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Délit de solidarité: un réalisateur de documentaire convoqué par la police
Depuis notre billet de mai 2009, les poursuites continuent contre les élites tordues qui aident les étrangers dans le besoin faute de titre de séjour. Aujourd’hui, c’est un documentariste qui est convoqué par la police de l’air et des frontières (PAF) pour avoir hébergé une jeune fille algérienne tout juste majeure – donc expulsable – au cours du tournage d’un documentaire auquel elle participait.
Le 7 avril 2007, le ministre de l’immigration écrivait aux organisations qui avaient protesté contre les poursuites aux "aidants" de sans-papiers: « Toute personne, particulier, bénévole, association, qui s’est limitée à accueillir, accompagner, héberger des clandestins en situation de détresse, n’est donc pas concernée par ce délit. Et j’observe qu’en 65 années d’application de cette loi, personne en France n’a jamais été condamné pour avoir seulement accueilli, accompagné ou hébergé un étranger en situation irrégulière ».
Et pourtant, la chasse aux "aidants", continue, mais elle ne passe pas inaperçue.
Dernier épisode en date :
PARIS, 2 oct 2009 (AFP) - Le réalisateur d'un documentaire sur les sans-papiers, José Chidlovsky, est convoqué lundi par la police à Toulouse pour avoir hébergé l'une des protagonistes de son film, a-t-on appris vendredi auprès de sa société de production, Zadig.
José Chidlovsky, qui fait l'objet d'une procédure judiciaire "en qualité d'"aidant", risque d'être inculpé et mis en garde à vue. Il encourt 5 ans de prison et 30 000 euros d'amende", s'inquiètent ses producteurs, Félicie Roblin et Paul Rozenberg, dans un texte signé par une quinzaine d'autres producteurs et cinéastes (Yves Jeuland, Robert Guédiguian, Serge Lalou, Olivier Mille...).
Il s'agit selon eux d'une "procédure inédite" mettant en "danger" la profession de documentariste.
"Journal de sans-papiers", en cours de tournage, traite des conditions de vie de sans-papiers et témoigne de leur quotidien via des caméras qui leur sont confiées.
Lors du tournage, en région parisienne et toulousaine, le réalisateur a hébergé à Toulouse l'une des protagonistes, une jeune femme d'origine algérienne.
Privée de papiers après que sa mère s'est vu retirer sa pièce d'identité, cette jeune fille a déposé en avril, à l'anniversaire de ses 18 ans, une demande de titre de séjour à la préfecture de Haute Garonne, a expliqué à l'AFP M. Chidlovsky.
Elle a alors déclarée être logée à son domicile. "Elle redoutait de devenir une sans-papiers en âge d'être expulsée", poursuit le texte, selon lequel les réalisateurs (M. Chidlovsky et Rabeha El Bouhati) ont sauvé "in extremis" la jeune femme d'une tentative de suicide.
La femme a ensuite reçu de la préfecture une obligation de quitter le territoire français et "vit depuis dans la clandestinité".
En août, des policiers de la PAF (police de l'air et des frontières) se sont présentés au domicile de M. Chidlovsky. Il est convoqué lundi matin par la PAF à Toulouse.
Pour les producteurs, "l'ensemble de la profession est concernée par cette atteinte à la pratique d'un genre qui se fourvoie lorsqu'il se passe d'humanité" car il "suppose une qualité de relation, un don de soi et une confiance réciproque".
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Tous les commentaires
Documentariste moi-même, j'allais écrire sur mon blog ce même billet. Cela n'a l'air de rien, mais cette convocation policière c'est la preuve du glissement progressif du régime. Il est question ici d'avoir le contrôle sur le "réel'. Celui qui raconte, à le pourvoir sur la "réalité".
Vous avez raison de dire "fini de rire". Il suffisait de voir sur Canal+ le Ministre Besson raconter "la délicatesse" des forces de l'ordre au moment de la destruction de la "jungle" - les CRS auraient, de leur propre chef, enlever leurs chaussures avant de rentrer sous la "tente mosquée" - pour comprendre que nous en sommes venu aux contes de fées que désirent nous raconter le régime pour nous endormir. Les documentaristes ne savent que raconter ce qu'ils ont vu et parler des personnes qu'ils ont rencontré. Nous n'avons pas un rédacteur en chef, un strorytalleur pour nous dire comment raconter l'histoire - même si à la télévision tous voudraient jouer ce rôle.
La profession, la mienne, est en réel danger. Parce que nous vivons la réalité du pays, nous sommes mieux que des journalistes qui ne restent pas assez longtemps, parmi les seuls - les sociologues mis à part peut-être - qui nous rendons compte de la "réalité" de la souffrance en France. L'intimidation contre notre activité - noble - est constante. La soumission à des règles de formatage et de silence est constante. Chacun d'entre nous - les documentaristes - quand nous faisons simplement notre métier - je veux dire honnêtement, professionnellement, scrupuleusement - nous sommes en permanence face à des pressions, des menaces, des intimidations. Quand cela vient du pouvoir, cela pue.
J'ai personnellement été convoqué rue des Saussaies derrière le mininstère de l'intérieur pour un film que j'avais fait sur le terrorisme, et pour une simple intimidation - ouf - Les journalistes avec qui j'avais fait le "reportage" n'ont pas été contacté... Mais c'était sous un régime moins personnel.
C'est de l'intimidation tout azimut et tous les moyens sont bons. Mais cela n'empêche pas Mr Besson de nous mentir. Le délit d'aide aux personnes en situation irrégulière existe bien dans la loi.
Mais dans certains cas on pourra même être doublement inculpé: Fa ce à un clandestin en détresse, si on ne fait rien, ce sera non assistance à personne en danger. Si l'on agit, l'héberge par exemple, ce sera "en qualité d'"aidant", avec le risque d'être inculpé et mis en garde à vue, sans parler de la peine: "5 ans de prison et 30 000 euros d'amende".
Il se trouve que j'ai fait un tour en Europe pour des raisons professionelles un peu après le raid très médiatisé sur la jungle. Mes collègues se sont gentiment moqués de notre "Liberté, Egalité, Fraternité". Et ils ont raison. Je pense que l'on peut sortir le burin pour effacer le dernier mot du fronton de nos édifices publics.
Merci "Fini de rire" de suivre ce sujet important.
Cette affaire est particulièrement odieuse car elle touche à la liberté d'expression et montre,si besoin en était,dans quel état d'abjection et de servitude culturelles le sarkozysme nous a conduit ! On peut évidemment se gausser des grandes opérations documentaires bling bling ("Apocalypse") de la télévision d'Etat,mais il n'en reste pas moins que la lecture du réel par les réalisateurs de films est de plus en plus menacée et qu'il va sans doute devenir impossible de ne pas suivre la voie tracée par l'UMP (= union des moutons de Panurge)