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Jeudi soir, je suis tombée amoureuse de René Fregni
Rencontre littéraire dans ma librairie préférée. René Frégni vient présenter son dernier livre : «La fiancée des corbeaux». René Frégni est né le 8 juillet 1947 à Marseille. Un parcours un peu chaotique, entre fuite de l'armée et travail pour survivre et écrire. Il fait divers boulots, notamment infirmier dans un hôpital psy, où son plaisir est tous les soirs de raconter dans le journal de bord, et d'une manière humoristique, tous les évènements qui se déroulent pendant sa journée de garde. Particulièrement destiné aux trois infirmières de nuit qu'il sait séduire par son humour, ses mots et sa manière de raconter.
Il anime depuis de nombreuses années des ateliers d'écriture à la prison des Baumettes et celle d'Aix en Provence.
Il collectionne les prix :
1989 prix Populiste pour "Les chemins noirs"
1992 prix spécial du jury du levant et le prix Cino del Luca pour "Les nuits d'Alice"
1998 prix Paul Léautaud pour "Elle danse dans le noir"
2001 prix Antigone pour "On ne s'endort jamais seul".
Pour ma part, je ne vais pas vous en parler de son livre, pour la bonne raison que je ne l'ai pas encore lu.
Je vais me contenter de raconter l'impression que donne cet écrivain hors normes, tout en charme, en intelligence et en finesse.
Sa silhouette d'adolescent, en jean et baskets, appuyée nonchalamment contre la table mise à sa disposition par la librairie, il nous fait signe d'approcher. Il y a peu de monde, mais c'est normal. C'est un soir de semaine, et il est encore tôt.
Et là, il se raconte. Yeux dans les yeux.
La vie lui apporte comme toujours la passion, la saveur et l'imagination qu'il transcrit ensuite dans ses romans.
Pour ce nouveau roman,"la fiancée des corbeaux", René se retrouve seul à Manosque. Sa fille, avec qui il vit depuis qu'elle est petite, prend son envol pour Montpellier. Et le voilà avec du temps de libre, et un autre regard sur la vie, puisque le rythme a changé.
Alors il dessine, écrit, se fait artisan des mots, juste avec des cahiers et un stylo.
Ce roman naît de rencontres avec des personnages réels et passionnants. Il y a cet homme, Lili, qu'il retrouve dans la forêt, qui toute sa vie a planté des arbres, et perd la mémoire inexorablement. Ils mangent des noix et des figues ensemble, et Lili ne sait plus ce qu'est une noix...
Il y a ce « voyou » qui a passé 27 longues années derrière les barreaux, et qui veut de l'aide pour écrire sa vie. Il y a les corps, aperçus de la fenêtre, de ces jeunes gens impudiques, laissant les rideaux ouverts, offerts au regard de l'écrivain. Et il y a le plus joli des personnages, Isabelle, la propre fille de l'homme sans mémoire, institutrice de petite section, qui est si belle que même les corbeaux la suivent et attendent qu'elle sorte de l'école pour l'accompagner jusqu'à la maison.
René Frégni avoue sa passion pour les femmes. Un beau visage de femme l'apaise, le calme.
Il ressent intimement le silence, la paix et la sérénité.
Et le besoin s'en fait sentir.
Dans ses visites aux détenus, René se rend compte de la potentialité de ces hommes enfermés, pour qui l'écriture semble une planche de salut. Les détenus lui parlent, s'expriment avec des mots simples mais touchants :
J’avais oublié toutes les odeurs, un jour j’ai écrit par hasard le mot figuier, le mot septembre et brusquement tout est remonté : l’herbe mouillée des matins d’automne, la brume qui accompagne une rivière, le bruit de l’eau, celui des chiens de chasse, la saveur extraordinaire d’une figue encore couverte de rosée… »
Des amitiés naissent. L'un deux lui propose un partenariat dans un restaurant à sa libération. Malheureusement l'histoire se finit mal. Son partenaire plonge de nouveau dans le grand banditisme et René Fregni est soupçonné de complicité. Sa vie va basculer, par la faute de l'obsession, de l'obstination et de l'abus de pouvoir d'un juge. Gardes-à-vue, perquisitions, cavalcades de flics dans ses escaliers, pleurs de sa fille, vont faire naître le roman Tu tomberas avec la nuit, dans lequel l'écrivain "tue" le juge avec sa plume.
