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Après Calais
Mardi 22 septembre au petit matin, les forces de l'ordre ont procédé à la «fermeture» de la «jungle» de Calais : plus de 200 personnes, essentiellement des ressortissants afghans, auraient été arrêtés. Alors que leur nombre était évalué à 2000 fin juillet. Mercredi 23 au soir, 138 personnes étaient placées en rétention administrative dans les centres suivants : Lyon (10), Marseille (8), Metz (2), Nîmes (40), du Mesnil-Amelot (15), Rennes (15), Rouen (10), de Toulouse (28), et de Vincennes (10). Les comparutions à la chaîne devant les Juges des Libertés et de la Détention (JLD) ont commencé.
Dès avant la mise en œuvre du démantèlement annoncé, dans une déclaration commune, une vingtaine d’associations engagées au quotidien auprès des migrants, estiment que "le plan gouvernemental de destruction des jungles est inefficace et aggrave la situation".
Le moment venu, quelques dizaines d’intellectuels tordus ont bien tenté d’empêcher l’opération, mais le démantèlement s’est fait dans la douleur et les larmes. C’est Paris Match qui le dit ! Des "Activistes autonomes lillois" y étaient: "Nous étions une petite dizaine à partir à trois heures pour tenter l'impossible, à savoir protéger les migrants de la violence attendue des policiers" [La suite...]
Le Réseau Education sans Frontières (RESF) : "Les migrants qui n'ont pas été arrêtés errent dans la ville ou aux abords, dorment sous les ponts ou dans les buissons. Il y d'autres campements autour desquels les flics et CRS rôdent, mais difficile de savoir ce qu'ils ont l'intention de faire.
Tout va beaucoup mieux donc... L'ancienne jungle est devenue un terrain vague.
Sylvie Copyans de Salam cherche à voir parmi tous les arrêtés de Calais quels sont ceux qui ont déposé un dossier de demande d'asile (elle a une partie de ces dossiers)".
Le 24 septembre au soir, on a des nouvelles des "nîmois" par le RESF : "Quarante migrants transférés de la JUNGLE de Calais sont passés aujourd'hui devant les Juges des Libertés et de la Détention. Deux juges ont été mobilisés. Si les droits des personnes n'étaient pas la préoccupation principale, les délais de comparution, eux, étaient par contre la priorité. Pour ces délinquants de Calais une comparution immédiate s'imposait.
Donc ils y sont tous passés, même ceux dont la santé est fragile. Les avocats avaient demandé que ceux atteints d'une maladie contagieuse ne soient pas amenés au Palais de Justice mais qu'ils restent au CRA [centre de Rétention administrative, ndlr]. Pas de pitié pour ces hommes de la Jungle. Même si un risque sanitaire n'est pas exclu, on ne va pas en plus les soigner.
Vers 17 h, le délibéré pour les quinze premiers transférés est rendu. D'abord, pour six d'entre eux les juges ont un doute sur leur âge. Comme un mineur ne peut pas être placé en rétention, ils décident de mettre un terme à leur détention.
Pour les autres, ils décident d'annuler la procédure, compte tenu du caractère collectif des interpellations qui n'a pas permis de respecter les droits des personnes. L'opération de nettoyage de la Jungle avait été organisée longtemps à l'avance avec des moyens en matériels et en hommes très importants ; pourquoi ne pas avoir prévu aussi les moyens permettant le respect des droits ? Les juges ont indiqué qu'il existait deux CRA dans le Nord qui disposaient de places suffisantes pour accueillir ces personnes. Enfin le trajet déraisonnablement long - environ 1000 km - était évoqué.
En conclusion, si le Procureur ne faisait pas appel dans les quatre heures, ils pourraient sortir du CRA ce soir.
Ensuite, venait le tour des vingt cinq suivants, mêmes conditions, même décision.
Mais le Procureur entrait en scène. Pour six mineurs il n'a pas fait pas appel, par contre pour un mineur douteux et pour les autres il a fait appel de la décision des JLD".
[26 septembre 2009] Communiqué de la Ligue des Droits de l'Homme des Bouches du Rhône.
"Longue audience hier après-midi au TGI de Marseille où huit sans papiers ( sept afghans et un iranien ) raflés à Calais au cours d'une indigne opération politico-policière comparaissaient devant le Juge des Libertés et de la Détention ( JLD ).
