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Pourquoi les idées fausses sur le nazisme et la Seconde Guerre mondiale ont-elles la vie si dure?
Il y a deux façons de se tromper sur la Seconde Guerre mondiale, et sur le régime qui l’a déclenchée. Une façon grossière: on soutient que Hitler a commencé sa carrière par la peinture en bâtiment...que les totalitarismes rouge et brun étaient solidaires pour se partager le monde, que la France a été désarmée de 1919 à 1939 par l’effet d’un pacifisme bêlant et généralisé, que le patronat du monde entier avait confié à l’Allemagne ses intérêts, que la planète, gangrenée d’antisémitisme sous toutes les latitudes, abandonnait d’un cœur léger les Juifs à leurs bourreaux nazis, que le commandement américain avait laissé exprès les Japonais attaquer Pearl Harbor, qu’aucun communiste ne luttait contre aucun Allemand avant le 22 juin 1941, que le procès de Nuremberg était une simple « justice de vainqueurs »… Cette catégorie de préjugés hante le café du Commerce, les mauvais romans ou une presse qu’on peut qualifier de « tabloïd ». Elle n’est pas admise dans toute sa crudité au débat historique proprement dit, elle doit à l’entrée se vêtir de nuances, se maquiller de conditionnels et s’orner de points d’interrogation.
Un autre genre d’erreurs, en revanche, a investi les revues savantes et les colloques sérieux : on trouve dans cette galerie de portraits un Hitler impulsif et brouillon, désemparé qu’on lui déclare la guerre pour une simple petite agression contre la Pologne ou gâchant de ses mains l’éclatante réussite de la campagne de France par un arrêt intempestif devant Dunkerque, un Pétain patriote jouet de son entourage collaborateur ou, à l’inverse, imitateur fasciné de l’Allemagne, un Roosevelt, antinazi de la première heure, convertissant son opinion publique avec une pédagogique lenteur, un Paul Reynaud bien intentionné mais victime du travail de sape de la comtesse de Portes, un Georges Mandel assassiné par la Milice, un Franco barrant crânement à Hitler la route du sud lors de l’entrevue d’Hendaye, une Angleterre rassemblée par Churchill dans une attitude de lutte sans regrets ni tentations, un Rudolf Hess voulant reconquérir par un coup d’éclat la faveur perdue de son maître, un Hitler sot d’espérer diviser les Alliés sur la base de l’anticommunisme, un Speer revenu de son admiration pour le Führer et sabotant, au printemps 1945, son ordre de terre brûlée…
Pour expliquer la seconde série d’erreurs, plus raffinée que la première mais tout aussi éloignée de la vérité, on peut invoquer la routine et le bon vieux principe moral suivant lequel les mauvaises habitudes sont plus faciles à prendre, et plus difficiles à perdre, que les bonnes. Reste à savoir comment le préjugé s’est formé. L’explication me semble résider tout entière dans la nature du nazisme et la difficulté d’admettre cette nature. Un bon symbole en est le succès jamais démenti des ouvrages d’Hermann Rauschning Hitler m’a dit (1939) et surtout La Révolution du nihilisme (1940). Ce dernier titre résume tout : le nazisme est présenté comme une pure et simple force de destruction et donc, au bout du compte, d’autodestruction. Si on ne l’arrête pas, il débouchera non sur une dictature mondiale, mais sur le chaos généralisé. Or cette vision n’est qu’un décalque de la conception hitlérienne des Juifs, dont l’éventuelle « victoire » est censée provoquer l’extinction de l’espèce humaine.
A l’inverse, le projet hitlérien est terriblement réaliste. Car s’il tend à ruiner la civilisation chrétienne et à abolir les droits de l’homme, il peut s’appuyer dans cette besogne sur certaines idées de son temps : le libéralisme économique qui sanctifie le triomphe des forts et présente l’écrasement des faibles comme une condition du progrès, l’idéologie colonialiste qui offre quelque étai à la thèse d’une poignée de peuples, dits blancs, nés pour dominer les autres. Si Hitler a manié infiniment plus le pinceau de l’artiste que celui de l’ouvrier du bâtiment, et si sa culture est étendue, il y a tout de même une raison de le traiter péjorativement d’autodidacte et de dilettante. Il n’est pas un savant, qui échafaude des hypothèses et les soumet à l’expérience ainsi qu’au jugement de ses pairs. Il est d’emblée, quand il se découvre à trente ans une vocation politique, un croyant, qui sélectionne dans le réel ce qui correspond à ses idées préconçues, et s’efforce d’y plier le reste.
Le fait que, quelques années plus tard, il expose sa philosophie et dévoile son programme dans un gros ouvrage, sans que celui-ci devienne le livre de chevet des gouvernants des grandes puissances lorsqu’il s’approche du pouvoir, est un symptôme accablant du fonctionnement politique de la planète pendant ce qui allait devenir l’entre-deux-guerres. La folie sanglante de 1914-18, elle-même fruit de la légèreté des dirigeants de 1914 qui tous pensaient que l’affaire allait se jouer en quelques mois, avait été conclue par le traité de Versailles. Ce dernier, s’il installait ou préservait de nombreux foyers d’infection propices au déclenchement d’une nouvelle guerre, comportait néanmoins une précieuse nouveauté : la création d’une organisation internationale chargée d’en surveiller l’exécution, seule habilitée à en modifier les clauses et disposant d’amples moyens juridiques pour châtier quiconque prétendrait les modifier par la force, ou pour autoriser ses membres à le faire. Comme par hasard, la première transgression du traité par Hitler a pour objet la SDN : il la quitte avec fracas en octobre 1933 et fait porter sur ce point son premier référendum. Dans le monde on ne s’en formalise guère et c’est tout juste si on ne se frotte pas les mains. Tout ce dont il est capable, c’est de s’en prendre à une chimère et de dresser contre elle ses compatriotes ? Il n’y a vraiment pas péril en la demeure…
Il est vrai qu’une menace de guerre à l’automne 1933 pour sommer l’Allemagne de réintégrer la SDN –dont le crédit souffrait déjà de son impuissance à punir le Japon pour sa conquête de la Mandchourie- aurait sonné bizarrement. En revanche, une réunion des instances de cette même SDN au début de février 1933, en invitant comme observateurs les Etats-Unis et l’URSS qui n’en étaient pas membres, pour examiner la situation créée par l’arrivée à la tête d’une très grande puissance de l’auteur d’un livre aussi agressif et inhumain que Mein Kampf, aurait été comprise de tout le monde, à commencer par le peuple allemand. Inversement, le fait que la communauté internationale accueille avec sang-froid ce gouvernement, et annonce qu’elle le jugera à ses actes, livrait un peuple déboussolé en pâture à son tyran. De même que l’absence de réaction étrangère à l’élection d’un Reichstag, le 5 mars, sur fond de rafles policières, une semaine après le curieux incendie de son local au coeur d’un Berlin déjà quadrillé par la maréchaussée.
