Thématiques du blog
Collectifs de sans-papiers, syndicats, associations, trois approches pour une même lutte
La fermeture de la loi crée les sans-papiers : des gens qui ont choisi de venir, qui sont là, et qui veulent rester malgré la difficulté à se faufiler dans les minces ouvertures qu’elle leur laisse. De nombreux groupes et réseaux luttent pour obtenir un séjour légal pour les travailleurs, les étudiants et les familles qui souhaitent continuer à vivre en France. Si tous sont mus par un désir de justice et de dignité, chacun à ses origines et ses méthodes.
Bien des étrangers sont venus pour travailler, envoyés par leur famille ou leur village gagner ici de quoi les faire vivre là-bas. La loi est ainsi faite qu’il faut être là depuis dix ans (et le prouver) pour avoir une chance d’obtenir un titre de séjour. Alors, s’ils ne l’obtiennent pas, ils en trouvent un. "C’est obligé, nous a dit l’un d’entre eux, tu en as besoin pour travailler". Dix ans d’insécurité, c’est long. D’où les collectifs qui se regroupent autour d’un slogan logique dans sa radicalité : "Régularisation de tous les sans-papiers" (tiens, un alexandrin ! Au pays de Racine et Hugo…). Ils lancent des actions spectaculaires, telle l’occupation de la Bourse du travail pendant 14 mois, créant parfois incompréhension et malaise chez les associations "amies" et les syndicats. Cet épisode a été commenté ici , ici , ici , ou là. Poussant encore plus loin le défi, ils ont inauguré le 26 septembre un "Ministère de la régularisation de tous les sans-papiers" dans un autre lieu occupé, rue Baudelique à Paris (voir l’affiche en fichier joint).
Les syndicats représentent une deuxième attitude. Il s’agit de défendre le droit des travailleurs au respect. Et aussi de lutter contre le travail hors la loi. Ils sont au travail sur des métiers pénibles que personne ne veut exercer et leur situation de surexploitation pèse sur les conditions de travail de tous. Le moyen d’action des syndicats est la négociation sous la pression des grèves avec occupation des chantiers, des restaurants, etc. Le bilan de la campagne commencée en avril 2008 – 2500 grévistes, plus de 3000 régularisations connues, la rediscussion des conditions de travail dans certains cas – est encourageant mais fragile, car les acquis risquent de s’évaporer. Rappelons que les régularisations obtenues de haute lutte prennent la forme d'un titre de séjour provisoire, valable un an et renouvelable selon le bon voulir du préfet.
Enfin, de nombreux groupes et associations interviennent aussi. Mais leur état d’esprit, qui n’a rien à voir avec la compassion qu’on leur prête parfois, se distingue de ceux des collectifs et des syndicats. Leur motivation est politique : la loi bafoue le droit des gens, son application crée des situations injustes et cruelles, elle ne correspond pas aux réalités de notre société. Le slogan serait "La loi doit être changée". En attendant, chacun s’active à chercher avec les étrangers qui le demandent ce qui dans la loi peut leur offrir une ouverture, prêts au besoin à forcer le passage par des mobilisations. Et tous participent à une campagne permanente pour alerter la population française sur une situation et des comportements indignes de la République. Ainsi des manifestations prévues jusqu’au 20 novembre 2009 pour célébrer les vingt ans de la Convention Internationale des Droits des Enfants – dont la série des rendez-vous du dimanche à 16h devant Notre dame de Paris (photo jointe).
Un voisin blogueur conduit une réflexion sur les modes d’action dans ce contexte. Il distingue deux approches.
- Le « rapport de force », qu’il résume ainsi : "une demande politique est légitime quand elle démontre son caractère majoritaire : « nous sommes les plus nombreux, donc nous avons raison »"
- La « tension de justice » : "« La dignité de chaque humain doit être respectée. Nous ne sommes pas traités en humains. Soit nous ne sommes pas des humains et vous nous laissez mourir, soit nous en sommes et vous changez de politique ».
Nous en proposons une troisième, le « défi de visibilité », qui consiste à faire savoir au pouvoir que ses actions contre les étrangers sont vues et connues par le plus grand nombre possible. Car si le pouvoir ne négocie pas (rapport de force) et s'il a toujours raison (tension de justice), ses agents ne sont peut-être pas si désireux que cela de voir leurs actes étalés dans la presse et sur internet. Même si la réalité est plus complexe, on pourrait dire que la tension de justice serait la voie privilégiée par les collectifs, le rapport de forces celle des syndicats et le défi de visibilité celle des associations. Les différences entre approches se superposent aux différences d’arrière plan social, rendant parfois difficiles les convergences. Mais rien n’est perdu, puisque de nombreux participants à cette lutte sont actifs simultanément dans plusieurs groupes de différentes mouvances. Ils parviennent même souvent à faire confluer leurs organisations respectives sur des actions communes.
