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«Harcelé à perdre la raison» , ou la terrible souffrance du jardinier



Il est rare de voir un documentaire avec autant d’émotion. « Harcelé à perdre la raison » dévoile la descente aux enfers de Jean-Michel Rieux, jardinier municipal, rendu fou de désespoir par le harcèlement de ses supérieurs hiérarchiques et de quelques collègues. Il tuera sa femme et ses deux enfants en 2003, et se pendra dans sa cellule quelques jours plus tard.

 

Ce n’est pas un simple drame. Le film retrace chronologiquement les évènements, l’engrenage de la mise à l’écart, l’isolement, la déshumanisation de celui qui aimait son métier, le faisait avec conscience, compétence. Jean-Michel Rieux avait choisi d’être jardinier et avait étudié en conséquence. Il aimait la nature, soutenait l’écologie, pêchait à la ligne. Il était heureux au travail et en famille, adorait sa femme et ses enfants, partageait ses loisirs avec ses amis. Il était doux, absolument pas déprimé. Jusqu’à ce qu’en 1999, son chef de service lui suggère d’adhérer à FO, « le syndicat maison » précise son père, Gérard Rieux. Déclinant l’invitation, il a préféré la CGT. Les ennuis ont commencé.

 

Mort à l’intelligence

 

Dès lors, sa carrière est entravée, ses congés maladie consécutifs à un accident deviennent suspects aux yeux de quelques collègues puis de ses supérieurs hiérarchiques. Injustices et vexations se multiplient. Il ne peut achever la formation qu’il avait entamée. Il ne peut plus faire de propositions constructives sur son travail sans qu’elles soient vécues comme des agressions. La hiérarchie ordonne à ses collègues de ne plus lui parler. C’est l’isolement, la mise à l’écart, sans donner d’explications. Progressivement, l’administration parle de « comportement posant problème », puis se focalise sur « le cas » Jean-Michel Rieux, tout en fermant les yeux et les oreilles sur le service des espaces verts. 

 

Chronique du fascisme ordinaire

 

Or le climat y est délétère, pour lui même comme pour ses collègues soumis à la bêtise humaine la plus noire, au racisme, au fascisme ordinaire. Jean-Michel Rieux affronte seul les moqueries incessantes vis à vis d’un handicapé qu’il est de bon ton de relayer si l’on ne veut pas d’ennuis. Il ne rit pas non plus de la plaisanterie quotidienne exigeant que l’un d’eux, le plus faible, toujours le même,  baisse son pantalon pour vérifier « qu’il en a ». Lui même fait l’objet d’attaques racistes car sa femme est d’origine algérienne. Un tract placardé pendant trois semaines dans le vestiaire des espaces verts, inaccessible car mis sous clé, instaure un nouveau permis de conduire : « si vous écrasez un Arabe : + 2 points, le couple : + 3 points, la femme avec la poussette : +… ». Alertée par Jean-Michel Rieux, le médecin du travail, Marie-Hélène Delhon, peine à recopier cette infamie et cherche à rencontrer le chef de service sur le champ. Peine perdue, il est absent.

 

La peur en guise de management

 

La peur suinte sur l’écran où l’on voit des collègues témoigner de dos, sans visage.  Ils dévoilent ainsi ces faits devant la caméra, bien qu’ils aient tous été promus après le suicide collectif pour qu’ils se taisent. Certains veulent oublier, d’autres n’y arrivent pas, beaucoup craignent d’être à leur tour harcelés. On découvre, par ces témoignages filmés, que ce type de management n’est stoppé que par la menace physique. Un agent du service, à qui certains répétaient que sa femme le trompait avec n’importe qui, est arrivé un matin avec son fusil. Il a été hospitalisé sur le champ, puis le jeu s’est calmé, la peur a changé de camp. Malgré son refus, Jean-Michel Rieux a été muté d’office à la déchetterie et relégué à l’isolement. Tout un symbole pour celui qui aimait les plantes et la nature. Il prendra son poste le 6 janvier 2003 avant d’être arrêté pour dépression. Le 28 février, il poignarde sa femme, ses enfants et tente de mettre fin à ses jours. Il y parviendra en prison le 12 mars 2003. En terme médical, Jean-Michel Rieux a été victime d’une « décompensation ».

