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L’hiver est déjà là pour les étrangers à la rue

L’identité nationale est une affaire sérieuse : elle doit être définie par le pouvoir, qui a eu le front de la confier à un ministère. Ce même ministère gère aussi la réponse de la France aux étrangers qui demandent à vivre normalement sur le sol national. La façon d’accueillir ces personnes participe donc à la définition de cette identité nationale. Pour certains ce sera à la rue, comme nos SDF nationaux.

 

Les beaux jours sont finis pour cette année et la première demande des plus démunis est de trouver un toit.

 

La région d’Amiens compte, semble-t-il, une petite colonie caucasienne, à laquelle tentent de s’agréger quelques familles nouvelles. Le réseau Education Sans Frontières de la Somme communique :

"A Amiens, deux familles étrangères sont aujourd’hui sans toit et sans couvert.

En effet, le Préfet veut expulser les familles J. (ayant fui l’Arménie en passant par l’Autriche) et S. (ayant fui la Géorgie par la Pologne) à la première frontière européenne des pays par lesquels ces familles ont rejoint la France, sans vouloir écouter le fait qu'elles veulent rester à Amiens auprès d’une dernière parenté installée ici, les autres membres ayant été décimés dans leur pays d’origine…

Certes, l’action du 8 octobre 2009 devant l’école Michel-Ange, là où sont scolarisés les enfants des familles J. et S. (voir ici l’article du quotidien « le Courrier Picard ») a porté quelques fruits, en particulier le soutien des élus de la ville d’Amiens et du Conseil Général de la Somme, pour quelques nuitées et repas pour ces familles, les services « officiels » de l’aide d’urgence ayant l’interdiction (par le Préfet) de leur venir en aide…

Mais, le 12 octobre dernier, le Préfet a refusé la rencontre tripartite avec la mairie d’Amiens et le Conseil Général pour examiner la demande d’asile en France de ces familles. Il attend le « pourrissement de la situation », l’expulsion étant sa solution…

Résultat : le soutien des collectivités territoriales s’est arrêté depuis le 15 octobre au matin, chacune nous expliquant que c’est à l’Etat d’assurer le problème des sans papiers. Les familles (chacune avec 3 enfants et en plus la grand-mère pour la famille S.) sont maintenant logées par la solidarité familiale et de compatriotes (qui ont eux-mêmes 2 ou 3 enfants), dans des logements déjà exigus (type F2 pour chacune)

Une troisième famille, la famille A. (avec 4 enfants de 10 à 18 ans), l’une des dernière arrivées d’Arménie à Amiens (en passant par l’Autriche) vient par exemple de passer la nuit du 22 octobre dans les rues d’Amiens !!".

 

A Paris, dans le sillage du nettoyage du square Villemin, de la dévastation de la "jungle" de Calais, après quelques demandes d’asile et trois jeunes gens chartérisés et médiatisés, il reste ceux qu'on appelle les exilés du 10ème depuis la fermeture de l’abri de Sangatte, et que tentent encore d’aider un collectif et plusieurs associations(exemple):

"Ce sont majoritairement de jeunes afghans (pour la plupart entre 12 et 25 ans) qui vivent quasiment 24h/24 dans la rue et n'ont absolument rien. Certains d'entre eux n'ont même pas de duvet pour passer la nuit (dehors) et les associations, débordées sont à la limite de la rupture de stocks.

Les exilés étant exclusivement des hommes ou des jeunes garçons, il y a donc un besoin urgent de vêtements masculins. Manquent tout particulièrement des chaussures (taille entre 41 et 46), des pantalons, des chaussettes, des bonnets et des gants, des blousons chauds et bien sûr des duvets.

Beaucoup dorment dehors sans duvet. Les mineurs ne sont pris en charge par personne et notamment pas par la mairie de Paris qui devrait intervenir par l'intermédiaire de l'Aide Sociale à l’Enfance (ASE). C'est un problème plus politique qu'humanitaire. Chaque soir des bus ramassent quelques personnes pour les emmener dans des locaux d'urgence. Ils dorment par terre. Il y a des bus pour les Majeurs et des bus pour les Mineurs: on ne les mélange pas même si le bus pour les Majeurs n'est pas plein. Du coup, beaucoup de Mineurs restent dehors. Le collectif envisage une action médiatique genre "don de duvet". Les Mineurs ne sont pas scolarisés, pourtant ils sont très demandeurs. L'ASE les traite mal parce qu'ils sont des "errants" et pas stabilisés. Pas de solution trouvée ce soir ".

 

Où et comment ces personnes vont-elles pouvoir se poser, s’intégrer dans une vie civilisée ? Tiens, "Intégration" est une autre attribution du ministère aux quatre bras…

 

Plus encore : la mort rôde autour d’eux, comme nous le rappelle régulièrement la rubrique Les morts de la rue. Morts qui ont souvent un prénom venu d’ailleurs.

 

On peut bien jeter un voile sur ces situations en les attribuant à la part de misère du monde que nous ne pouvons pas accueillir. L’identité nationale se définirait-elle par exclusion ?