Ainsi, des organisations d’aidants, des syndicats et des partis politiques soutiennent le nouveau Collectif de sans-papiers de Paris 17ème, des organisations d’aidants cosignent avec des syndicats une lettre au premier ministre demandant la clarification des conditions de régularisation des salariés (fichier joint), ou le GISTI appelle à la manifestation des Collectifs de sans-papiers de samedi 10 octobre à Paris.
Martine et Jean-Claude Vernier
--
Pour consulter la liste des billets de Fini de rire, c’est ici.
Pour être informé par courriel de la mise en ligne des nouveaux billets, on peut envoyer son adresse électronique là.


Tous les commentaires
Merci de nous informer avec tant de précision , de constance et de rigueur . Puisse chacun oeuvrer aux fins que ces non sens cessent . Amicalement
bonjour
*un détail "technique" sur la présentation des # points de "vue", ils sont soustraits de toute chronologie l'un(csp 75) ne pouvant prendre racine que sur le premier(la gréve syndicale sur les droits)
*la justice ou l'injustice retant toujours transversale
(classe/religion/norme)
*"vues et connues", "agents", la médiatiatisation et la culpabilisation ne sont rien s'il n'y a pas des ordinaires qui disent, affirment et existent debout
juste un résumé exhaustif , je crois, des #positions sur la bourse voir le site cedetim.org bilan et propositions apres la bourse du travail
chris
bonjour
*un détail "technique" sur la présentation des # points de "vue", ils sont soustraits de toute chronologie l'un(csp 75) ne pouvant prendre racine que sur le premier(la gréve syndicale sur les droits)
*la justice ou l'injustice retant toujours transversale
(classe/religion/norme)
*"vues et connues", "agents", la médiatiatisation et la culpabilisation ne sont rien s'il n'y a pas des ordinaires qui disent, affirment et existent debout
juste un résumé exhaustif , je crois, des #positions sur la bourse voir le site cedetim.org bilan et propositions apres la bourse du travail
chris
Merci de vos remarques et de ce lien.
Dans le cadre d'un billet, on ne peut pas prétendre à l'exhaustivité d'une thèse. Nous nous sommes attachés dans celui-ci à souligner que des arrière-plans différents pouvaient expliquer des attitudes différentes malgré des intentions plus ou moins communes. Bien entendu, chaque mouvance plonge ses racines dans une histoire.
Trouvé dans la Conférence de rédaction de Mediapart ce soir :
"Ce matin, plus d'un millier de travailleurs sans-papiers travaillant dans le bâtiment dans la restauration ou encore dans l'entretien ont entamés une grève coordonnée avec occupation de certain de leur lieu de travail pour exiger l'application identique pour tous des critères de régularisation par le travail. Le mouvement est coordonné par la CGT et est soutenu par 9 autres syndicats."
Ils sont aujourd'hui 1700, nous dit-on.
Ce mouvement, dit "Acte II" diffère du précédent, qui avait conduit à 2-3000 régularisations à la suite de dépôts collectifs de dossiers et de discussions avec des préfets sous la pression des grèves. Il s'agit maintenant d'obtenir du premier ministre une circulaire permettant des régularisations par le travail sur des critères clairs (ne pas confondre avec "régularisations massives", ce mot tabou!), dans la ligne définie par la lettre collective placée en troisième pièce jointe de ce billet (http://www.mediapart.fr/files/lettre_Fillon_01.10.09.pdf). Outre les syndicats mentionnés, on y verra que l'Acte II est soutenu par la Ligue des Droits de l'Homme, la Cimade, le RESF, Femmes Egalité, Autremonde et Droits Devant!!
Oui c'est un vrai defi que celui de la visibilité, et pas seulement dans le domaine qui nous préoccupe tous des sans papiers, un comite de chiens de garde pour préserver la visibilité pour les citoyens? Pour que certains cessent de penser qu'ils peuvent faire tout et n'importe quoi dans une république qui n'en a presque plus que le nom,
- ou on dit que les secrets d'Etat n'existent plus mais ou on s'empresse de voter des lois pour que s'il y en ait de nouveaux, on ne puisse plus les enqueter et savoir la vérité?
- ou on dit que pour la prosperite des collectivites, on légifère alors que le but caché est de les affaiblir pour pouvoir mieux privatiser certains services publics?
- ou on s'arrange entre amis politiques s'entend pour que certains plus innocents que d'autres, mais pas tous blancs quand même soient écartés car trop dangeureux en terme d'ambitions politiques justement !
-ou le népotisme règne en maître et où être fils de ouvre toujours plus de portes dorées que de ne pas l'être?
-ou (j'ai bien peur que la liste ne continue ainsi ....... )
merci en tout cas de vos informations toujours claires, documentées et argumentées, vous faites un travail formidable !