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Définition de la science économique

"L'économie est la science qui étudie comment des ressources rares sont employées pour la satisfaction des besoins des hommes vivant en société.

Elle s'intéresse d'une part aux opérations essentielles que sont la production, la distribution et la consommation des biens, d'autre part aux institutions et aux activités ayant pour objet de faciliter ces opérations.

L'observation la plus sommaire de la vie économique sous les divers régimes existant aujourd'hui reconnaît une juxtaposition d'individus très nombreux qui agissent avec une certaine autonomie, mais à l'intérieur d'un cadre institutionnel complexe organisant les interdépendances entre eux.

En tant que science positive, c'est à dire explicative, l'économie doit donc analyser les comportements d'agents jouissant d'une certaine liberté mais soumis à des contraintes que la nature et les institutions leur imposent. Elle doit étudier les conséquences qu'ont ces comportements individuels sur l'état qui se réalisera dans la collectivité.

En tant que science normative, l'économie doit s'interroger sur la meilleure manière d'organiser la production, la distribution et la consommation. Elle doit nous fournir les moyens conceptuels permettant un jugement sur les avantages comparés des diverses formes d'organisation.

Dans sa double recherche explicative et normative, notre science a été amenée à attribuer un rôle central aux prix qui président aux échanges de biens entre agents. Ces prix reflètent pour les individus, de manière plus ou moins exacte, la rareté sociale des produits qu'il achète et qu'il vend.

La théorie des prix et de l'allocation des ressources, dite improprement théorie microéconomique, a pour principal objet l'analyse de la détermination simultanée des prix et des quantités produites, échangées et consommées. Ell est dite microéconomique parce qu'elle prétend respecter dans ses formulations abstraites l'individualité de chaque bien et de chaque agent. Cette condition paraît requise a priori pour une étude logiquement fondée des phénomènes en question. Par opposition, le reste de la théorie est le plus souvent macroéconomique, raisonnant directement sur des agrégats de biens et d'agents."

Edmond Malinvaud,

in "Leçons de théorie microéconomique"

Dunod, quatrième édition, 1982

 

 

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22/11/2011, 14:23 | Par XavXav

"L'accent traditionnellement mis sur le couple besoins/rareté a amené de nombreux économistes à donner une définition très appauvrie de leur discipline

 


L'écart séparant le grand nombre de besoins à satisfaire et la rareté des ressources pouvant être affectées à cette satisfaction a amené de nombreux économistes à donner une définition très appauvrie de leur discipline. Il en résultera des effets non négligeables pour les autres sciences sociales.

 


Dans son Essai sur la nature et la signification de la science économique (1922), Lionel Robbins (1898-1984) la définit ainsi comme « la science qui étudie le comportement des individus en tant que relation entre les fins et les moyens rares à usages alternatifs ». Plus près de nous mais dans la même perspective, Raymond Barre (1924-2007) écrira, dans son Économie politique (1955), que « la science économique est la science de l'administration des ressources rares. Elle étudie les formes que prend le comportement humain dans l'aménagement de ces ressources; elle analyse et explique les modalités selon lesquelles un individu ou une société affecte des moyens limités à la satisfaction de besoins nombreux et illimités. »

 

À cet appauvrissement de la définition va évidemment correspondre, tout particulièrement chez les « néoclassiques » (courant de pensée qui est dominant tant par ses écrits que par ses positions institutionnelles, notamment dans l'enseignement supérieur), un appauvrissement du contenu.

 

Dès le début des années 1870, ils raisonneront mathématiquement, de façon intemporelle et hors de tout ancrage socio-politique, sur des « homo oeconomicus » supposés rationnels, c'est-à-dire censés chercher continûment à maximiser, soit leur bienêtre matériel (cas du consommateur type), soit leur profit (cas du producteur type), et ce dans un cadre qui est la plupart du temps celui de la « concurrence pure et parfaite ».

 

Selon eux, ce cadre et ces comportements sont à même d'engendrer une situation collective optimale au sens de Vilfredo Pareto (1848-1923) : une situation dans laquelle on ne peut pas augmenter la satisfaction d'un consommateur ou le profit d'un producteur sans détériorer le sort d'au moins un autre acteur.


S'il s'agit à l'évidence d'un appauvrissement, les conséquences sort cependant loin d'être anodines, ce que l'on peut illustrer par deux exemples fondamentaux:

 

- Bâti à grand renfort d'équations et de courbes, ce type de discours va très vite revendiquer (certes à tort) un statut scientifique et ainsi pouvoir prétendre montrer la voie aux autres sciences sociales (par exemple à la sociologie, lors de sa naissance);

 

- Cet appauvrissement sera également (mais paradoxalement) à la source des prétentions impérialistes de cette discipline. Pour exemple, cf. les écrits de Gary S. Becker (né en 1930. Prix Nobel d'économie en 1992), qui entendent rendre compte de l'ensemble des comportements humains grâce au paradigme « néoclassique » de « l’homo oeconomicus » (d'où la naissance d'une économie de la délinquance, de la nuptialité, de la fécondité, etc.). "

 

In "Introduction aux sciences sociales" (pages 64 et suivantes), Jean-Yves Phelep, Educagri éditions, 2009

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