 

La violence et le droit

 

Jean-Michel Rieux n’est pas mort couché. Pendant plus de trois ans, il a alerté l’administration, la municipalité. En vain.  Seuls quelques délégués CGT et le médecin du travail, Marie-Hélène Delhon, l’ont entendu, sont intervenus. En vain également.  Après les tragiques évènements, Marie-Hélène Delhon a été dénigrée par l’administration, et finalement «  remplacée ». La famille a voulu faire condamner le harcèlement de Jean-Michel Rieux. La Cour de Cassation a confirmé le non-lieu prononcé par le juge d'instruction puis la Cour d'appel.  On ne s’attaque pas aisément au  pouvoir local.

Mais si la justice n’a pas vu de harcèlement moral au terme de neuf ans de procédure,  le réalisateur, Daniel Kupferstein, en a démonté la mécanique, en filmant les témoignages de  la famille, des collègues de travail, des amis. Plusieurs années après, l’émotion est intacte. Et le déroulé chronologique clarifie l’engrenage, les responsabilités. Tout en contribuant à l’éclatement de la vérité, ce documentaire témoigne d’une forme de gestion du personnel de plus en plus répandue qui vise à détruire les individus.

 

 

Marie-Hélène Delhon, médecin du travail, a suivi cette affaire de bout en bout. Elle en a écrit un livre, témoignage essentiel.

 

Image du Blog affairerieux.centerblog.net

 

Dès son premier entretien, le médecin du travail, Marie-Hélène Delhon, conseille à Jean-Michel Rieux d’écrire tous les faits pour comprendre ce qu’il se passait et conserver des preuves. Elle le suivra de bout en bout jusqu’à la fin, annotant ses impressions,  interpelant par écrit l’administration, l’adressant à un psychiatre, évoquant cette affaire dans les différents organismes paritaires.

Elle prendra plus tard la plume pour décrire dans un style limpide, sans jargon médical ni administratif, mais avec rigueur, les faits tels qu’ils se sont déroulés chronologiquement. 

Elle nous livre ainsi un témoignage imparable, bouleversant, sur la souffrance de Jean-Michel Rieux attentive au moindre de ses gestes. Elle analyse également son propre rôle,  voit ses limites face à une administration qui manipule ses recommandations pour renforcer le harcèlement, au point de rendre Jean-Michel Rieux méfiant vis à vis du seul soutien sur lequel il pouvait compter. Dans une deuxième partie, Marie-Hélène Delhion confronte les décisions judiciaires à la réalité des faits.

Son livre, qui se lit d’une traite, démonte la mécanique infernale pour broyer les individus.

À lire absolument.

 

 

Le film sera diffusé :

Le samedi 5 octobre à 17H au Cinéma Kursaal, Place Granvelle à Besançon (25000) dans le cadre des 16èmes rencontres du CCPPO (Centre Culturel Populaire né avec le quartier populaire de Palente les Orchamps) . Contact : CCPPO, 48 rue Anne Franck, 25000 Besançon. Tél 03 81 80 46 93. Mail :  roger.journot.ccppo@free.fr

Le mardi 22 octobre à 20H à Paris 14ème dans le cadre de la 10ème journée européenne de la dépression au cinéma l’entrepôt, 7-9 rue Francis de Pressensée. La projection sera suivie d’un débat avec les parents de Jean-Michel Rieux et de Marie Pezé, psychologue. Contact : Association française contre la dépression et les troubles bipolaires 4, rue Vigée Lebrun - 75015 Paris. Tél 01 40 61 05 66. Site Web : www.france-depression.org.  Contact : info@france-depression.org  


On peut également se procurer le DVD, 15 € + frais de port, en le commandant par mail 

à Daniel Kupferstein :  danielkup@hotmail.fr 

 

Pour le livre, 20€,  écrire à Marie-Hélène Delhon : docteurmhdelhon@laposte.net

 

 

 

Tous les commentaires

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31/10/2012, 18:52 | Par Françoise Degert en réponse au commentaire de profil_inactif_129016 le 31/10/2012 à 18:22

Vous pouvez vous procurer le DVD ou organiser une projection dans une salle...