C’est bien en ce mois de février que la démocratie a abdiqué, et s’est condamnée à une coûteuse reconquête militaire… qui aurait fort bien pu ne pas se produire sans la coïncidence, le 10 mai 1940, de l’offensive finale du nazisme et de la venue de Churchill à la tête du gouvernement de Londres. Mais pourquoi a-t-elle abdiqué ? Avant tout, sans doute, parce qu’un autre péril faisait de l’ombre, pour la plupart des grandes puissances, à celui du nazisme : le « danger communiste ». Le régime soviétique avait sans doute renoncé à déteindre rapidement sur la planète depuis la mort de Lénine en 1924 et l’éviction, quelques années plus tard, de Trotsky, mais il recommença à inquiéter les puissants lors de la crise de 1929… l’Allemagne semblant, comme au début des années 20, le pays le plus près de succomber à la contamination. Ce qui retenait de lire la Bible de Hitler, comme de scruter son comportement, c’est avant tout le fait que la mise au pas de l’Allemagne, loin de constituer un péril, semblait surtout en écarter un autre, sauf précisément aux yeux d’un Churchill ou d’un Mandel (et de peu d’autres personnalités politiques influentes), surmontant résolument leur anticommunisme dès lors que l’Allemagne parut prête à se donner un gouvernement revanchard.
La maladie qui s’installe alors en Allemagne, et se développe de façon quasiment inaperçue jusqu’en 1939, puis de façon visible, mais sans traitement efficace, jusque vers 1942, est tout à fait semblable au cancer… et les remèdes par lesquels on prétend soigner les symptômes jusqu’à la guerre, ou même pendant la bien nommée drôle de guerre, sont assimilables à des cachets d’aspirine. En d’autres termes, Hitler est venu au pouvoir pour faire la guerre, l’a faite au moment où cela l’arrangeait le mieux, et a failli la gagner au printemps de 1940 alors que ses chances étaient, au départ, infimes. Ses succès s’expliquent d’ailleurs par là : il a su faire de sa faiblesse sa force principale, et de la démesure de ses ambitions l’atout maître de leur réalisation. Dès lors, l’histoire du conflit est, sitôt que le canon se tait, à la croisée des chemins. Soit elle prend pour objet la tumeur et les facteurs qui lui ont permis de passer inaperçue (ruses dissimulatrices de Hitler, concentration de l’attention de ses futurs adversaires sur d’autres menaces), soit elle persiste à ne pas voir le cancer et disserte sur les symptômes. Beaucoup va dépendre du corps médical, en l’occurrence les politiciens qui gouvernent les pays victorieux : vont-ils accepter de voir en face les carences de leurs diagnostics et le caractère dérisoire de leurs premières médications ? Vont-ils, pour commencer, convenir que le diagnostic était possible et la guérison facile au cours des premières semaines ?
La réponse, hélas, est connue. Le chapelet égrené plus haut, dans mon second paragraphe, n’est pas un simple catalogue d’erreurs de jugement, mais décline les formes du déni. Loin d’être perçu comme un calculateur à moyen et long terme, Hitler est vu comme un impulsif, dominant mal un entourage divisé. C’est ainsi qu’il s’en prend à la Pologne parce que ses dirigeants l’ont vexé, et ne s’attend pas à ce que, pour les veules démocraties française et anglaise, ce soit l’agression de trop –alors même qu’il avait besoin de cette déclaration de guerre pour écraser la France au printemps suivant, et avait tout mis en œuvre pour que Paris ni Londres ne pussent, cette fois, se dérober. De même, devant Dunkerque, l’arrêt de l’offensive est destiné à donner aux Français et aux Anglais le temps de faire leurs comptes et de demander la paix, dont les conditions « généreuses » ont été communiquées à leurs gouvernements par une entremise suédoise ; mais Hitler, n’ayant pas mis ses généraux au courant de ces arcanes, fut obligé de feindre la crainte d’une contre-attaque. Comme on croit facilement que les nazis, étant méchants, sont bêtes, l’historien prend sa panique au premier degré pendant une cinquantaine d’années (au bas mot : plus de 70 pour une majorité, qui croit encore qu’il tremblait devant l’éventualité d’une nouvelle Marne !). Quant à Roosevelt, c’est lui faire injure que de penser qu’il avait parfaitement vu venir Hitler, mais avait besoin de temps pour convertir ses compatriotes à l’idée d’une nouvelle intervention en Europe. S’il avait reconnu le péril, il pouvait parfaitement, au nom même de la paix, mettre le poids de son pays dans la balance d’une négociation immédiate au sujet du nouveau gouvernement berlinois et de son idéologie d’une agressivité inouïe. La passivité américaine s’explique certes par des sollicitations pressantes de politique intérieure mais Washington a toujours su garder un oeil sur les dangers externes : si ce président ne semble pas le faire, c’est justement qu’il mesure mal ceux-ci. Pire, il a sans doute estimé qu’un certain rééquilibrage de l’Europe aux dépens de la France et de l’Angleterre profiterait aux Etats-Unis, sans pour autant favoriser la réalisation d’un programme hitlérien jugé démesuré, et conduisant à la chute de son porteur, s’il s’obstinait. On peut en dire autant de Staline, dont il est certes fort excessif de penser, comme les anticommunistes du café du Commerce, qu’il poussait à l’embrasement de l’Europe pour en occuper les ruines, mais qui voyait probablement d’un bon œil une certaine usure mutuelle des trois puissances occidentales et ne trouvait pas urgent de neutraliser l’allemande, faute de mesurer tout le talent de son chef (qu’il prenait, sans doute sincèrement, pour un instrument jetable du grand capital).
Si le refus de la Maison-Blanche, du Kremlin et d’autres forces politiques d’admettre leur naïveté devant les ruses et les mimiques hitlériennes fournit l’explication principale des préjugés difficiles, encore aujourd’hui, à déraciner, certaines circonstances de l’immédiat après-guerre ont joué dans le même sens : ainsi, la légende d’un Franco « résistant » à Hendaye dut beaucoup au choix, commun à Churchill et aux Américains, de maintenir en place cette créature de Hitler et de Mussolini. De même, contrairement à ce qu’on croit souvent, Pétain fut assez largement épargné par les gouvernements de la Libération et l’idée qu’il avait, certes maladroitement, cherché à sauver les meubles, s’imposa, provoquant la concentration sur Laval, pour l’essentiel, de l’opprobre de la collaboration. Ce qui passait ici à la trappe, c’étaient les postures collaboratrices de Pétain lui-même, mises au jour un quart de siècle plus tard, entre autres, par Robert Paxton, mais aussi le contrôle étroit exercé sur le pays par Hitler en personne, qui en manipulait les dirigeants à coups de promesses et de menaces : les détails de ce jeu restent largement à découvrir –un pas récent ayant consisté à établir que la mort de Mandel, à laquelle la direction de la Milice était parfaitement étrangère, relevait entièrement du pilotage de Pétain par son maître.