La femme, pour lui, représente un peu sa mère. Lorsque celle-ci s'en est allée, un roman noir était en préparation.
Devant le drame de la mort, il lui était impossible de continuer ce qui lui semblait un livre sans raison. Alors, il s'est levé toutes les nuits, avec ses cahiers, et a commencé à parler à sa mère et à écrire par sa voix. De là est né Danse dans le noir.
Cet homme est magicien. Il sait parler de Giono, de femmes, de romans noirs, de polars comme personne. Il transmet par son regard, par son sourire, par sa voix et ses mots, une telle sérénité, que l'on ne peut pas être autrement qu'amoureuse.



Tous les commentaires
Témoignage émouvant : je le lis comme le récit d'une "rencontre".
Vous partagez bien. Merci.
Là, tu es vraiment tombée amoureuse. Il y a des mots qui ne trompent pas. On sent que tu l'attendais.
Récit puissant. Merci elisa.
Chut Jonas, il ne faut pas que mon amoureux breton t'entende...
Oui, vraiment.
Il y a juste ceci qui me laisse perplexe : "Sa silhouette d'adolescent, en jean et baskets"... Est-ce à dire que ce détail participe du charme de René ?...
Non, il n'a pas besoin de ce charme supplémentaire. C'est juste une remarque, il n'est pas rondouillard quoi !
Mystere d'une rencontre ?
Comme il est etrange de constater qu'en quelques minutes , d'un regard , de quelques mots echangés ,
un Etre peut vous subjuguer , ou bien vous degouter .
Celà nous est certainement commun , à toutes et tous ,
parfois celui que l'on croyez "grand "s'avere "bien petit"
et inversement .
(celà dans la realité ! Alors dans le virtuel ? )
(temoignage d'une personne ayant eut l'occasion de cotoyer quelques ecrivains ,en tant que libraire .
Valable evidemment en toute autre circontance et metier )
Merci à vous, elisa de nous relater cette merveilleuse rencontre .
Vous l'ecrivez avec tellement de sincerité , que l'on doit
croire cet homme , honnete .
Ceci dit le "mystere" reste entier .
"parceque c'etait lui , parceque c'etait moi " ???
Elisa, pour parler si simplement et tendrement d'un homme,il faut être amoureuse et avoir du talent,le talent je savais,amoureuse ça m'énerve ,pour une fois que j'en avais repéré un de mon âge(vu à la télé pour ce livre),vous l'avez dèja pesé enveloppé dans vôtre filtre d'amour sur cette toile. Il vous faut donc tout , la Provence,le plaisir d'y vivre , de la raconter et maintenant le prince charmeur -charmé en son royaume! Je sens que je vais demander une filature à mes amis Aixois .J'avais bien quelques soupçons,là c'était dèja vous,n'est -ce pas?
http://www.youtube.com/watch?v=O11yNxrG6SU
Bonjour Saine Colère, vous êtes toujours libraire ? Vous avez le plus beau et le plus passionnant des métiers...
C'est sûrement parce que c'était lui, mais non, je n'ai pas la prétention de dire parce que c'était moi...
Et j'ai le secret de la dédicace qu'il m'a faite
Non elisa , je suis maintenant à la retraite , un an de plus que votre "amoureux "provençal.
Pour vous dire egalement que le metier de libraire a bien perdu de son attrait .
Que les veritables libraires sont de plus en plus rares et
qu'apparament vous avez la chance d'en connaitre UN ,
sensible à la qualité d'un texte .
J'aime beaucoup votre clin d'oeil , il semble en laisser deviner beaucoup . "coquine ".
J'aime vos billets , ils sont de ceux qui nous laissent un grand espace pour respirer hors de la pollution .
Pour tout dire , c'est pour quelques personnes comme vous que je ne quitte pas ce site .
Bien à vous , à bientôt .
Merci Saine colère, je suis touchée
J'aurais rêvé de travailler dans une librairie. Je crois que j'y aurais aussi passé mes nuits. Vivre parmi les livres, quelle extraordinaire aventure !
Il y a encore quelques vraies librairies et celle dont je parle se situe à Martigues.