 

Ce commentaire a été dépublié par son auteur.

01/11/2012, 05:51 | Par aires.isabelle@wanadoo.fr en réponse au commentaire de theo tymen le 31/10/2012 à 22:05

Ce phénomène est généralisé depuis le début du monde," les fumiers "seraient" alors "ceux qui ne font rien en constatant la souffrance morale, oû qu'elle soit,pas forcément sur un lieu de travail,  donc pas plus fumiers que ça,comme par hasard!, pourquoi ceux qui ont besoin d'aide ne la demandent pas?   pour commencer, on pose la question?  Comment avoir confiance , avoir l'énergie, le soutien de son entourage, à condition d'en avoir un,pourquoi le repli sur soi etc etc, pourquoi le monde est monde, pour faire court!   

02/11/2012, 19:52 | Par cereb en réponse au commentaire de theo tymen le 31/10/2012 à 22:05

à polig

oui

parce que ILS ont un nom ! ils méritent ceux là d'être accusés publiquement !

mis au tribunal!

MAIS dans notre si doux pays , il manque une procédure au moins  ! je ne sais plus laquelle ,mais elle manque.

pAS SEULEMENT contre le  ('il y en a toujours UN/UNE) qui a commencé en bon "sadique" ricanant ,mais contre ceux qui l ont suivi!

Ils ont 4 morts sur la conscience !

Si toutefois , ils ont une conscience !

Chose dont il est permis de douter au vu des faits !

Là , pour mon parccours de vie , je vois une dédradation sociale ;car autrefois j ai au contraire connu ,et vu une réelle solidarité contre le petit chef teigneux roulant des mécaniques !  chef kapo ayant trouvé sa tête de turc!

 

31/10/2012, 19:35 | Par D Morsi

Terrifiant ! 3 ans de CALVAIRE + toutes les autorités prévenues + personne ne bouge. 

TERRIFIANT ... Une famille décimée pour RIEN. Les familles restantes en pleine et constante détresse. Quel pays ! Ne rêvez pas, c'est la France. La France de la léthargie qui conduit à tous les drames. Ni responsables, ni coupables. RIDEAU.

01/11/2012, 05:53 | Par aires.isabelle@wanadoo.fr en réponse au commentaire de D Morsi le 31/10/2012 à 19:35

Rideau?    les services de psy font l'éponge en attendant!

01/11/2012, 05:58 | Par aires.isabelle@wanadoo.fr en réponse au commentaire de aires.isabelle@wanadoo.fr le 01/11/2012 à 05:53

On aimerait bien avoir plus de lits , de personnel , de soutien pour accompagner ceux qui bouchonnent les urgences, excusez -moi pour la familiarité, mais la violence de notre société se retrouve concentrée dans les services de soins, régulés, fin de parcours, début de la prise en charge, les urgences psy!   on va pas faire un dessin , la réalité est telle que nous sommes aussi en burn out!

31/10/2012, 21:04 | Par philoucrest

     à votre avis, qui sont les véritables assassins? peut-être ont ils déjà trouvé un nouveau souffre-douleur, assurés qu'ils sont de l'impunité...le crime parfait, en somme!

     cette lâcheté qui a conduit à la destruction d'une famille entière est à vomir, malheureusement, ce n'est pas un cas isolé, les faits divers en attestent trop souvent hélas

     que fait la justice? doit-on montrer du doigt sa prétendue indépendance face à de telles exactions?

02/11/2012, 19:57 | Par cereb en réponse au commentaire de philoucrest le 31/10/2012 à 21:04

Sans des "preuves" et donc une plainte reçue /enregistrée que peut faire la justice?

