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Visages de l’identité nationale

Qu’est-ce que l’identité nationale ? On nous explique en haut lieu qu’elle est principalement liée aux quelque 5% d’étrangers vivant en France. Prenant au mot cette surprenante affirmation, nous vous offrons en bouquet une sélection d’actions et d’évènements, qui impliquent tantôt les autorités, tantôt des individus ou des associations, tantôt un mélange. Aussi contradictoires qu’ils soient, tous ensemble ils construisent l’identité nationale. Le ministère de l’éducation nationale offre des classes spéciales, dans le primaire et dans le secondaire, où les enfants récemment arrivés d’ailleurs sont acclimatés à la langue et aux bases scolaires pendant quelques semaines ou quelques mois. Après quoi ils prennent leur place dans la vie normale de l’école. D’autres ministères recherchent les parents de certains de ces enfants pour les arracher à ce début d’intégration. D’où le scandale, la colère ou la détresse des enseignants dont la mission est de faire entrer ces enfants dans la république (www.educationsansfrontieres.org/?article10105). Il est terrible le bruit de la chaise vide... (www.ldh-toulon.net/spip.php?article3027). D’où aussi l’incompréhension des enfants qui se savent menacés. Laissons-les grandir ici !(www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article4633). Les centres de rétention administrative (CRA) sont le lieu de passage obligé entre l’interpellation et l’expulsion, car le droit doit être respecté. L’identité nationale, c’est ici d’un côté l’enfermement de ceux dont le ‘’crime’’ est de vivre en France sans autorisation, et de l’autre celles et ceux qui les aident à faire valoir leurs droits (www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/fini-de-rire/131108/les-associations-dans-les-centres-de-retention-administrative-cra). C’est la tentative de requalifier cette mission en marché (www.rue89.com/2008/12/19/sans-papiers-la-retention-marche-de-la-discorde) mais aussi la pression de la société civile pour tenter se sauvegarder la dignité de tous, enfermés et enfermeurs (www.gisti.org/spip.php?article1331). A propos de dignité, l’identité nationale, c’est aussi ce qui se passe à Mayotte (www.gisti.org/spip.php?article1330). Plus largement, ces personnes qui ne peuvent accepter des agissements inhumains ‘’au nom de la loi’’, pourquoi viennent-elles en aide à ces étrangers ? Elles aussi construisent l’identité nationale. Il est facile de récuser d’un mot, "compassion", leurs motivations. Ce mot ne contribue pas à clarifier la question. Nous vous proposons ci-dessous un petit exercice d'anthropologie d'amateur.
1) Dans un pays X, les tensions politiques, ou les impasses économiques, mettent en danger la vie de personnes et les font désespérer de pouvoir assurer à leurs enfants un avenir correct.

2) Les plus courageux, ou les plus menacés, ou les plus entreprenants, peut-être même les plus responsables, partent chercher ailleurs de meilleures conditions. C'est ce qu'a toujours fait l'homme, depuis Cromagnon et même avant.

3) Ils finissent pas arriver dans un pays Y dont ils ont entendu dire que la vie y était possible. Ils cherchent à s'y intégrer, en travaillant et en confiant leurs enfants à l'école.

4) Là, la vie pour eux restera précaire pendant plusieurs années, et ils le savent. C'est l'éternelle bagarre des sédentaires contre les "autres", nomades, migrants. Dans les pays de l'Union Européenne comme dans beaucoup d'autres, cette lutte est fortement structurée par des lois et des règlements, ce qui rend la période d'acclimatation encore plus hasardeuse. Il faut du temps pour parvenir à entrer dans la légalité, sous la menace permanente de l'intervention des forces de l'ordre, dont le boulot est de faire respecter ces lois et règlements. Ce temps ne dépasse généralement pas la dizaine d'années, mais c'est quand même bien long.

5) Dans ce pays, il y a aussi d'autres humains, qui ne voient pas d'abord en eux des intrus, mais des "frères humains", comme disait François Villon, qui sont en danger(s). Et ils leur tendent la main. Cela fait partie de l'acclimatation et de l'intégration dans le pays. Les motivations des ces autochtones occupent toute une palette: politiques, instinctives, réalistes, etc. Elles relèvent, elles aussi, de l’identité nationale. Ces activités, qui confinent au délit d’opinion, sont interdites sous le terme ‘’aide au séjour irrégulier’’ par le code de l’entrée et du séjour des étrangers et demandeurs d’asile (CESEDA), une autre expression de l’identité nationale.
De leur côté, les auteurs d’entrave à l’expulsion sont passibles de peines pouvant aller jusqu’à 8 ans d’emprisonnement et 70 000 € d’amende. C’est annoncé dans une notice d’information du ministère de l’intérieur, distribuée par la police de l’air et des frontières (PAF) au départ d’avions transportant des étrangers ‘’reconduits’’. Cette notice est reproduite en fichier attaché. Les philosophes s’intéressant à la culture du dialogue et au passage des frontières sont aussi des constructeurs de l’identité nationale. L’aventure récente de trois d’entre eux (www.liberation.fr/societe/0101307630-les-philosophes-les-sans-papiers-et-l-aeronef, www.ldh-france.org) confirme le caractère dialectique en diable de cette fameuse identité…Martine et Jean-Claude Vernier  

 

 

 

Note pour les lecteurs non abonnés à Mediapart: pour recevoir par courriel l’annonce de la mise en ligne des billets de Fini de rire, on peut s'inscrire auprès de mf.vernier@gmail.com  

Tous les commentaires

Merci de tenter de mettre tout cela en lien, alors que les forces de déliaison sont si actives.

