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Mai

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Indécences franco-tunisiennes

Trois ans après avoir intitulé une chronique «Obscénité franco-tchadienne» (1), je me vois obligé d'en titrer une autre «Indécences franco-tunisiennes», tant le bilan de l'hyper-président se situe décidément aux antipodes des promesses de l'hyper-candidat en faveur de la démocratie urbi et orbi et relève de la pornographie diplomatique. Certes, Nicolas Sarkozy n'a été que le dernier en date des chefs d'Etat français à prodiguer un soutien inconditionnel au régime de Ben Ali. Il ne fut pas le seul à avoir la berlue quand il voyait «progresser l'espace des libertés» en Tunisie, et son prédécesseur, Jacques Chirac, avait tenu des propos tout aussi scandaleux. Quant à François Mitterrand, il n'avait pas montré plus de réticence à l'encontre de la restauration autoritaire dans laquelle n'avait pas tardé à s'engager l'homme du «Changement», deux ans après sa prise du pouvoir, le 7 novembre 1987, qu'à l'égard des processus similaires qui avaient prévalu en Afrique subsaharienne dans le sillage du grand mouvement de revendication démocratique de 1989-1990 ou qu'à celui de l'écrasement du Front islamique du salut par l'armée, en Algérie, en 1992.

Pourtant, le gouvernement de Nicolas Sarkozy a pulvérisé les records de l'insanité et de la cécité politiques. A tout seigneur tout honneur, la palme de l'incompétence et de l'Hénormité revient sans doute à Michèle Alliot-Marie qui, ministre des Affaires étrangères, et à deux reprises, n'a su que proposer le «savoir-faire» français en matière de maintien de l'ordre, alors que les morts se comptaient déjà par dizaines. Drôle de conception de la diplomatie, singulière idée de la démocratie! Le propos était d'autant plus surréaliste que «MAM», ancienne ministre de la Défense, puis de l'Intérieur, est mieux placée que quiconque pour savoir que la Place Beauvau a développé une coopération policière de grande ampleur avec la Tunisie de Ben Ali, depuis vingt-trois ans, avec les résultats que l'on voit. La France a vendu à celui-ci des moyens techniques surdimensionnés qui lui permettaient d'écouter deux fois l'ensemble de ses sujets. Elle lui a envoyé des officiers de liaison et des agents du SCTIP qui ont pu observer de près la manière dont le régime surveillait, emprisonnait, battait, torturait et condamnait à la mort sociale les opposants (et leur famille).

Aussi faut-il prendre au mot la déclaration pontifiante du ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, le 11 janvier, rappelant qu'«avant de juger un gouvernement étranger» il fallait «bien connaître la situation». La «situation», les autorités françaises la «connaissaient» fort bien, de l'intérieur, pour en être parties prenantes (et trébuchantes puisque cette coopération policière charriait son lot de contrats). Il leur était aussi loisible de lire les travaux de science politique que les chercheurs d'un CNRS dont elles sont promptes à railler l'improductivité avaient publiés: par exemple Le Syndrome autoritaire. Politique en Tunisie de Bourguiba à Ben Ali de Michel Camau et Vincent Geisser (Presses de Sciences Po, 2003), ou La Force de l'obéissance. Economie politique de la répression en Tunisie de Béatrice Hibou (La Découverte, 2006). Même la désespérance sociale de la jeunesse, à l'origine du soulèvement, était parfaitement documentée grâce aux remarquables analyses de Samy Elbaz (2). Et la fragilité de la réussite économique de la Tunisie avait bel et bien été annoncée dès la fin des années 1990 (3). Il n'y avait pas un pan du régime de Ben Ali qui restait ignoré.

