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Le modèle allemand en question (1): Travailler moins pour gagner moins?

Dans un très récent rapport, vantant lui aussi le «modèle allemand», le Conseil d'analyse économique (CAE) suggère des concessions sur le temps de travail et les salaires pour absorber les chocs conjoncturels. Le CAE croit pouvoir constater que l'Allemagne a contenu la poussée du chômage pendant la crise grâce à un compromis accepté par les syndicats. Ceux-ci auraient accepté des sacrifices sur les salaires en contrepartie d'un engagement des entreprises de préserver l'emploi.

La formule gagnante, qui pourrait bien inspirer le programme «social» de l'actuel Président français pour les prochaines échéances électorales, pourrait donc être : «travailler moins et gagner moins... pour préserver son emploi».

L'analyse faite par le CAE rejoint celles qui sont proposées par des institutions aussi opposées que le cabinet COE-Rexecode (proche du patronat) et Alternatives Économiques, mensuel pédagogique de gauche bien connu des étudiants. L'Allemagne aurait fortement comprimé les salaires et utiliserait cette compression pour améliorer la compétitivité de ses entreprises... et maintenir l'emploi, notamment grâce au développement du travail à temps partiel (1).

L'Allemagne, selon Alternatives économiques, pratiquerait donc une sorte de «dumping social» ou de dévaluation interne aux dépens de ses partenaires. Le coût réel du travail (salaires bruts plus cotisations des employeurs) aurait retrouvé en 2008 un niveau inférieur à celui de 1995 alors que la productivité aurait progressé pendant toute la période (au même rythme qu'en France). Il s'en serait suivi une diminution du coût salarial à l'unité produite alors qu'en France ce coût serait resté stable du fait d'une progression quasi-identique de la productivité et du coût réel du travail.

Si le mensuel alternatif prend soin d'écrire que les succès industriels allemands s'expliquent surtout par d'autres raisons que les coûts, l'idée reste tenace d'une stratégie allemande non-coopérative de désinflation compétitive.

Nous ne contestons pas que l'Allemagne depuis dix ans ait pratiqué une politique d'austérité salariale sans précédent. Ce que nous contestons est l'interprétation qu'en font le cabinet COE-Rexecode et Alternatives économiques. Cette politique d'austérité salariale n'a nullement pour but d'améliorer la compétitivité allemande. Comme le suggère Alternatives économiques, cette compétitivité est basée sur d'autres facteurs que les coûts et les prix, que l'on peut synthétiser en évoquant la qualité des produits Made in Germany, pour faire très bref. En dépit d'un euro «fort», c'est-à-dire surévalué, les produits allemands se vendent très bien dans le monde car leur vente ne dépend que très peu de leur prix.

Le but visé par la compression du coût salarial unitaire en Allemagne est autre: améliorer les termes du partage de la valeur ajoutée dans un sens plus favorable au profit. Nos amis d'Alternatives économiques confondent donc deux termes: celui de compétitivité et celui de rentabilité. Comme d'autres pays avant elle, l'Allemagne n'échappe pas à la financiarisation croissante des stratégies des entreprises, lesquelles préfèrent redistribuer les gains de productivité à leurs actionnaires plutôt qu'à leurs salariés.

Les syndicats allemands, jusqu'à présent, ont accepté cette «nouvelle donne» d'un capitalisme plus financiarisé à condition que soient maintenus l'emploi ainsi que le potentiel industriel du pays. Le fait est que, contrairement à son homologue française, l'industrie allemande (en dépit de délocalisations dans les pays d'Europe centrale et orientale) continue de produire sur son sol et d'exporter. La faible progression des exportations françaises (ou le recul des parts de marché de la France) s'explique surtout par le divorce entre les firmes françaises de grande dimension (Renault, par exemple) et le territoire national alors que les firmes allemandes restent globalement ancrées en Allemagne. Si les firmes allemandes restent dans un schéma exportateur à partir de leur base productive en Allemagne, les grandes firmes françaises s'implantent et produisent là où se trouvent leurs clients.