A 21h30 les jugements étaient prononcés devant une salle peine ( militants RESF et LDH 13 qui avaient manifesté devant le CRA depuis 18h ) avec décision de libération générale.
Pour tous, les décisions sont motivées par les multiples irrégularités de procédure : durée de transport de Lille à Marseille, choix de les déplacer à plus de 1000 km, impossibilité d'exercer l'ensemble des droits...
Pour trois d'entre eux les jugements relèvent aussi une "minorité éventuelle" en opposition avec des PV de police qui portaient la même date de naissance pour les trois : le 1er janvier 1991 !
Peu après le rendu du jugement le Procureur de Marseille annonçait qu'il faisait appel bloquant ainsi la décision de libération prononcée.
Les huit restent donc détenus au CRA en attendant la comparution devant la Cour d'Appel d'Aix, sans doute samedi 26 septembre.
La Fédération L.D.H. des Bouches du Rhône dénonce les procédures d'exception et l'acharnement mis en oeuvre par les pouvoirs publics contre des migrants fuyant la misère, des dictatures ou des pays en guerre."
On apprend à cette occasion que cette affaire a mobilisé de nombreux avocats du SAF (Syndicat des Avocats de France) dans toute la France qui se sont échangés les jugements qu'ils avaient et leurs jurisprudence pour la produire partout et qui ont suivi les informations des réseaux.
[26 septembre 2009] Voir le billet de Pascale Arraou, qui était au tribunal administratif de Nîmes:
Martine et Jean-Claude Vernier
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Tous les commentaires
Après Sangate... Calais. après Calais... Calais II... et ainsi de suite.
Qu'une chose pareille ait lieu dans notre pays,en 2009,c'est incroyable et honteux ! Nous avions connu dans le passé bien des rafles (...) mais celle-là est odieuse. Et elle est d'autant plus odieuse qu'elle a été organisée et conduite par un ex-socialiste.
Que font les "belles âmes" de gauche ? réagissent-elles ? font-elles entendre leur voix ?
Nous vivons une période sombre de notre histoire où l'anesthésie générale de l'opinion permet à l'injustice et à la cruauté d'état de s'imposer...en toute légalité.
"... en toute légalité." Voire... Il y a eu plusieurs aspects illégaux dans l'opération (dates de naissances uniformément fixées au 1er janvier 1991, non respect des procédures qui encadrent l'interpellation et la mise en rétention, et sans doute d'autres). C'est bien pourquoi les Juges des Libertés et de la Détention ont ordonné beaucoup de libérations.
Ensuite, le Procureur intervient en faisant appel
, mais là il ne s'agit plus de la Loi. 
Le mot "jungle" me gêne depuis le début dans les informations et articles sur ces évènements .
Je ne sais pas qui a commencé à l'employer .
Mais les images montrent des campements plus proches des bidonvilles que d'une jungle .
"Jungle" réduit la perception de la misère dans laquelle tous ces migrants se trouvent.
On lit un peu partout que ce nom a été donné par les utilisateurs eux-mêmes, à partir de leur propre langue. Ne pas oublier que le terme français nous vient de cette région du monde via l'anglais. Le sens peut varier d'un lieu et d'un temps à un autre.
“Cela évoque, pour les Français, la jungle dans laquelle évolue Tarzan au milieu des animaux sauvages, mais pour les natifs du sous-continent indien et de l’Afghanistan, ce terme recouvre autre chose, et il est passé dans l’anglais au XIXe siècle. Selon la définition qu’en donne l’indispensable Hobson-Jobson, dictionnaire de termes indiens utilisés par les Britanniques (à l’époque de l’empire des Indes) publié en 1903 et constamment réédité depuis, ‘jungle’ est un terme sanscrit passé en hindi (et auparavant en persan et également utilisé au Turkestan) qui désigne à l’origine tout terrain vague ou en friche, un tel terrain recouvert d’arbustes et de buissons et en anglo-indien a fini par désigner la forêt ou tout bosquet ou zone où poussent des herbes folles et des buissons. C’est exactement le type de terrain sur lequel s’installent les migrants de Calais.”
(source: http://lastdays.over-blog.com/article-33231521.html)
Merci pour ces précisions .