Simplement, la plupart des politiques, des hauts fonctionnaires, des journalistes et des intellectuels français ont préféré prendre pour argent comptant son discours de légitimation et se persuader qu'il était un rempart nécessaire contre l'islamisme, l'ultime défenseur des droits de la femme, un «miracle», un havre de «stabilité» et d'«ouverture» à l'Occident. Nonobstant les évidences. La répression du parti islamique le plus modéré du monde arabe, Ennahda (Renaissance), a fait de la Tunisie l'une des principales pourvoyeuses de djihadistes convertis à la cause de Ben Laden et n'a pas empêché l'attentat contre la synagogue de Djerba en 2002, que le régime avait pitoyablement essayé de travestir en banal accident, à la grande fureur de l'Allemagne dont plusieurs ressortissants avaient péri dans l'explosion.

Le statut juridique des femmes est peut-être meilleur en Tunisie qu'au Maroc ou en Algérie, mais ces dernières n'y ont toujours pas les mêmes droits de succession que les hommes: la rente bourguibienne en la matière est depuis longtemps épuisée. Le «miracle économique» était pour l'essentiel un trompe l'œil, et l'aisance des classes moyennes reposait sur un surendettement toxique. Enfin, l'effondrement subit de Ben Ali et les violences auxquelles il donne lieu nous rappellent de quoi était faite cette «stabilité» et confirme que les eaux dormantes sont les plus dangereuses. A laisser trop longtemps fermée la cocotte minute, elle explose, et le spectre de la guerre civile guette maintenant le mythique «pays du jasmin». La triste vérité est que les élites françaises, toutes professions confondues, se sont lourdement compromises et ont entraîné l'Union européenne dans leur illusion, voire leur veulerie (je mettrai à part Frédéric Mitterrand qui jusqu'au bout a soutenu Ben Ali, mais qui a des circonstances atténuantes s'il est vrai qu'il est citoyen tunisien: il était à la merci de la police du régime!)

L'exercice d'auto-justification et de rétro-clairvoyance auquel se livrent les uns et les autres depuis quelques jours n'en est que plus comique, la médaille d'or devant cette fois-ci être attribuée à l'amiral Jacques Lanxade, ambassadeur de France à Tunis de 1995 à 1999, dont la langue de bois était d'ébène lorsqu'il était en fonction, et qui assure aujourd'hui sans rire que «cette révolution était inéluctable», que «la dérive autoritaire de ce régime le condamnait» et qu'il en avait averti Paris «dès 1999» (4). Les connaisseurs apprécieront à leur juste valeur ce plaidoyer pro domo –et rendront hommage à Yves Aubin de la Messuzière, en poste de 2002 à 2005, qui, de pair avec son équipe, en particulier son premier conseiller, Jean-Pierre Filiu, et son conseiller culturel, Jean Hannoyer, mit en œuvre une diplomatie aussi professionnelle que lucide et courageuse, étant enfin l'ambassadeur de France près la Tunisie, et non l'inverse.

Désormais, Nicolas Sarkozy entend se tenir aux côtés du peuple tunisien dans sa marche vers la démocratie. Mieux vaut tard que jamais. Sauf que le soutien de la France aux démocrates équivaut au baiser de la mort, si l'on en juge par la séquence tchadienne de 2007-2008 (5). Sauf aussi que les erreurs d'hier ne prédisposent pas à la sagacité du lendemain. Jusqu'à preuve du contraire, il est moins question, à Tunis, de «transition démocratique» ou de «révolution politique», comme on l'entend dire, que de reproduction ou de restauration autoritaire. Bien sûr, c'est un vaste et remarquable mouvement social qui a ébranlé le régime, et l'on ne saluera jamais suffisamment le courage dont ont fait preuve les manifestants. Ces derniers, au demeurant, reprenaient le flambeau des protestataires des années précédentes qui avaient déjà exprimé leur colère, notamment à Gafsa, en 2008 et 2009, et à Benguerdane, en 2010, au péril de leur liberté, voire de leur vie.

