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Laïcité négative: une islamophobie sans voile

Si, pour faire place aux "racines chrétiennes" de la France, Nicolas Sarkozy parle de "laïcité positive", l'UMP ne devrait-elle pas rebaptiser son "débat" sur l'islam, qui traite en fait de "laïcité négative"?

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La question s’est posée, pour le « petit débat » de l’UMP sur la laïcité et l’islam, comme naguère au moment du « grand débat » gouvernemental sur l’identité nationale : pour le critiquer, faut-il y participer, au risque d’être pris à son piège ? ou bien vaut-il mieux le refuser, au risque d’abandonner le terrain ? Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’un débat dont les conclusions sont connues d’avance – à l’instar des 26 propositions rendues publiques la veille par le secrétaire général du parti?

 

Le contre-débat qu’avec Esther Benbassa et Mediapart nous avons organisé à la Maison des métallos, à la veille du 5 avril, permet d’échapper à cette alternative. En effet, il ne s’agit pas d’aller porter la contradiction à la majorité présidentielle, en répondant à ses contre-vérités par des vérités sur l’islam ou la laïcité. En revanche, on peut renverser la perspective. C’est ce qu’avec le collectif « Cette France-là » nous essayons de faire sur un autre terrain. Et si l’on substituait, au « problème de l’immigration », un autre « problème » : la politique d’immigration ?

 

C’est ce qu’on peut faire aussi à propos de l’islam, qui est l’autre figure de cette rhétorique sarkozyenne (ou le second poumon, vous dis-je…). Non pas discuter de l’islam, ni davantage de la laïcité, mais prendre pour objet le discours politique qui les prend pour objets. On peut alors proposer un autre cadrage. Et si l’on replaçait le débat actuel dans l’ensemble des discours de la Sarkozye sur la laïcité et la religion, sur l’identité nationale et tous ses « Autres » racialisés ? Bref, que font, politiquement, ces « débats » qui n’en sont pas ?

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On s’en souvient peut-être : après le discours de Grenoble, et en pleine chasse aux Roms, Hervé Morin, alors ministre de la Défense, donnait lecture du « texto d’un ami musulman ». C’était le 29 août 2010, à l’occasion de l’université d’été du Nouveau Centre qu’il préside : « Après cinquante ans de bons et loyaux services, c’est avec beaucoup d’émotion, mais il est vrai avec un certain soulagement, que les Français d’origine maghrébine, ainsi que moi-même, sommes très fiers de passer officiellement le relais aux Roms, comme boucs émissaires et responsables de tous les maux de la France. J’espère qu’ils seront et resteront dignes de cet héritage prestigieux. Bon courage à eux ! »

 

En fait, ce n’était qu’un au revoir : la droite gouvernementale n’en a pas fini avec ses « amis musulmans ». Sous Nicolas Sarkozy, un bouc émissaire ne chasse pas l’autre – bien au contraire. Le ballet de la stigmatisation continue sans fin. Pour préparer le débat qu’organise son parti sur la laïcité, Jean-François Copé publie, le 29 mars, une « lettre à un ami musulman ». Certains de mes meilleurs amis sont musulmans, dit ainsi la droite : dès lors, qui oserait parler d’islamophobie ? Le secrétaire général de l’UMP s’adresse à un ami fictif, auquel il feint de donner la parole : « Hier, vous m’avez dit votre perplexité à l’égard de ce ‘fichu débat’ – ce sont vos mots – que l’UMP a lancé sur la laïcité. » « Fichu débat » ? Ou nouveau débat sur le fichu ? Pourquoi ces mots ? L’inconscient politique, ça parle – et d’abord quand on fait parler les « autres ».

 

De fait, avec la droite sarkozyenne, le langage est de plus en plus clair. On se souvient de l’humour auvergnat de Brice Hortefeux : « Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en beaucoup qu’il y a des problèmes. » Cette plaisanterie du 5 septembre 2009, lors de l’université d’été des jeunes de l’UMP à Seignosse, lui a valu une condamnation pour injure à caractère racial. De qui parlait-il ? « C’est notre petit Arabe », disait une militante lors de cet échange. Et de préciser : « Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière. » Autrement dit, le bon Arabe n’est pas musulman ; il est même invité à participer aux apéros saucisson et pinard, aux côtés de Riposte laïque.

