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Acte II du mouvement des travailleurs sans papiers
Le point de vue sur les étrangers qui vivent et travaillent parmi nous sans titre de séjour évolue. Clandestins jusqu’à l’occupation de l’église St Bernard à Paris en 1996, ils se sont alors affichés comme sans-papiers. Depuis avril 2008 et les occupations de leurs chantiers et restaurants, et plus encore depuis le le 12 octobre 2009, ils sont enfin vus comme des travailleurs-travailleuses, ce qui marque leur intégration dans la société d’accueil. L’Acte II de leur mouvement pour la régularisation prend de l’ampleur. Le gouvernement tente de le circonscrire, par un cocktail d’omerta et de négociation.
Le 1er octobre 2009, un collectif de cinq syndicats (CGT, CFDT, Solidaires, FSU, UNSA) et six associations (LDH, Cimade, RESF, Femmes Egalité, Autremonde, Droits Devant!!) adressait au premier ministre une lettre demandant l'édition d'une circulaire pour la régularisation du séjour des travailleurs étrangers, salariés bien que sans papiers.
Sa lettre étant restée sans réponse, le 12 octobre le collectif déclenchait une grève coordonnée mobilisant plus d'un millier de personnes sur une trentaine de sites à Paris et dans des départements d'Ile de France.
Dès le 22 octobre, les onze organisations étaient reçues au ministère de l'immigration par une douzaine de représentants de haut niveau du ministère, des préfectures et de la direction du travail. Dans la foulée, deux réunions de travail se sont tenues entre ministère et syndicats. Dans le même temps, le mouvement s’amplifiait, comptant le 24 octobre environ 4000 grévistes occupant une quarantaine de sites : chantiers, restaurants, nettoyage, sécurité, intérim, mais aussi organisations patronales.
Ce mouvement de fond a démarré et s’est développé alors que tous les regards étaient tournés vers les trois jeunes afghans expulsés par un vol européen, après avoir été arrachés manu militari de leurs pauvres abris de plein air. Sans minimiser le scandale de ces derniers évènements, regardons ce qui, peut-être, est en train de naître : un regard plus solidaire sur les travailleurs étrangers, la mise en lumière d’une réalité économico-sociale que l’on voudrait bien oublier.
Pour mieux rémunérer les actionnaires des entreprises, on a d’abord fait des économies (en tous cas, c’est ce que l’on nous dit) en faisant migrer les usines vers des pays moins regardants sur les droits des gens. Mais certaines activités sont décidemment non délocalisables : on habite sur place, on y mange aussi, c’est ici que l’on salit, on prend soin de ses enfants et de ses parents dans le voisinage, et il y a toutes ces banques, ces sièges sociaux, ces supermarchés, ces musées à gardienner… Pour ces activités irrémédiablement sédentaire, une autre voie est ouverte : offrir (sic) des conditions de travail et/ou de rémunération tellement dégradées que seuls les accepteront celles et ceux qui ne peuvent pas se permettre de faire les difficiles: les étrangers, de préférence en séjour irrégulier, puisque les rigueurs du CESEDA (Code de l’Entrée et du Séjour des Etrangers et demandeurs d’Asile) multiplient les situations de séjour illégal, pour des personnes qui ne demandent qu’à vivre et travailler normalement, puisqu’elles le trouvent ici, ce travail.
En principe, la loi interdit, et punit lourdement, l’emploi non déclaré, comme l’emploi d’un étranger ne disposant pas du droit de travailler. Le ministère de l’immigration a bien émis en 2007 une circulaire sur le contrôle de la régularité du séjour des étrangers salariés. Pour bien faire passer le message, les préfectures ont procédé à une série de vérifications des titres de séjour, entreprise par entreprise. Il s’en est suivi un certain nombre de licenciements et de la crainte pour certains employeurs. Ecume de surface, puisque l’on découvre régulièrement des gisements d’emploi illégal un peu partout, y compris sur des chantiers de services publics.
Le mouvement baptisé "Acte II" par ses instigateurs part de cette situation et prend l’initiative : il enjoint le gouvernement de remettre de l’ordre dans ces aberrations. Comme le dit un slogan entendu dans une manif de femmes étrangères employées dans les familles : "Pour les retraites, on veut cotiser ! Pour la sécu, on veut cotiser ! "
Certes, lorsque les échanges s’engagent en toute discrétion au ministère, ce dernier parle de flux migratoires alors que les instigateurs du mouvement parlent de droit des travailleurs. Le ministère affirme par ailleurs vouloir mettre un terme au travail au noir en France, ce qui n’est pas contradictoire avec l’objectif de l’Acte II – bien que les méthodes préconisées puissent différer grandement…
Cette action en cours apporte son lot de nouveautés, dont certaines peuvent être le signe d'un changement profond à venir:
- une fois n’est pas coutume, le pouvoir n’a pas l’initiative dans cette affaire. Les organisations ont choisi la couleur de la confrontation: la solidarité. Le pouvoir aura du mal à faire comme d'habitude, c'est-à-dire jouer sur l'opposition français-immigré;
- les points de vue évoluent à l’intérieur de syndicats, qui voient maintenant "le travailleur" et non plus "l'immigré", et même le futur militant. "Comment s'étonner de la perte de contact des syndicats avec la base, alors que cette base est en grande partie constituée d'étrangers sans papiers qu'ils ignoraient?". Notons que, selon le rapport du PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) Lever les barrières : mobilité et développement humains, "les personnes d’origine immigrée sont plus enclines à collaborer à diverses associations civiques".
