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Les solutions à la crise
Depuis 30 ans l’économie se dope, ce qui a permis aux économies occidentales mais aussi aux économies des pays émergents, d’afficher des performances artificielles.
La crise ayant tari la fourniture de dopants, les gouvernements recherchent des produits de substitution à ce dopage, sous forme de financements publics présentés en plans de sauvetage.
Ces solutions ne peuvent être que très limitées. Le financement par le marché a été développé parce que les finances publiques ne pouvaient financer les attentes des citoyens (accession sociale, équipements collectifs, infrastructures, etc.) . Les finances publiques des pays occidentaux peuvent encore moins le faire maintenant. Il est évident que les pays occidentaux, et au premier plan les Etats-Unis, comptent sur l’achat de titres publics par les banques centrales des pays émergents et par les pays pétroliers. La confiance dans la signature même du Trésor américain ne résisterait pas à des emprunts massifs.
Les solutions à la crise ne peuvent venir que d’une modification de société. Il faut renoncer au dogme que le progrès technique est un générateur continue de progrès économique. Il faut reconnaître que de même que beaucoup de ressources naturelles sont en voie d’épuisement , les ressources financières ont été dissipées.
Il faut renoncer à l’idée que les techniques financières peuvent satisfaire des impératifs contradictoires, comme des produits à haut rendement sans risques, l’innovation financière étant censée être la pierre philosophale qui permet de transformer des créances pourries en actifs AAA.
Il faut reconnaître que la mondialisation se situe aussi au niveau de l’offre de travail, avec l’existence en particulier dans les pays émergents d’une main d’œuvre à faible coût et avec d’énormes réserves de personnel qualifié , et le développement d’un capitalisme de production.
Dans la crise des subprimes les banquiers ont cédé à ce que l’on a qualifié d’avidité, mais il faut reconnaître que ce fut un moyen aux Etats-Unis d’accession sociale, en particulier pour les minorités. Les rêves de propriété des défavorisés , comme les rêves des entreprises de profit grâce aux délocalisations , étaient alimentés par les rêves de commissions des banquiers.
Il faut accepter l’idée de réindustrialiser les pays occidentaux, ce qui implique une certaine renonciation à des « conquêtes sociales » face au cout du travail dans les pays émergents.
Cette réindustrialisation ne peut être que limitée, car certaines industries ne peuvent être recréées face à la puissance de l’industrie dans les pays asiatiques. Elle exige par ailleurs un retour à la recherche de qualité et une dose de solidarité nationale.
Il faut accepter l’idée que comme pour les ressources physiques, les générations actuelles ne peut s’approprier les ressources financières.
Il faut dans les pays occidentaux les valeurs non monétisées , retrouver le goût des produits du territoire, du naturel et de l’artisanal plutôt que de l’industriel, la sélection du produit durable et de qualité plutôt que du consommable, des plaisirs que la nature dans un pays comme la France offre encore de façon gratuite.
Il faut par ailleurs adopter une législation faisant retrouver des principes au-delà des règles.
Il convient d’abord de rétablir par voie législative ce qui était un principe jurisprudentiel fondamental du droit français et interdire la fraude à la loi.
Diverses modifications législatives doivent par ailleurs être adoptées. Les dispositions les plus urgentes sont les suivantes
- Assimilation de l’exigence d’une « valeur actionnariale » et du détournement d’actif à l’abus de biens sociaux pour les actionnaires et à la faute de gestion pour les dirigeants
- Création d’une action de groupe dans tous les domaines, consommation , concurrence, droit économique et financier
- Reconnaissance de l’intérêt à agir concernant les abus de biens sociaux et les fautes de gestion aux salariés et, pour les banques, aux clients
- Reconnaissance de l’intérêt à agir concernant les délits d’initiés aux épargnants
- Obligation de sécurité en matière de produits financiers
- Non déductibilité des pertes résultant d’opérations de dérivés spéculatives
- Qualification des opérations sur produits dérivés spéculatives ayant causé des pertes comme fautes de gestion
- Qualification comme faute civile et éventuellement pénale engageant la responsabilité des participants pour les actions conjointes dans les opérations financières (banques conseils, auditeurs, analystes financiers, agences de notation financière, cabinet d’avocats conseils)
- Responsabilité civile et éventuellement pénale pour les rédacteurs de documents (prospectus, notes d’informations, etc. ) en matière financière dérogeant notablement à la présentation qui est faite dans la communication à l’occasion de l’opération financière
- Responsabilité civile et pénale des agences de notation financière en cas de notations induisant en erreur le public.