Que se passait -il chez l'empereur de Septimanie?peut être?sans doute?

hein! les beaux "rois" que voilà!

Même nus , ce qu ils sont ,ils s'adorent eux mêmes!

04/11/2012, 22:33 | Par m delhon en réponse au commentaire de cereb le 02/11/2012 à 19:57

Il ne s'agit pas de l'empereur de septimanie (qui est mort) mais d'un de ses ennemis politiques...

Et des preuves, il y en avait ! mais les juges n'ont pas voulu les voir.

09/05/2014, 13:30 | Par cereb en réponse au commentaire de m delhon le 04/11/2012 à 22:33

je parlais d'une complaisance de la nature humaine pour son bas fond intérieur!

mon  exemple ne se souci pas d'exactitude historique !

Tand d'exemples sont possibles d'ailleurs ,y compris chez des gamins de coours de récréation!

Sauf que là parfois on peut punir l'humiliateur!ou LES mais un par un ,mieux vaut!

enfin ...

09/05/2014, 13:36 | Par cereb en réponse au commentaire de sinoué le 31/10/2012 à 23:57

 

C'est cela

En ce moment j'appuie  une amie pour un comportement moins marqué mais tout aussi douloureux

Il est à craindre que notre société "détériorée" ...(je n'entre pas dans ce débat : elle l'est par rapport à un certain passé que j'ai connu)  ne cache de nombreux cas de ce genre !

 

qui a dit "les imbéciles ,rien ne les arrête ; c'est même à ça qu'on les reconnaît"

Il n'y aura pas assez de sévérité pour ces" bruts"

01/11/2012, 06:10 | Par aires.isabelle@wanadoo.fr en réponse au commentaire de chiara.v le 01/11/2012 à 00:56

Hop,Hop, un doux peut se montrer sadique ou tueur à ses heures , c'est mal connaitre la psychée humaine, sachez que même en psy, on est toujours surpris , heureusement d'ailleurs, rationnaliser et demander à la justice de condamner !qui? qui a fait quoi? comment, pourquoi, pourquoi un être n'est pas fait comme on aimerait qu'il soit, c'est bon, pas une minute , la justice ne réparera ni les dégats et ne remettra" d'équerre"  personne,pas même un comportement, des croyances,   aller chercher le mal là oû il se loge, vaste programme!

02/11/2012, 20:04 | Par cereb en réponse au commentaire de aires.isabelle@wanadoo.fr le 01/11/2012 à 06:10

OUI et bien il faudrait le faire

comme cela doit se faire , ce n 'est pas impossible !

La démarche entreprise aurait pu et dû aboutir!

cela s'est vu ailleurs!

Il ne s agit pas de refaire le monde :il s'est agit d'un cas précis avec des circonstances précises

 

CE qui a manqué sans doute ,on peut le penser ,ce sont des enregistrements videos/audios!

comme d'hab!

A  l école des témoignages peuvent suffire si le responsable hiérarchique suprême est honnête ,habile , avec du doigté: car on connaît ça chez les futurs voyous: dénuder les "c" pour "prouver" la virilité ...du dénudeur !

un bon tic d'obs qui mérite une forte sanction!

01/11/2012, 10:28 | Par Françoise Degert en réponse au commentaire de chiara.v le 01/11/2012 à 00:56

La justice a fermé les yeux et prononcé des non-lieux, même en cassation. La deuxième partie du livre de Marie-Hélène Delhon démonte ce déni de justice.

01/11/2012, 01:02 | Par Dominique C

Merci de cette information...

01/11/2012, 08:46 | Par Patatras

il est invraisemblable que la justice ait couvert ces saloperies -

donc j espere que le procès de clichy aura lieu à ciel ouvert;

qu a donc fait ce pays pour avoir une justice si veule ? depuis petain,  si peu a changé !!!!

01/11/2012, 09:26 | Par joelle.lanteri@orange.fr

c'est la pire des machines humaines juste apres les camps de concentrations.il nous faut ce type de témoignage pour empecher cette mécanique de s'installer sur le lieu du travail.les gens glissent aisement sur ce versant bravo pour ce film qui augmente notre prise de conscience.

