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Les mains dans le dos
Alors on dirait que ça commencerait comme une superbe scène du film American Beauty : le ballet incessant de sacs en plastique soulevés par le vent. Mille grâces et arabesques dessinées par le hasard dans l’air glacé et parfois au bord d’expirer puis reprenant de plus belle leur pavane désolée. On est Boulevard Vincent-Auriol, dans le 13e arrondissement, une artère dont le métro aérien constitue de loin le seul ornement. Les caniveaux sont gelés. Les bruits sont ralentis, comme étouffés par l’épais manteau de brouillard givré qu’a revêtu la capitale dès le petit matin.
— « Tu es sûre que c’est de ce côté ? » demande le monsieur emmitouflé…
— « Mais oui, je crois, répond la dame emmitouflée, ajustant ses lunettes et plongeant son nez sur le plan qu’elle tient maladroitement de sa main gantée. Ecoute, on va demander…. »
Ils nous demandent. Nous confirmons.
— « Oui, c’est bien de ce côté. Juste à droite, là. Ça fait comme une sorte d’impasse. Et c’est tout au bout ! »
Nous sommes à la Halle Freyssinet, un petit bijou d’architecture industrielle reconverti depuis quelques années dans l’organisation d’expositions, salons, défilés de mode et autres affectations événementielles déclinées en fonction des saisons (et du prix de location). Jusqu’au 12 février, l’affiche est partagée : d’un côté antiquités-brocante (mais plus antiquités que brocante) et de l’autre côté collections, photos, cartes postales, vieux papiers. On rabaisse la capuche. On retire le bonnet. On tend l’invitation (largement distribuée par courrier). On met ses moufles dans sa poche. Le ciel laisse passer sa figure blafarde au travers de la cathédrale des plafonds vitrés.Petite plongée.
A gauche, c’est le règne des lustres de Venise, des commodes Louis XV aux marqueteries bien lustrées, des vases Art nouveau, des miroirs biseautés, de l’argenterie brillant de mille feux et de sacs ou bijoux griffés et millésimés. Des allées et des allées de luxe, calme et autres voluptés pour comptes en banque étoffés. Côté public, on est droit sorti d’une caricature de Daumier. L’homme en cachemire anthracite, bleu marine ou camel, généralement chapeauté de bleu marine, anthracite ou camel, les mains croisées dans le dos (dont parfois l’une gantée et portant le gant de l’autre
main), les lunettes au bout du nez pour regarder les étiquettes. Sa dame, envisonnée pour les besoins de la cause (« moins de zéro degré, quand même, je le ressors, non » ?) et toujours gantée (« ne jamais toucher d’objets anciens à mains nues, on ne sait jamais ! »), porte généralement un délicat blond vénitien d’usine et une minivague du plus gracieux effet sous la toque assortie au manteau. La plupart du temps, elle navigue quelques mètres en avant, l’œil vissé aux vitrines de bijoux Art-Déco, à l’argenterie poinçonnée Minerve ou pas, aux verreries estampillées Murano, Pantin, Clichy ou aux porte-couteaux en pur Baccarat. Le temps se fait immobile, pesant, figé, comme si les siècles n’avaient rien changé. Comme si le monde s’était fossilisé.
Et au milieu d’eux, de ci de là, une petite vieille avec son cabas, trottant menu de stand en stand pour déballer du papier journal dans lequel elle les avait soigneusement emmaillotés quelques cuillers d’argent dépareillées, une louche, trois ou quatre verres en cristal d’Arques, de vieux gants au crochet, un col de renard tout mité…
— « Non, Madame, on ne peut pas vous le prendre. Demandez donc au collègue, là-bas ! Vous pouvez y aller de ma part, si vous voulez….»
Côté droit, c’est une tout autre paire de manches. On est aux vieux papiers et l’ambiance est plus fébrile, plus passionnée, même si plus décontractée…. Clientèle presque exclusivement composée d’hommes venus seuls, parkas, doudounes ou duffle-coats, écharpes colorées tricotées main, œil aiguisé. Ils ont en général une petite soixantaine, les cheveux poivre et sel portés longs et parfois même noués en catogan sous la casquette ou le bonnet péruvien. De bonnes vieilles têtes de gauchistes ou de post-soixante-huitards quasi taillées à la serpe. Et surtout de faux airs d’ados attardés jouant aux conspirateurs… Leur ballet à eux ? J’approche d’un stand l’air de rien, fouine de ci de là, m’approche, réajuste mes loupes, recule, avance à nouveau. Puis je m’éloigne et semble partir pour de bon. Presque subrepticement je reviens. Je m’adresse au vendeur et lui pose négligemment une question. Puis j’embraye la conversation sur autre chose. Ça dure. On fait copains. Enfin je m’éloigne à nouveau. Et reviens comme si j’avais oublié quelque chose. « Au fait, vous me le feriez à combien, cet exemplaire-là ? C’est le seul qui me manque… » Un autre univers.