Le nazisme était et reste un météore dans l’histoire de l’humanité, un phénomène unique et inclassable, un cas surprenant de retentissement d’une lubie individuelle sur le destin de milliards d’hommes (l’antidote fut d’ailleurs trouvé également par un homme seul, Churchill, dont le rôle n’est toujours pas pleinement mesuré). Il n’est pas très étonnant qu’on l’ait, pendant plusieurs décennies, affublé de concepts approximatifs, passant en revue, selon les inclinations des chercheurs, toutes les ressources de la sociologie et des sciences politiques. Le chantier s’ouvre à peine et il est immense.


Tous les commentaires
Très intéressant.
Deux interrogations me viennent immédiatement, et sans réfléchir - par conséquent, de la part d'un béotien, sans doute peu utiles, mais je ne peux m'empêcher de les lancer :
- il me semble entendre, d'une manière générale, des propos allant plutôt dans le sens du vôtre que dans celui des "affabulateurs" que vous décrivez en introduction. Sont-ils si présents dans le débat, y compris professionnel ?
- Churchill doit-il vraiment être considéré comme le seul homme ayant été capable d'imaginer une réponse au nazisme ? Intuitivement, cela me parait beaucoup, quelque considération qu'il mérite, bien entendu... (Par ailleurs, comme l'explique si bien Tolstoï dans Guerre et Paix, les hommes, y compris les plus "grands" selon l'Histoire, sont-ils autre chose que des participants, malgré eux, à un enchaînement d'événements qui les dépasse, dans lequel ils n'ont qu'un petit rôle à jouer ?)
Bien à vous
Cyril Sauvenay
1) qu'entendez-vous par les "affabulateurs" de mon "introduction" ? Je distingue pour ma part des erreurs grossières et d'autres plus subtiles... qui imprègnent encore bien des esprits à l'université, française ou non.
2) Churchill est un des rares dirigeants occidentaux à prendre nettement parti (dès 1932 !) pour un choix entre les "périls" nazi et communiste, et à choisir le premier (comme ennemi s'entend). Et il est le seul à être, comme on dit, "en situation" d'empêcher le triomphe de Hitler par KO en mai 40. Mais on a grand tort si on réduit là son mérite. Jusqu'au bout, tout en disposant d'une puissance militaire, politique et financière bien relative, il reste le gardien vigilant de l'attelage entre Occident et URSS. Sans ce subtil trait d'union, je ne donne pas cher de la "Grande Alliance"... et Hitler, une fois de plus, pouvait, sinon triompher de manière aussi absolue qu'en 1940, du moins s'en sortir, sauver son régime et mourir dans son lit.
3) Tolstoï a raison... car il ne pouvait prévoir Hitler, et l'arrivée d'un pareil prophète à la direction politique d'une aussi grande puissance. C'est en cela que Churchill sait ce qu'il fait : il mesure le danger (sans toujours très bien le comprendre) et s'engage tout entier dans son éradication.
Par affabulateurs j'entendais ceux qui commentaient les erreurs mentionnées. Le terme était sans doute exagéré, ou plutôt j'avais peut être interprété votre pensée.
Votre analyse du cas "Churchill" est vraiment intéressante, pour qui a cette tendance nationale à regarder les événements mondiaux depuis son centre auto-proclamé, la France. Ca mérite réflexion, et supplément d'information !
Cordialement
CS
Si à présent vous avez complété votre information, n'hésitez pas à nous faire part de vos conclusions !
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Il n'y a pas que dans le domaine du nazisme et de la deuxième guerre mondiale que les idées fausses ont la vie dure.
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Raymond Boudon a fait un bon livre sur l'indestructibilité des "théories fausses, fragiles ou douteuses". (L'art de (se) persuader".
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jpylg
J'avoue ne pas croire une demi seconde que personne ne s'intéressait a mien kampf avant les dernières secondes de la paix.
C'est un peu comme si on ne s'intéressait pas à l'Inde sous prétexte que la Chine est plus menaçante. Enfin, je présume que les services secrets ont des cellules permanentes qui oscultent constamment chaque pays, ils peuvent laisser un détail passer, mais pas le bouquin du chef des allemands.
Idem pour votre conclusion, je sais que pour des fins de paix civile on attribue l'ensemble des responsabilités de l'ensemble des crimes de l'allemagne nazie à adolf, de même qu'on dit plus souvent les nazis plutôt que l'allemagne nazi, ou que l'allemagne tout court, mais c'est un peu court. Évidement adolf était la pièce maitresse du système nazi, mais ce n'était qu'une pièce parmi tout un peuple, qui je le rappelle, voulait réduire en esclavage le reste de l'Europe, nous déporter, nous décimer et nous maintenir dans la terreur constante sous prétexte qu'ils le valent bien, parce qu'ils ont des gènes blonds aux yeux bleus (gènes récessifs je le rappelle aussi).
C'est aussi court que de dire que c'est napoléon, à lui tout seul, sur son cheval blanc et avec sa petite épée, qui a conquis l'empire. Le pouvoir est dépendant de l'acceptation des relais du pouvoir, et ne peut pas longtemps se passer d'une adhésion populaire proportionnelle avec l'objectif. Moult Français étaient d'accord avec Napoléon, il a donc pu ensuite conquérir l'empire grâce, entre autres, à ses compétences propres.
Les allemends étaient majoritairement d'accord avec adolf, ensuite adolf a pu mettre en place leurs délires communs.
Ensuite, je veux bien admettre que ce délire allemend soit limité dans le temps, et que les allemend d'aujourd'hui n'aient plus cette obscession. Vous avez également raison, je crois, quant vous dites que le nazisme n'est plus possible, ne serait-ce que pour le feu nucléaire, ou pour les raisons qu'en donne Mr Gauchet.
Les services secrets, notamment français, se sont beaucoup vantés d'avoir donné l'alarme et plaints de l'avoir fait dans le désert. Il faut en prendre et en laisser : peu de rapports disaient que le Reich préparait la guerre jour et nuit sans aucun plan B. Hitler faisait aussi des dupes, au moins partielles, dans ce milieu et d'ailleurs c'est une marque distinctive de sa ruse que de faire des dupes partielles. Car il a besoin qu'on le craigne, qu'on lui en veuille et finalement qu'on lui déclare la guerre.
Nous vivons une époque bénie, que je m'acharne à faire cesser : les dupes de Hitler courent les rues, quoi de mieux pour me faire comprendre ? Par exemple lors de la commémoration de l'entrée en guerre en septembre dernier, une majorité d'articles disaient encore que Hitler avait été surpris et déçu qu'on lui déclare la guerre. Or :
-il avait tout fait pour (de façon diamétralement opposée à son comportement un an avant dans la crise tchèque);
-il en avait besoin pour écraser la France au printemps suivant.
La vérité est toujours complexe ...