Martine et Jean-Claude Vernier
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Tous les commentaires
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Le point du mouvement au soir du 28 octobre.
- Un premier répertoire de grévistes a été déposé le 19 octobre à la Direction Générale du Travail: 3100 grévistes, provenant de 33 départements différents.
- Comptage sur les sites le 27 au soir: 4107 grévistes sur 47 sites. Les actions en justice se multiplient en vue de déloger les grévistes. Quelques sites ont été évacués, aussitôt remplacés par d'autres.
- Seuls les cinq syndicats sont admis pour les discussions au ministère, mais les syndicats et les six associations se rencontrent plusieurs fois par semaine pour analyser tous les aspects des "propositions" du ministère.
- Les patrons et leurs organisations piaffent d'impatience
Il semble que ce mouvement émerge vraiment à la visibilité, enfin ?
Oui, mais... plutôt pour parler de l'évacuation d'un site (certes proche des puissants) que de l'occupation des 46 autres.
Comptage du 29 octobre à 21h: 4592 grévistes répartis en 47 sites de Paris et Ile de France, dont 10 officines d'intérim. Ce dernier point est important car beaucoup trouvent le travail par leur entremise. Des emplois de faible traçabilité, comme on le sait. Quelques sites évacués suite à des actions en justice. Les grévistes se répartissent sur d'autres sites.
La liste des piquets de grève actualisée au 29 octobre est ICI
Communiqué de presse du Réseau Education Sans Frontières - 2 novembre 2009
Les grévistes sans papiers du bâtiment occupent la tour First à la Défense
Depuis 7h10 ce matin, 300 grévistes sans papiers, évacué de la FNTB mercredi dernier, ont investi un nouveau lieu de grève : le chantier de la tour First, ancienne tour Axa, à la Défense.
La tour First est un chantier du groupe Bouygues Construction.
http://www.construirenotreavenir.com/#/Dans-les-entrailles-de-la-tour-First
Vendredi, plus de 4 600 travailleurs et travailleuses sans papiers étaient en grève sur plus de 40 sites et le nombre de grévistes augmente tous les jours.
Parmi eux, les parents, les frères et les sœurs des élèves parrainés par RESF. Nous sommes à leur côté jusqu’à l’obtention de conditions de séjour et de travail qui leur permettent d’élever sereinement leurs enfants.
Adresse : 1 place des Saisons - COURBEVOIE (92)
Peut-être ai-je mal lu cet article, paru il y a déjà plusieurs jours (sur LCI ou France-Info, je ne sais plus), mais je me suis demandée quel organisme de service public employait des travailleurs sans papiers, travaillant à la restauration du métro parisien, et dont on dénonçait - en plus du fait d'être sans papiers -, les conditions de travail inhumaines.
Ce qui est frappant actuellement, c'est que tout est mis sous nos yeux, quotidiennement, par la presse, mais que le Gouvernement ou le plus grand nombre d'hommes politiques ferme les yeux et ne réagit pas à ce genre d'articles. Car qui a réagi à cet article dont je parle ? Et y a-t-il eu des plaintes déposées légalement ?
Vous Fini de rire ou quelqu'un d'autre (et votre article est précieux), saurait-il parler mieux que moi de cette affaire ?
Nous avons trouvé ceci:
Metro : Les incroyables conditions de travail des sans-papiers qui travaillent pour un sous-traitant de la RATP <http://www.20minutes.fr/article/355453/France-Les-incroyables-conditions-de-travail-des-sans-papiers-qui-travaillent-pour-un-sous-traitant-de-la-RATP.php>
Et ACNM a trouvé une illustration, qu'il mentionne dans un commentaire à l'article de Carine Fouteau du 28 octobre: http://www.dailymotion.com/video/xat2l5_sanspapiers-dans-le-metro_news
Je lis votre réponse aujourd'hui :
Merci.
Article précieux.
Le courage que ces hommes et ces femmes, sans-papiers, ont pour se mettre en grève illimitée vaut bien des leçons à des "petits blancs" soucieux de ne pas déplaire à leur hiérarchie par une grève de...24h00 !