Néanmoins, Ben Ali a été chassé vendredi par une révolution de palais plutôt que par la foule: soit par les hiérarques du parti unique, qui se sont débarrassés de leur fondé de pouvoir avant que celui-ci ne les entraîne dans sa chute ; soit par l'armée, dont l'un des chefs d'état-major, Rachid Ammar, venait d'être renvoyé, qui désapprouvait le bain de sang et qui n'était sans doute pas fâchée de prendre sa revanche sur la police. La Tunis de janvier 2011 fait plus penser à la Bucarest de décembre 1989 qu'à une situation réellement révolutionnaire. La chute a été trop rapide pour être honnête.

Le risque est donc grand de voir le régime se refermer comme une huître à la première occasion venue, comme il l'avait déjà fait après le «Changement» du 7 novembre 1987, ou à l'instar de la République algérienne après les émeutes d'octobre 1988 et l'intermède démocratique auquel avait mis fin l'armée à la suite de la victoire électorale du Front islamique du salut.

Quatre considérations le font redouter.
En premier lieu, le parti islamique Ennahda est sans doute la seule force politique organisée, disposant d'une véritable base sociale, en dépit de la terrible répression qu'il a subie et de l'exil de ses principaux leaders. S'il menace d'arriver au pouvoir, l'opinion tunisienne peut être tentée de se réfugier à nouveau derrière une dictature protectrice qui sans nul doute bénéficiera du soutien de l'Occident.
En deuxième lieu, ceux que l'on nomme les « démocrates », quelle que soit la détermination de certains d'entre eux, n'ont précisément pas hésité à cautionner l'écrasement policier de la mouvance islamique entre 1989 et 1994, leur libéralisme s'arrêtant là où commençait le militantisme d'Ennahda. Leur capacité à démocratiser le pays est sujette à caution et supposerait de toute manière qu'ils surmontent leurs divisions picrocholines (6).
En troisième lieu, le régime Ben Ali ne reposait pas seulement sur la coercition, mais aussi –comme l'a démontré Béatrice Hibou– sur de multiples transactions, en particulier économiques, qui forgeaient un consensus, en même temps qu'elles garantissaient le contrôle politique et social de la population. Le crédit bancaire a été un rouage central de cette économie politique et morale du «pacte de sécurité» que l'Etat avait octroyé à la société –une économie politique dont rien ne dit que le renversement de la «Famille» suffira à la mettre à bas. La dénonciation de la «corruption» d'une «mafia» prédatrice ne peut tenir lieu d'analyse et participe d'un certain infantilisme.
Enfin, le régime Ben Ali s'inscrit dans une longue tradition de réformisme étatique et autoritaire que le beylicat, province ottomane, avait héritée des Tanzimat, qu'il a consacrée avec le Pacte fondamental de 1857 –dit justement, en arabe, «Pacte de sécurité» (Ahd al-amar)– sous-jacent à la Constitution de 1861, que le Protectorat français a recomposée au service de ses intérêts impériaux, et dont le Néo-Destour a été l'apothéose nationaliste. Ben Ali n'a fait que prolonger cette tradition en la mettant au goût du jour, celui d'un néo-libéralisme de façade et d'un Partenariat euroméditerranéen de complaisance.

La crise politique actuelle intervient à la confluence de ces différents facteurs. Les tenants d'un pouvoir autoritaire –que l'on aimerait pouvoir qualifier de « sortant », mais il serait prématuré de ne voir dans les milices du RCD que de simples «nostalgiques» tant peut-être l'avenir leur appartient encore– cherchent précisément à faire regretter aux Tunisiens ce fameux «pacte de sécurité» en enclenchant une stratégie de la tension pour redonner au «consensus» sa légitimité. Le pari n'est pas aussi insensé qu'il y paraît. En effet, l'opposition «démocrate», voire islamiste, n'est pas étrangère à cette mythologie politique. La «tunisianité» dont chacun se gargarise, de part et d'autre de la mer Méditerranée, n'est que l'expression idéologique de cette culture politique du pacte réformiste autoritaire (7). Dans un très bel essai, Hélé Béji avait décrypté dès 1982 le «désenchantement national» et expliqué comment «l'instance qui m'a libérée est bien celle qui me domine aujourd'hui», en un «dédale monstrueux» 8. Force est de reconnaître que la Tunisie reste un havre du nationalisme arabe, nonobstant sa légendaire «ouverture». L'ennemi qu'elle devra vaincre pour se démocratiser, avant même l'«amitié» intéressée et bornée de la France et de l'Union européenne, est son propre orgueil identitaire. Un orgueil que flatte son aura, trop vite décernée, d'avoir couvé la première révolution dans le monde arabe.

