attention les débats qui se sont noués dans la section "Commentaires" et ne peux m'empêcher de penser qu'il s'agit de débats très... "parisiens" (?) ou "intellectuels" (je rassure tout de suite mes lecteurs : je suis normalien agrégé, et n'ai donc aucun problème avec les intellectuels)... Ce que je veux dire par là : beaucoup de commentateurs semblent oublier qu'une immense partie de la population (à commencer par les élèves, du primaire au secondaire, qui forment une proportion non négligeable de la population) est très mal informée, ignorant tout, par exemple, des différences historiques entre Libération et Le figaro, ou se contentant des journaux télévisés comme vecteur de leur appréhension du monde et de ses affaires... J'ai fait des études d'histoire, d'économie et de sociologie (je suis un grand admirateur de la pensée de Pierre Bourdieu et de ses collaborateurs, que je ne reconnais pas nécessairement dans les médias dont il est question dans les commentaires ci-dessus) et ce que j'ai appris m'amène souvent à considérer notre presse et nos médias avec un profond désespoir. Il se trouve simplement que j'aime bien Médiapart, que j'avais envie de vous donner une chance d'exister, en optant pour une formule d'abonnement "soutien", et que j'espère que vous contribuerez à montrer que nombre de citoyens exigent un journalisme aussi peu servile que possible, que l'on soit d'accord ou non avec les positions, variété compréhensible et souhaitable dans nos sociétés. Bonne chance donc et, surtout, ne renoncez pas à la rigueur, à la complexité, à la difficulté. Notre société meurt de la médiocrité et de la simplification, j'en ai bien peur.

Excellente remarque en ce qui concerne les débats parisiens. Tiens, mon frère vit depuis 30 ans à Sainte-Clotilde, à La Réunion, un grand bonjour depuis l'Allemagne à l'océan Indien que j'adore... . Je rebondis sur ce que vous avez écrit : . une immense partie de la population (à commencer par les élèves, du primaire au secondaire, qui forment une proportion non négligeable de la population) est très mal informée . Mediapart ne pourrait-il pas avoir une partie destinée justement à ce public ? Et laisser des enfants écrire dans une partie qui leur serait réservée sur les sujets qui les intéressent et permettre de les amener à découvrir la réalité de ce qu'est qu'être CITOYEN. Informations sur les structures et le fonctionnement de notre vie sociale, sur l'économie, ses rouages et les personnes qui tirent les ficelles en France et dans le monde... toutes sortes d'informations formulées pour ce public et dans le dialogue avec lui pour permettre la PENSEE critique qui manque si cruellement en France. On ne "cultive" pas la critique à l'école française, on apprend à reproduire ce que le "maître" dicte. . Et les medias - surtout la TV qu'ils consomment en grande quantité - ne permettent pas de se former un jugement sain de citoyen, les informations pour cela sont cachées. On jette du pain et des jeux pour que surtout ils ne voient pas ce qui se joue. Car une caste d'environ 100.000 personnes dirige un pays de 64 millions d'habitants, ils possèdent tous les pouvoirs et empêchent systématiquement la VRAIE information de parvenir au grand jour. . La formation du CITOYEN (non pas de l'individu, mais de l'individu dans la société dont il fait partie), tout autant que la recherche de l'information fouillée et argumentée, c'est ce que je souhaite de Mediapart.

Edwy Plenel, vous êtes un homme passionné, ce qui n'est pas si courant, et je voudrais simplement dire un truc tout bête : en vous écoutant vendredi soir sur le plateau de G. Durand, rappeller avec passion le message d'Aymé Cesaire, je me sentais fière d' "appartenir à la communuauté" de Mediapart. Je suppose que les "mauvais coucheurs" qui vous attaquent sont plutôt des passionnels : ce n'est pas du tout la même chose. Le "plan B" - Mediapart - fonctionne à merveille, jusqu'ici : réjouissons nous, sans oublier ceux qui souffrent, il me semble que vous ne dites pas autre chose.