Il est impossible d'y rentrer sans acheter. Du moins, moi. Tout est mis en valeur, et leur engagement fait vraiment plaisir à voir.
Comme Espoir, Elisa, suis un peu jaloux ! Tout ça pour toi toute seule, la Provence, le Pastis, la lavande, Giono, Pagnol et maintenant ce Frégni que sans vous nous n'aurions rencontré que plus tard...ça fait beaucoup pour une seule personne. Ta seule excuse , mais elle est incontournable, c'est que tu es vraiment amoureuse, à tout le moins "sous le charme".
Merci pour cette introduction.( may I introduce my friend René Frégni to you ?)
@ Patrick, tu peux supprimer le pastis de ta liste... Tu connais mes goûts
Et oui, sous le charme incontestable de ce personnage. Et je vous invite tous à ouvrir un de ses livres, n'importe lequel, et vous laisser entrainer dans un tourbillon de sensations intenses de tendresse, de passion, de joie, de plaisir, d'érotisme, d'amour.
Je l'aime vraiment très beaucoup...
@ Espoir, je dois le revoir au mois de septembre, au salon du livre de Fuveau. Si vous voulez vous joindre à moi...
« ... un jour j’ai écrit par hasard le mot figuier, le mot septembre et brusquement tout est remonté : l’herbe mouillée des matins d’automne, la brume qui accompagne une rivière, le bruit de l’eau, celui des chiens de chasse, la saveur extraordinaire d’une figue encore couverte de rosée… »
Rien que pour ça, Elisa, je pense qu'il faudra que tu le partages un peu avec moi....
Mais tu auras un avantage, celui de l'antériorité ! C'est grâce à toi que je l'aurai rencontré ! 
Alors Grain, je serais heureuse, parce qu'ouvrir un de ses livres, c'est faire un pas dans l'humanité. Tu sais, la vraie, celle qui vit, celle qui aime, celle qui souffre, celle qui espère.
«Avais-je été plus heureux ? Y avait-il d'un bout à l'autre de la terre homme plus comblé ? Je roulais vers la frontière et il n'y avait plus qu'une chose dans l'immensité de l'univers, une seule et unique chose sous l'infinie limaille d'étoiles : l'amour de Mina ! Tout le reste avait disparu, Pierre, Juliette, mes amis d'autrefois, les idées auxquelles j'avais pu croire un instant, tout le froid de ma solitude, les gens heureux, ceux qui n'en peuvent plus, les seaux de sang à la face du monde, la bombe quelque part sur nous entre les dents de Dieu. Tous les bébés qui plantent dans la vie, en cette seconde, leur premier braillement parce que d'autres s'engagent à jamais dans les couloirs de la nuit.»
La tendresse des loups. René Frégni
"et il n'y avait plus
qu'une chose dans l'immensité de l'univers, une seule et unique chose
sous l'infinie limaille d'étoiles : l'amour de Mina ! Tout le reste..."
C'est vraiment tout ce qui réduit le destin humain au dérisoire et au sublime.
Merci Elisa ,RV en Septembre,mais rassurez vous ,ou inquietez vous ,c'est selon,ce sera plus pour rencontrer l'envoûtée du Garlaban, que le beau René,ce qui est pris et bien pris n'est plus à conquérir!
Le rendez-vous est pris, Espoir ! je prépare la chambre d'amis et je fais une pleine soupière de soupe au pistou, d'accord ?
Je vous prends au mot(cela c'est fait depuis un moment) et j'arrive avec mes bouteilles. A très bientôt,merci!
J'avais oublié un détail, la photo
Trop beau papi,j'en' Frégni' d'avance!
Hey, les filles...on se croirait sur Meetic... enfin, à ce qu'on m'en a dit !
Patrick ta dernière phrase fait pas sérieux du tout du tout...
HO , espoir .
Vite les sels !!!!!!!
Merci pour cette présentation. Toujours bien d'avoir un avis sur des livres ou auteurs par ceux qui n'en font pas profession et qui donc payent leurs lectures... Ce qui change tout.
Nous, on vous lit gratis, Sokolo, et vous aussi, on vous partage parmi nos auteurs préférés.....
Pareil que Grain, Sokolo.
Effectivement , sans commentaire et souvent en oubliant de recommander.
Honte à moi !
Merci à vous .