Le mythe de la bonne guerre de J R Pauwels : http://www.dailymotion.com/video/x10hfx_le-mythe-de-la-bonne-guerre_school
Très intéressant mais je me pose diverses questions au sujet de cette «vision », « décalque de la conception hitlérienne des juifs », concernant le nazisme comme débouchant sur « une dictature mondiale » et un « chaos généralisé ». Qu’entendez-vous par là et par le mot « juif »? Vous dites que la « démocratie a abdiqué » en février 1933. Mais qu’en était –il du droit des femmes politiquement et civilement à cette époque en France et autres pays européens, des autochtones dans les colonies? Puis nous savons que pas grand monde avait dans la bouche la fameuse expression concernant les « droits de l’homme » sachant qu’elle est venue beaucoup plus tard puisque la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme fut votée le 10 décembre 1948. Hitler aurait-il envahi la Pologne pour cause de vexation? Vous écriviez : « C’est ainsi qu’il s’en prend à la Pologne parce que ses dirigeants l’ont vexé, (…). » Roosevelt était-il vraiment intéressé par le problème européen en pensant qu’il fallait se préparer à « une éventuelle intervention » après la grande crise de 1929? Puis, dernier petit point, que pensez-vous, si vous l’avez lu, de l’essai de René Girard Achever Clausewitz qui nous démontre une généalogie fort pertinente des guerres napoléoniennes jusqu’à la guerre Hitléro-mondiale? Je reprendrai un proverbe italien pour résumer cette fin du 19ième et ce début du 20ième : « Les temps sont durs mais modernes. » Hitler ne serait-il pas parmi un des premiers à annoncer la société dans laquelle nous évoluons jusqu’à aujourd’hui à tel point qu’en Allemagne on considère Mein Kampf comme un programme de primitivisation rusée de la conscience parce qu’il enseignait comment extirper l’expérience chez les hommes? C’est en 1925 qu’il publia sa grammaire de l’abêtissement non en 1933 : « si des peuples luttes pour leur existence sur cette planète, par conséquent si la question vitale d’être ou ne pas être se pose à eux, toutes les considérations humanitaires ou esthétiques s’effondrent complètement; car toutes ces considérations ne sont pas dans l’air, mais proviennent de l’imagination de l’homme et sont liées à lui…(…) » (Mein Kampf, Chap.6). Brrrr parce que la société du spectacle est toujours là. Merci pour votre intervention.
Votre invitation à relire d'un oeil critique les légendes qui nous tiennent lieu d'Histoire est intéressante mais votre conclusion me paraît simplificatrice et contradictoire avec les arguments que vous développez plus haut.
Si seuls que soient les hommes il n'en sont pas moins le produit des peurs, celle du communisme en priorité à cette époque, le produit des idées, racisme et colonialisme comme vous l'avez bien souligné, le produit des intérêts (les moyens financiers du parti nazi ne sont pas tombés du ciel) et la divergence de vue de Churchill avec le roi et avec les intérêts à court terme des "élites anglaises" de cette époque n'en fait par pour autant un homme seul.
D'accord avec Serge Koulberg.
En outre, Mein kampf (traduit par Mon combat en français), est rédigé à partir de 1924 par Hitler lors de son emprisonnement qui suit une tentative manquée de coup d'Etat.
Le livre paraît en juillet 1925 mais demeure confidentiel. Il ne sera "un succès de librairie" qu'à partir des années 30 et, surtout, avec l'arrivée d'Hitler au pouvoir.
L'auteur de ce billet oublie la montée concomittante du fascisme dans plusieurs pays d'Europe avec, certes, le cas singulier de l'Allemagne et du nazisme.
Quant aux idées infondées qui circulent, on pourrait en rajouter des tonnes et corriger certaines mentionnées dans ce billet.
Un seul exemple:
Certes, des communistes, à titre personnel, sont entrés en résistance à l'occupant avant que l'Allemagne n'attaque l'URSS mais la hiérarchie du PC, Jacques Duclos en tête, discute avec les autorités nazies pour faire reparaître légalement l'Humanité jusqu'en septembre 1940 !!!
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Duclos#1939_-_1944_:_la_Seconde_Guerre_mondiale
Enfin, mais ce serait trop long pour un commentaire, il conviendrait de revenir sur la raison de l'essor du nationalisme allemand et du succès des thèses nazies après la défaite de 1918 avec des clauses honteuses et des sanctions insupportables infligées au peuple allemand par le traité de Versailles de 1919.
Mon cher Velveth, vous venez de fournir un bel exemple de ce que dénonce avec raison l'auteur du billet.
Vous écrivez :
"la hiérarchie du PC, Jacques Duclos en tête, discute avec les autorités nazie pour faire reparaître l'Humanité jusqu'en septembre 1940"
Que d'erreurs en si peu de mots !
En juin 1940, la direction du PC, avec notamment Benoît Frachon, se réfugie dans le sud de la France. Vers le milieu du mois fortement encouragé par le délégué de l'Internationale Communiste, Jacques Duclos revient de Bruxelles (où il résidait depuis 1939) à Paris et tente de faire reparaître "l'Humanité" sans succès, le 5 août il reçoit un ordre impératif de l'IC à Moscou demandant de cesser tout contact avec l'occupant. Ce qu'il fait !
Mais cela ne l'empêche pas d'effectuer quelques démarches différentes auprès des autorités pétainistes, qui ont comme résultat l'arrestation de nombreux cadres du PC par la police française avec internement dans des camps.
Donc, il ne s'agit pas de la hiérarchie du PC mais d'une poignée de militants. Ensuite tout contact avec les autorités allemandes se trouve rompu le 5 août (et non en septembre). Et cerise sur le gâteau, cela aboutit à de nombreuses arrestations et l'internement de militants par la police, avec les conséquences que l'on peut imaginer : ceux qui n'étaient pas au départ convaincus de l'erreur de Duclos avaient tout désormais pour l'être !
Les falsifications, petites erreurs, amalgames douteux de l'histoire le sont généralement pour des raisons politiques, et plus largement idéologiques. C'est ce que l'on constate trop souvent sur certains billets de Mediapart, à commencer par ceux d'un homme qui se déclare libre, qui a encore sévi récemment, malheureusement suivi dans ses errements par plusieurs abonnés qui en ont rajouté !
J'espère mon cher Velveth, que vous ne vous situez pas dans cette veine désastreuse, et que ce n'est que le fruit du hasard ou d'une diatribe un peu hâtive !
Cher Emmanuel,
Il peut m'arriver comme à tout un chacun de faire des erreurs et, peut-être, ma mémoire des nombreux ouvrages que j'ai lus sur cette période peut me faire défaut pour un mois (août ou septembre 40).
Je ne crois pas que cela vaut de procès en indignité !
D'autant que les bouquins sur le sujet ne disent pas tous la même chose (il aura fallu attendre les années 70, après la mort de Duclos, pour que le PC arrête de nier les faits).
Les démarches de Duclos n'empêchèrent pas, comme je l'ai dit, des membres du PC, antifascistes, de mener des actions de résistance dès juin 40.
Wikipédia (revu et corrigé mille fois y perd même son latin):
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Duclos#1939_-_1944_:_la_Seconde_Guerre_mondiale
Les falsifications, petites erreurs, amalgames douteux de l'histoire le sont généralement pour des raisons politiques, et plus largement idéologiques. C'est ce que l'on constate trop souvent sur certains billets de Mediapart, à commencer par ceux d'un homme qui se déclare libre, qui a encore sévi récemment, malheureusement suivi dans ses errements par plusieurs abonnés qui en ont rajouté !
Au moins un nom, Emmanuel ?
Il est cité en toutes lettres !