Après tant de commentaires, pertinents ou argumentés, ou intéressants, ou teigneux, pas si facile d’en ajouter un. Je ne vais pas mettre cher edwy, le connais même pas. Les personnes qui peuvent générer un journal, en écrit comme sur internet, ne sont pas si nombreuses. Il faut croire et faire croire, c’est quasi de la foi. Un maelstrom d’énergie, sur peu de choses, et on ne parle pas que de financement. Serge July, cité plus haut, a généré. Erreurs économiques ? Oui. Erreurs politiques ou de pensée ? Oui, oui. Personnes laissées pour mortes au passage ? Oui. Erreurs de « gestion » ? Oui. N’empêche, il fut la colonne vertébrale d’un journal, il en fut l’incarnation, et franchement, de mon point de vue sans doute affectif – après 14 ans de Libé – pas le pire. Avec une équipe, comme on dit. Après quoi, jamais il ne me fut jamais possible d’accepter d’écrire un des ces machins critiques a posteriori, c’est très facile, la critique après-coup, mieux vaut la critique in situ, quand on en a le courage, ou l'envie. Par respect et amitié, aussi, envers ceux qui sont restés, quels que soient leurs motifs. Parce que les « guichets départs » ne sont que tristesse. Cela vaut, bien sûr, pour ceux du Monde , vu qu'ils y sont. Les votes, on le sait reflètent souvent les peurs avant de représenter les désirs. Pour Edwy Plenel, sais pas. Archi-clanique, « terrifiant, jure ! », me dit une amie ( après entrevue au Monde), « sur ses rails », me dit un autre, bref, critiquable on dirait bien..D'accord. Sur les options qu’il a pu soutenir au Monde, je n’ai pas compétence, et c’est regrettable sûrement. Important, certainement. Sur critiquable, je suis au top, tout directeur de journal doit être, ça fait partie de la fonction, critiqué, contesté, remis en question. Et après, il prend des décisions qui sont critiquées, contestées, remises en question. Au Monde, cela pouvait prendre une allure congrès du PS avec alliances et trahisons, à Libération, de même, en plus rustique, une solide bordée d’invectives en prime. La force et l’intérêt de Mediapart, dont le succès pourrait à terme rendre cela ingérable ( faut trouver les solutions, et pitié, le forum n’est que pis aller, la poubelle du débat) c’est d’allier la rigueur de l’information avec cette fenêtre ouverte sur la réaction immédiate du lecteur. Tout journaliste sait qu’il n’y a pas plus embêtant que le lecteur. Le lecteur ratiocine sur le détail, râle , considère que vous n’avez pas pris le bon angle, planétaire, sur la chose, détecte une connivence dont vous n’aviez pas idée, le lecteur est généralement un ami un peu éprouvant. Le lecteur soulève une question, ajoute une information, change la donne, il est indispensable, évidemment. Le lecteur, franchement, si on pouvait le zapper. Sauf qu'il est le noyau dur, qui ne se remplace pas par la pub. Dans l’immédiat, je ne peux pas dire que je « suis d’accord » avec Médiapart, ou "pas d'accord". Jamais été d’accord avec un journal. Jamais été d’accord avec Libération, ni avec le Monde, ce n’est pas ce que je leur demande. M’informer, fonction première, me faire réfléchir, fonction première également. Il y a très longtemps, alors lycéenne, je me suis trouvée dans un jardin du quinzième arrondissement face à Hubert Beuve Méry, dont il est si souvent question. On m’a soufflé : « Le Monde », merci. Dieu, qu’il était vieux ce monsieur. C’était presque l’été, un tilleul odorant, on faisait passer le thé. Sans raison aucune, j’en étais plutôt à « tous pourris, la presse, je me casse et vite »,il m’a attrapé le poignet :« Le combat se nourrit de la rigueur ». Je lui ai repassé le thé, il m’a repassé un surmoi durable. Bonne route, qu'on critique! .

A propos du journal Le Monde et de M.PLENEL : je lis Le Monde depuis l'àge de 14 ans (un héritage paternel), j'ai 53ans, et j'ai souscrit à la Société Des Lecteurs (SDL) dès sa création et ensuite à son augmentation de capital. A l'époque dèjà Le Monde était au bord de la faillite. Le Monde s'est véritablement entiché d'un incapable notoire, M.Minc, dont on connaît les "réussites" industrielles . Au sein de la SDL j'ai systématiquement voté contre le renouvellement de son mandat ; malheureusement, nous étions très peu nombreux et le fossoyeur (M.Minc) était réélu à chaque fois haut la main ...Quant à M.PLENEL, je n'ai pas toujours apprécié ses éditoriaux dans Le Monde, notamment lors de l'affaire Roland DUMAS. M.PLENEL à qui j'en avais fait part avait nié que les éditoriaux soient majoritairement de sa plume alors que dans le PV de l'AG de la SDL (25.04.1998) il était bien écrit que l'éditorial "est souvent rédigé par Edwy PLENEL". Aujourd'hui je suis désolé, catastrophé par la situation du Monde et je me réjouis de la création de Médiapart ; je continue et continuerai à rester abonné au Monde et j'ai souscrit à Médiapart. Bon vent à tous les deux !