On en apprend tous les jours. Mon jules est ici quasi une sommité. On lui fait un signe de tête. On le salue. Parfois même, on a l’air au courant de plein de choses et on l’appelle par son prénom, on s’enquiert de sa santé. « Au fait, votre opération, ça s’est bien passé ? » Un des marchands lui propose même de repasser la semaine prochaine : « On se fera un déjeuner et vous me raconterez. » Un autre lui demande même s’il est « enfin décidé » : « J’ai pas mal de demandes, vous savez, alors c’est du quasi-assuré ! » L’impression d’être indiscrète. De piétiner dans un jardin secret qui n’est pas le mien. Je reste quelques pas en arrière. Me plonge dans des collections de chromos anciens ou de vieilles cartes postales. Piétine, transie dans mes bottes faussement fourrées. Attendrie mais gelée.
— « Tu viens, Lilou ? On y va ? »
— « Mais tu as terminé ? »
— « Oui, j’ai vu ce que je voulais voir…. On peut y aller ! »
Dehors, quelqu’un a balayé les sacs en plastique qui voletaient. Leur « Lac des cygnes » est parti mourir dans la benne à ordures qui vient de passer sur le boulevard, avec ses ramasseurs maliens portant mitaines et bonnet. La bise souffle. Le sol paraît blanchâtre sans qu’il ait neigé. Plus haut, c’est déjà la queue autour de l’emplacement du camion des Resto du Cœur qui ne devrait plus tarder à arriver. Le Casino de l’angle de la rue Jeanne d’Arc (cher à Houellebecq) vomit quelques clients pressés, embarrassés de leur caddie qu’il va maintenant falloir décharger. La nuit commence à tomber. Un couple emmitouflé s’approche de nous. Lui a l’air de ronchonner. Elle porte le plan « Paris pratique par arrondissement » dans sa main gantée et demande, avec un léger accent allemand :
— « Excusez-nous… Le restaurant “Rêve de Chine”, vous savez où c’est ? On nous a dit que c’était tout près ! »
— « Ça ne doit pas être loin, en effet… »
Petits faits d'hiver d'un mois de février dans mon quartier.


Les 5 commentaires les plus recommandés
Un artiste pour illustrer ce récit ? Bien sûr qu'il y en a une : Grain de Sel. (et en plus, elle n'a rien à faire de plus, car tout est déjà là !).
Quel beau texte, chère Gds. Tout écriture dès l'amorce, “mains dans le dos” et de plain-pied. Autrement dit, "fou l'art" sur les yeux. Et vogue, et bringuebale. Yeap !
Quel regard ! On dirait les acuités télévisitées, une poésie qui fait de la prose, la bise glacée qui appelle un chocolat chaud dans le troquet à gauche en sortant. J'ai froid aux pieds mais je reste encore un peu avec le Nanard que j'avais entrevu à une convention du disque; il a connu Moustique, Long Chris et les Chaussettes... Il peut en raconter des jours entiers.
- Alors tu me le gardes si tu le trouves ?
- Oui. Mais ne traîne pas trop quand même y'a d'la demande.
On se serre les pognes. Les autres penchés sur les bacs ne se sortent les mains du dos qu'à coup sûr. C'est que c'est pas rien de se reganter après. Pffft ! Qu'est-ce qu'il fait froid !
On y est ...
Sacrée Lilou, va !
que c'est beau ce regard qui voit la vie.
Tous les commentaires
Merci pour le reportage !
Merci, Dianne ! Mais tu sais, dans un "vrai" reportage, on n'est pas censé "commenter" ce que l'on voit, ce à quoi on assiste, lui donner une interprétation, quelle qu'elle soit. Et aussi, on n'est jamais censé parler, à aucun moment que ce soit, à la première personne du singulier ou du pluriel: dire "je, dire "nous", ni rien de tout ça.... Le factuel, rien que le factuel, point et basta. D'ailleurs, c'est bien mieux comme ça.
