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Quelle politique pour le Front de Gauche concernant la recherche?

Je poste ici un texte que j'ai écrit concernant la recherche et l'enseignement supérieur et les mesures qu'un gouvernement dominé par le FDG pourrait prendre. Texte publié initalement sur le site internet de la campagne FDG pour les présidentielles de 2012.

Pour un dispositif de recherche et d’enseignement supérieur permettant le développement de connaissances accessibles à toutes et tous.

 L’objectif de la recherche fondamentale est d’accroître nos connaissances. Cette quête de savoir est une dimension anthropologique centrale du développement humain. Ce savoir en perpétuelle évolution et sans cesse remanié doit être diffusé aux plus grand nombres, c’est l’objectif premier du dispositif d’enseignement supérieur. Il y a évidemment une interaction entre la diffusion du savoir et sa production, que connaissent bien tous les enseignants chercheurs. Ensuite ce savoir peut être utile du fait du lien qu’il existe depuis longtemps entre la connaissance théorique et la technique. Encore une fois ce lien n’est pas unilatéral et très souvent des problèmes concrets solutionnés par techniques spécifiques enrichissent le développement du corpus théorique.

L’objet de ce texte est de montrer que la marchandisation de la connaissance qui se développe actuellement rompt avec la dimension originelle de la science avec comme seul but de mettre la science au service des intérêts du capital. Les innovations dérivées de l’accumulation des connaissances scientifiques visent seulement à accroître la compétitivité des entreprises ou d’ouvrir de nouveaux marchés à l’accumulation du capital (pensons à la brevetabilité du vivant). Ce faisant le système capitaliste menace même de scier la branche sur laquelle il est, car nous pensons qu’il est train de détruire le fonctionnement « normal » de la science.

 

L’origine de la marchandisation de la science

 

Ce processus a été organisé depuis longtemps, il fait partie de l’agenda ultralibéral de destruction de l’état providence expérimenté d’abord au Chili sous Pinochet, puis sous les gouvernements de Reagan et Thatcher[1]. En Europe, la restructuration de la recherche et de l’enseignement supérieur a été actée comme objectif de l’UE avec le processus de Bologne engagé en 1999 dans le cadre de la stratégie de Lisbonne en 2000. Comme toujours, de bons sentiments étaient affichés : il fallait harmoniser les systèmes d’enseignement, augmenter la mobilité au sein de l’UE et l’attractivité de l’UE pour les étudiants étrangers. Mais derrière cette façade, le projet, exprimait clairement la volonté de casser le système actuel. C’est le contexte de la stratégie de Lisbonne[2] qui donne à ces réformes structurelles toute leur dimension destructrice. En effet, les objectifs sont clairement définis : Pour remédier à la faible croissance économique de l'UE à sa faible productivité, il fallait faire de l'économie de l’UE « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d'ici à 2010». Pour cela, il fallait « préparer la transition vers une société et une économie fondées sur la connaissance, par le développement, ainsi que par l’accélération des réformes structurelles pour renforcer la compétitivité et l’innovation et par l'achèvement du marché intérieur ». On retrouve les mêmes orientations par exemple dans le scénario 4 pour l’avenir de l’enseignement supérieur de l’OCDE  qui prévoit que: « les établissements d’enseignement supérieur sont en concurrence sur la scène internationale pour fournir des services éducatifs et des services de recherche sur une base commerciale. La concurrence est féroce pour le recrutement des étudiants. De nombreuses universités ouvrent de nouveaux établissements ou des antennes à l’étranger, en « franchisant » leurs programmes d’enseignement. Les établissements pris individuellement, voire des systèmes d’enseignement supérieur tout entiers se spécialisent en s’appuyant sur leur avantage comparatif. »

 

Il y a dans ce processus en fait un double objectif, (i) faire de l’innovation un atout dans la compétition internationale et mettre ainsi nos universités et nos instituts de recherches directement au service des entreprises qui sont sur nos territoires, ainsi que (ii) développer le marché de la connaissance en rendant ce secteur plus profitable par la transition de son financement de fonds publics vers des fonds privés. En France, les différentes réformes et structures mises en place sur lesquels nous reviendrons par la suite (LOPRI[3], LRU[4], pôle de compétitivité, ANR[5], AERES[6], RGPP[7]) visent à répondre à ces deux objectifs.