 

(1) Jean-François Bayart, «Obscénité franco-tchadienne», Le Monde, 12 février 2008.
(2) Samy Elbaz, « Quand le régime du "changement" prône la "stabilité" : mots et trajectoire de "développement" en Tunisie », Revue Tiers monde, 4 (200), 2009, pp. 821-835.
(3) Béatrice Hibou, «Les marges de manœuvre d’un "bon élève" économique : la Tunisie de Ben Ali», Les Etudes du CERI, 60, décembre 1999.
(4) Journal du Dimanche, 15 janvier 2011, p.
(5) Jean-François Bayart, «L’hypo-politique africaine d’un hyperprésident», Savoir-agir, 5, septembre 2008, pp. 164-165.
(6) Pour une critique (de l’intérieur) de l’opposition « démocrate », voir Sadri Khiari, Tunisie : le délitement de la cité. Coercition, consentement, résistance, Paris, Karthala, 2003.
(7) Sadri Khiari, Tunisie : le délitement de la cité, op. cit., et Béatrice Hibou, La Force l’obéissance, op. cit., chapitres 8 et 9.
(8) Hélé Béji, Désenchantement national. Essai sur la décolonisation, Paris, François Maspero, 1982, p. 14.

Tous les commentaires

Merci pour ce brillant commentaire plus dans l'ordre des analyses que j'affectionne et essaie de produire que des envolées lyriques militantes et débordantes de sympathie.

Je n'ai aucune connaissance particulière de la Tunisie sinon celle d'une opposition laïque et démocratique brimée emprisonnée torturée souvent sans qu'elle s'appuyât sur un véritable Parti, sur une organisation tolérée.

Cette révolution a tout pour n'être qu'une révolution de Palais comme vous l'analyséz..

Comme vous le dites, avec Sarkozy, on a atteint des sommets... Mais la réaction de MAM pose une autre question, qui ne concerne pas la Tunisie, qui concerne la France et ses émeutes en 2005: voilà le seul constat de notre gouvernement démocratique, les émeutes, il faut les réprimer, un point c'est tout, pas la peine de se poser de questions sur les causes... A-t-on vu gouvernement et majorité plus autiste?

+1.

Non. Et ce n'est pas fini.

Malheureusement je pense aussi que ça n'est pas encore gagné .

Le pire n'est jamais sûr mais la route vers la "démocratie" reste longue et le courage de la rue risque d'être récupéré par les "modérés" du clan précédent .

Il faut espérer mais il y a de quoi avoir peur pour ce peuple courageux .

Vous avez des explications étranges. Révolution de palais... Les gens dans la rue défiant les milices, défiant la police ça compte pour du beurre? Tous manipulés? Drôle d'analyse. Le fait que l'armée ait été du côté du peuple et assez indulgente avec BEN ALI (mais pas les trablesi) n'en fait pas une révolution de palais !!

Brillante analyse. Merci.

excellente analyse, merci

Voilà une analyse sérieuse bien étayée et décoiffante qui va à contre courant de tout ce que l'on peut lire en ce moment sur cette "révolution".

C'est toujours trés intéréssant de lire les travaux de chercheur,ou de scientifique détachés de toutes contingences politiques. Là, on touche à la vrai information.

Merci Monsieur.