Mais c'est bien à cause de tous ces interdits que je me permets (enfin ?) de transgresser que j'ai tant de plaisir à écrire (et à lire) ici... Une façon aussi de se réconcilier avec soi. D'écrire juste pour le plaisir, pour partager des moments, pour dialoguer, rencontrer, échanger. Ça n'a pas de prix, tu sais, dans la vie que je vis maintenant....
Donne nous des nouvelles de ta sœur, pour laquelle, je pense, on est un certain nombre à s'inquiéter. Pour le reste, juste envie de te dire qu'avec, malgré ou à cause de tout ce qui nous différencie sûrement, je suis vraiment heureuse de t'avoir rencontrée....
PS: Bon, Lilou, faut arrêter la vodka ! Ça te rend trop sentimentale.... Je te le dis chaque fois !
Quel regard ! On dirait les acuités télévisitées, une poésie qui fait de la prose, la bise glacée qui appelle un chocolat chaud dans le troquet à gauche en sortant. J'ai froid aux pieds mais je reste encore un peu avec le Nanard que j'avais entrevu à une convention du disque; il a connu Moustique, Long Chris et les Chaussettes... Il peut en raconter des jours entiers.
- Alors tu me le gardes si tu le trouves ?
- Oui. Mais ne traîne pas trop quand même y'a d'la demande.
On se serre les pognes. Les autres penchés sur les bacs ne se sortent les mains du dos qu'à coup sûr. C'est que c'est pas rien de se reganter après. Pffft ! Qu'est-ce qu'il fait froid !
C'est vrai que les amteurs de vieux jazz ou de rock des origines ont pas mal à voir avec les collectionneurs de vieux papiers, Jonas ! Une sorte de monomanie douce quand elle ne tourne pas à l'idée fixe et à une sorte de folie accumulatrice.... parce que, qu'on le veuille ou non, les murs ne sont pas élastiques ! Je vais peut-être finir par créer un syndicat des épouses de collectionneurs, inventeurs et accumulateurs en tous genres...
Sinon, tu as raison, pfffft (du Jonas dans le texte !), il fait sacrément froid... Si on allait se boire un chocolat au bistrot d'à côté ?
Du bien chaud, bien mousseux, qui laisse des traces sur la lèvre supérieure....
Merci pour ces savoureux "petits faits d'hiver d'un mois de février" ... et “Rêve de mai”, vous savez où c’est ? ...
C'est bientôt, j'espère, Arthur.... Mais va falloir tenir jusque là !
que c'est beau ce regard qui voit la vie.
Bravo, c'est un très beau texte
Jean-Yves et Goas, je ne sais pas quoi vous répondre. Peut-être juste merci, mes amis ? J'adore vous savoir là, quoique je raconte, avec votre lecture bienveillante et vos mots si chauds....
un merci, c'est beaucoup.
Bonjour Grain
C'est plutôt à moi de te remercier de nous offrir ce reportage intime. Je suis aussi très ''vieux papiers'', comme ce sont souvent des pièces sauvegardées dans les rayonnages des archives départementales, des miens cousins en font des photographies numériques que je conserve dans mon ordinateur, cela nécessite moins de place. seul inconvénient, il manque le toucher et l'odeur.
Bonne journée
Ah, le toucher et l'odeur ! Je pense que c'est le grand truc des collectionneurs... Il y en avait l'autre jour, ils caressaient littéralement les couvertures des vieux bouquins et vieux papiers. Du dos de la main, comme on caresse une joue d'enfant ou le pelage d'un agneau... Et tout en dévorant des yeux l'objet de leur convoitise en même temps ! Une forme de passion, je crois. Et puis c'est tout un petit monde, ils se croisent ici ou là, courent les salons, se connaissent vaguement, font des échanges parfois. On dirait des mômes avec leurs billes dans la cour de récré. Ou leurs petites voitures bien rangées sur l'étagère de leur chambre... et dont même leur mère n'a pas le droit de s'approcher, même pour en enlever la poussière !
Merci pour ce texte aux délicates touches et ses portraits à petits frissons flanant comme quand on chine des rêves engourdis.
Les frissons et l'engordissement, Pipotin, c'est peut-être juste à cause du froid ! Non ?
Magnifique reconstitution !
Un instantané !
Du vécu , là maintenant devant nos yeux !
Y aurait il parmi nous un artiste ,afin d'llustrer ce recit ?
Un artiste pour illustrer ce récit ? Bien sûr qu'il y en a une : Grain de Sel. (et en plus, elle n'a rien à faire de plus, car tout est déjà là !).
Merci .
Je recommande votre reponse !