LES BILLETS SUR LA CRISE
http://www.mediapart.fr/club/blog/georges-de-furfande/281208/les-sources-de-la-crise
http://www.mediapart.fr/club/blog/georges-de-furfande/281208/la-crise-annoncee
http://www.mediapart.fr/club/blog/georges-de-furfande/281208/les-raisons-de-l-explosion-de-la-crise
http://www.mediapart.fr/club/blog/georges-de-furfande/281208/la-nature-de-la-crise
http://www.mediapart.fr/club/blog/georges-de-furfande/281208/les-solutions-a-la-crise


Tous les commentaires
On ne soulignera jamais a quel point le socialisme ne peut etre que le fruit d'un compromis national vu les differences de niveau de salaire et les choix de protection sociale, comme quoi le national socialisme des Chevenement, Melenchon et autres le Pen a un certain fondement theorique si on en accepte toute la logique . Mais j ai pas du tout l'impression qu on en prend la direction. Pour l'instant , les francais votent mondialisation ultraliberale avec leur porte-monnaie, tous les samedi a la caisse de Carrefour ou a la concession Logan du coin.
Si je vous suis globalement sur vos propositions de modification de la législation en vue d'une meilleure prise en compte de la responsabilité civile voire pénale en cause (notamment pour les actions de groupe, et la reconnaissance de l'intérêt à agir), je ne vois pas très bien quelle proposition de sortie de crise vous proposez cher Georges. Faudrait-il que les gouvernements ne mènent aucune action visant à éviter la déflation ? Les principales victimes en seraient les salariés et les chômeurs, plus encore qu'aujourd'hui. On peut penser au contraire que les pouvoirs publics cherchent à juste titre à éviter un enchaînement désastreux tel que celui connu par les économies en 1929 (ce qui n'est d'ailleurs nullement garanti). Et que voulez vous dire par l'abandon de certaines conquêtes sociales (conquêtes qui, à vous suivre, seraient responsables de la crise ?). Faut-il accepter que les défavorisés s'appauvrissent davantage pour assainir la situation ? Vous prônez par ailleurs le retour à la qualité et à "une dose de solidarité nationale". N'est-ce pas contradictoire avec la volonté de se délester de conquêtes sociales ?
Je suis tellement d'accord (et aussi avec le commentaire d'ACNM)! Connaissez-vous les conceptions managériales de V.E. Deming? Elles sont défendues en France par une association plutôt discrète: http://www.fr-deming.org/francais.html L'ancien président de l'association, JM Gogue, a publié des ouvrages clairs et utiles. Bien amicalement à vous et à tous...
"Depuis 30 ans l’économie se dope, ce qui a permis aux économies occidentales mais aussi aux économies des pays émergents, d’afficher des performances artificielles" MAIS NON? CE N'EST PAS L'ECONOMIE QUI S'EST DOPEE? C'EST LA SP2CULATION " Le financement par le marché a été développé parce que les finances publiques ne pouvaient financer les attentes des citoyens" SURTOUT QUAND ON S'ACHARNE A DIMINUER LES RENTREES FISCALES "Il faut accepter l’idée de réindustrialiser les pays occidentaux, ce qui implique une certaine renonciation à des « conquêtes sociales » face au cout du travail dans les pays émergents." CE QUI VEUT DIRE S'ALIGNER SUR LES SALAIRES LES PLUS BAS LE PROTECTIONNISME ECONOMIQUE, CA EXISTE. L'idée qui domine cet exposé est de rendre plus buvable cette société casino par des mesurettes qui ne dérangeront nullement les rapaces au pouvoir. Certaines même vont dans le sens qu'ils souhaitent.