 

Les raisons profondes de cette logique ultralibérale sont sûrement multiples. Il y a évidemment une part idéologique très bien mise en évidence par N. Klein dans la « stratégie de choc », mais nous pensons aussi que ces raisons sont tout à fait rationnelles du point de vue de ceux qui détiennent le capital et intimement reliées à la crise du capitalisme. Pour comprendre ces stratégies, il faut revenir brièvement aux sources de cette crise. Marx donnait déjà dans le Capital une explication de ces crises récurrentes par l’existence d’une série de contradictions au cœur du processus d’accumulation du capital. Deux d’entre elles nous intéressent directement pour comprendre la logique de marchandisation du savoir qui est mise en œuvre. La première est que plus le capital conduit à un développement des moyens de production (machines, informatique), plus il doit augmenter le volume de ses productions pour maintenir le même taux de profit. Une manière de surmonter cette contradiction est d’ouvrir de nouveaux secteurs à l’accumulation du capital, ce qui passe par la privatisation d’un nombre grandissant de secteurs (écoles, hôpitaux, universités). La seconde tendance associée à la précédente est que la compétition pousse chaque producteur à maximiser son taux profit et donc à augmenter sa productivité. Plus la crise se développe, plus la compétition devient forte et plus la capacité à augmenter sa productivité plus vite que son voisin par l’innovation est un enjeu essentiel. On comprend donc pourquoi pour sauver les profits des entreprises dans la mondialisation, il faut à la fois développer la marchandisation le savoir et soumettre son développement aux besoins de l’innovation.

 

Les conséquences concrètes de ce démantèlement du service public de la recherche et de l’enseignement supérieur

 

En France la déstructuration de la recherche s’est amplifiée depuis 2005 alors même que les chercheurs s’étaient mobilisés massivement en 2004 pour une extension des droits et des statuts publics. Elle prend plusieurs formes : autonomisation des universités, augmentation de la précarité, durcissement de l’évaluation, accentuation de la recherche pilotée par projet et soumission aux intérêts privés.  

 

La mise en place de l’autonomie des universités (LOPRI, LRU) présente un triple danger. D’abord, elle menace l’indépendance de la recherche par une soumission accrue aux grands groupes industriels et aux pouvoirs locaux. Les entreprises prennent directement plus de pouvoir dans les CA des universités ou indirectement par le biais du financement de la recherche au travers de fondations ou par l’ANR. Mais cette autonomie met en aussi en danger l’égalité d’accès à l’enseignement supérieur. Suite à la loi sur l’autonomie et la RGPP, les universités vont se livrer une féroce concurrence concernant à la fois les offres d’enseignements et la recherche. A terme, évidemment comme dans les pays anglo-saxons qui ont suivi cette voie bien avant nous, les frais d’inscriptions vont exploser et l’offre d’enseignement va se spécialiser au niveau des territoires. Or quand on est fils ou fille d’ouvriers ou de chômeurs, il est plus facile d’aller dans une université de province à proximité de son lieu d’habitation, que de trouver un logement à Paris. Le troisième danger de cette autonomie est la destruction du statut des personnels et l’augmentation des précaires. Déjà, le nombre de précaires a explosé ces dernières années, il atteint officiellement près de 25% sans compter les stagiaires. Des postes de Maître de Conférence de 4 ans (contrat de projet) ont même fait leur apparition.

