Elisabeth Badinter: «On ne se sert pas d’une possible injustice pour défendre une cause»
Elle se taisait depuis le 15 mai. Ne sachant rien des protagonistes et de ce qui s’est passé elle ne voulait rien dire. Aujourd’hui elle prend la parole. Une parole qui exprime la colère de la féministe contre les autres féministes, celles qui ont profité de l’affaire, qui l’ont instrumentalisée. Celles qui disent, en toute inconscience et du haut d’un sexisme et d’une domination féminine décomplexée: «L’affaire Strauss-Kahn aura eu ceci de bon...».

Pendant ce temps...
Pendant ce temps Tristane Banon, regard fixe, pupille dilatée, bouche entrouverte, sans expression particulière, (mais qui donc est son conseiller en communication?) fait la une. Son livre se vend enfin. Elle le sait. «Depuis l’affaire DSK, l’ouvrage est épuisé». D’après ce que j’en ai lu ce n’est pas pour ses qualités littéraires. Maintenant qu’elle n’a plus de rivale (Nafissatou) en matière de victime, elle occupe tout l’espace. Elle dit déposer plainte car elle ne supporte pas de voir DSK libre. Elle l’a quand même supporté jusqu’à présent. Elle dit aussi dans l’Express: «Pour une fois, je voudrais être maîtresse de ce qui m'arrive. Je voudrais que l'on m'entende, parce que j'ai peut-être enfin une chance d'être écoutée.» Elle a été maîtresse de sa vie dans la vidéo chez Ardisson. Elle a dit ce qu’elle voulait. Elle n’a pas été empêchée. Elle y a même été entendue et crue. Je ne comprends pas pourquoi aujourd’hui elle se présente en victime jamais entendue.
Dans ce genre d’affaire les contradictions, les détails, les incohérences sont très importants, autant pour confondre le mis en cause s’il est coupable que pour révéler une accusation mensongère. Les accusations - vraies ou non - reposent beaucoup sur l’émotion. Avec une petite différence: dans les affaires que j’ai connues depuis quelques années les fausses accusations reposent essentiellement sur l’émotion qu’elles soulèvent et sur une empilation de faits dramatiques tellement énorme que l’on n’ose plus vérifier par crainte de traumatiser davantage la supposée victime. En simple: plus c’est gros plus ça passe.
Je me souviens d’une affaire parue dans la Tribune de Genève le 2 octobre 2002. L’article cite une juge d’instruction, Madame Isabelle Cuendet (que je connais malheureusement bien), qui avait mis en détention provisoire un garçon de 20 ans accusé par sa copine de l’avoir attachée à des tuyaux dans des toilettes pendant 4 jours, et de l’avoir violé à plusieurs reprises avec ses copains. La supposée victime avait même fait un dessin des lieux et était jugée «crédible» par les experts psychologues. Au moment du procès, la nouvelle avocate commise d’office réalise qu’il n’y a pas eu de perquisition dans l’appartement. La juge Isabelle Cuendet n’avait pas jugé utile de vérifier les lieux. L’avocate va à la régie, demande les clés, reçoit l’assurance que rien n’a changé dans l’appartement. Et sur place il n'y avait aucun tuyau auquel la jeune fille aurait pu être attachée! L’accusation s’effondrait d’un coup. L’affaire s’est arrêtée là. 11 mois de prison pour rien et une vie démolie à 20 ans.
Cela dit les accusations de Tristane Banon doivent être vérifiées. Elle se souvient sans doute de la localisation de l’appartement - vu ce qu’elle dit y avoir vécu elle ne peut pas l’avoir oublié. Quand elle l’aura indiqué à la justice il faut voir si, dans ce cas, DSK avait l’habitude de l’utiliser. Il faut vérifier le dictaphone. On doit supposer qu’elle a gardé l’enregistrement puisqu’elle dit avoir préparé un dossier à l’époque. On doit y entendre DSK demander qu’ils se tiennent la main et le bras. A noter qu’aujourd’hui, pour la première fois, elle dit qu’il avait arrêté l’enregistreur avant de «passer à l’action». Nouvelle information. On doit aussi retrouver les dossiers nombreux sur DSK qui trônaient sur le bureau de l’avocat consulté il y a 8 ans. Elle en parle dans la vidéo. Si l’avocat de l’époque, faisant fi de toute déontologie, a pu si facilement dire que ces dossiers concernaient DSK, il lui sera tout aussi facile de les donner à la justice...
Bref, vérifions, vérifions. Ne croyons rien sur parole. Madame Banon a reconnu hier avoir harcelé Dominique Strauss-Kahn pour obtenir cette interview. Dans le chapitre retiré du livre elle se montre provocatrice et agressive. Tant que tout cela n’est pas vérifié il y a autant de raisons de la croire que de douter d’elle. Attendons la suite.