 

Lundi 4 avril, Claude Guéant, qui a succédé à Brice Hortefeux au ministère de l’intérieur, déclare pour anticiper sur le débat du lendemain : « Le problème est très important. » Certes, « la laïcité est un principe protecteur de la liberté de conscience. » Mais quel est le problème ? Parmi « nos concitoyens », selon ce ministre à l’écoute de la nation, « nombreux sont ceux qui pensent qu’il y a des entorses à la laïcité. » Mais il ne s’arrête pas à ce constat. Comme son prédécesseur, il propose un diagnostic fondé sur le nombre. « En 1905, il y avait très peu de musulmans en France, aujourd’hui, il y en a entre 5 et 6 millions. » Or « cet accroissement du nombre de fidèles et un certain nombre de comportements posent problème. » Autrement dit, point trop n’en faut.

 

On ne sait si Claude Guéant sera poursuivi, moins encore condamné. On sait en tout cas qu’il ne plaisante pas. Sa politique du chiffre dit bien la vérité du débat du 5 avril : la laïcité, c’est l’islam. Et l’islam est un problème. Bas les masques ! C’en est fini des euphémisations démocratiques. Au moment même où le Front national reprend à son compte des justifications féministes, comme pour le voile ou la burqa, le ministre de l’intérieur renonce à s’en embarrasser. Il s’agit bien de défendre l’identité nationale contre l’islam. Désormais, les choses sont donc claires : c’est l’islamophobie sans voile.

* * *

 

Risquons un paradoxe : il convient de se réjouir de cette clarté nouvelle. En effet, la dérive lepéniste sans fin du sarkozysme libère la laïcité de son instrumentalisation raciste et xénophobe : les défenseurs authentiques de cette valeur républicaine ne peuvent plus l’ignorer. Ils sont condamnés à s’en démarquer, comme les féministes à prendre leurs distances avec Riposte laïque, sous peine de se voir taxer d’hypocrisie. Car la laïcité dont parle l’UMP ne saurait se parer de neutralité. Chacun l’a bien compris, elle n’a plus rien à voir avec un principe universel ; elle se réduit à une rhétorique partisane.

 

Pour plus de clarté, il importe donc de qualifier le substantif. C’est ce qu’avait déjà fait Nicolas Sarkozy, dans l’autre sens, en parlant à Rome, le 20 décembre 2007, de « laïcité positive » – un terme que Benoît XVI reprendra à son compte en lui rendant visite à Paris, le 12 septembre 2008. Dans ce discours du Latran, où le prêtre l’emportait sur l’instituteur, le président de la République entreprenait de réconcilier la laïcité et l’héritage chrétien, soit de « tenir ensemble les deux bouts de la chaîne : assumer les racines chrétiennes de la France, et même les valoriser, tout en défendant la laïcité, enfin parvenue à maturité. » C’est en ce sens qu’il concluait : « j’appelle de mes vœux l’avènement d’une laïcité positive, c’est-à-dire d’une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. »

 

Dans le discours présidentiel, la « laïcité positive » renvoie donc aux racines chrétiennes. Comme l’a rappelé le président dans son discours du 3 mars, « la chrétienté nous a laissé un magnifique héritage de civilisation et de culture : les présidents d’une République laïque. » L’ironie de la formule, volontaire ou non, apparaît pleinement dans la phrase de conclusion : « ici, au Puy-en-Velay, peut-être un peu plus qu’ailleurs, il est évident que la France a aussi une âme. » Bref, si la laïcité, c’est tantôt l’islam, et tantôt le christianisme, pour éviter de mettre sur le même plan les deux religions, soit (selon les termes du président de la République) « ceux qui arrivent » et « ceux qui accueillent », un qualificatif s’imposerait désormais : si, pour faire place à l’héritage chrétien, elle est dite positive, en toute logique, l’UMP de Nicolas Sarkozy ne devrait-elle pas parler, contre l’islam, de « laïcité négative » ?