Merci beaucoup pour toutes ces informations.

Doublon. (je crois que j'ai peut-être compris ce bugue de répétition : je postais juste en même temps que Jamesinparis)

Vote billet pose la question de la définition de la Nation, car pour définir l'identité nationale il convient avant tout de définir ce qu'est la Nation. Pas évident en fait, une petite discussion avait débuté sur mon blog à ce sujet (http://www.mediapart.fr/club/blog/vincent-verschoore/091208/nation-5-minutes-d-arret)

Merci pour ces liens, précieux et surtout pour le fac-similé de la circulaire menaçant au fond tous les citoyens humains et fraternels (Fraternité n'est-ce pas dans notre devise républicaine au fait?). Le thème de l'identité nationale est plutôt vaste et complexe et nombre d'historiens travaillent dessus depuis longtemps. Impossible de tout citer, alors juste ceci sorti récemment à la Documentation française (je copie le titre du volume et le sommaire) et qui pose certains des problèmes que soulève ce sujet: L’identité nationale - n° 342 Cahier réalisé sous la direction de Philippe Tronquoy janvier - février 2008 Après la Seconde Guerre mondiale le thème de la nation a souffert d’une longue éclipse au bénéfice de valeurs supranationales. Depuis une vingtaine d’années, sous l’effet notamment des craintes liées à la mondialisation, il a bénéficié d’un retour en force et la campagne présidentielle de 2007 a été l’occasion d’une réflexion sur l’identité nationale. Que recouvrent ces mots, et qu’en est-il aussi de l’identité européenne et des identités régionales ? La France de ce début du troisième millénaire connaît, quant à elle, une évolution souvent sensible des composantes qui la caractérisent… ou l’ont longtemps caractérisée. > Editorial L’identité nationale : quelles réalités ? > La notion d’identité nationale : quelles significations ? (Dominique Schnapper) > Crise identitaire, crise de la modernité (Anne-Marie Thiesse) > Quelle identité européenne ? (Sophie Duchesne) > La concurrence des identités (Gil Delannoi) Les composantes de l’identité française > L’universalisme républicain (Brigitte Krulic) > Le rôle de l’État (Guillaume Courty) > Quelle place et quel rôle pour la France dans le monde d’aujourd’hui ? (Philippe Moreau-Defarges) > Immigration et identité nationale (Michèle Tribalat) > La France à l’ère post-coloniale (Achille Mbembe) > Laïcité : la fin de l’exception française ? (Philippe Portier) > L’intellectuel, cette âme de la nation (Christophe Prochasson) > Enseignement et élitisme républicain (Alain Renaut) > Quel modèle social ? (Julien Damon) > La place de la langue française aujourd’hui (François Chaubet) > La douce France ? (Paul Yonnet)

L'identité nationale, qu'en pensent les grands patrons français, les industriels, les grands importateurs qui s'enrichissent sur la vente de produits Made in China, les banques, le Medef, le président Sarkozy et ses vacances aux quatre coins de la planète dans le luxe et la dorure. Un hôtel 5 étoiles est un hôtel 5 étoiles partout. Croyez-vous que l'identité nationale ait un sens pour eux qui ont un passeport passe-partout parce que leur compte en banque est bien rempli ? Les capitaux et les profits qui atterrissent dans les paradis fiscaux n'ont ni couleur ni odeur française. Nous sommes dans la mondialisation du fric et de ses porteurs, stars et élites d'un monde sans frontières sans froid ni désert et sans famine. Mais pas les immigrés. Eux, il leur faut une identité nationale, une vraie. Oh certes pas un identité aussi identitaire que la "fervente", l'"aboutie", la "fidèle" d'un autochtone élevé comme il faut dans "le foyer patriotique" noble et Maurassien de Neuilly. Qu'ai-je en commun déjà avec ces donneurs de leçons sur l'identité nationale ? Alors un Mauritanien Soninké débarquant du Guidimakha, pensez-donc ! En revanche, je crois à l'intégration républicaine dans le respect des différences en recherchant sans cesse le vivre ensemble, la découverte et l'enrichissement réciproque. C'est quand même un autre programme et comme vous le soulignez avec espoir, "[en France], il y a aussi d'autres humains, qui ne voient pas d'abord en eux [les immigrés] des intrus, mais des "frères humains", comme disait François Villon, qui sont en danger(s). Et ils leur tendent la main. Cela fait partie de l'acclimatation et de l'intégration dans le pays. Les motivations des ces autochtones occupent toute une palette: politiques, instinctives, réalistes, etc."

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