Effectivement, près de 5 000 sans-papiers sont aujourd'hui en lutte. Je vais chercher la liste des lieux où l'on peut les soutenir et je reviens...
OU SONT-ILS ? PASSONS LES SOUTENIR ! OU SONT-ILS ? PASSONS LES SOUTENIR !
Agence Synergie
9, Rue de Rome- 75009 Paris
500 travailleurs sans-papiers évacués sur ordre de Sarkozy. Ils se sont répartis sur les autres lieux d’occupation.
Agences Crit
27, et 69, Rue de Rome - 75009 Paris
200
Agences Adia
97 rue Saint Lazare - 75009 Paris
30
Agence Kelly Intérim
32 Rue de Turin - 75006 Paris
25
Regroupement des travailleurs-euses sans papiers individuels - Restauration
FAFIH
3, rue de la Ville l’Evêque - 75008 Paris
400
Regroupement des travailleurs-euses sans papiers individuels - BTP
Fédération nationale des travaux publics
9, rue de Berry - 75008 Paris
380
Regroupement des travailleurs-euses sans papiers individuels – Nettoyage et sécurité
Samsic
9, rue Descombes - 75017 Paris
300
Entreprises.
*ADECCO (intérim)
9, Bld Magenta- 75010 Paris
30
Pizza Pino
27 bd des Italiens – 75002 Paris
6
*RANDSTAD (intérim)
Avenue Daumesnil- 75012 Paris
10
**ACP/Monoprix (sécurité)
Bd Saint Denis - 75002 Paris
16
ADEC (chantier de démolition. MAE)
21, 23, rue de La Pérouse- 75016 Paris
58
POTEL et CHABOT (traiteur/restauration)
3, rue Chaillot - 75016 Paris
2
TFN (nettoyage)
110, rue de l’Ourcq - 75019 Paris
25
KFC (restauration rapide)
31, boulevard Sébastopol - 75001 Paris
40
DMMS (nettoyage)
17, rue de Pelleport - 75020 Paris
7
THIA LY (épicerie)
50, rue d’Avron - 75020 Paris
4
TRAVAUX PUBLICS DE LA SUBURBAINE
Chantier Tramway RATP
Porte des Lilas - Paris
21
ASTEN/Ateliers RATP Championnet
34 rue Championnet - 75020 Paris
23
ENM/SPI
10 rue Auger - 75020 Paris
17
GCC
Construction du siège social de CGG
Gare TGV - 91300 MASSY
31
MARKOFER (brochage-routage)
8, avenue L Braille - 91420 MORANGIS
41
DREXCO (produits désinfectants)
2 à 22 rue des investisseurs - 91560 CROSNE
4
NICOLLIN (nettoiement)
4, rue de l’ancienne Sablière - 91270 VIGNEUX s/ SEINE
11
ETANCHEITE RATIONNELLE (Btp)
ZA les radars
13 rue J.Jacques Rousseau 91350 GRIGNY
6
SAMSIC (nettoyage)
Place Christophe Colomb - 91000 EVRY
9
SEGEX (Btp)
4, Bld Arago - 91260 WISSOUS
13
BENNES 2000 (nettoiement)
6, route de Fleury - 91170 VIRY CHATILLON
5
HAUTS de SEINE
MCND (ex site BMS) (démolition)
1, rue Noël Pons - 92100 NANTERRE
12
BARBAUD-PEYGASE (boucherie)
7, avenue de Galilée - 92350 PLESSIS ROBINSON
4
AXANDRE SERVICE (démolition)
25, rue Chaptal - 92300 LEVALLOIS
16
VAL de MARNE
DERICHEBOURG (nettoyage)
6, allée des Coquelicots - 94478 BOISSY St LEGER
16
SEINE SAINT-DENIS
*PLUS-NET (nettoyage/Btp)
4, rue Girard - 93100 MONTREUIL
23
*ALPHA-SERVICE (démolition)
Rue Anizan Cavillon - 93350 LE BOURGET
10
STN (nettoyage)
126 rue de Bondy - 93 Aulnay sous Bois
20
Bizarre de démarrer le billet au 1er octobre 2009. Si ma mémoire est bonne les grèves de travailleurs sans-papiers datent du printemps-été 2008, jusqu'à ce qu'ils soient lâchés par la CGT et certaines assoc. C'est venu de ce que la droite a appelé à une immigration de travail et non plus familiale.
Là c'est donc un redémarrage.
Monsieur beber999, rien n'échappe à votre perspicacité. La phrase originale du chapeau était "Depuis avril 2008 et les occupations de leurs chantiers et restaurants, et plus encore depuis le12 octobre 2009, ils sont enfin vus comme des travailleurs-travailleuses,..." . La partie en gras a sauté quand l'éditeur a placé en une un lien vers le billet. Nous venons de la rétablir. Merci de votre attention.