02/11/2012, 20:06 | Par cereb en réponse au commentaire de joelle.lanteri@orange.fr le 01/11/2012 à 09:26

A vomir!

pas le film!

les FAITS!et leurs auteurs!

 

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01/11/2012, 10:40 | Par ASTORIA

Bon article et commentaires riches, je voudrais seulement dire qu'il faut redouter en période de crise l'augmentation des risques professionnels psycho sociaux en entreprise ou dans l'administration.

Les relations y sont actuellement exacerbées  et le 'fascisme ordinaire jamais très loin. En tant qu'élu d'un CHSCT, j'ai vu combien un audit psycho-social externe ne va pas au fond, tant le management s'efforce de manipuler l'évolution même de l'audit et de fuir ses reponsabilités.

Mais un élu doit aller le plus loin possible. J'étais près de la retraite donc rien à perdre hors un pôt de départ .

Ensuite ?...ce fut un flop.

Tous coupables DG ,DRH etc...et même des DS complices.

Quel monde on se fabrique ! je dirais après  Juliette. 

 

01/11/2012, 12:42 | Par SamJoffre

Sur le sujet des nouvelles formes de management et de la souffrance de plus en plus omniprésente au travail, il existe un remarquable documentaire  : La mise à mort du travail. 

Première partie : 

http://www.youtube.com/watch?v=P7G4MZnDLJM&feature=related

Deuxième partie : 

http://www.youtube.com/watch?v=gPVYh-j_HfA&feature=relmfu

 

01/11/2012, 12:51 | Par Yvon JOSEPH-HENRI

Il semble qu'on omette de s'interroger sur le rapport entre ce drame et la volonté d'une hégémonie syndicale. Non qu'il s'agisse de désigner un syndicat plutôt qu'un autre, mais de souligner que les syndicats ne sont rien d'autres que des institutions humaines et que les  hommes sont ce qu'ils sont. La soif du pouvoir existe aussi malheureusement dans les syndicats. Comment ne pas s'interroger sur l'antinomie entre déshumanisation d'un comportement et appartenance syndicale ? Le syndicat est censé être fait pour l'homme et voilà qu'il se retourne contre l'homme ! Et, c'est plus courant qu'on ne le pense, car la bêtise humaine se niche souvent où on ne le penserait pas.

Autre questionnement, le refus du monde politique d'intervenir.

Finalement, et avec la crise et le chômage, la peur s'installe face à l'arrogance et à la morgue prétentieuse de ceux qui se croient détenteurs d'un quelconque pouvoir. On oublie trop vite qu'une démocratie n'appartient qu'à ceux qui sont la base: peuple ou électeurs ou syndiqués. Mais on oublie tout aussi vite qu'une démocratie n'existe et ne vit que si chacun prend ses responsabilités en s'occupant de la chose publique et en dépassant ses peurs personnelles. Sans solidarité, sans courage, il n'y a pas de société, ni de syndicat.

Comment réinstaller ces valeurs au sein d'une société qui entend réduire au silence ceux qui dérangent ? La vraie démocratie permet à toutes les minorités de s'exprimer faute d'exploser. Il convient les uns et les autres de retrousser nos manches, inlassablement pour dénoncer et promouvoir un monde plus humain.

02/11/2012, 20:10 | Par cereb en réponse au commentaire de Yvon JOSEPH-HENRI le 01/11/2012 à 12:51

A Yvon

vous avez entièrement raison

LE DENI souvent est le signe et la clé de ces dérives!

faut il encore le dénicher !

Il lanque des associations capables juridiquement d'agir en justice par une plainte du groupe anonymé pour avoir un bouclier défensif!

01/11/2012, 12:55 | Par Fantie B.

***

04/11/2012, 10:13 | Par Signé F

La Cour de Cassation a finalement prononcé un non lieu.

