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Egyptophilie, égyptologie et égyptomanie

Au moment où intervient le deuxième anniversaire du premier jour de la Révolution égyptienne, le 25 janvier 2011, force est de constater que l’Egypte demeure une passion française. Au-delà de l’Egypte moderne et des analyses « géopolitiques » souvent contradictoires, cette attirance et cette fascination reposent sur une tradition nationale ancienne. Mais dans ce courant permanant, quoique fluctuant selon les époques, égyptophilie, égyptologie et égyptomanie se conjuguent.

 

Le premier terme d’égyptophilie révèle un amour de l'Egypte ancienne, de sa civilisation et de son art. Elle se réalise par la quête et la collection passionnée de tout objet datant de l'Egypte ancienne ou y faisant référence. Cette attraction universelle venue d’Italie a touché certaines villes à la Renaissance.

Tel est le cas de Lyon, ville du commerce, de la banque et de l’édition dès le XVIe siècle. Des objets de style égyptisant sont très tôt présents dans les cabinets d’antiquités de la région. Puis en 1824, François Artaud, premier « inspecteur du conservatoire et antiquaire de la ville » ouvre la galerie d’exposition d’égyptologie dans le Musée Saint Pierre. C’est la première en France, juste avant celle du Louvre (1826).

                                       

Le second vocable, celui d’égyptologie, désigne la connaissance de l'Egypte ancienne, de son histoire, de sa langue, de sa civilisation. C’est un savoir récent, constitué peu à peu au XIXe siècle. La découverte des monuments pharaoniques commence avec l’Expédition de Bonaparte en Egypte (1798-1801) et la publication de la « Description de l’Egypte » (19 volumes de 1809 à 1822). Mais c’est le déchiffrement de l’écriture hiéroglyphique par Jean-François Champollion en 1822 qui ouvre le temps de la science.

Il faut situer dans ce cadre les recherches réalisées par l’école lyonnaise depuis plus d’un siècle, tant sur le terrain  archéologique que celui des études et de l’enseignement. Ici la chaire d’égyptologie est créée en 1879. Elle devient ainsi le second centre hexagonal, après la capitale, de l'enseignement de la lan­gue hiéroglyphique et de la civilisation de l'Egypte antique. Depuis, les nombreuses thèses de doctorat soutenues démontrent la vitalité de cette chaire, occupée notamment par Victor Loret [1] de 1887 à 1929, puis plus tard par Jean-Claude Goyon [2], de 1981 à 2000.

 

Le troisième terme est le plus récent. L’égyptomanie désigne la recréation moderne des modèles de l’Egypte antique. Chaque civilisation, chaque époque a su intégrer au répertoire utilisé par ses architectes et ses artistes les thèmes et les éléments décoratifs typiques de la civilisation du Nil. L’obélisque, la pyramide, le temple, le sphinx, le lion égyptien, les hiéroglyphes et autres artefacts pharaoniques abondent dans notre quotidien sans que nous sachions toujours les voir comme tels.

Le « goût égyptien » est présent à Lyon depuis le XVIe siècle, avec de nombreux décors éphémères inspirés de l’antiquité, dressés à l’occasion d’événements ou de fêtes solennelles. Ce sont ensuite des monuments permanents érigés avant la Révolution, puis pendant tout le XIXe siècle. Certains d’entre eux décorent toujours Lyon. Mais d’autres villes françaises disposent également d’un riche patrimoine d’égyptomanie, avec des réalisations originales, comme Strasbourg, Toulouse, Nancy, Lille, Bordeaux, sans oublier bien sur Paris qui reste la capitale mondiale dans ce domaine.

 

Egyptophilie, égyptologie et égyptomanie constitueront l’un des axes de ce blog, et pas seulement pour la seule région lyonnaise. L’égyptophilie rayonne en effet dans les grands musées européens. L’égyptologie fait chaque jour de nouvelles découvertes, trop souvent masquées par des annonces sensationnelles sans lendemain. Et l’égyptomanie d’autrefois est maintenant concurrencée par des réalisations prestigieuses du XXIe siècle.

 


[1] Voir le tout nouveau site de consultation du Fonds Victor Loret conservé à la bibliothèque de la Maison de l’Orient et de la Méditerranée, site créé sous l’impulsion de l’égyptologue Laure Pantalacci, professeur à l’université de Lyon 2 depuis 2000.

[2] Voir le site du Cercle lyonnais d’égyptologie Victor Loret, association crée en 1987 et dont Jean-Claude Goyon est le Président d’honneur. 

 

Tous les commentaires

13/02/2013, 07:02 | Par Anne Gentry

Ah, très intéressant ... Vivement vos prochains billets égypto !

13/02/2013, 08:02 | Par vertige

Au plaisir de vous lire !

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