Oui, il garde les coffres de l'UMP qq part près de Lausanne...
Dire que "le nazisme était et reste un météor dans l'histoire de ..." me semble être une erreur dans le sens ou même aujourd'hui la "querelle des historiens" perdure. Que l'histoire n'a pas encore tranché entre les "fonctionnalistes; les "intentionnalistes".
Ian Kershaw et pour les français Edouard Husson font correctement ressortir les enjeux, ensuite à chacun de se saisir de Noste, Bracher ou Broszat pour avoir une vision plus claire des problématiques.
A titre anecdotique, je signale le livre d'Emile Ludwig "histoire des allemands" paru en 40-41
parmi mes découvertes récentes (un an environ), il y a la non-existence des intentionnalistes !
C'est une injure forgée par les fonctionnalistes, qui, eux, forment une école, en général assez peu tolérante, et encore hégémonique (mais peut-être plus pour très longtemps).
Quant à Kershaw, il clarifie bien des choses... mais pas toutes. Sa principale faiblesse est de mal repérer les constantes de la ruse nazie, par exemple entre l'incendie du Reichstag, la nuit des Longs couteaux, la crise Blomberg-Fritsch et l'arrêt devant Dunkerque. Il cherche systématiquement des causes conjoncturelles... ce qui est, des fonctionnalistes, le défaut commun.
Merci pour tous ces commentaires.
Quelques uns témoignent d'une lecture rapide, me prêtant des idées que je cite comme étant celles d'autres personnes.
Le fond de l'affaire est bien ma récusation des explications sociologiques du nazisme. Elle résulte de vingt années d'observation du phénomène, à toutes sortes d'époques et dans toutes sortes de situations -faisant suite à d'autres décennies, où je croyais et enseignais des thèses plus classiques. Le collectif joue bien sûr un rôle, mais essentiellement dans la mesure où Hitler connaît et observe son temps beaucoup mieux qu'on ne le dit ordinairement, et sait exploiter les humeurs et les attentes.
Songeons par exemple à l'intervalle séparant les guerres de 1870 et 1914 : l'héritage de Versailles aurait bien pu produire une nouvelle conflagration, mais pas si vite, si une volonté individuelle, animée d'une pensée religieuse très spécifique, n'avait fait mûrir au pas de course les contradictions.
Le fascisme qui monte au même moment dans d'autres pays ? Mais précisément aucun n'était belliciste ! Tous avaient des objectifs locaux ou au plus frontaliers, y compris l'italien, si prudent sur la scène internationale avant d'être satellisé par l'allemand.
Se réclamer du fascisme, pousser ses adversaires à se dire antifascistes, c'est l'une des ruses les plus efficaces de Hitler pour, précisément, préparer la guerre et planquer sa brutalité spécifique. De ce point de vue, la marionnette la plus intéressante n'est pas Mussolini mais Franco, qui détourne tant de regards, notamment en France, de la ligne bleue des Vosges !
Et vous trouvez donc que Franco n'était pas belliciste ?
Guernica a été bombardé par quels avions ?
Il aurait pu déclarer la guerre au Portugal !
Guernica a été bombardé par l'aviation allemande et en figuration les italiens
Oui, je savais.
La question était posée à l'auteur du billet qui passe bien vite, à mon goût, sur l'essor du fascisme européen et son bellicisme même si le nazisme est une horrible "spécificité".
De même avec la guerre d'Ethiopie Mussolinienne et le "Pacte d'acier" de 1939 entre Mussolini et Hitler.
Je pense que vous vouliez évoquer la période 18-39 et non 70-14
Si je vous comprends bien le mérite (sic) d'Hitler est d'avoir une longueur d'avance quant à la manipulation des foules allemandes. En contrepoint Churchill, seul.
Reste tout de même le questionnement d'Arendt : comment un peuple aussi civilisé a t'il put produire une telle barbarie ? ou le rapport sur la banalité du mal
non, je parlais bien de 71-14, pour évoquer un intervalle "normal" entre deux guerres de ce genre et démontrer que la maturation de la suivante en vingt petites années méritait une explication spécifique. D'autant plus que l'hécatombe (entre 14 et 18) avait été d'une durée et d'une ampleur bien plus réfrigérante, pour tous.
Arendt, justement, développe une thématique (le totalitarisme) qui lui fait manquer (pour une part) la spécificité nazie. Même chose quand elle met dans le même sac les camps de diverses dictatures alors que les camps nazis sont, eux aussi, très spécifiques, dans leur diversité, leur régime, leurs pensionnaires...
Donc, comme Audoin-Rouzeau, nous pouvons dire "la guerre 14-45"
Attention pour votre second paragraphe, Arendt souligne que le totalitarisme prévoit le génocide, pour les nazis au nom de la race, pour communistes au nom de la classe (ex : la grande famine en Ukraine), plus la notion d'"homme nouveau" et la suite. Le totalitarisme dépasse la dictature.
C'est la thèse défendue dans le livre de David Rousset dès 1946 (L'univers concentrationnaire)
http://fr.wikipedia.org/wiki/David_Rousset
@pl29
Je vous recommande la lecture de "histoire d'un Allemand" de Sebastian Haffner.
Excellent bouquin.
"Le nazisme était et reste un météore dans l’histoire de l’humanité, un phénomène unique et inclassable, "
Hitler est l'expression paroxystique du matérialisme athée (d'où la haine des juifs, des catholiques, ...) et industriel (les camps de la mort). Il a poussé à l'extrême ce que Kitchener (l'inventeur des camps de concetration) a fait aux Boers en Afrique du sud associé aux théories scientistes qui justifiaient les zoos humains que visitaient les Français en famille dans les années 1930.
C'est une erreur de classer Hitler à part. Ce fut un homme qui n'a rien inventé. Pas plus l'antisémitisme que le nationalisme, ni même le parti nazi. Le mépris, le formalisme et l'indifférence au mépris ont fait le reste, encourgé par l'acceptation, d'abord tacite, d'une violence institutionnelle, finalement subie et irréversible. C'est ce que j'ai la faiblesse de penser après quelques lectures sur le sujet.
Début du XX° siècle : société industrielle
Fin XX°, début XXI° : société post-industrielle, caractéristique : individualisme
Quid de l'avenir : peut être la mort de l'idéologie à l'anti-thèse de l'individualisme ?
Pris bonne note du livre de S. Haffner
On ne peut pas dire que Hitler était le représentant du matérialisme athée. Il était plutôt le produit du mysticisme romantique. Sa haine des juifs était issue autant du catholicisme (autrichien) que du Nietschéisme wagnérien vulgaire (évitons SVP l'exégèse creuse sur Nietsche lui-même).
Du protestantisme autrichien.
Lire l'excellent bouquin du grand romancier étatsunien, Norman Mailer, "Un chateau en forêt" sur l'enfance d'Hitler.
Sa haine des juifs était issue autant du catholicisme (autrichien) que du Nietschéisme wagnérien vulgaire (évitons SVP l'exégèse creuse sur Nietsche lui-même).
Que d'inepties dans ces quelques mots, idées reçues et galvaudées.