Il me semble que j'aurai du ecrire aquarelliste, peintre , graveur , .......
mais vous m'aviez compris !!!!!
Arrête, Didier, de toute façon tu n'y arriveras pas: je ne rougis jamais ! Moi l'émotion me fait plutôt pâlir en général....
On y est ...
Sacrée Lilou, va !
PS: Quoi, qu'est ce que j'ai fait encore, docteur ?
Oh mais rien, justement ... tu fais rien, tu décris juste comme tu vois les choses, tout simplement.
Je ne me lasserai jamais de ce style superbe.
Touchée-coulée, Jean-Louis !
Sous le métro aérien, pas de clochard ? Merci pour ce texte .
Si, plein.... Réfugiés près des bouches de métro ou à l'entrée du Casino dans la journée, mais prêts à l'arrivée de la camionnette des Restos du cœur dès que le soir commence à tomber. La nuit, heureusement en ce moment de froid polaire, ils se laissent pour la plupart "ramasser" et conduire dans des lieux d'hébergement, parfois en maugréant.
Clochards ? Je ne sais pas: à dire vrai, ils n'ont plus rien à voir avec l'image pittoresque des cartes postales d'antan, avec leur trogne et leur litron de rouge sur les bancs. Ce sont des SDF, parfois très jeunes, de plus en plus souvent des femmes, et aussi très souvent étrangers sans papiers.
Quant aux "glaneurs" dans les poubelles, à la fin du marché deux fois par semaine ou avant le passage des bennes de ramassage tous les soirs, ils sont chaque jour plus nombreux. Et, plus inquiétant encore, ont de plus en plus tendance à ressembler à vous ou moi....
Fabienne Yvert, c’est la fille qui traîne derrière dans les brocantes, dégotte un objet sans utilité évidente dans la caisse à un euro. Et en tirera quelque chose, un jour : c’est une habituée des télescopages. Elle est un jour tombée sur La Mode illustrée, Journal de la famille, 1870-1879, et son courrier des lecteurs.
En lisant les mots de Dominique Conil, je me disait que l'on était dans la même brocante...
http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/050212/fabienne-yvert-quelle-etait-la-question-deja-0
Une étrange analogie troublante entre Fabienne et Lilou... Ainsi que de leurs personnages. D'un siècle à l'autre, on retrouve les mêmes. Finalement.
Merci Annie ! Grâce à toi je viens de découvrir.... Un petit bijou d'humour. Quelle était la question, déjà ?
Miam le chocolat chaud, cela fait du bien de vous lire à nouveau dans le léger.
Grâce à toi je me suis baladé dans "mon " cher vieux XIIIéme, Grain, tel qu'en lui-même il change considérablement (et de la manière prévisible dès que l'on a pu voir les plans de Mitterrand, Juppé et Toubon).
Tu sais, Fedor, c'est surtout Pompidou qui a massacré le XIIIe ! Il était fou d'architecture moderne (et son épouse de design), et ces atroces tours et barres d'immeubles, c'est surtout à lui qu'on les doit ! Le centre commercial de la Place d'Italie, et tous les immeubles de bureaux autour, quand même des monuments de laideur !
Quant à ce boulevard, autrefois, il s'appelait Boulevard de la Gare... Et puis un beau matin, au milieu des années 70, il s'est mis à s'appeler Vincent Auriol. Marrant, d'ailleurs, à cette époque j'y ai vécu cinq ans. Et puis, j'ai quitté le 13e pour le 18e et suis revenue quasi à côté de là où j'avais habité quinze ans plus tard. La vie, ça vient, ça va....
Tu me croiras si u veux, Grain, mais j'ai trouvé un certain "charme" non pas aux tours dites "Les olympiades", d'une laideur à faire frémir même un néocon, mais à la vie qui va avec, grouillante et mélangée. la fac Tolbiac, les fréres Tang et tous les petits commerces -y compris ceux, "un peu" glauques et nettement clandestins qui se déroulent dans les sous-sols (tu sais qu'il y a trois étages de sous-sol !), tous les restaurants asiatiques et la marmaille qui déborde les soirs de fête, tout ça donne (donnait ?) un côté si vivant à un arrondissement qui s'endormait dans le vieillissement de son passé.