La Cour de Cassation ne juge que sur l'application du Droit par les juridictions du premier degré, et du second degré. En d'autres termes si une juridiction n'applique pas le Droit , la Cour de Cassation casse le décision prise par cette juridiction. La Cour de Cassation ne se prononce pas sur une instruction, sur le fond de l'affaire, sur les faits.

Il ne peut pas y avoir de décision de non lieu de la Cour de Cassation.

Un juge d'instruction? La chambre de l'instruction?

04/11/2012, 22:19 | Par m delhon en réponse au commentaire de Signé F le 04/11/2012 à 10:13

Effectivement, c'est d'abord un juge d'instruction qui a prononcé un non-lieu ; puis, la chambre de l'instruction, au lieu de se prononcer sur le non-lieu, a décrété que la plainte des parents n'était pas recevable (ni en tant qu'ayants droit, ni en tant que victimes par ricochet !) ; puis, la cour de cassation a cassé cet avis ; puis, une seconde chambre de l'instruction a confirmé le non-lieu ; puis, la cour de cassation l'a entériné ; maintenant, l'affaire est à la cour européenne des droits de l'homme. C'est un parcours judiciaire de 9 ans.

05/11/2012, 12:19 | Par Françoise Degert en réponse au commentaire de Signé F le 04/11/2012 à 10:13

Vous avez tout à fait raison et j'ai rectifié l'article en conséquence. Cela dit, il arrive, certes très rarement, que la Cour de Cassation trouve un moyen juridique (il y en a toujours) pour casser une procédure manifestement injuste. Dans ce cas, l'arrêt de la Cour n'est pas publié dans les recueils pour ne pas casser la jurisprudence. Ceci m'a été dévoilé lorsque j'ai fait un stage à la Cour de cassation, il y a bien longtemps déjà...

05/11/2012, 19:12 | Par Signé F en réponse au commentaire de Françoise Degert le 05/11/2012 à 12:19

Merci pour vos précisions, surtout de la part d'une personne ayant fait un stage à la Cour de Cassation!

Le harcelement moral est une plaie de notre société, qui se garde bien de la voir et de la soigner. Je travaille actuellement sur un dossier dans lequel il apparait deux suicides de jardiniers- oui! c'est une vérité de mon enquête qui vient en écho sur vos écrits. Ce harcelement concernant ces deux personnes a donné lieu à une enquête du CHST... rapport transmis au Ministre car il s'agissait de deux fonctionnaires du Ministère. Ce Ministre s'est empressé d'enterrer ce rapport concernant ces deux jardiniers. Les syndicats disposent d'une copie de ce rapport.

Le harcelement moral n'est pas pris en compte dans les maladies professionnelles de la CPAM... pas plus que l'accident du travail et le suicide sanction ultime de la soufrance au travail.

05/11/2012, 22:35 | Par jamesinparis

Drame terrible. Engrenage effrayant. Merci pour ce billet.

En train de me remettre d'une "dépression réactionelle" depuis le mois d'avril... rendez-vous au Prud'hommes le 21 février 2013.

Entre soucis de santé ("dépression réactionnelle", et la découverte des anti-dépressuers et somnifères), les différentes démarches médicales (suivi psychologique par une psychologue spécialisé dans la souffrance au travail, suivi médical par une psychiatre également spécialisée), les démarches administratives, la constitution d'un dossier juridique, les frais d'avocat pour y voit claire et défendre ma position,... tout cela est assez épuisant. Je serai content quand la page sera tournée.

Il faut être à la fois buddha, philosophe et avocat. Et si possible indestructible... Combien n'y parviennent pas ?

05/11/2012, 22:48 | Par Axel J

Oui,

comme plusieurs intervenants le disent sur ce fil, je peux témoigner moi aussi que "c'est cela, les nouvelles méthodes de management par le harcèlement".

C'est depuis qu'on ne peut plus compter sur la solidarité de classe (basée sur le rêve communiste), ni sur les syndicats (corrompus et achetés).

Les dominants ont le champ libre, et en plus ce ne sont plus les paternalistes d'antan, qui étaient déjà durs mais qui avaient une morale.