@somni Depuis trente ans, on berce d'illusions les salariés, les épargnants , les investisseurs et de façon générale les citoyens à grand coup de dopants. La crise est un très dur retour à la réalité . Les propositions de solution à la crise ne peuvent, sous peine de verser dans les travers dénoncés, être plus agréables que ceux d'une crise de désintoxication. Les actions du gouvernement ne peuvent qu'être limités, et l'on voit les problèmes posés aux finances publiques par les plans de relance mis en place. Par ailleurs ces plans de relance peuvent avoir un effet sur l'emploi à un niveau micro-économique, ils ne vont pas résoudre les problèmes des victimes de la crise. Ce ne sont pas les salariés des sous-traitants actuels des constructeurs automobiles, comme ceux de Molex qui vont être aidés des plans pour une "automobile verte". Les projets d'infrastructure que l'on caractérise généralement par "couler du goudron et manier le fer à béton" ne vont pas résoudre les problèmes des entreprises que l'on voit sur la carte Mediapart des problèmes sociaux comme ceux de la Sopal. Les emplois potentiellement créés ne résoudront pas la détresse de ceux qui auront perdu le leur. L'augmentation des budgets pour l'enseignement et en particulier l'université et la recherche, qui remédient à un état alarmant en France, est indispensable, les dispositions du plan doivent être significativement augmentées, mais il ne faut pas leurrer les gens en prétendant que ceci résoudra les détresses des titulaires emplois qui seront perdus En ce qui concerne les "conquêtes sociales", ce que l'on appelle aussi les "acquis sociaux", la question posée est : conquête sur qui ? sur des entreprises qui disparaissent, soit par faillite, soit par délocalisation, soit par fusion transnationale ...et disparition une fois que la part de marché a été transférée. La crise démontre que la "conquête" est une victoire qui peut être Pyrrhique. La notion d'"acquis social" est un emprunt paradoxal et illusoire du droit du travail au droit de la propriété. Que vaut "l'acquis social " d'un travailleur qui devient chomeur, et à plus forte raison d'un demandeur d'emploi qui est toujours à la recherche de son premier emploi ? La question n'est pas d'assainir la situation. Il s'agit de savoir si l'on peut éviter une crise très profonde, sinon catastrophique. La solidarité c'est de faire un effort pour tous ceux qui le peuvent de dépenser un peu plus en tant que consommateur pour préserver et développer des emplois : c'est un effort de solidarité, mais c'est aussi un effort dans un intérêt bien compris pour éviter d'avoir à payer plus en charges sociales et en impôts. On voit dans le textile par exemple comment une marque bretonne Armorlux arrive à faire face à la concurrence asiatique . Si les entreprises font des efforts similaires et les consommateurs les aident; on ne parle pas d'appauvrissement mais au contraire d'enrichissement. Un effort me parait indiscutable, et il ne doit pas être accompagné d'illusions, mais il ne signifie pas appauvrissement , c'est de travailler plus, et pas forcément pour gagner plus . Les artisans, les professions libérales, les petits commerçants ne comptent pas leurs heures. La limitation des heures dans le cadre de la pénibilité du travail est un droit dans une nation civilisée, elle est une aberration quand elle est présentée comme un facteur de création d'emplois dans un marché mondial du travail et dans une économie largement de services. Pour assainir la situation il faut mettre fin aux illusions. Parmi celles-ci il y avait celles du rendement potentiel pouvant être tiré des entreprises. Les propositions pour non seulement mettre fin aux illusions, mais restreindre ce rendement sont la pour faire que non seulement les défavoriser ne s'appauvrissent pas, mais qu'au contraire il soit mis fin aux incitations à cet appauvrissement
"Il faut dans les pays occidentaux les valeurs non monétisées , retrouver le goût des produits du territoire, du naturel et de l’artisanal plutôt que de l’industriel, la sélection du produit durable et de qualité plutôt que du consommable, des plaisirs que la nature dans un pays comme la France offre encore de façon gratuite." Très bien, mais cela implique une politique d'aménagement du territoire, qui (comme les autres politiques industrielles et financières) vont actuellement et exactement en sens opposés : Les régressions du droit de la nature et des espèces naturelles en France (lois sur la chasse en particulier et les espaces naturels) sont aussi nombreuses que les régressions sociales. La raison en est que l'UMP procède par démagogie envers les groupes constitués (chasseurs, FNSEA, camionneurs, pêcheurs, aménageurs… etc) et que le PS a peur de ces groupes, qui n'hésietnt pas à faire le coup de main sur la voie publique; enfin le PS n'est pas très convaincu de ce genre de nécessités… Alors on est bien démuni.
Je viens d'arriver... et comme toujours, votre billet est remarquable....