Excellent. Votre point de vue dans deux mois sera précieux.

Aujourd'hui et demain, c'est un autre dictateur qui sera à l'Elysée pour parler de la crise ivoirienne : Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 1987 au Burkina Faso suite à un coup d'état, sur le sang notamment de Thomas Sankara, "réélu" récemment à plus de 80%...

Toute ressemblance avec Ben Ali n'est ni fortuite ni involontaire.

Elle sont encore nombreuses les indécences françafricaines...

le militant révolutionnaire que je suis ne peut que saluer la pertinence de votre analyse. En effet "seule la vérité est révolutionnaire". Il faut bien constater qu'à l'heure actuelle il n'y a aucun parti en Tunisie pour représenter les couches populaires, si ce n'est dans le dévoiement de leurs aspirations vers la religion.

J'écrivais ce matin : " Les Tunisiens se mettent au régime. Mais quel régime ! On prend les mêmes et on recommence ? Si c'est ça leur révolution, c'était vraiment pas la peine. J'en veux beaucoup à notre gouvernement et surtout à son président de n'avoir pas voulu accueillir ces "chouchous" de la France qu'étaient naguère encore ce cher Ben Ali, sa charmante épouse et sa sympathique famille. On rattrape comme on peut les bourdes de son ministre des affaires étrangères ? Quelle ingratitude, quand on connaît les liens étroits qui unissent nos deux pays et qu'on se souvient de l'accueil particulièrement chaleureux réservé en 2008 au couple Nicolas-Carla par leur merveilleux ami Zine el Abidine ! On aurait quand même bien pu trouver une gentille villa, simple mais confortable, sur la Côte pour les loger provisoirement en attendant qu'ils préparent leur retour au pays. Justement, un autre ami de la France, le très sympathique Bébé Doc, vient de libérer la sienne pour s'en retourner au pays où il envisage sans doute de recruter quelques tontons-macoutes pour aider son peuple aimé à sortir de la misère. Il pourrait leur rapporter les 900 Millions de dollars avec lesquels il est parti en 86... Mâme Alliot Marie aurait pu leur rendre de fréquentes visites et proposer le "savoir-faire , qui est reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité, pour régler les situations sécuritaires" ! En voilà une qui aurait dû s'en tenir à sa déclaration à Chirac en 1968 :"La politique, ça ne m'intéresse pas et je n'en ferai jamais ! "


Camus avait raison :" Les gouvernements, par définition, n' ont pas de conscience**. J.B.

**Phrase extraite d'un article de la revue Témoins ( printemps 54 ) et citée par Stéphane Hessel en 4ème de couverture de son " Indignez-vous! "

Merci pour ce brillant commentaire qui démontre tout le coté opportuniste de la politique étrangère française, que nos dirigeants soient de Droite ou de Gauche d'ailleurs. Entre les propos hallucinants d'une Michèle Alliot-Marie, qui se croit Ministère des Affaires Etrangères, qui propose d'instruire les forces de police tunisienne à la répression (il est vrai que la France à de l'expérience dans ce domaine.... les anciennes dictatures sud-américaines ne nous diront pas le contraire, ni celles de la Françafrique toujours bien vivantes - les forces d'interventions françaises stationnées au Burkina en sont la parfaite expression), et ceux d'une Ségolène Royal se proposant comme observatrice des futures élections en Tunisie, on pourra remarquer que la méthode de "pensée moisie et vermoulue néo-coloniale" est toujours bien présente dans les cerveaux déliquescents de nos politiques, de B. Délanoé à F. Mitterrand, tous transpirent de la même lâcheté et du même aveuglement ..... de Chirac à D.S.K....."Ils n'en mourraient pas tous, mais tous étaient frappés".... idem pour nos "élites" bien-pensantes des médias.. Jean Daniel, S. Moati craignaient-ils que la "populace" tunisienne en révolte jette des canettes sur les pelouses de leur pied-à-terre d'Hammamet ? quant à L. Joffrin de "Libé" qui prend le train en marche désormais, en dénonçant article après article, toute la monstruosité du clan Ben Ali...... no comment.