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Voir également, outre le compte rendu de ce contre-débat, l'introduction d'Esther Benbassa, et les interventions de Jocelyne Dakhlia, Nilüfer Göle et Franck Fregosi.

Tous les commentaires

La laïcité, négative? positive? Quelle bêtise, n'oubliez surtout pas que nous ne la devons pas à des gentils chrétiens, la laïcité mais à de rares anticléricaux qui ont risqué leur vie!!! Sans eux, les calotins nous enseigneraient encore la vérité de leur bouquin débile!

femmes voilées ou bonnes soeurs mêmes conneries.... les bonnes soeurs au vatican et les voilées à la mecque, et qu'on nous foute la paix avec ces fadaises!

ne pas confondre raisonner et résonner! vous me faites penser à un tambour monsieur ounsiabi

oui, il faudrait pas pousser pépère dans les hosties...

J-Michel Paris a raison de nous rappeler que la laïcité n'est certes pas l'œuvre du clergé. Mais elle n'est pas davantage le renvoi des cornettes à Rome ni des voiles à la Mecque, au contraire. Elle est le pari vivant d'une société où chacun peut affirmer sa foi dans une religion, ou la taire, ou affirmer son irréligion ou la taire. Dans une société laïque vous pouvez pratiquer une religion et vous engager simultanément dans un combat politique ou syndical sans avoir à vous définir en priorité dans une dimension ou une autre.


C'est un mauvais service à rendre à la laïcité que de jeter l'anathème sur les religions, ou de les renvoyer avec mépris dos à dos.


Ce ne sont pas les religions qui menacent la laïcité, puisqu'elles ont objectivement intérêt à la liberté religieuse dont seule la laïcité est garante. Ce qui menace la laïcité, c'est l'instrumentation de la religion à des fins politiques : Le Pen et Jeanne d'Arc, Sarkozy et son prêtre que ne remplace pas l'instituteur, ainsi que le déni des Lumières par l'invocation de « racines chrétiennes de la France ».


Cette laïcité négative lancée par l'UMP et son président auront pour effet positif de créer les conditions objectives d'une alliance entre celui qui croit au ciel et celui qui n'y croit pas contre ceux qui voudraient les précipiter l'un contre l'autre.


Celle alliance porte un nom : LUTTE DES CLASSES.

 

Eric 111

Faut pas naïvement refaire l'histoire.

Le combat laïc depuis Diderot jusqu'à la 3ème République des Gambetta, Combes et Clémenceau, (en n'oubliant pas Marat, Buonarroti, Blanqui, etc...) c'est avant tout une guerre d'émancipation contre la religion, et plus particulièrement l'église catholique (qui encore aujourd'hui a des privilèges scandaleux).

En 1905 les anticléricaux qui n'étaient pas des imbéciles, ont compris que des gens ont besoin de vivre d'illusions, et ont donc été plus tolérants que 1900 ans de christianisme criminel. Par humanisme!

Informez-vous avant de répéter les analyses lénifiantes des gentils cathos d'aujourd'hui.

D’accord avec vous, Mr Paris, sur l’ensemble si l’on tient les églises pour des institutions monoblocs lesquelles sont toujours dominées par un courant qui joue avec les pouvoirs dominants. De la sorte le christianisme est monstrueux par amalgame avec le catholicisme et le chrétien aussi dont on ignore les apports positifs ( on oublie les courants minoritaires très forts comme le catholicisme libéral du 19° ou la théologie des révolutions ou les réformes évangéliques du moyen âge pour libérer l’institution, ainsi que les actes individuels humanitaires. En réalité , depuis Constantin, les pouvoirs se sont autant servi des églises que les églises des pouvoirs ( eg, conquête du midi lettré par les ferrailleurs du nord sous prétexte de catharisme)

