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Le syndrome de l’enfant de sans-papiers

On peut, certes, se désoler des échecs dans l’accueil par la société française des enfants des travailleurs arrivés de l’étranger à la génération précédente. Et chercher à corriger aujourd’hui les conséquences des mauvais choix d’hier. Mais aujourd’hui encore, d’autres enfants d’étrangers naissent ici. En attendant que leurs parents parviennent à faire régulariser leur séjour, les petits s’imprègnent d’une atmosphère de peur et de précarité. L’une des obligations les mieux respectées par les familles étrangères, en situation régulière ou pas, c’est l’obligation scolaire. Les parents acceptent des conditions de vie et de travail souvent difficiles pour assurer l’avenir de leurs enfants, et ils savent que cela passe d’abord par l’école. L’école publique est bonne mère, qui les reçoit sans discrimination et leur enseigne la France en même temps qu’à lire, écrire et compter. A découvrir notre société, aussi. A côté de l’école, les professionnels de l’enfance sont là pour aider ceux qui semblent décrocher. Parmi les petits patients qui leur sont adressés par les enseignants de l’école élémentaire, ils savent maintenant reconnaître les symptômes de l’enfant de parents sans papiers. La menace d’expulsion qui plane sur leurs parents ou sur eux-mêmes, le mélange de vie normale à l’école, et cachée le reste du temps, sont une forme de torture mentale permanente. Qui s’ajoute aux difficultés dues au grand écart entre la langue et la culture de leurs parents et celles dans lesquelles ils vivent. Et vivront, Inch Allah ! Plusieurs associations de professionnels de l’enfance, qui observent la montée de ces difficultés, ont décidé d’alerter leurs concitoyens sur cette situation. Ils détaillent leurs préoccupations dans un texte-pétition ‘’Parents sans papiers, enfants en souffrance’’ : http://enfantsdesanspapiers.free.fr/. (Ajout du 13 décembre, suite au commentaire d'un lecteur: "Une des questions à ajouter aux conséquences de leur situation, concerne "les autres enfants de la classe" qui voient un jour disparaître leur petit camarade ou même l'intervention de la police à la sortie des cours ou à la récréation.")On peut lire à ce sujet "La chasse aux enfants - L'effet miroir de l'expulsion des sans-papiers", de Miguel Benasayag, Angélique del Rey et des militants du RESF, aux Editions La Découverte. C'est une enquête et une réflexion sur le fait qu'au delà du traumatisme à vie des témoins de ces faits, c'est notre société tout entière qui est durablement blessée.

 

Ces enfants dessinent, comme tous les enfants de leur âge. Nous montrons en fichiers attachés deux exemples qui se passent de commentaire. Martine et Jean-Claude Vernier

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En matière d'injustices, on ne sait malheureusement plus où donner de la tête, tant elles sont nombreuses et insupportables. Merci d'attirer notre attention sur le sort de ces enfants ; je suis allée signer la pétition.

Le grand requin, difficile de ne pas penser qui ce peut être. Et dur aussi de le penser. Nous sommes le grand requin, la France qui cherche a croquer ces familles en les renvoyant a leur triste sort.. merci de ce billet. Il y a quelques années pour eviter un retour, j'ai accueilli en crise un de ces enfants la, afghan... je me souviens de ces dessins aussi, j'en ai encore un que j'aime accroché dans la salle de bain. Pour cette famille afghane, tout s'est bien terminé, même s'ils on par choix decider d'aller tenter leur chance encore plus loin dans un autre pays aujourd'hui. Mias je pense a celles qui n'ont pas cette chance.

Je pense que les parents de ces enfants (avec l'aide d'association) pourraient porter plainte contre l'Etat pour non respect de la Déclaration Universelle des Droits de l'Enfant (ratifiée par la France), Art 2-2: " Les États parties prennent toutes les mesures appropriées pour que l'enfant soit effectivement protégé contre toutes formes de discrimination ou de sanction motivées par la situation juridique, les activités, les opinions déclarées ou les convictions de ses parents, de ses représentants légaux ou des membres de sa famille."