Autant pour moi aussi ,comme saine colère,Merci Sokolo!
Pour ne pas refaire un billet sur René Frégni, je rajoute juste un petit commentaire pour résumer un de ses livres que j'ai achetés :
On ne s'endort jamais seul.
Antoine est facteur. Il vit seul avec sa fille Marie, qu'il récupère tous les soirs à cinq heures à la sortie de l'école. Marie, sept ans, lui saute dans les bras et c'est pour lui le plus joli moment de sa journée.
Jusqu'à ce 10 mai, ou il a 1/4 d'heure de retard. Marie est introuvable, Marie a disparu. Marie a été kidnappée.
C'est la descente aux enfers pour Antoine. Personne n'arrive plus à contrôler sa chute dans un puits de détresse et de violence.
Le suspense et l'émotion font la réussite de ce roman noir.
Quelques phrases prises sur le vif, entre deux paragraphes, pour donner le ton et surtout la facilité des mots de René Frégni.
Il la trouvait plus belle et malicieuse que le jour et la nuit réunis
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Pendant un mois il marcha sous le soleil, la nuit, le vent, et son visage devint gris, son jean devint gris, ses pieds aussi, gris comme la poussière des milliers de trottoir, d'escaliers, de jardins publics qu'il foulait harassé de détresse sous des ciels pleins de feu ou d'orages.
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Si je ne voyais que son pied, je le reconnaîtrais, je reconnaîtrais son souffle. Il y a sept ans que je la regarde vivre et que je l'écoute dormir
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Elle se retira sur la pointe des pieds, aussi silencieuse qu'un sourire.
Seigneur, Elisa, tu peux lire des phrases comme ça sans pleurer ?
Suis pas trop pleureuse... Mais amoureuse, encore plus
elisa , Merci .
C'est beau comme du ........ Frégni .
Je partage l'emotion de grain de sel .
Merci de ce partage .
Bonjour Saine colère, les mots de René Frégni sont magiques. Lire un passage, comme ça, au hasard, de l'un de ses livres, même sans connaître l'histoire, et vous vous accrochez, sans plus jamais lâcher
Bonne journée
Mouais... un vrai séducteur, ça c'est vrai... mais qui a surtout puisé son imagination dans le récit des autres, de ses ateliers d'écritures aux Baumettes qui lui ont valu une relation assez ambigue avec la maffia locale. Un type qui sait écrire, certes, il n'a eu que ça à faire pendant des années, mais pas vraiment un type qui a des choses à dire et qui peut véhiculer des valeurs humaines sauf si ça peut lui rapporter... Mesdames, suffit-il de vous sortir quelques belles phrases pour vous séduire autant ? :p
A mon avis, vous n'avez pas du ou su lire grand chose de lui. Soyez déjà humain comme il l'est, puis on en reparlera. Non, nous ne nous laissons pas séduire par quelques mots, juste par la valeur de l'être que nous rencontrons. Et ils sont peu nombreux. Ceci dit, merci d'être passé sur ce vieux fil.
Merci Elisa de partager avec nous cette rencontre !
Je suis conquise... encore un bouquin sur ma liste...
Le planteur d'arbres m'a fait penser à Giono, et Giono est évoqué à la fin.
Alors, cadeau :
L'homme qui plantait des arbres, lu par Philippe Noiret:
Je suis surprise de revoir ce vieux billet
merci Zane pour la vidéo !
Cette rencontre reste un moment dont je me souviendrai. Et je l'ai revu au salon du livre à Fuveau, en septembre 2011. Et il m'a reconnue :-)))
Si tu as l'occasion, je te conseille tous ses livres et surtout "la tendresse des loups", "on ne s'endort jamais seul" et "maudit le jour" des livres à couper le souffle.
Quelle surprise effectivement !
Je m'etais promis de me procurer un de ses ouvrages .
Voilà un an ...... et voilà une salutaire piqure de rappel
Cette fois j'imprime .
Et pour toi Elisa , en ce 1 Mai 2012 , un bisou en prime .
Merci Saine Colère, j'espère que nous fêterons la victoire dimanche soir.
Pour toi :
Merci , grand merci .
DIMANCHE ? HA !!! DIMANCHE .
Puissent toutes les Dieux , t'entendre .
Même celui des athés !!!!