Cher M. Théodule, bravo de votre intervention. "Aujourd'hui je suis désolé, catastrophé par la situation du Monde et je me réjouis de la création de Médiapart ; je continue et continuerai à rester abonné au Monde et j'ai souscrit à Médiapart. Bon vent à tous les deux !". C'est exactement ce que j'ai essayé de dire plus haut mais avec nettement moins de clarté que vous. Je pense absolument que l'un n'exclue pas l'autre. Il faudrait que tout ça puisse cohabiter sans rancoeur ni esprit de concurrence mal placés. Et bravo aussi à Dominique Conil (dont j'avais adoré le Billet 1et attnds avec impatience le billet 2) pour dire toute l'horreur des guichets de départs,où qu'ils soient, et encore plus lorsqu'ils sont contraints. Parce qu'on avait sûrement mis de la conscience sociale dans le biberon dont j'ai été nourrie il y a plus de 50 ans (les chiens ne font pas des chats et réciproquement), je ne peux me résigner à toute absence de solidarité avec un personnel menacé, quel qu'il soit. Même le personnel d'un journal, aussi peu neutre soit l'entreprise qui l'emploie dans l'esprit de ses lecteurs ou de ses ex-lecteurs (de ses futurs lecteurs, on ne parlera même pas). Je trouve le combat que mènent aujourd'hui les personnels du Monde, comme celui de Libération l'an dernier, du Figaro il y a quelques semaines, comme celui de ceux de Miko, de Dacia ou de Gandrange, exemplaires car ce sont eux qui vont faire les frais d'erreurs de gestion à répétition, de crises de "gouvernance" (le mot à la mode), de politiques de primes ou de parachutes dorés, dont ils ne peuvent en aucun cas être considérés comme comptables. Et qu'eux n'ont en aucun cas failli. Comme vous, Theodule, je continuerai à lire Libération, Le Monde, parfois même d'autres journaux et même des gratuits... continuerai à regarder les JT, et resterai abonnée à MediaPart. Et comme vous, Dominique, je ne ressentirai jamais le besoin d'"être d'accord" avec tel ou tel journal, mais je continuerai de lire et picorer ça et là l'information pour en faire au final mon propre miel... Longue vie à tous. Et surtout à la démocratie !

après la lecture de votre article, qui laisse percevoir votre souffrance, légitime et profonde, il faut se souvenir que les esprits libres sont aussi indépendants, y comprit par rapport aux grandes aventures de la liberté dont fait partie le journal "Le Monde". Les grandes figures philosophiques ou littéraires de notre Histoire sont là pour nous le rappeler. En ce qui concerne "nos moyens citoyens" face à l'industrie de la presse, nous devons aussi nous souvenir que ni Luther devant l'Eglise, ni Lénine devant le Tsar , ni Churchill devant Hitler, ou bien encore nos aieux lorsqu'ils construisirent la Sécurité Sociale...n'avaient les moyens de leurs ambitions... alors gageons que les partisans de la liberté vous (nous) rejoignent de plus en plus nombreux...dans cette belle aventure de la liberté.

Lecteur du Monde depuis plus de 40 ans.......pas toujours d'accord avec la ligne éditoriale de la fin de la période E.Plenel,je soutiens malgré tout à fond Mediapart,expérience unique. J'en parle autour de moi,mais n'oublie pas de soutenir Le Monde et Libération. Bon vent !

Cher Edwy Plenel, à vous lire, il me semble que vous êtes un homme passionné, une qualité mise à rude épreuve aujourd'hui. En ce qui me concerne, je m'éloigne de plus en plus des journaux classiques à cause de leur manque de pertinence et d'information (qui forcent à réfléchir). un des lecteurs écrivait plus haut qu'autrefois la lecture du monde lui donnait l'impression d'être plus intelligent ; maintenant, on n'a plus vraiment cette sensation, et encore moins lorsque l'on jette un coup d'oeil aux gratuits distribués à grand renfort dans les transports. J'ai l'impression que les journaux nationaux (et aussi la radio) essaient de concurrencer 20 Minutes plutôt que faire du vrai journalisme. Il faut dire qu'ils sont tous soumis à la dure loi d'un propriétaire industriel. Je pense que ces journaux et leur conformisme éditorial sont indignes du pays des libertés et des lumières. depuis un mois que je suis abonné à Médiapart, je retrouve le plaisir de lire des articles constructifs, détaillés. Bonne continuation dans cette voie.

bonjour edwy plenel, peut-être que la pression quotidienne vous a empêché de répondre à mon propos du 19 avril, posté ci-dessus et pourtant j'aimerai bien profiter de votre réponse. le sujet est éternel et mérite d'être abondé régulièrement. cordialement. fanch

Cher Fanch, Pardon pour cette réponse tardive. Votre question concernait la reprise du dessin de Plantu. En fait, c'est simplement un clin d'œil dont j'ai eu l'idée, en me souvenant de ce dessin, après avoir commencé ce blog par une explication du logo de Mediapart, ce crieur de journaux dessiné web 2.0. J'ai donc simplement demandé l'autorisation gracieuse à Plantu de citer son dessin en le reproduisant une fois sur mon blog. Il me l'a accordé sans problème. Et j'ai pensé que c'était une façon confraternelle de faire lien, d'un crieur de journaux à l'autre, entre l'aventure que nous commençons ici à Mediapart et celle que vivent les journalistes du "Monde", dont je laisse à d'autres le soin de dire si elle se termine ou si elle se prolonge. Bref, c'est donc une citation, comme celle d'un texte, d'un livre ou d'un poème, et cela n'a rien à voir avec une politique graphique de Mediapart.

Merci Edwy pour votre réponse que je découvre … aujourd'hui. C'est clair, confraternel et sain de l'avoir précisé.

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