La place d'Italie ... Il restait quelques rades bien sympathiques autour, surtout côté Butte-aux-Cailles. (Quand je reviendrai au "Temps des cerises" et au "Merle moqueur", il est probable, cependant, que je n'en reconnaîtrai plus l'ambiance. Déjà, dans les années 80-90, le "petit peuple" -pour celles et ceux que ce mot choque je dirais : les petits budgets- la pression l'obligeait au "bannissement" banlieue. Ivry-Vitry, c'était une autre paire de manche. j'ai choisi l'exil définitif. (Mais "la pression" nous rejoint sans cesse, en France. Des nouvelles reçues ce matin me font penser que "il va falloir désirer" aller plus loin encore, "à l'étranger". Mais : Est ou Sud ?)
En tout cas, Fedor, si tu passes par là, je t'emmène déjeuner au Temps des Cerises, à la Buttes aux Cailles. Ou alors un autre, un Basque que j'avais découvert pas loin, chez Gladines. Je suis sûre que ça te plaira !
C'est drôle ce que tuy dis de la "laideur" de ce quartier.... Autant Lorant Deutsch, dans Metronome l'a fusillé, autant Houellebecq, dans La Carte et le Territoire l'a encensé. Moi je suis entre les deux, de plus en plus attendrie par sa laideur (au début j'ai eu du mal après le 18e arr.) mais toujours aussi étonnée par son impersonnalité et l'absence de mélange qu'il s'y fait, comme si les différentes communautés ne faisaient que s'y croiser sans mettre en commun quelque chose, comme si une notion de "quartier" n'arrivait pas à s'en dégager...
Sympa le musee du vin dand ce secteur !
J'ai fini par le trouver le Long Chris que je cherchais et la pochette est impeccable :
http://www.youtube.com/watch?v=P71rg1Ecbjw
Tu l'as écouté ?
Plutôt deux fois qu'une. Paroles et musique tellement ringardes pourtant ... mais cétait mes 12 ans. Je découvrais le rock par l'intermédiaire de ces passeurs français.
Il y a aussi de cette quête chez certains chineurs. C'est sans doute pour cette raison que l'accent de la récré règne sur les bans.
- Tu te souviens de...son solo de batterie dans... ?
-Ah, non! Ca ne peut pas être lui. Lui à l'époque il était déjà avec...?
-Tu paries !
- Quand tu veux. J'ai la pochette alors !
Ben mon cher et tendre, lui, c'est pas les vinyls, c'est les vieux papiers. C'est nettement moins musical.... Et puis surtout ça prend vachement bien la poussière. Ça finit par s'effriter. Et ça jaunit. Sans compter que les "tas" ont tendance à s'effondrer !
Je n'ai pas du tout l'âme collectionneuse. Donc pas de tas chez moi.
Mais dans ces endroits, je suis toujours en recherche flottante pour dégotter le petit truc qui va me rabouter un souvenir bien précis de derrière les années. Parfois je n'achète même pas. Le fait de voir et toucher me suffit.
Je joue au pêcheur d'instants et je ne suis jamais bredouille. D'ailleurs j'aimerais bien avoir la même nasse que toi, pour attraper d'aussi belles pièces. De celles qui n'ont pas une fâcheuse tendance à s’effondrer.
"Rabouter un souvenir".... Des fois, quand je t'écoute, j'ai l'impression que c'est moi qui parle, Jonas ! Quant à ta nasse (la nasse à Jo-nasse), elle est au moins aussi opérante que la mienne.... et elle ratisse autrement plus large et plus riche, l'ami ! Relis toi, parfois, tu verras ! Et tu sais, la flagornerie, connais pas ! Peut-être d'ailleurs que sinon, je n'en serais pas là ! Mais c'est une autre histoire.....
Je savais que tu avais dans le coeur cette scène du film American Beauty.
Moi aussi je la vois souvent: chaque fois que je roule sur une autoroute assez déneigée pour laisser courir juste au-dessus du bitume, en deux dimensions, des nuages filants de neige légère et sèche, à toute vitesse et changeant sans cesse de forme comme des volutes de fumée de cigarette dans la lumière mais en accéléré, au hasard des flux d'air du vent, du froid et des appels d'air de la circulation mêlés.
C'est Ricky, le fils du voisin, vidéaste amateur et assez mal dans sa peau, qui avait filmé cette scène de ballet entre deux sacs en plastique et un après-midi le montre à la jeune fille, fille de Kevin Spacey et d'Annette Bennning dans le film. Un pur moment d'éblouissement: entre eux deux, mais aussi pour la spectatrice que j'ai été chaque fois que j'ai revu ce film dont je ne me suis jamais lassée ! Comme un instant de grâce....
