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Billet de blog 23 mai 2014

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Lettre ouverte au préfet de Moselle sur les demandeurs d'asile

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Metz, le 23 mai 2014

Collectif Mosellan de Lutte contre la Misère
15 rue du Grand Wad
57000 METZ

À

Monsieur Nacer MEDDAH,
Préfet de Région
9 place de la Préfecture
BP 71014
57034 Metz Cedex 01

Objet : situation des demandeurs d’asile à Metz

Monsieur le Préfet,

Nous voulons à nouveau attirer votre attention sur l’accueil des demandeurs d’asile à Metz.

L’histoire se répète. Comme depuis trop d’années, la situation désastreuse que nous déplorions encore en 2013 se retrouve en 2014 ici à Metz en pire. Environ trois cents hommes, femmes et enfants fuyant leur pays en sont réduits à vivre avenue de Blida dans des abris de fortune, tentes et cabanes montées à même le bitume de l’ancien parking des TCRM. Les conditions sanitaires sont préoccupantes.

En juin 2013, nous trouvions, sur le même lieu, 150 personnes. Le secrétaire général de la préfecture d’alors nous déclarait que cet accueil inhospitalier résultait d’un choix délibéré. Il s’agissait  « clairement — disait-il — d’un message de fermeté » à l’intention de populations tentées par un « appel d’air » que des conditions plus humaines ne manqueraient pas de susciter. Nous avons toujours réfuté cette doctrine, moins pour son cynisme que pour son inadéquation à la réalité. Elle se trouvera vite démentie par les faits puisque malgré la précarité des conditions d’accueil, cette population sinistrée augmentait de jour en jour. Régulièrement, vous attribuiez des hébergements — en partie sur notre pression — mais le flot ne s’endiguait pas. Tout se passait comme si ce bidonville, loin d’être un repoussoir, continuait d’attirer du monde. En novembre 2013, environ 1 400 demandeurs d’asile avaient séjourné là, dont la moitié encore présente sur le site. L’autre moitié bénéficiait d’un hébergement dans les structures d’accueil selon les termes de la loi. Vous avez procédé au démantèlement du camp le 13 novembre 2013. Nous — c’est-à-dire le Collectif et les demandeurs d’asile participant à nos actions — avons salué votre décision d’assurer enfin l’hébergement de toutes les personnes concernées.

Mais vous n’aviez pas anticipé la suite, à savoir l’arrivée de nouveaux demandeurs d’asile qui allaient littéralement croupir sur la terre battue à l’entrée de la plateforme d’accueil dans des conditions effroyables en plein hiver. En temps de pluie, lorsque les vents soufflaient du bon côté, ils se blottissaient sous le surplomb de l’immeuble en face, large d’un mètre. Le reste du temps, ils subissaient les intempéries de plein fouet. Ils n’avaient pour sanitaires que les bords la Moselle : ils faisaient leurs besoins sur l’herbe et lavaient leur linge dans la rivière. Par la suite, des organisations caritatives allaient leur fournir des toiles de tente et des braseros. Deux jours avant la visite du ministre de l’intérieur à Metz vous avez procédé à un hébergement d’urgence. Vous avez fait ce que la loi et les conventions internationales attendent d’un préfet. Vous vous rendiez, de la sorte, irréprochable aux yeux de votre autorité de tutelle.

Quelle leçon alliez-vous tirer de l’histoire ? Vous aviez le choix. Voilà des gens qui s’expatrient. L’accueil le plus défavorable ne les dissuade pas de quitter leur sol. Faut-il rivaliser d’inhumanité avec leur pays d’origine pour les convaincre d’y rester, ou d’y retourner de guerre lasse ? Ou bien faut-il appliquer la loi, la nôtre, celle des conventions internationales héritées de la victoire de l’Europe contre le fascisme ? Appliquer la loi coûte que coûte ? C’est ce que vous avez décidé de ne pas faire.

Monsieur le Préfet, nous pouvons témoigner du fait que vous restez fidèle au « message de fermeté » que votre secrétaire général défendait alors. Mieux encore, vous avez décidé d’empirer les conditions d’accueil en réduisant l’aire d’hébergement au quart de ce qui était consenti l’année précédente.

Comme on le constate sur ce cliché, un grillage bloque aux demandeurs d’asile les trois quarts de la surface que par un reste de bonté vous leur consentiez encore il y a un an. Les voilà maintenant réduits une promiscuité aggravée.

Comment vous rendre sensible à la réalité de ce monde proche du nôtre, en même temps si lointain ? Cette vie sous des tentes et cabanes protégées de l’aridité du bitume par des palettes fauchées de nuit çà et là ? Cette vie sous des planches, des bâches et des cartons d’emballage ? Cela se passe ici, à Metz, à quelques pas de chez vous. À quelques pas de ceux dont notre premier ministre craint qu’ils ne votent pour quelque solution pire encore que celle que vous avez retenue.

Savez-vous, Monsieur le Préfet, que ces gens — hommes, femmes et enfants — ne disposent pour leur hygiène que de deux WC turcs et deux pissotières dont voici l’état ? 

Savez-vous que depuis deux semaines, ils n’ont plus d’eau chaude ? Savez-vous qu’ils ne disposent pour la lessive et la vaisselle que de deux éviers en plein air au milieu des immondices ?

 Savez-vous que les sanitaires sont inondés en permanence ?

Ce monde, dont nous sommes séparés de quelques mètres, c’est aussi le nôtre. Il nous reste à choisir dans quel sens le faire évoluer, vers le meilleur ou le pire. Voilà pourquoi nous agissons, non pas contre vous personnellement, mais contre les orientations politiques auxquelles vous avez cédé.

Notre collectif ne peut accepter ce qui nous apparaît comme une volonté délibérée de dégrader encore les conditions d’accueil. Le contrôle des flux migratoires ne vous dispense pas d’appliquer les textes régissant le droit d’asile dont la France est signataire. Ces textes vous imposent d’assurer l’hébergement de ces populations le temps que leur demande soit examinée.

Sachez que nous sommes déterminés. Nous poursuivrons le combat sous toutes les formes jusqu’à ce qu’une solution humainement acceptable soit mise en œuvre.

Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Préfet, l'expression de nos sentiments respectueux.

Éric Graff, Denis Maciazek, Véronique Endrivet, Nelly Louvigny

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