 

Mais ce démantèlement méthodique transforme aussi fortement la vie dans les laboratoires dans lesquels la précarité et la mise en concurrence pour les accès aux moyens conduisent à une souffrance au travail et menacent le développement de la science. Les personnels, laboratoires, écoles doctorales et universités sont évalués par l’AERES avec des critères qui favorisent la soumission à l’industrie et la course à la publication. Cette course à la publication produit des effets néfastes de différentes natures. Les chercheurs sont submergés par le travail de lecture, d’écriture et d’évaluation des articles qui sont souvent redondants. La diffusion et la transmission du savoir sont menacées par le surplus d’informations inutiles et l’absence des publications dont les résultats sont négatifs ou les interprétations plus mesurées. La logique de communication, qui vise à convaincre plus par la forme que par le fond met en danger le mode d’argumentation dialogique propre à la science. L’appropriation des publications par quelques grands groupes d’édition comme Elsevier ou Springer limite la diffusion du savoir. Enfin, la mise en place de primes d’excellences dans un contexte de baisse drastique du pouvoir d’achat accentue la concurrence entre chercheurs et dégradent singulièrement l’ambiance dans les laboratoires.

 

L’autre grand désorganisateur de la recherche est la logique de la recherche par projets, qui a atteint un sommet avec la création de l’ANR. Les dotations de certains laboratoires ne payent même plus leurs frais courants (voitures, chauffage). Tout le financement de la recherche dépend donc des projets financés par l’ANR ou l’UE. Or la concurrence pour l’accès à ces moyens est devenue féroce, le taux de succès des projets est faible (23%). Certains laboratoires, dit d’excellence, voient leurs moyens décuplés. Les chercheurs et leurs équipes techniques croulent sous la surcharge de travail, les « burning out » se multiplient et la quantité de précaires dans ses équipes explose. Alors que dans d’autres laboratoires ou d’autres disciplines, il n’y a plus de moyens et certains chercheurs quittent ces laboratoires ou ces sujets de recherche, ce qui constitue une perte inestimable de savoir technique et théorique dans un domaine. Enfin, l’accentuation de la précarité est aussi contre-productive. Ce renouvellement permanent des personnels conduit à une baisse de la qualité du travail du fait de la perte de continuité dans son exercice. Un métier, une compétence expérimentale ou théorique s’acquiert sur le long terme. Après le départ de chaque précaire, on perd une compétence.    

   

 Enfin la soumission de la recherche aux moyens privés menace aussi la confiance des citoyens dans le travail d’expertise fait par les chercheurs. Sur certains sujets sensibles comme les médicaments, OGMs, le nucléaire, les pesticides, le climat ou les nanoparticules, cette perte de confiance dans la parole scientifique peut être grave. Les médias par ailleurs participent de cette dilution de la frontière entre croyances et science. Evidemment certains de ces travers existaient bien avant le démantèlement actuel du service publique de recherche et d’enseignement supérieur, mais il sont en train de se développer à un niveau qui menace notre métier. Or la planification écologique, que nous devons entreprendre, requiert un nouveau cycle de développement vertueux et conjoint de la science et de la technique.  

 

Les 10 mesures qu’un gouvernement issu du front de gauche, devrait prendre :

 

  1. Titulariser tous les précaires de la recherche correspondant à des besoins permanents et limiter drastiquement le recours aux non titulaires.
  2. Revaloriser les traitements de l’ensemble des personnels et les indexer sur l’inflation.
  3. Prévoir un plan de recrutement à la hauteur des enjeux de recherche actuels (planification écologique, alimentation), concernant toutes les catégories sans exception.
  4. Supprimer l’ANR ainsi que les fondations qui pilotent l'enseignement supérieur et la recherche : Fondation de Coopération Scientifique de Saclay, Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB).
  5. Supprimer le Crédit Impôt Recherche (10 Milliards d’Euro en 2010) totalement inefficace pour le développement de la recherche et qui est surtout utilisé pour gonfler les profits des grands groupes privés.
  6. Supprimer l’AERES et les PES[8], l’évaluation doit prendre en compte la spécificité des différents organismes (recherche plus ou moins finalisée) et des différentes disciplines.
  7. Renforcer les EPST (CNRS, INRA, ISERM..) et toutes les universités dont la pérennité doit être garantie, par un financement directement issu du budget de l'État, après validation par la représentation nationale. Ce financement est le seul qui garantisse notre indépendance et qui soit démocratique.
  8. Revenir à un traitement équitable entre universités pour satisfaire à l’exigence d’un enseignement et d’une recherche de qualité sur tout le territoire, au service des étudiants.
  9. Renforcer la démocratie sociale dans nos instituts et nos universités.
  10. Proposer une dotation de 20000€ minimum par chercheur et par an comme garantie d’un fonctionnement normal des unités de recherche