Il s'en est suivi une diabolisation de Friedrich Nietzsche (dont j'admire d'ailleurs l'orthographe) et de Wagner. Pourtant ceux-ci ont vécu bien avant Hitler et le national-socialisme. L'antisémitisme était à l'époque tout aussi fort en France, en Pologne, en Russie, etc... c'était la "pensée unique" de l'époque.
Quant à l'article lui-même et à de nombreux commentaires, je m'étonne de cette façon qu'ont certains de regarder l'Histoire en extrayant une époque de son contexte pour la traiter à part.
A ceux qui auraient oublié, je rappellerai l'excellente émission de France Inter, 2000 ans d'Histoire sur la guerre de 1870 déclarée par la France.
Ce pays qui a toujours tendance à se présenter sous ses meilleurs atours, enseignant dans ses écoles une Histoire manipulée politiquement, assez éloignée des réalités, comme on l'a vu avec la volonté de faire porter la mort d'un enfant juif par tout enfant de CM2, l'obligation de lire la lettre de Guy Môquet dans toutes les écoles le même jour, etc...
Oubliant la collaboration - car il y avait en France davantage de collaborateurs (actifs et passifs) que de "résistants",mais ma génération a appris à l'Ecole que nous étions des résistants. Il y a peu, j'entendais sur France Inter encore dire "Vichy, ce n'était pas la France, la France était à Londres". Et vlan, on nie la réalité, mais cela ne l'empêche pas d'avoir été.
Zappée, la torture en Algérie, les massacres divers et variés qui ont jalonné l'Histoire de notre pays, comme ceux, horribles, des guerres de religions, les "dragonades"etc. etc... qui ont poussé des millions de Français à fuir leur propre pays pour aller se réfugier entre autres en Allemagne où ils ont été accueillis à bras ouverts. On les appelle depuis les "Hugenots", ils portent toujours des noms français. Ils font partie des familles les plus intégrées et actives de l'économie et les intellectuels allemands d'aujourd'hui.
On vante en France Napoléon sans mentionner tous les massacres, vols, viols perpetrés par les soldats français dans son périple à travers l'Allemagne, les pays Baltes et la Russie, populations qui n'avaient rien demandé et qui ne gardent pas un meilleur souvenir des Français. Il a amené des enfants mourir dans le froid et les parasites de la Baltique.
Mais l'Ecole en France ne l'enseigne pas. On parle de "l'épopée napoléonienne" " de l'Empereur" alors qu'il n'était qu'un soldat mis au pouvoir peu après la Révolution qui voulait abolir la monarchie, etc.. etc..
Non, l'Histoire est un tout et doit être considérée non pas par "tranches" comme des tranches de saucisson, chacune vue dans son époque et à travers les écrits et les témoignages des gens d'un pays, mais dans son ensemble - sur plusieurs siècles et en prenant en compte les écrits et témoignages d'habitants de plusieurs pays pour en faire une synthèse.
Tout le reste n'est que nationalisme malsain ne reflétant aucunement les réalités de l'Histoire... celle qui avance, la vraie.
Etoile,
Je me retrouve dans beaucoup de vos considérations.
Re-bienvenue sur MDP.
Bien à vous.
Merci, Velveth :-)
Et pourtant, nous nous sommes bien "engueulés" sur le forum, n'est-ce pas ?
J'aime ceux qui ne pensent pas comme la pensée unique en vogue et qui nagent à contre-courant, seuls les poissons morts nagent avec le courant.
C'est au nom de ces "bonnes engueulades" que cette "re-bienvenue" vous était adressée !
@Etoile66
Je m'inscris en faux contre votre assertion : "il y avait en France davantage de collaborateurs (actifs et passifs) que de "résistants""
Comment pouvez-vous dire une telle chose ? Vous savez combien de complicités actives et passives avait un seul agent de liaison ? Evidemment, ils n'étaient pas répertoriés dans des régistres !
Il faut réfléchir avant de donner des leçons d'histoire !
Les archives de la police sous l'Occupation en ligne en 2015
Elles vont être ouvertes, plus de 75 ans après les faits, juste pour Paris. Je vous inviterais à y aller faire un tour.
Ceci aurait dû être fait bien plus tôt dans tout le pays, pour éviter tous ces mensonges, comme l'a fait l'Allemagne où tout citoyen avait le droit d'aller consulter - sur demande - les archives le concernant. C'est ainsi que des gens ont "découvert" que leur mari ou leur femme, leur chef ou leur employé, leur voisin, les avaient espionnés pour le compte du gouvernement. Et ce travail se poursuit encore, c'est comme une psychothérapie au niveau national.
Pour vivre dans ce pays, je peux vous assurer qu'une très large majorité de citoyens allemands saluent la libération du national-socialisme par les Américains comme une libération de la dictature qui opprimait leur pays. Des millions de jeunes ont été envoyés à la boucherie, des pères, frères, amis sont tombés sans qu'ils aient pu faire autre chose, ils étaient destinés à la guerre ou au peloton d'exécution. C'est pourquoi ils sont très, très reconnaissants aux Américains pour tout ce qu'ils ont fait pour eux, tout simplement au niveau humain, sans parler du pont aérien qui a ensuite nourri Berlin encerclé et affamé pendant plus d'un an.
En France, on tabouise, on retarde le plus possible l'accès à la vérité pour éviter que les "responsables" ne soient démasqués. La politique de l'omerta pour se complaire dans la "gloire" que s'attribuent certains.
C'est d'ailleurs pour cela, entre autres, que notre pays est celui qui consomme le plus de psychotropes en Europe, comme le constate un rapport de l'Assemblée nationale qui indique, entre autres:
"La France est le pays où l'on consomme le plus de psychotropes en Europe, l'Allemagne le pays où on en consomme le moins... Le rapport ajoute: "Il faut souligner que l'Allemagne, qui est le pays européen avec le plus faible niveau d'usage de psychotropes, est aussi celui où la psychothérapie est la plus utilisée."
En France, la délation a été très importante, et les "contes" sur la Résistance sont un mensonge profond. Combien n'y a-t-il pas eu de "résistants de la dernière heure"? Comme chante Dutronc: "Je retourne ma veste, toujours du bon côté".
A l'Ecole, dans les années 60-70 , j'ai appris en cours que NOUS étions des résistants. De la résistance en Allemagne, des camps de concentrations pour éliminer toute velléité de protestation, pas un seul mot. C'était noir et blanc, NOUS étions blancs, ils étaient noirs. Sans aucune remise en cause de ce qui avait précédé cette période que je citais plus haut.
On ne parlait que de la "gloire" du Général De Gaulle. Allez donc écouter aux USA et en GB comment ils considèrent le Général De Gaulle et sa "victoire". Sans les USA et les Britanniques, rien ne se serait passé. Mais en France, dans les cours d'Histoire de l'Ecole publique, on glorifiait le Général. L'UMP d'aujourd'hui poursuit sur cette lancée et veut même mettre ses écrits en Terminale pour le bac dans la partie "Littérature".
Car dans la partie "Histoire" il risquerait d'être "malmené" si les profs faisaient correctement leur boulot.