Une chose positive dans ces nouvelles : le gouvernement tente d'éparpiller les gens, les affaires;
Mais face à cela d'autres personnes s'organisent en réseau : dont les avocats.
Un lien donné par Mediapart :
Les migrants de Calais brûlent leurs empreintes digitales
A lire aussi sur le déroulement de l'audience de nïmes :
http://www.mediapart.fr/club/blog/pascale-arraou/260909/simulacre-de-justice-nimes-pour-les-afghans-toutes-les-requetes-sont
Merci à Fantie B. pour le lien entre ce billet et celui de Pascale Arraou
.
Voici un point partiel, au soir du samedi 26 septembre, des passages des personnes arrêtées devant le Juge des Libertés et de la Détention (JLD) qui peut ordonner leur libération et le Tribunal Administratif (TA) qui peut annuler l'Arrêté Préfectoral de Reconduite à la Frontière (APRF), c'est-à-dire l'ordre d'expulsion.
PARIS / Mesnil-Amelot (10 + 15 afghans en rétention)
- 8 personnes libérées à la cour d'appel samedi .. 2+15 dossiers à passer lundi - TA Paris mardi après midi, Melun mercredi matin
PARIS / Vincennes
- Les 8 afghans qui ont fait appel (du maintien en détention) libérés par laCour d'Appel.
Les avocats ont mouillé leur chemise: une heure et demie de plaidoirie!
- TA Paris mardi à partir de 13h30
AIX MARSEILLE ( 8 personnes ?)
- 8 personnes libérées à la cour d'appel
- rejet des dossiers devant le TA
LYON ( 7 personnes)
- 7 personnes ayant obtenu des annulations au TA
TOULOUSE ( 15 personnes)
- Annulation par le TA
- Libérations à la cour d'appel
NIMES ( 40 personnes)
- 3 annulations sur 40 dossiers
(suite aux comparutions relatées ici: http://www.mediapart.fr/club/blog/pascale-arraou/260909/simulacre-de-justice-nimes-pour-les-afghans-toutes-les-requetes-sont)
Que des gens aient eu la force, le courage du désespoir de tout quitter et de se lancer dans des périples éreintants et invraisemblables devrait appeler un peu de compassion de la part de "la patrie des droits de l'homme". Est-ce vraiment humain d'avoir pour objectif de renvoyer dans un pays en guerre comme l'Afghanistan des gens qui ont mis tant d'énergie à fuir?
Un pays plongé dans une guerre initiée par la France, entre autres...
Mais le Royaume Uni est tout aussi partie prenante dans ce scandale de refus d'asile à des réfugiés.
édité le 28 sept :
dernières infos ici :
http://www.mediapart.fr/club/blog/naja/270909/calais-grosse-claque-pour-un-ministre
Si ces campements de fortune sont "le Jungle", logiquement on devrait parler de Safari sécuritaire pour décrire la politique du gouvernement français, ou politique de la chasse à l'homme et sa mise en scène...
Il semblerait que Mr Besson veuille récidiver:
http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/societe/20090928.FAP5507/jungle_de_calais_le_ministere_de_limmigration_annonce_d.html
aussi
http://www.lexpress.fr/actualites/2/eric-besson-se-defend-d-un-coup-pour-rien-a-calais_790896.html
Comme le dit jamesinparis, la " politique de la chasse à l'homme et sa mise en scène...".
En suivant les deux liens de michbret, on lit que le ministre comptabilise 22 libérations de calaisiens pour le Nouvel Obs du 28 septembre, puis 89 pour l'Express du 29 septembre. A quoi s'ajoutent une dizaine au tribunal administratif de Paris dans la soirée du 29 (source RESF).
A noter que la tenue de l'audience du TA de Paris pour les afghans a repoussé au 30 à 13h30 l'audience prévue pour monsieur et madame Zhuang, qui n'ont d'autre tort que de travailler pour vivre et faire vivre leur famille, depuis 9 ans pour l’un, 8 ans pour l’autre, arrêtés il y a une semaine. Leur fille de 19 ans, Bingxue, qui a assisté à l'audience des calaisiens, vit dans l'angoisse de leur disparition programmée.
Dans un communiqué du 29 septembre, la Cimade compte 122 afghans libérés.