Le mérite de la laïcité est de reléguer le religieux à la sphère privée, au grand dam des intégristes de tous bords. C’est la condition pour éviter de baser la coexistence sur la haine et d’aboutir à des Saint Barthélemy physiques ou morales impulsées par les uns ou les autre. On doit pouvoir au 21° siècle porter un regard plus serein sur l’histoire corrigée des anachronismes sommaires, et qui n’en sera pas moins ferme car la laïcité, même si elle fut imposée par la force, ce qui était indispensable, est condition de paix et d’apurement du sentiment religieux qui reste une donnée de base de l’humain. Foin du Vatican ou du Dalaï Lama, nous nous avons des concitoyens dont nous respectons la vie privée et le passé ( trouble et ambiguë pour chacun d’entre nous, même pour les lumières) tant qu’ils se comportent en citoyens.

Vous dites vrai mais seriez plus efficace en évitant l’huile sur le feu, laissons cela au pouvoir actuel et aux intégristes actuels, nous, éteignons le feu et mettons le dans l’âtre, le privé et le personnel.

bonsoir Mr Cavaillès,

merci pour votre analyse.

Cependant je ne souhaite pas prendre des gants pour aborder ce sujet, je connais la dangerosité des religieux!

bonne soirée

 

Et pendant qu'on papote à la maison des métallos, une guerre se mène en notre nom en Côte d'Ivoire :

Sarkozy a réussi son pari, qui a jeté ensemble laïcité et islam comme deux os à des chiens.

classer

L'haïe-cité, celui qui méprise le peuple, qui méprise la cité ...

Sous couvert de Laicité, lEtat Français ,par l intermédiaire de ses plus hauts dirigeants cherche a reglementer la pratique religieuse.Preuve, s il en est besoin que ses dirigeants organisent une série de malentendus destinés a embourber le débat public,a l encombrer pour mieux détourner l attention sur leurs turpitudes dont la derniere en date est l Affaire Lagarde ou la manière dont l argent du contribuable n a pas servi a améliorer le service public de la santé, de l education,de la justice mais a enrichir un affairiste sans foi ni loi.Combien d allocations logement, combien d allocations adulte handicpé ,de RMI ne seront pas versés? combien seront diminués(AHH) parce que des centaines de millions d euros ont été versés à un clown malfaisant avec la complicité de trois vieillards cacochymes,alléchés par l idée d empocher au moins 100000 euros aux frais du contribuable,au détriment de l interet général,tout en commettant un veritable déni de justice(lire les declarations de Thomas Clay, doyen de la faculté de droit de Versailles et titulaire de la chaire d aribtrage, dans LE Nouvel Observateur de cette semaine, qui ne laissent aucun doute à ce sujet).

N oubliez pas de rapprler qu avant les origines chrétiennes ,le chef de lEtat avait évoqué " Les origines Juives" de la France.Voila une grande declaration très LAIQUE.

Façon de dire que des trois monthéismes,un seul seait visé lors du Debat qu il comptait organiser.

Et si nous parlions des vrais problèmes et non de l'écume des choses et du voile !

Ne pensez vous pas que l'urgence est la question de l'oligarchie internationale qui domine tout et détruit tout sur la planète.. sur la questions de la confiscation des richesses par quelques uns sous prétexte que l'on ne peut faire autrement. Combien ont prétendu que le marché, le libre échange devaient empêcher les guerres !

Aucunes références et précisions quant à à l'évaluation de l'action du FMI demandé par 165 pays, dans ces colonnes ce matin. DSK est le pire libéral qui soit et il a réorienté en ce sens totalement l'action du FMI..et beaucoup de pays commencent à le contester ! Seule Flore Vasseur en a parlé ce matin sur FCulture et on peut lire beaucoup d'articles sur des blogs et des médias étrangers particulièrement US !

Pourquoi donner une telle place aux religieux ?...c'est à dire à une parole de masque, de domination, de manipulation ..

 

 

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