«J'ai vu des gens qui ressortaient en pleurant de la salle des archives, témoigne l'historien Jean-Marc Berlière. Par exemple, parce qu'ils avaient découvert les dessous d'une arrestation, d'une exécution, d'une trahison.
Certains arrivaient avec l'idée que leur grand-père avait été résistant et ils découvraient que ce n'était pas exactement la vérité... Se confronter à l'histoire, rappelle-t-il, «c'est sortir de la légende», avec tous les risques que cela comporte."
Vous semblez y baigner encore totalement dans la "légende"...
On ne peut traiter une période comme une tranche de saucisson, car elle est imbriquée dans un passé, un contexte, une pratique politique et sociale. Le nier témoigne d'une très, très courte vue, ce n'est pas celle d'un vrai Historien.
Vous diluez, vous assaisonnez, vous touillez, vous faites quelques détours en Allemagne, aux States, mais jamais vous ne répondez à mon argumentation !
Si c'est cela être un historien, vous feriez mieux d'être charcutier, vous y seriez sans doute plus à votre aise !
Et cerise sur le gâteau, vous supposez que je baigne dans je ne sais quelle "légende" ! Je crois plutôt que c'était vous qui y baigniez avant de retourner votre veste, d'où le zèle des renégats !
Moi, j'ai toujours gardé les yeux ouverts, toujours voulu aller au delà de l'histoire officielle, en me rendant compte aussi que ceux qui remettaient en cause, à juste titre, la "légende", s'étaient également laissés aller à quelques amalgames, approximations, facilités, se fondant beaucoup sur des rapports tendancieux, des chiffres sans grande signification ou de véritables dénis de réalité.
jamais vous ne répondez à mon argumentation !
Quelle "argumentation"?
Je trouve moi aussi que vous y allez un peu fort, avec vos mythes scolaires et vos Français majoritairement collabos.
Si vous voulez un mythe que pourfend la recherche récente, en voici un : qu'il fût évident en juin 40 pour toute la planète, sauf ces salauds de Français, que la guerre devait être poursuivie. Un exemple accablant : la correspondance par laquelle Roosevelt encourageait Churchill s'interrompt totalement, de son côté, entre le 15 juin et le 13 août.
C'est en reconstituant précisément les états d'esprits qu'on fait progresser, et le connaissance, et la réflexion. Non en lançant des anathèmes à l'emporte-pièce.
Il semble qu'on m'accorde que Mandel n'a pas été tué par la Milice.
Précisions : http://www.delpla.org/article.php3?id_article=422
Or à partir de cet exemple tout n'est-il pas à revoir ?
la description d'htler dans le film la chute d'olivier hirschbiegel (2004) vous par parait-elle exacte ? si vu evidement.
Vu !
et commenté au lendemain de sa sortie : http://www.delpla.org/article.php3?id_article=127
en résumé, un travail consciencieux, comportant des avancées, mais encore gangrené de visions traditionnelles et paresseuses.
En fait, les idées fausses sur le nazisme reposent surtout sur la croyance qu'Hitler était un imbécile ou un fou. Par contre le refus de la "sociologie" renvoie simplement à la négation de l'individu par la socio (surtout marxiste).
L'arrivée au pouvoir de l'individu Hitler ne nie en rien la prééminence du fascisme comme tendance globale à l'époque. Le romantisme a joué un rôle dans sa légitimité intellectuelle. Hitler en était une conséquence logique, pas une sorte d'agent autonome et indépendant. Son intelligence était assez banalement une maîtrise de ces références (Schopenhauer, Nietzsche, Wagner, darwinisme social...). Dire qu'il était un dilettante est une plaisanterie. Tout le monde est un dilettante (possède des référence multiples, voire hétéroclites). C'est le mythe de l'universitaire omniscient qui est une bêtise (le nombre de mythes historiques pointés en est la démonstration).
L'historien mélange ici l'explication du contexte et le manque d'identification de la problématique réelle de la prise du pouvoir par un individu spécifique. Le fait qu'Hitler représente le mal y est pour beaucoup. En fait, la même question se pose pour tout homme politique (et pas seulement pour Churchill comme seul pendant d'Hitler - sinon "sanctifié" par Hitler!).La question se pose sur Mitterrand: comment a-t-il pris le pouvoir entre des tendances diverses, pour Chirac, pour Sarkozy, etc.
N.B. Il semble qu'avec les affaires récentes (Bettencourt, etc.) on ait une partie de la réponse.
@ Jacques Bolo
J'apprécie cette perspective d'analyse. en effet, dans cet article, il y a des manques qui restent sans explication ni de réponses à mes questions antécédentes (voir plus haut). Une mise en plan de ce qui s'est passé depuis le 19 ième siècle aurait été bienvenue. Après l'appel du 10 mars 1932 dans le Vorwärts, l'organe du SPD, où Otto Braun, ministre-président social-démocrate de Prusse demanda de choisir entre Hindenburg (pour lequel il votera) et Hitler, une autre analyse pertinente de l'ambiguïté sociale-démocrate fut celle du social-démocrate Fritz Tarnow au congrès de son parti à Leipzig en 1931: "Maintenant nous sommes au chevet du capitalisme, non seulement comme médecin qui émet des diagnostiques, mais également -- comment dire? -- comme médecin qui veut guérir, ou comme héritier joyeux qui ne peut attendre la fin et qui préférerait activer les choses avec du poison? C'est par cette image que s'exprime notre situation." En somme l'alternative malheureusede la gauche était qu'elle se trouvait entre le sérieux tragique et le cynisme. Hitler a souvent utiliser les métaphores médicales sur la "tuberculose" politique, dont le patient ne meurt pas tout de suite et qui progresse "lentement" et d'une façon inquiétante, si le "bonheur amer" de la crise ne pousse pas la maladie à l'extrême.
Votre parallèle avec nos temps dits modernes(affaire Bettencourt etc.) ne manque pas de lucidité "entre le sérieux tragique et le cynisme".
Je vous répondrai en commençant par rappeler votre question sur
l’essai de René Girard Achever Clausewitz qui nous démontre une généalogie fort pertinente des guerres napoléoniennes jusqu’à la guerre Hitléro-mondiale
Voilà qui est au coeur de mes préoccupations. Il me semble qu'une telle généalogie écrase la spécificité du nazisme. Je vois ce dernier plus lié à un après qu'à un avant. Hitler, dans sa tête d'abord, au second semestre de 1919, invente une chose qui après lui va croître et embellir : la mondialisation de l'ennemi. Sous la forme, elle-même, d'un cerveau unique : le Juif s'oppose à la grandeur allemande, en un complot mondial. C'est vraiment, radicalement, neuf. Mais ensuite, l'humanité entière éprouve comme un besoin (ou une tentation) de se structurer dans un affrontement binaire : guerre froide puis, aussitôt, comme pour combler un vide, surgissement d'un ennemi islamiste rendu, pour les besoins de la cause, cosmopolite en dépit de son caractère géographiquement très circonscrit. Donc, un équivalent de ces 20 millions de Juifs, pour la plupart est-européens, censés pour Hitler miner l'espèce.
