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Cynique république
Une monarchie à esclaves est logique. Une république à esclaves est cynique.Victor Hugo Où l’on doit bien se rendre compte que l’esclavage rampant n’est pas réservé à des pays exotiques prétendument rétrogrades. Notre société condamne une partie de la population, petite mais décisive pour son équilibre, à un destin qui n’a rien à voir avec la liberté et la dignité promises par la République. Etrangers indispensables mais cependant déclarés indésirables,
leur travail ne leur procure pas plus de droits que celui d’un esclave. Pire encore, expulsables à tout moment, ils sont privés de la seule compensation qu’offre une société esclavagiste, la relative sécurité découlant de l’intérêt économique de leur propriétaire.
Dans son Voyage à Tombouctou, René Caillié signale la présence dans la boucle du Niger de villages dont la population entière est constituée d’esclaves employés à cultiver les terres de leurs propriétaires. Comme pour l’asservissement des femmes (selon Germaine Tillion dans Le harem et les cousins), il s’agit d’une organisation millénaire de la société des régions au Sud et à l’Est de la Méditerranée dont l’Islam, malgré les tentatives civilisatrices du Coran, s’est accommodé jusqu’au milieu du vingtième siècle, et même au-delà dans certaines régions. Dans L’esclavage en terre d’Islam, Malek Chebel explique que le commerce oriental, qui reposait sur la razzia et les prises de guerre, avait deux provenances géographiques principales. Au nord, les blancs du Caucase et des pays slaves (origine du mot esclave) fournissaient les armées et les harems (femmes et eunuques).Au sud, on s’approvisionnait en travailleurs noirs en Afrique sub-saharienne. Ainsi leurs propriétaires pouvaient-ils vivre cette vie de luxe et d’oisiveté si bien accordée à la chaleur excessive du climat. L’Europe chrétienne était très présente dans ces pratiques. Ainsi, par exemple, des catalans qui vendaient des Maures et des Sarrasins en Italie au 13ème siècle, et du rôle central de la République de Venise dans ce commerce. A Athènes, les créateurs de la démocratie et de la culture occidentale représentaient une petite minorité des habitants, à laquelle une majorité de travailleurs esclaves ou ilotes - "des étrangers qui sont pas d’ici" comme on peut l’entendre dire à Marseille - permettait de philosopher en toute liberté d’esprit. Bien plus près de nous dans le temps et dans l’espace, le servage (du nom latin de l’esclave, servus) des paysans a constitué la base de la société pendant des siècles. Mais depuis, avec le développement des cités et de leur bourgeoisie, les Lumières ont inventé les droits de l’Homme. Ouf !... A bien y regarder pourtant, le statut social et l’appellation même des domestiques dans les pièces de Marivaux évoquent plus l’appartenance à la maison (en latin : domus) du patron qu’au prolétariat (de proletarius, citoyen de la dernière classe). Et puis, la mère des révolutions a produit et propagé la Déclaration des Droits de l’Homme, devenue Universelle, avec des majuscules partout, au milieu du 20ème siècle. A partir du 19ème siècle, l’ingérence des colonisations européennes avait contribué à la disparition progressive des pratiques de l’esclavage sur place. Pratiques probablement non complètement abandonnées à ce jour. Cet esclavage-là, au coeur même d’une société, a une différence essentielle avec le commerce transatlantique de la traite qui a fourni la main d’œuvre de l’agriculture coloniale des Amériques : il est transparent, invisible presque. Il est "normal", en somme. Une question se pose alors : notre moderne société n’est-elle pas en train de réaliser la synthèse de ces deux formes, esclavage structurel et esclavage d’importation, ici même, sous nos yeux ? Certes, il ne s’agit plus de 50 à 80% d’une population, mais de quelques centaines de milliers de travailleurs, "transparents" ou "choisis", pour 60 millions de citoyens, soit moins de 1%. Examinons cette réalité, et comment les lois et les pratiques bien de chez nous y parviennent. La suite de ce texte est en fichier joint.Le GISTI consacre au servage des saisonniers le numéro d’octobre 2008 de sa revue « Plein droit » (www.gisti.org/spip.php?article1237). Bribes de bibliographie René Caillié (1830/2007). Voyage à Tombouctou. La Découverte. Malek Chebel (2007). L’esclavage en terre d’Islam. Fayard. Nicolas Jounin (2008). Chantier interdit au public. La Découverte. Germaine Tillion (1966). Le harem et les cousins. Seuil.