Le CAE a donc raison sur un point: les syndicats allemands ont bien accepté une modération salariale en échange du maintien de l'emploi. Mais il oublie de préciser que ce compromis est le résultat d'une nouvelle donne qui se produit en Allemagne sur fond d'un capitalisme davantage financiarisé mais qui parvient à maintenir sa base productive.

Cet oubli est partagé par COE-Rexecode et Alternatives économiques qui ne voient que des questions de compétitivité là où domine un impératif de rentabilité.

Transposé à la France, le compromis allemand ne pourra donner les mêmes résultats car les grandes firmes françaises ont fait migrer à l'étranger leur base productive, parce que la contribution du solde du commerce extérieur à la croissance est négative, parce que la valeur ajoutée réalisée dans l'industrie est en France près de deux fois moindre qu'en Allemagne.

Travailler moins et gagner moins est en France un pari malthusien qui contribuera à anémier le pays et à pousser les firmes françaises non à exporter davantage mais à renforcer leur base productive au plus près de leurs marchés afin de bénéficier de leur croissance.

Le seul point commun avec l'Allemagne est que cette devise est bien celle d'un capitalisme où les impératifs de rentabilité occupent une place déterminante.

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(1) Nous ne pousserons pas plus loin le rapprochement entre COE-Rexecode et Alternatives économiques car pour le premier, l'Allemagne est bien un modèle à suivre alors qu'Alternatives économiques considère qu'il s'agit plutôt d'un contre-modèle marqué par la forte augmentation des inégalités et celle de la précarité. Les deux institutions s'opposent également sur le calcul de l'évolution des coûts du travail en France. Alors que COE-Rexecode estime que le coût du travail en France est désormais supérieur à celui du travail en Allemagne, Alternatives économiques estime l'inverse, à la suite du ministère américain du travail, même si l'écart entre les deux pays tend à se réduire.

Tous les commentaires

 

***Ailleurs sur le fil, on la décrit comme une verte prairie où il fait si bon vivreSourire.

La comparaison avec l'Allemagne est un serpent de mer indestructible, ça sert à tout, au temps de travail, aux salaires, à la formation, aux PME, au bouclier fiscal, puis à sa suppression ... Déjà avant 1914, les Français étaient obsédés par la comparaison avec l'Allemagne. Bref, il faudrait trouver autre chose !

Très bon article, surtout la conclusion. Oui, la modération salariale et le temps partiel a existé et existe en Allemagne... mais vous avez raison, ce n'est pas ce qui explique pourquoi les nouveaux riches Chinois achètent des Audi (record de ventes battus l'année dernière, plus de 1 million de véhicules Audi vendus, 5000€ de bonus exceptionnel à chaque employé) et pas des Vel Satis...

Cet article oublie que le partage de la valeur ajoutée entre capital et travail (outre qu'il n'a pas intrinsèquement varié) est le même en France. Sa thèse est donc strictement fausse.

L'expérience allemande a consisté à partager le travail et les salaires. Ce qu'ont refusé les syndicats français en favorisant les travailleurs installés, comme je le montre dans mon article Le retour des 35 heures. La conséquence:

1. Les travailleurs ont voté Sarkozy qui défendait le "travailler plus pour gagner plus sur le même principe" (voir aussi Travailler plus pour gagner plus ?).

2. Ils s'apprêtent à voter Le Pen (et fille) sur le même principe d'exclusion des nouveaux entrants et des immigrés qui a prévalu ces vingt, voire trente, dernières années (voir « Désespérance sociale », mon cul !).

Les 35heures c'est exactement l'inverse du travailler plus pour gagner plus. Réfléchissez nom d'un chien, et lisez l'article jusqu'au bout. Il présente une thèse qu'il démonte ensuite.

En fait, ce qu'ont fait les syndicats allemand est l'équivalent d'une dévaluation (que la gauche de la gauche demande). Ce qu'ont fait les syndicats français est bien ce que j'en dis (nom d'un chien).