Le credo de Girard est de donner un sens à l'histoire à partir du Nouveau Testament. Le mien est plutôt d'essayer de penser le XXème siècle à partir du prophétisme hitlérien et de sa très imparfaite liquidation, elle-même induite par les moyens imparfaits utilisés pour le vaincre, tapis de bombes d'une part, procès de Nuremberg de l'autre -deux choses précieuses, permettant de garder espoir, mais il est grand temps, pour reprendre l'expression de Churchill, de finish the job.
Pardon pour ce silence, j'était parti évangéliser les foules http://www.39-45.org/viewtopic.php?f=22&t=25233&p=282385#p282385
Le rôle exceptionnel de l'individu Hitler ne ressort nulle part mieux que dans le traitement des Juifs. Bien sûr il prolonge les misères, verbales et autres, qu'on leur a fait au long des siècles.Mais il les radicalise à l'extrême. Une chose est de les considérer comme des ennemis, une autre de joindre le geste à la parole au point de les liquider tous en temps de guerre, y compris les nouveaux-nés et les vieillards. Pour cela il fallait bien un prophète de type religieux, égaré en politique, tel que la terre n'en avait encore jamais porté et n'en a pas porté depuis.
Dans cet ordre d'idées, on devrait plutôt considérer que le prophète est Nietzsche (ou Shopenhauer) et Hitler serait son saint-Paul.
Sinon, la terre a toujors porté beaucoup de prophètes religieux/politique/philosophique (c'est toujours mélangé): Bouddha, Confucius, Jesus, Mahomet - Platon, Aristote, Descartes, Voltaire/Rousseau, kant/Hegel, Shopenhauer/Nietzsche donc, Marx qui ont eu beaucoup plus d'influence qu'Hitler.
Mais l'époque récente a une sorte de fascination pour le mal qui valorise Hitler. C'est peut-être ça le problème.
Il y a politique et politique : ce n'est pas parce que les prophètes religieux ont quelque chose à dire sur la Cité qu'il cessent d'être des prophètes religieux ou qu'il ont une double casquette faisant d'eux, aussi, des hommes politiques. En cumulant le lancement d'une religion avec un pouvoir dictatorial absolu, dans un Etat qu'on peut classer au deuxième rang des puissances mondiales, Hitler réalise une performance absolument unique.
La seule comparaison possible serait avec Lénine mais on voit tout de suite ce qui cloche :
-d'une part l'idéologie n'est pas religieuse et se veut scientifique, même si elle verse dans la croyance et la foi du charbonnier plus souvent qu'elle ne le reconnaît (il n'y a rien d'équivalent chez Lénine, ni chez Staline, au lien organique proclamé entre Hitler et "la Providence");
-d'autre part la puissance russe n'arrive à aucun moment à la cheville de l'allemande (et surtout pas du vivant de Lénine.)
La comparaison cohérente serait plutôt Napoléon, qui est porteur de l'idéologie de la Révolution française. Il a eu beaucoup plus d'influence et de postérité qu'Hitler. Le nazisme n'est rien dans l'histoire (hors la fascination du mal déjà mentionnée). Mais je parlais plutôt de l'influence - donc Voltaire/Rousseau etc. plutôt que Napoléon qui n'est un exécutant qui dure aussi peu de temps qu'Hitler.
Le pb est bien la fascination pour le pouvoir, la politique, le people. C'est un peu un retour à l'histoire classique, biais fondamental des historiens. La tentative de la longue durée a fait long feu! Cela ne permet d'ailleurs pas de voir le mouvement réel qui est fait d'interactions. D'où le problème de savoir comment tel individu est arrivé conrètement au pouvoir. Ce qui exige une analyse spécifique et non ce qui risque fort d'aboutir à un essentialisme romantique et origine du fascisme même.
Eh bien l'influence de Hitler est, au contraire, énorme !
Certes, grâce essentiellement à une poignée d'Américains (Stimson et Jackson notamment) qui a voulu le procès de Nuremberg et l'a porté à bout de bras, le dévoilement immédiat de ses crimes en a fait un repoussoir difficile à réhabiliter, mais sa leçon est suivie sur l'essentiel, à savoir une opposition binaire entre soi et l'ennemi, un ennemi multiforme mais mondial , présente dans les deux camps de la guerre froide (rompant l'un et l'autre avec l'esprit et les leçons de Nuremberg) puis du "choc des civilisations".
Pour une analyse spécifique de l'arrivée de Hitler au pouvoir et de l'élargissement immédiat de celui-ci en violant ses engagements les plus solennels :
http://www.delpla.org/article.php3?id_article=55
http://www.delpla.org/article.php3?id_article=62
Cette opposition à l'"autre" était présente dans le marxisme/stalinisme (ou antérieurement dans les croisades - voir "choc des civilisations"/discours de Ratisbone). La différence est que le nazisme a échoué et n'a duré qu'une douzaine d'année (une trentaine pour le fascisme, cinquantaine au sens large de caudillisme).
Il est évident qu'Hitler était volontariste, puisque cela fait partie de l'idéologie nazie (ou stalinienne), et qu'il possède une stratégie consciente (comme tout homme politique). Mais il est aussi pris dans des phénomènes plus larges qui le dépassent lui et le parti nazi. Ce sont ces tendances lourdes qui permettent son audience. Sinon, on aboutit à une sorte de théorie du complot ou de la prédestination, dont le fondement me paraît être surtout qu'on en fait l'histoire après-coup! Si un homme particulier a réussi son coup, c'est parce ce que d'autres hommes tout aussi particuliers ont raté le leur (par ex. division des démocrates du fait du communisme).
Mais non !
C'est d'un ennemi mondial qu'il s'agit. Certes les monothéistes ont inventé Satan... mais celui-ci corrompt des individus un par un, il ne complote pas d'un bout de la planète à l'autre. Le Juif vu par Hitler, c'est vraiment une première.
Même topo chez les marxistes ou proclamés tels : le grand capital est beaucoup plus acéphale et moins comploteur avant 1919 qu'après 1945. Cela dit, c'est vrai que Staline est bon élève et voit volontiers en Hitler une incarnation du capital mondial, missionnée par lui pour détruire la "patrie du socialisme" : un Churchill est pour lui une "divine surprise", en laquelle il a du mal à croire jusque fort avant dans la guerre.
Quant au discours de Ratisbonne, il prend bel et bien place dans cette filiation : fruit du 11 septembre, qui lui-même, etc.
Je suis étonné de voir à quel point, dans les débats sur le nazisme, on s'affronte à coups de théories en négligeant les faits. Je me méfie moi-même, en général, des théories du complot... mais Hitler non, il est persuadé que les Juifs complotent contre la grandeur de son pays et il réagit lui-même en complotant à jet continu : pour l'essentiel, il prépare la guerre jour et nuit depuis le 30 janvier 33... et la majorité des observateurs d'aujourd'hui n'y voit toujours que du feu.
C'est quand même un homme de coups de théâtre, non ?
Un résumé de ce débat : http://www.delpla.org/article.php3?id_article=459