C'est en effet important d'alerter sur cette question qui passe finalement inaperçue. D'une part parce que, comme le commente Corinne N "en matière d'injustices, on ne sait malheureusement plus où donner de la tête, tant elles sont nombreuses et insupportables", d'autre part parce que finalement "on parle peu y compris dans les classes où il y a des enfants de parents sans papiers". Une des questions à ajouter aux conséquences de leur situation, concerne "les autres enfants de la classe" qui voient un jour disparaître leur petit camarade ou même l'intervention de la police à la sortie des cours ou à la récréation. Il y a une dizaine d'années un grand campement s'est installé sur le parvis du château de Vincennes où des familles et de nombreux enfants ont séjourné pendant quelques semaines. La façon dont ces familles avaient été obligées à se loger de cette façon, l'intervention violente dont certaines avaient été victimes a provoqué des traumatismes importants. Ces enfants, aujourd'hui devenus adultes ont, du fait de ces conditions été en difficultés supplémentaires dans le cadre scolaire. Pour certains des prises en charge thérapeutiques ont été nécessaires, pas toujours suivies faute de moyens. A l'époque un certain nombre de spécialistes de l'enfance se sont manifesté sur les conditions faites à ces familles, que parfois on les appellent encore "les anciens de Vincennes". Les services de l'enfance du Val-de-Marne sont également confrontés actuellement à des familles expulsées et groupées pendant l'été 2006 dans un gymnase à Cachan, dispersées ensuite dans le département. Les conditions d'insécurité permanente de leurs parents ont une incidence évidente sur les enfants, sur leur disponibilité à la scolarité et aux apprentissages et sur leur comportement social. * * Dans l'histoire Ici Vichy, pas de trêve pour le « sans papiers » des Lilas ! (billet du 4 nov 2008) la solidarité autour du fils de Monsieur Cai, grâce à la mobilisation des enseignants du Collège Françoise Dolto de Paris 20ème, illustre bien l'importance de cet accompagnement pour aider ces enfants victimes des traumatismes vécus par des parents qui doivent se cacher ou qui sont en permanence aux aguets de crainte d'une interpellation comme le cas de Monsieur Cai. * * * Un dernier mot pour rappeler le très beau livre de Marie-Aude Murail “Vive la République”, éditions Pocket Jeunesse, (billet L'école de la République du 16 mai 2008), qui raconte l'histoire des Baoulé, famille sans-papiers dans une école de la République. Très beau roman de Noël pour les enfants dont les parents ont des papiers !

"Une des questions à ajouter aux conséquences de leur situation, concerne "les autres enfants de la classe" qui voient un jour disparaître leur petit camarade ou même l'intervention de la police à la sortie des cours ou à la récréation." Merci de rappeller cet aspect important. On peut lire à ce sujet "La chasse aux enfants - L'effet miroir de l'expulsion des sans-papiers", de Miguel Benasayag, Angélique del Rey et des militants du RESF, aux Editions La Découverte. Je vais ajouter la référence dans le billet.

Vichy, ce n'était pas de l'eau pétillante. J'ai signé la pétition et j'ai relayé à mes connaissances.

Je n'ai pour ma part jamais oublié les enfants que j'ai vu ici à Marseille placés ( parce que c'est comme ça qu'on dit en langage administratif ) en centre de rétention. La première était une petite fille, Nely . Elle avait huit ans. Ses parents et elle ne sont pas restés bien longtemps, puisqu'il s'était trouvé une JLD respectueuse du droit pour mettre terme à cette ignominie. Les parents et la petite avaient été arrêtés dans un hôtel meublé pour demandeurs d'asile, placés là par la préfecture . Les flics avaient ensuite reçu une lettre anonyme de dénonciation ...mais qui d'autre que les services préfectoraux savaient que cette famille était là ....Du chiffre on vous dit ... La deuxième histoire était un peu semblable dans les faits : arrestation dans un logement de demandeurs d'asile d'une famille kosovare, 3 adolescents. Mais pour eux il ne s'était pas trouvé de juge respectueux du droit et ils ont passé 15 jours dans ce centre de la honte avant d'être expulsés en avion militaire (!) vers le Kosovo. L'ainée des enfants avait pour ne prendre aucun risque été entravée aux chevilles et baillonnée. Quand ils étaient en rétention, c'était l'anniversaire du garçon. 13 ans. Fan de foot, on lui avait offert un maillot de l'OM et on avait fait des pieds et des mains pour faire entrer un gâteau dans le centre de la honte. On avait fêté son anniversaire dans une petite pièce des parloirs de visites, enfermés à clé. Les parents pleuraient et nous aussi. rien d'autre à dire. J'ai toujours honte quand j'y pense.

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