Aujourd'hui les dominants sont carrément des gangsters cyniques pour qui seul l'argent facile et rapide compte.

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06/11/2012, 09:02 | Par profil_inactif_145012

 

Les harceleurs sont un peu comme les chiens en meute qui sentent la peur -- plus on a peur, plus on est mal à l'aise plus ils s'acharnent.

Cet homme en apparence comme tout le monde devait avoir au départ un déséquilibre caché que ses agresseurs ont deviné, le poussant à la folie ultime et à l'assassinat.

06/11/2012, 11:08 | Par Axel J en réponse au commentaire de profil_inactif_145012 le 06/11/2012 à 09:02

Oui, c'est comme ça que fonctionne la nature humaine quand elle est abandonnée à elle-même sans direction, sans idéal, sans cadre

(sans patrons dignes, sans syndicats dignes de ce nom).

06/11/2012, 14:44 | Par profil_inactif_145012 en réponse au commentaire de Axel J le 06/11/2012 à 11:08

Il y a de tout dans la nature humaine... Et dans ce cas-ci, la nature humaine n'est pas abandonnée à elle-même puisqu'au contraire elle est poussée dans des directions infernales par des bandes de fascistes organisés... (fascistes dans le sens large de comportements fascisants qui favorisent l'émergence de sociétés faschistes). 

 

 

06/11/2012, 11:50 | Par Françoise Degert en réponse au commentaire de profil_inactif_145012 le 06/11/2012 à 09:02

Autrement dit, la faute en revient à celui qui a un problème "d'équilibre" ? Ce n'était pas le cas en l'occurence, et cette explication simpliste renverse la responsabilité du harcèlement en faisant la part belle aux harceleurs. On peut tout expliquer par la psychologie, y compris les crimes abominables. Ce que vous dites revient à se contenter d'expliquer un crime par le passé du criminel, sa petite enfance  ou autres faits, sans rappeler qu'en société, on ne tue pas son voisin, un enfant...

L'individualisme à outrance est à la mode.  Mais il est temps de rappeler que l'homme est un animal social avant tout. Psychologiser au maximum la souffrance au travail revient à isoler davantage la personne harcelée. Le harcèlement, voire la torture, n'est pas qu'une affaire entre deux individus. C'est également la responsabilité collective de ceux qui y assistent et n'interviennent pas au moment des faits pour y mettre un terme. Assister sans réagir c'est accepter, conforter le harceleur. Les spectateurs ont à leur tour un sérieux problème "d'équilibre". Et pour longtemps. 

L'intervention des "psys" est importante, pour soigner, redonner confiance aux victimes. On constate d'ailleurs que la généralisation du harcèlement  booste ce "marché" actuellement en forte expansion. L'explication psychologique ne mettra pas un terme au harcèlement. On ne peut pas s'en contenter. L'action passe par la prise de conscience et l'implication de tous sur le terrain, au niveau de la justice qu'il serait temps de réveiller, et mettre un terme à ce comportement totalement associal. Le harcèlement est un symptome : ce ne sont pas les invidus qui sont malades, c'est toute la société. 

 

06/11/2012, 11:59 | Par Axel J en réponse au commentaire de Françoise Degert le 06/11/2012 à 11:50

Oui, c'est toute la sociéte qui est malade, quand on n'est plus capable face à un individu fragile, que de le pousser à la folie et au suicide.

Une société en bonne santé, au contraire, face au cas d'un individû fragile, sait le prendre en compte et lui offrir intégration et humanité.

-

Même chose à l'échelle de l'entreprise.

Une entreprise (ou un service municipal) en bonne santé et non malade, est capable d'intégrer tous types de personalités, jusqu'aux plus fragiles, au lieu de ne sélectionner que les brutes épaisses.