 

Pour conclure, seule une nouvelle loi d'orientation et de programmation pluriannuelle pour la recherche permettra de relever les défis actuels. Une nouvelle politique doit se traduire dès le début par des actes forts et symboliques qui sont résumés dans ces 10 mesures. Il faut faire vite la science est elle aussi une pratique sociale mise en danger par la logique du profit. Evidemment un simple retour à la science telle qu’elle a été pratiquée depuis 1945 n’est pas suffisant. Il faut renforcer la démocratie en son sein. La conduite de la recherche fondamentale doit se faire sous l’autorité des chercheurs eux mêmes en strict indépendance vis à vis des différents lobbys[9]. Les orientations pour la recherche appliquée doivent être prises en concertation avec les élus issus de la représentation du peuple et cette recherche appliquée doit répondre aux besoins de l’humain et préserver la biosphère et non servir à maintenir les profits des plus riches.

 


[1] Le troisième gouvernement de Thatcher (1987-1990) promulgua une législation (Education Reform Act de 1988) qui modifie considérablement le système de financement des universités. Le Local Management of Schools Act accorde aux conseils d'administration des établissements d'enseignement (composés pour moitié de personnel enseignant, pour l'autre de parents d'élèves) une liberté totale des ressources financières et de leur utilisation

[2] La stratégie de Lisbonne est l'axe majeur de politique économique et de développement de l'Union européenne entre 2000 et 2010, décidé au Conseil européen de Lisbonne de mars 2000 par les quinze États membres de l'Union européenne d'alors

[3] Loi d’Orientation et de Programmation de la Recherche et de l’Innovation

[4] Loi relative aux libertés et responsabilités des universités

[5] Agence Nationale de la Recherche

[6] Agence d'Evaluation de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur

[7] Révision Générale des Politiques Publiques

[8] Prime d’Excellence scientifique

[9] La distinction entre recherche appliquée et fondamentale n’est pas aussi évidente, mais nous l’utilisons ici pour notifier comme le disait Bourdieu qu’une des spécificités du champ scientifique est sa relative fermeture (voir Science de la science et réflexivité) et il faut prendre garde ne pas la casser.

Tous les commentaires

23/03/2012, 21:23 | Par Vincent Fleury

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec le point 8, il me semblerait plus judicieux de faire moins d'universités, mais d'assortir leur développement de la construction de davantages de cités universitaires et de campus dignes de ce nom. L'étudiant qui fait ses études dans la fac du coin, pour rester sur place, en comptant que tous les UFR se valent, on ne peut pas y croire.

24/03/2012, 08:01 | Par Capitaine Némo

Merci pour ces propositions qui sont, dans l'ensemble, cohérentes. Quelques remarques, toutefois. Rien, parmi les propositions que vous relayez, ne semble concerner les sciences humaines et sociales qui sont pourtant, dans l'ensemble des disciplines, les plus proches de l'extinction à l'université, tant leur légitimité a été minée par les réformes structurelles et par l'imposition systématique du modèle délétère des sciences de la nature (marchandisation et concurrence, utilitarisme borné, temporalités raccourcies dans la production des savoirs, manque d'ambitions théoriques, positivisme étroit). A mon sens, on ne peut pas traiter de l'université et de la recherche comme un grand "tout" : il importe de distinguer clairement entre les enjeux (sociaux, politique et cognitifs) et les spécificités des SHS d'une part, et ceux des autres disciplines (sciences de la nature). Nous ne formons pas (plus) une "grande famille".