A regarder trois ou quatre flocons qui hésitent à blanchir les brins d'herbe de mon jardin qui n'ont pas été recouverts par la tempête de neige de dimanche, j'ai failli passer à côté de votre texte sans m'y arrêter. Je m'en serais voulu. Merci de cette plongée dans ce monde si particulier des salons où se côtoient luxe et misère - ah ! les pauvres richesses de cette petite vieille..
Trois ou quatre flocons seulement par chez vous, Patrick ? Ici, il a neigé cette nuit et c'est tout blanc.... Comme j'aime ces petits rendez-vous fidèles !
Les mains dans le dos, mais pas les yeux dans la poche…
Ben non, Anne, pourquoi tu veux que je les mette dans ma poche, les yeux ? D'abord, il y a déjà les moufles, les Kleenex, les cigarettes, le briquet, le carton d'invitation, les cartes de visite ou prospectus que tu ramasses ici ou là, plus de place pour les yeux ! Ni pour la langue, d'ailleurs, comme tu vois....
Pourquoi tu veux que je les mette dans ma poche, les yeux ?
Je me doutais bien que tu n'avais pas froid aux yeux…
Grâce à vous j'ai trouvé une nouvelle expression utile qui veut bien dire ce qu'elle veut dire:
"Avoir les yeux près des Kleenex"
..:-)
Tu sais si bien nous prendre par la main, Grain. De quoi attiser mon envie récurrente de replonger avec gourmandise dans ce Paris que j'aime. Pourtant si loin, aujourd'hui...
C'est quand tu veux pour une balade dans Paname, Jules ! Comme Fedor plus haut !
J'aime beaucoup vos travellings renifleurs d'images tendres et simples.
j'ai eu envie de fourrer mes mains dans le vison de la dame, de feuilleter les vieux papiers, de marchander trois verres en cristal de Murano et de suivre à pas curieux tes regard en lasso et sourire en maraude ...
Je crains que le Murano soit un peu cher, dans ce genre d'endroits, Gigi.... Et surtout qu'il ne se marchande pas !
Merci à toi. J'adore les mots "travelling", "lasso" et maraude"... Et il se trouve que tu as réussi à les placer tous les trois !
Amitiés +++
cette remarque vaut bien un bon vin chaud parfumé à la cannelle !
Yeap ! Je prends..... A la tienne !
Quel beau texte, chère Gds. Tout écriture dès l'amorce, “mains dans le dos” et de plain-pied. Autrement dit, "fou l'art" sur les yeux. Et vogue, et bringuebale. Yeap !
Yeap, tu dis ?
Bon, entre les "yeux dans la poche" ou "fou l'art sur les yeux", j'ai le choix, je vois ! L'essentiel, c'est qu'on ne me dise pas "circulez, il n'y a rien à voir" , parce que je ne le croirais pas.... Et ben tu sais quoi ? Je vais refaire ce que j'avais fait il y a de nombreux mois déjà: jeter mon Beray par dessus les moulins et te claquer un énorme bise, pour la peine, Patrizio ! A tout bientôt....
belle promenade....
eh oui, il faut des yeux pour voir , des oreilles pour entendre etc etc
Mars. Le grand froid de cet hiver fait déjà partie du temps. Je le comprends en trouvant les traces qu'il a laissées dans ces lignes. Et les cheminements de chacun dans la rue, jusqu'au regroupement vers une vielle passion qui sert de poêle pour tous. S'il n'y avait pas de froid il n'y aurait pas ces passions allumés. Je l'aime bien pour ça, le froid. Portez-vous bien.
Merci, Tinus ! Le froid est parti, mais là, c'est la fête à la grenouille.... Un bon chocolat chaud. A moins que vous ne préfériez un thé délicatement parfumé ? J'en ai un qui s'appelle le Thé des impressionnistes. Une merveille !
Du thé ? Ma Julie est très théophile et m'a complètement imprégné de ses rites. Elle me laisse là, dix jours pour une expo dans un pays chaud. Je vais lui faire une infidélithé. Ce sera ce moka inconnu que j'ai fait moudre hier. Bon thé à toi, grain de sel, et à vous deux si ton Jules est près de toi.
Tout est discret, anodin, sans importance... mais tellement utile à notre vie.
Merci grain de Sel...
Tiens, Plank est passé par ici ! Parfois, tu sais, l'ami, je me demande si ce n'est pas de tous ces petits événements sans importance, ces bribes, ces détails, qu'est vraiment tissée la vie... Tout autant que du reste, je veux dire ! Et parfois aussi, c'est eux qui nous réconcilient avec elle....