Encore un article plein de "conditionnel" qui montre que ni l'auteur, ni les deux articles cités ne connaissent vraiment le pays.

Ce que je lis est à faire dresser les cheveux sur la tête, tellement c'est plein de poncifs et de lieux communs sans commune mesure avec les réalités. De la pure IDEOLOGIE, un article qui confronte des idéologies sans connaître le pays ni en parler la langue.

En fait, si l'Allemagne sort plus forte de la crise qu'elle n'y est entrée, c'est que les partenaires - entreprises, salariés représentés par les syndicats autrement forts qu'en France, et le gouvernement - ont réfléchi ENSEMBLE comment réagir.

Ils ont donc décidé d'aider les entreprises à ne pas licencier leur personnel si bien formé - seul du personnel formé peut produire de la qualité (voir l'histoire du "made in germany") - alors que les carnets de commandes baissaient comme pour tous les autres pays pendant la crise.

Au lieu de licencier, les entreprises ont mis leur personnel en chômage technique - puisqu'il n'y avait plus assez de travail pour tout le monde - l'Etat les a aidés en finançant la différence entre le salaire normal et le salaire versé par le manque de travail. Seulement cette aide n'était pas sans contre-partie. Les entreprises devaient s'engager à inscrire ce personnel ainsi "libéré" en nombre d'heures à des formations.

De sorte qu'à la sortie de crise, le personnel était toujours là, pas besoin de recruter et de former à grands coûts de nouveau personnel, mais il était MIEUX formé qu'avant la crise.

 

C'est ainsi que les courbes du chômage continuent de diverger comme le constate ce media anglophone:

 

chomage-allemagne-france.jpg

 

Il n'y a pas de miracles... ce n'est pas en se tapant dessus - comme les Gaulois dans Astérix - que les choses avancent, mais en prenant conscience que tous les habitants d'un pays sont dans le même bateau et se doivent d'être solidaires et co-responsables les uns des autres.

 

@Etoile66

en conclusion de l'article, je lis

Le fait est que, contrairement à son homologue française, l'industrie allemande (en dépit de délocalisations dans les pays d'Europe centrale et orientale) continue de produire sur son sol et d'exporter. La faible progression des exportations françaises (ou le recul des parts de marché de la France) s'explique surtout par le divorce entre les firmes françaises de grande dimension (Renault, par exemple) et le territoire national alors que les firmes allemandes restent globalement ancrées en Allemagne. Si les firmes allemandes restent dans un schéma exportateur à partir de leur base productive en Allemagne, les grandes firmes françaises s'implantent et produisent là où se trouvent leurs clients.

votre commentaire va dans le même sens, en plus verbeux. Pas de quoi s'arracher les cheveux.

Comme d'habitude Etoile66 comprend tout de travers, et dans ce cas elle n'a lu que le début du billet, tout comme Jacques Bolo.

En plus, vous parlez de l'Allemagne sans lui demander son avis, donc vous êtes mal barré.

Etoile66 sait mieux ce qui se passe en Allemagne que les Allemands aux-mêmes.

Sur le travail des femmes en Allemagne, elle contredit des Allemandes qui n'arrivent pas à trouver du travail en Allemagne.

@ Oliv92

J'ai bien lu la fin de l'article et je ne suis pas d'accord. Le mantra de la financiarisation oublie que les actionnaires sont aussi des Allemands et vraisemblablement des retraités.

Ce que je dis sur les 35h concerne tous les emplois. Les emplois de service, par exemple, ne sont pas délocalisables (en particulier parce qu'il y a 70 millions de touristes qui viennent en France, pas en Allemagne).

Et il reste bien qu'il y a eu en France une préférence pour le chômage.

La dernière étude de Rexecode sur le temps de travail montre paradoxalement que les 35 heures ont été une des meilleures mesures de ces 15 dernières années.

 

Le travail est beaucoup mieux réparti en France qu'en Allemagne : ceux qui sont à temps plein travaillent peut-être moins en France qu'en Allemagne mais ceux qui sont à temps partiel travaillent plus.

 

Que demander de mieux ?     

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