Ensuite, un détail : je ne suis pas certain que la FRB ait une grande influence sur la recherche en biologie, ça serait à vérifier. De même, toute l'entreprise de destruction de l'enseignement supérieur et de la recherche ne repose pas sur les fondations, ni sur l'ANR ou l'AERES. Les agents de cette destruction ont été les acteurs eux-mêmes : des présidences d'universités aux directions des grandes écoles, jusqu'aux chercheurs de terrain, dont une grande partie s'est complu dans la concurrence. Autrement-dit, sans une vaste consultation de type "Etats généraux" (ou sans un appui sur ce qui a déjà été produit par SLR/SLU en termes d'analyse), on ne remettra pas l'université ni la recherche sur les rails, car la destruction a été presque totale en interne (dans le sens où le mal est fait, car les agents de destruction sont en poste actuellement, qu'ils agissent et (dé)structurent leur environnement à grands coups de consultances externes, d'expertise bidon, de clientellisme en interne, de discours creux mais aux effets de réalité dévastateurs, etc.). En bref : c'est l'ensemble des institutions du savoir qu'il convient de repenser, pas seulement au niveau des grandes lignes, mais dans chaque linéament des petits pouvoirs qui s'y sont installés : la métaphore des métastases cancéreuses est, à mon sens, la plus fructueuse pour décrire le travail de sape des DRH, des communicants, de l'externalisation des services, de la précarisation étudiante et de celle des personnels, des rapports de domination et de genre qui se sont exacerbés.

 

A l'attention de V. Fleury : au nom de quels critères pourrez vous démontrer que telle UFR n'est pas du même niveau que telle autre ? C'est justement cette naturalisation de l'idéologie de la concurrence qu'il faut arriver à dépasser, si l'on veut passer du sens commun de ce qu'on croit avoir perçu du petit bout de la lorgnette de son labo ou de son UFR, à une analyse un tant soit peu rigoureuse et éclairée des relations entre recherche, enseignement et société. Il n'y a pas d'un côté les "bons", et de l'autre, les "mauvais" : ça, c'est une vision essentialiste du fonctionnement des institutions. En revanche, il y a des parcours institutionnels inscrits dans des temporalités et des contraintes territoriales, que l'on peut réorienter sur la base d'une ambition de reconstruction. Penser en termes de processus et non en termes d'essences est la seule manière de réfléchir intelligemment au social, dont les sciences font partie. Laissons donc les essences et les classements hiérarchiques à Guéant et aux racistes de tout poil (il existe aussi du racisme disciplinaire, et il fait aussi mal que le racisme ordinaire)...

24/03/2012, 21:31 | Par Vincent Fleury

On ne peut pas non plus être d'accord toujours sur tout; heureusement que la pluralité des opinions existe. Donc pour vous répondre : en principe, c'est la recherche qui tire la connaissance vers le haut; le labo n'est pas le petit bout d'une lorgnette. Il y a des bonnes et de moins bonnes recherches, les chercheurs sont les premiers à le savoir, même sans aucune mesure quantitative façon publications, etc.

Ce que vous écrivez est peut-être très beau sur le papier, mais il faut être lucide. Il y a des bons et des mauvais; le monde de la recherche est un des plus compétitifs qui soient; à cette opinion "essentialiste", si vous voulez, il faut rajouter le problème de la rationalisation des moyens. Je ne crois pas que la France ait les moyens d'avoir 80 universités de haut niveau, et du même haut niveau, avec la même palette de cours et de labos; ça n'aurait d'ailleurs pas beaucoup de sens. Le problème est alors de maintenir sous perfusion des petites universités locales, qui n'auront finalement pas les moyens d'exister, et se rabattront sur des niches d'enseignement qui réduisent, voire rabougrissent l'horizon des étudiants. Je préfère que les étudiants bougent et aillent dans des endroits où il s'éclatent vraiment.

Il ne faut pas mentir à la jeunesse avec des discours égalitaristes, très beaux sur le papier, mais pas sur le terrain. Maintenant, concrètement, est-ce qu'il faut 60 universités, 40, ou 20, je ne sais pas. (sans parler du gros mensonge sur les grandes écoles, mais je passe)

25/03/2012, 08:21 | Par Capitaine Némo en réponse au commentaire de Vincent Fleury le 24/03/2012 à 21:31