06/11/2012, 14:54 | Par profil_inactif_145012 en réponse au commentaire de Françoise Degert le 06/11/2012 à 11:50

Françoise Degert

 

Non, il n'est pas question de dire que "la faute revient à un problème d'équilibre". Ce n'est pas du tout le sens de mon commentaire. Ce que je tiens à souligner, c'est que les harceleurs savent choisir leurs cibles et leurs victimes....  Ils ont une sorte d'intuition de qui peut être plus ou moins vulnérable. Prenez l'exemple du harcèlement sexuel -- un harceleur choisira a priori une victime timide plutôt qu'une personne qui le regardera en pensant : "tu veux une claque ?"... Cela dit, tout dépend aussi de la position d'autorité du harceleur, rien n'est simple.

 

Le harcèlement est odieux, et n'est en rien "la faute" de la personne harcelée. La société française ne prend pas ces problèmes au sérieux, ni l'agression verbale, d'ailleurs, comme je le constate sur les fils de Mediapart. Mais l'agression verbale est la première étape de la violence et du harcèlement.

 

06/11/2012, 19:34 | Par Françoise Degert en réponse au commentaire de profil_inactif_145012 le 06/11/2012 à 14:54

Tout à fait d'accord, la société française devrait se pencher d'urgence sur ce problème et se donner les moyens de le résoudre...

13/11/2012, 16:25 | Par Serge ULESKI

La vérité, c'est aussi et surtout dans les faits divers que vous la trouverez.

Vous vous demandez dans quel monde vous vivez, dans quel pays, dans quelle ville, dans quel quartier ? Intéressez-vous donc aux faits divers et ne relâchez pas votre attention ! Car tous ces faits divers sont aussi et surtout, des faits emblématiques de notre société qui demeure - quoi qu'on en dise - indomptable malgré tous ses garde-fous.

Miroir déformant ou pas, le fait divers - pour peu qu'un traitement responsable lui soit réservé - viendra nous rappeler des logiques de comportement que l'on croyait révolues, une géographie urbaine ou rurale insoupçonnable, des conditions de vie scandaleuses mais aussi : mille transgressions, mille intolérances, mille traumatismes, mille injustices...

Si la rubrique des faits divers est souvent celle des pauvres et des fous, rubrique-tombeau que personne n'ira fleurir, elle est aussi celle de toutes les solitudes et de tous les isolements...

Et c'est la gorge nouée et le coeur à genoux que l'on referme cette rubrique de l'effarement.

19/11/2012, 22:13 | Par m delhon

Le vendredi 16 novembre 2012, le film "Harcelé à perdre la raison" a été projeté en avant-première à Béziers, ville siège du drame.

Une foule de 700 personnes s'est déplacée. La salle étant trop petite, 100 personnes ont dû repartir. La soirée fut exceptionnelle d'émotions, d'échanges et de témoignages.

Marie Pezé et Stéphane Taglaviacca (qui a écrit : "Harcelé. Comment mon patron a fait de ma vie un enfer...") s'étaient déplacés à Béziers pour soutenir la famille de Jean-Michel Rieux et le film de Daniel Kupferstein.

Mais quelle information après cette mobilisation exceptionnelle ? A ce jour, aucune. Comment arriver à médiatiser cette affaire pour faire réfléchir les harceleurs et éviter d'autres drames ?

20/11/2012, 09:43 | Par Axel J en réponse au commentaire de m delhon le 19/11/2012 à 22:13

Patience!

D'autres affaires ont été médiatisées, je pense par exemple à La Poste, à Renault, à Orange-France-Telecom. Petit-à-petit l'idée fait son chemin, les petits-chefs sont obligés de s'armer de plus en plus de précautions, etc.

Merci pour le suivi.

29/04/2014, 19:23 | Par JAVALOYES

Cela m'a fait pensé à l'affaire Tally en Martinique il y a 20 ans.

 

 

09/05/2014, 13:43 | Par cereb

Un grand Merci POUR LE SUIVI DE CE CAS

QUELLES que soit les circonstances ,nous ne devons pas laisser passer des choses aussi graves quand nous en avons connaissance.

 

Dans ce que je dis là , il n'y a aucune fanfaronnade.iL FAUT ESSAYER ;

Par expérience , je sais combien c'est difficile ;le don quichotisme n'a rien à voir dans ma position.

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