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Tous les commentaires
Elisabeth Badinter(que j'apprécie au demeurrant) se taisait parceque son mari parlait pour défendre la présomption d'innocence de Strauss Kahn..
Les victimes d'abus sexuels se murent généralement dans le silence vu leur l'état de sidération.(Je vous invite à lire l'ouvrage d'Eva Thomas " le viol du silence") Porter plainte à la justice dans ces situations ne va jamais de soi.Les voies de la réparation de soi pour parvenir à "dire" et mettre des mots sur des maux, empruntent parfois des temps longs et des chemins bien compliqués. C'est classique chez les victimes d'abus sexuels. Certes Ardisson n'est pas thérapeute, mais ce passage médiatique(vous rendez compte à un moment de grande écoute )a peut-être confortée et renforcée Tristane Banon, là où sa propre mère l'avait dissuadée de mettre sa souffrance en parole et de la capacité de parler. Heureusement depuis cette dernière a cheminé et elle soutient désormais sa fille.
L'affaire du Sofitel provoque le déclic, de plus Tristane qui a murit, peut penser désormais que le risque de récidive est potentiel.Dit elle le vrai ?
Laissons faire calmement le cours de la justice et laissons DSK à sa place à New York, celle qu'il a cherché lui-même de manière inconsidérée au regard de sa charge au FMI et de ses prétentions à la présidence de la République.
Laissons DSK là, ou il commet une réelle imposture celle de faire croire qu'il est de gauche alors que depuis 1997 il ne sert que les intérêts de la finance et de l'oligarchie.
Elisabeth Badinter a bien sûre raison : le mépris de la Justice et de la présomption d'innocence doublée de la manipulation du cas de Mme Diallo a été délibérée de la part de certaines "officines" qui se disent féministes.
Je dis bien qu'elles se disent féministes car en l'occurrence elles ont fait plus de mal à la cause des femmes que bien des rodomontades de machos en chaleur. Rien de bon ne peut sortir du mensonge et de la dissimulation et surtout pas un exemple à brandir en étendard.
Et pendant ce temps.... Mme Banon se réveille... je préfère ne rien ajouter à votre commentaire qui est exhaustif ; simplement une précision, dans une interview réalisée par Agoravox, le journaliste dit à Mme Banon qu'il la trouve bien badine, primesautière dans la vidéo de l'émission d'Ardisson et elle répond qu'elle n'avait pas été invitée "pour plomber l'ambiance".... mais quand T Ardisson invite une femme qui doit raconter "un viol", il lui précise qu'il faut quand même que ça soit fun ?? et la supposée victime n'est pas choquée ??
Je n'avais pas remarqué la petite phrase sur "ne pas plomber l'ambiance". Les questions que vous posez sont pour le moins troublantes...
Elisabeth Badinter? La classe!
Cela nous change du philosophe parfumé qui vocifère sur les tarmacs aux frontières des révolutions arabes...cela nous change du philosophe Franceculturiste accouchant de son cerveau prématuré sous l'X...
C"est à ça, que doit servir un bon philosophe comme I.Badenter, aimer la sagesse et nous la faire aimer.
Sur l'affaire américaine de DSK, je n'ai rien dit ni écrit non plus, sur la nouveau "cas Banon", comme a ironisé le Canard du matin, je ne dirais rien non plus...
@KOSZAYR
Laissons DSK là, ou il commet une réelle imposture celle de faire croire qu'il est de gauche alors que depuis 1997 il ne sert que les intérêts de la finance et de l'oligarchie.
Vous résumez la lettre que j'ai écrite à la Première secrétaire du PS le 4 avril 2011, signifiant au PS que si DSK obtenait l'investiture, je ne voterai pas socialiste.
Extrait : [...] Dans ce qui suit, je vais donc vous exposer, non pas ce qui ne me fera pas voter pour le P.S mais certaines propositions que je devrai voir dans le programme du PS, soutenu par votre candidat aux présidentielles, qui me feront voter pour lui. (Sauf une, si c'est DSK le candidat, même au second tour contre Marine Le Pen, où je voterai blanc, comme dans le cas d'un duel Sarkozy/Le Pen, contrairement à 2002 où j'ai voté Chirac. Je ne considère pas DSK comme un socialiste, en tout cas ni plus ni moins que Sarkozy, aucun fondement antisémite, évidemment, dans mon choix. DSK est membre du groupe de Bidelberg et fait partie du Siècle, il est social-démocrate, certainement pas socialiste pour moi)[...]
Je m'étonnais de ne pas vous avoir lu sur le sujet, hommelibre. C'est maintenant chose faite. Passons à autre chose.