Donc, vous êtes partisant de l'idée selon laquelle le monde étant tel qu'il est, on ne peut pas le changer. Nous ne pouvons donc pas du tout être d'accord, ne serait-ce que parce que l'histoire (de l'humanité ou plus simplementcelle des sciences), considérée comme un laboratoire du social et du politique, a bien montré que si, on peut toujours changer le monde. Qu'il y ait des chercheurs meilleurs que d'autres est trivial. Que l'on en déduise une politiqure de recherche ne peut conduire qu'à des excès, qui sont ceux que l'on constate aujourd'hui avec la LRU qui dépend très exactement de la conception manageriale et essentialiste que vous défendez. On ne fonde pas une politique de recherche nationale sur des échelles de valeurs de ce type : Untel sera "bon" selon tels critères à un moment donné, mais paraîtra "mauvais" selon d'autres critères à d'autres moments (on ne publie pas tous aux mêmes rythmes, tout dépend du type de recherche menée, des responsabilités prises dans l'enseignemengt et l'organisation d'enseignements, de rencontres toujours conjoncturelles et imprévisibles avec d'autres, de perspectives de mobilité, du contexte local et national, etc.). La course à la publi est un phénomène récent, lié à la bureaucratisation de la recherche, et non l'en soi esssentialisé de "la science" : pensez aux fondateurs des sciences humaines, par exemple Saussure, dont certains n'ont pas publié une ligne de leur vivant de ce pourquoi ils sont aujourd'hui reconnus comme des fondateurs (ce sont leurs archives qui ont eu une renommée, ou les cours pris en note par leurs élèves). Avec les actuels critères "d'excellence" (ce vocabulaire idéologique qui n'admet pas de contre-catégorie), critères tous issus des sciences de la nature et s'appliquant sans discernement à l'ensemble des sciences sans qu'ucune discussion critique n'ait jamais vraiment été acceptée par les scientifiques des sciences dures, aucune linguistique sémiologique n'aurait pu voir le jour. Mais peut-être que, venant des sciences de la nature, vous estimez que les sciences humaines ne sont pas des sciences ? Dans ce cas, là encore, nous n'avons aucun accord possible sur rien. L'histoire des sciences, là encore, a bien montré que sans les sciences humaines et sociales, les sciences de la nature n'auraient même pas été pensables, et que ce que nous appelons aujourd'hui "démocratie"'aurait  sans doute pas eu l'émergence qu'elle a eu au XVIIIe siècle.

Enfin, pouvez vous m'indiquer les études scientifiques sur lesquelles vous vous basez pour affirmer tout ce que vous affirmez au point d'en déduire un projet politique ? Le désaccord de fond entre SLR/SLU porte justement sur le diagnostic concernant la formation des étudiants, le rôle des universités, les perspectives égalitaristes, etc. Or, il y a des travaux de recherche en ce domaine, des statistiques INSEE (sur le lien diplôme/perspectives d'emploi), etc. Il y a eu, surtout, des analyses politiques menées depuis ces dernières années. A moins de penser que ce que l'on voit dans son UFR a valeur de généralité pour l'ensemble de l'université française, je ne vois pas comment on peut affirmer de amnière aussi massive et carricaturale qu'on "mentirait" aux étudiants (qui "ment" ?), ou qu'ils auraient tel ou tel choix : ces choses là doivent se documenter avant d'être affirmées.

25/03/2012, 10:03 | Par Vincent Fleury

Non, mais d'accord; mais la question c'est combien ça coûte un monde idéal?

25/03/2012, 12:08 | Par hendrik davi en réponse au commentaire de Vincent Fleury le 25/03/2012 à 10:03

Il y a des chercheurs "efficaces" c'est à dire publiant dans des revues à hauts facteurs d'impact, partout même dans les petites universités. Mais les chercheurs efficaces sont ils des bons chercheurs? Je ne sais pas en fait, car on peut faire beaucoup de bruits pour pas grand chose et publier peu mais ces publications peuvent s'avérer dans 50 ou 100 ans essentielles (Gödel a finalement pas publier beaucoup, Einstein non plus je crois). On n'en sait rien finalement et on se contrefout de cette hiérarchisation des intelligences et des productions. Par contre je connais peu (voir pas) de chercheurs à l'INRA se tournant les pousses mais cela doit dépendre des domaines.