 

Martine et Jean-Claude Vernier

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Complément: le projet de budget pour 2010 ne prévoit rien pour améliorer l'accueil des demandeurs d'asile. La coordination française pour le droit d’asile (CFDA) analyse les causes de la crise et interpelle les parlementaires. Plus de détails ici.

Bonjour,

Myriam El Khomri, adjointe au Maire de Paris, nous demande de publier la réponse qui suit à votre billet.

«Madame, Monsieur,
Je souhaite répondre à votre billet intitulé « L’hiver est déjà là pour les étrangers à la rue », dans lequel vous mettez en cause la mairie de Paris, indiquant qu’elle ne veut pas prendre en charge et traite sans égards les mineurs exilés.
Votre accusation est d’autant plus injuste que la Ville se mobilise fortement pour accueillir les mineurs étrangers isolés avec humanité et dans les conditions les plus dignes possibles.
Ainsi, l'aide sociale à l'enfance prend actuellement en charge plus de 850 mineurs étrangers isolés.
Il faut noter que ces prises en charge ne se limitent pas aux seuls afghans du 10ème, ces derniers représentant environ 30 % du total, les autres jeunes (africains notamment) se présentant directement au bureau de l'aide sociale à l'enfance situé dans le 12e arrondissement.
Les mineurs étrangers isolés représentent plus de 17 % de l'ensemble des enfants et des jeunes parisiens placés à l’ASE.
Près de 450 nouvelles prises en charge de mineurs étrangers isolés auront été effectuées en 2009, (soit 1/4 des nouvelles prises en charge pour 2009). Entre 2007 et 2009, les demandes de prise en charge pour ces mineurs ont augmenté de plus de 60%.
Ces jeunes, qui ont souhaité rester sur le territoire français, bénéficient d'une insertion sociale, professionnelle et d'un accompagnement vers l'autonomie, pour un coût annuel de 35 millions d’euros.
Pour mieux répondre à leurs besoins, la Ville :
• a créé en 2003 une cellule d’accueil et d’orientation composée de travailleurs sociaux et d’un psychologue, pour un coût de 300 000 € annuels ;
• elle a également adapté ses établissements en proposant notamment des cours d'apprentissage du français.
Le dispositif de mise à l'abri en urgence relève d'une compétence de l'Etat.
Mais constatant l'hiver dernier des arrivées encore plus nombreuses, et pour pallier son refus de calibrer à la réalité de la situation le nombre de places disponibles, la Ville a pris à sa charge d'augmenter les capacités d’hébergement accessibles de 20 places supplémentaires, pour arriver à un total de 120 places d’hébergement d’urgence pour les mineurs à Paris.
Ces 20 places permettent d'assurer une mise à l’abri systématique des jeunes repérés, de proposer un accompagnement social et de préparer une admission à l’aide sociale à l’enfance pour ceux qui le souhaitent.
Enfin, l'ouverture d'un lieu d'hébergement géré par une association, avec des activités de jour et un accompagnement social adapté (évaluation éducative, médicale et juridique de leur situation, aide à l’orientation et à la définition d’un projet, soutien psychologique), est en projet ; mais ce lieu ne pourra voir le jour qu'avec la collaboration de l’État.
Je tiens à resituer l'effort parisien dans le contexte francilien et national : Paris est le seul département français accueillant autant de mineurs étrangers isolés, soit 850 à ce jour. A titre d’exemple, 521 jeunes sont pris en charge dans le 93, 55 dans le 77, 28 dans le 95, 83 dans le 91 et moins d’une vingtaine dans le 92.
La Ville ne pourra résoudre seule ce phénomène, qui dépasse largement son territoire et ses compétences.
Il est donc capital que l’Etat, compétent en matière d'urgence sociale, de politique migratoire et de relations internationales, prenne aussi de façon urgente, des engagements en faveur des mineurs.
Ce que nous demandons : la création d'une plate-forme régionale d’évaluation et d'orientation des mineurs étrangers isolés, pourtant promise par l’Etat depuis 2006, un renforcement adapté à la réalité des mesures de repérage et de mise à l'abri et un droit au séjour garanti aux jeunes pris en charge par l’ASE, à l’atteinte de leur majorité.
J’espère vous avoir éclairé sur les actions menées par la mairie dans ce domaine et convaincu qu’elle assume pleinement ses responsabilités dans le règlement de la situation douloureuse des mineurs étrangers isolés.
Cordialement,

Myriam El Khomri
Adjointe au Maire de Paris chargée de la protection de l'enfance et de la prévention spécialisée

Dont acte. Il est vrai que la situation des plus précaires parmi les démunis est devenue tellement grave que les dispositifs de secours explosent.

Autre complément: pour contribuer à la collecte de vêtements, duvets, etc, c'est ici.

Les parlementaires sont interpellés.

Est-ce que l'un d'entre eux (ils sont nombreux, quand même), va s'intéresser à cet accueil, et plus généralement à l'accompagnement à l'intégration?

 

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