Martine Vernier


Tous les commentaires
A côté des malvoyants et des mal entendants, il y a les mal travaillants, les mal identifiés, les mal droitdel'homisants bref tout un panel de gens qui travaillent pendant que d'autres tentent sur leur dos au propre comme au figuré de redevenir "des aristocrates", chevaliers de l'industrie en voie de disparition, roi de casino, seigneur de la bourse et propriétaires de journaux puisqu'il faut bien souffler aux gens ce qu'il faut penser de tout ça. Excellent billet pour dire cela dans une langue moins subjective. Serge Koulberg
Oui excellent billet, et sa traduction subjective l'est tout autant. Qu'il est difficile de penser la réalité d'une société au-delà du discours qu'elle se tient sur elle-même. Tous ces grands idéaux d'un côté, et de l'autre, la réalité de l'inégalité énorme de revenus, malgré le travail et la pénibilité de celui-ci, et la réalité de l'inégalité des statuts et des droits. La République, par l'intermédiaire de ses agents grands et petits, ne traite pas tous ses enfants sur le même pied, elle en choie certains, et en broie d'autres. Mais elle n'aime pas le savoir.
Peut-être faudrait-il cesser de prendre des raccourcis dans la désignation des décisionnaires. Au lieu de dire "la France ceci" ou "la France cela", mettons (messieurs et mesdames les journalistes, mettez) les noms des personnes ou bien des institutions qui prétendent gouverner la France et prennent ces décisions, souvent contraires aux promesses électorales et autres déclarations d'intentions, voire complètement en opposition par rapport aux principes mêmes de la République, et au nom d'une mondialisation du pire. La France décide d'incarcérer les délinquants à partir de 12 ans, par exemple, disons plutôt : Rachida Dati, garde des sceaux de Nicolas Sarkozy, réforme le droit pénal, bien que n'ayant reçu aucune permission du peuple français pour ce faire. C'est plus long, certes, mais c'est plus clair.
Nous pouvons comprendre votre point de vue, mais nous nous plaçons sous un autre angle, que vous trouverez peut-être trop abstrait: nous sommes en démocratie, les gens au pouvoir y sont par la volonté de la majorité qui a élu le président et les députés, en application d'une constitution qui a aussi été adoptée et modifiée dans les règles. Peu importe le nom de ceux qui appliquent cette politique. Pour un blog comme le nôtre, l'enjeu est de contribuer à ce que le peuple (oui, le peuple), qui votera la prochaine fois soit mieux informé de ce que cache la com perpétuelle du pouvoir. Nous ne prétendons pas faire oeuvre de journalisme, mais tout simplement de citoyens.
Oui, faudra-t-il alors inscrire dans la constitution une nouvelle règle, l'obligation de respecter ses promesses électorales ? Car sinon, à quoi sert tout ce cirque démocratique ? Suffit-il que le citoyen soit mieux informé, informé que peut-être, rien n'empêchant l'élu de n'en faire qu'à sa tête, il se pourrait que le candidat ne soit qu'un excellent marchand de salades.
Quand on fait son marché, on choisit entre les salades en exerçant son esprit critique, non?
L'esprit critique ne suffit pas en cas de tromperie sur la marchandise. Mieux vaut aussi laver la salade en rentrant chez soi pour éviter une gastro. Et même ce lavage peut être insuffisant si la salade est un OGM contenant je ne sais quoi comme gène supplémentaire qui se révèlera nuisible à votre santé bien plus tard, ou bien si le terrain sur lequel ladite salade a poussé est contaminé au mercure, etc. . Des millions d'allemands on mangé de cette salade-là : .
. Fini de rire après ça...
"../... nous sommes en démocratie, les gens au pouvoir y sont par la volonté de la majorité qui a élu le président et les députés, en application d'une constitution qui a aussi été adoptée et modifiée dans les règles." Je croyais -camarades - que votre blog s'appelait "Fini de rire" !