La concentration de recherches spatialement pourrait peut être favoriser la circulation des connaissances interdisciplinaires et l'émulation, mais la concentration de requins publiant beaucoups a aussi comme effets de détruire certains labos dit d'exellence (je peux citer pléthore de labos au bord de l'implosion en Ecologie). Bref je ne vois pas de raisons suffisantes qui justifient de sacrifier la transmission égalitariste du savoir au profit d'une chimérique excellence.... Quant aux coûts vu que la France est loin derrière ses concurrents en terme de part du PIB investit dans la recherche...

 

25/03/2012, 16:44 | Par Vincent Fleury

Est-ce que quelqu'un a chiffré le coût de 80 universités possédant tous les UFR, et de niveau mondial en France, puisque c'est ça qui est proposé ci-dessus; à moins que j'aie mal lu

25/03/2012, 20:51 | Par hendrik davi en réponse au commentaire de Vincent Fleury le 25/03/2012 à 16:44

Pas sûr de comprendre, mais globalement, il y a encore 15 ans dans toutes les universités de France on pouvait faire toutes les disciplines ou presque. Donc le chiffrage est facile, c'est ce qui existait.

Le débat n'est pas de faire partout exactement la même chose en recherche, il y aura des spécificités, mais d'assurer par contre un enseignement jusqu'en Master 2 qui soient relativement équivalent partout. C'était ça du temps ou je suis passé à l'université, une licence biologie des organismes et un master dans la même discipline comportaient le même contenu programmatique à lille qu'à Paris. Quelqu'un qui était à Lille pour sa licence pouvait sans problème aller à Paris pour le master. 

C'est ça qui est remis en question par la LRU et c'est cela qu'il faut combattre.

Après la question du "niveau mondial" je ne sais pas ce que ça veut dire...un des labos qui publient le plus en Ecologie est une unité CNRS au coeur de la forêt de Chizé à 100 km de la Rochelle l'université la plus proche....la renommée de laboratoires dans certains domaines dépend de facteurs historiques particuliers et n'a parfois rien à voir avec le fait d'être dans une "grande" université

25/03/2012, 20:16 | Par Vincent Fleury

Pas de réponse?

25/03/2012, 21:57 | Par Vincent Fleury

Sans un chiffrage précis, je n'y crois pas. Le point 8 était ceci :

Revenir à un traitement équitable entre universités pour satisfaire à l’exigence d’un enseignement et d’une recherche de qualité sur tout le territoire, au service des étudiants.

on ne peut pas dire une chose et son contraire : "l'exigence d'une recherche de qualité sur tout le territoire".  "Le débat n'est pas de faire partout exactement la même chose en recherche". Ok, c'est pas exactement le contraire, mais je ne vois pas comment vous pouvez faire des maters équivalents dans des universités qui n'ont pas de recherche du tout dans les domaines concernés. ça donnera des universités locales, et moins bonnes. Vous ne pouvez pas éviter de mettre tout partout si vous voulez que tout le monde puisse accéder localement à tout de façon égalitaire, et je ne vois pas le chiffrage, sinon, justement, vous proposez de façon cachée, des universités de second ordre. Si le projet est de revenir à la situation d'il y a quinze ans, je ne vous suis pas non plus. L'argument c'était comme ça il y' a quinze ans devrait être réactualisé (nombre d'étudiants etc. MODIF : après vérification, le nombr d'étudiants ets le même). On ne peut pas balancer des idées comme ça sans les chiffrer, il me semble, dans le contexte d'un programme rpésidentiel. Est-ce que c'est chiffré quelque part (lien vers un programme?)

Pour info, la liste des universités, c'est plutôt plus proche de 90

http://www.etudes-en-france.com/univ.htm

en nombre de sites géographiques concernés (en comptant tout Paris "Un", tout Marseille "Un" tout Bordeaux "Un etc. ça fait quand même 50 sites, sans compter toutes les écoles d'ingénieur; ça vous paraît pas beaucoup pour un pays comme la France?

 

A vue de nez je dirais que c'est un programme à 100 milliards

 

 

 

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