Notre classe politique et médiatique en France me fait penser à ces personnages du roman de Jean Dutourt (décédé hier), "au bon beurre"....... pétainistes parce que cela les arrange, et qui deviennent gaullistes par opportunisme.... et parce que cela rapporte encore plus... ils soutenaient Ben Ali, peu importe, maintenant, ils retournent leur veste et découvrent fort à propos, qu'il y a des habitants en Tunisie... des habitants que l'on baillonnait, que l'on intimidait, que l'on torturait, que l'on dépossèdait et parfois que l'on assassinait dans le silence le plus total..... honte à tous ces gens dont les borborygmes intestinaux tiennent lieu de discours et qui s'imaginent parler au nom de la France, alors qu'ils ne représentent que la petitesse d'une pensée putride, celle de cette France coloniale qui imposait son pouvoir aux peuples qu'elle jugeait "inférieurs" au nom de la civilisation, et de nos principes mensongés de "liberté, égalité, fraternité".... pour nous, oui... et encore.... les révoltes ouvrières du XIXème et du XXème siècle réprimées dans le sang en savent quelques chose, mais certainement pas pour les Noirs les Viet-Namiens, et les Arabes..... au moins le colonialisme britannique s'il fut autant cynique, fut plus honnète et n'a jamais dissimulé que ses conquètes s'effectuèrent pour le plus grand bénéfice de la Compagnie des Indes.

La France de 2011 par la voix de sa Ministre Michèle Alliot-Marie devant les tirs assassins de la police de Ben Ali sur les manifestants de Tunisie n'a qu'une chose à proposer : les services et le savoir- faire de ses C.R.S. afin de réprimer toutes vélléités de Démocratie dans un ancien protectorat... quant à B. Hortefeux et E. Besson, (le vieux marié dont la jeune femme est tunisienne), obnubilés qu'ils sont par les politiques migratoires afin de faire la nique au F.N..... tout cela ne démontre qu'une chose : l'infini médiocrité de la classe politique que les Français se sont donnés.

Bien envoyé, Belle Lurette, je vous fais passer le lien de Rue89 :

Des grenades lacrymogènes pour Ben Ali bloquées à Roissyhttp://www.rue89.com/2011/01/18/des-grenades-lacrymogenes-pour-la-tunisie-bloquees-a-roissy-186310

édifiant!

 

 

Je ne suis pas spécialiste de la Tunisie bien que la connaissant un peu mais je trouve votre analyse ( comme d'autres ) a la fois dégagée des passions et hèlas,laissant présager maints problèmes dans les mois a venir.Je souhaite vivement que vous continuiez a nous tenir informer .merci mille fois.

Très bon billet, et merci de nous tenir informés!!

Je crains malheureusement que les fausses notes de MAM et l'autisme du gouvernement relève toujours de la même philosophie. Il fallait défendre coûte que coûte le régime pourri de Ben Ali car il trempait et était un bon rempart pour les affaires des grandes entreprises françaises en Tunisie. Il n'y a que cela qui compte pour nos gouvernants. Tout le reste est secondaire.

J'hallucine en lisant ces phrases dans votre article (par ailleurs fort intéressant) ...

"La triste vérité est que les élites françaises (...) ont entraîné l'Union européenne dans leur illusion, voire leur veulerie (je mettrai à part Frédéric Mitterrand qui jusqu'au bout a soutenu Ben Ali, mais qui a des circonstances atténuantes s'il est vrai qu'il est citoyen tunisien: il était à la merci de la police du régime!)"

Où sont les circonstances atténuantes de Frédéric Mitterrand ? A part protéger ses intérêts) Pourquoi est-il resté citoyen tunisien, si cela le mettait à la merci de la police du régime, lui enlevant toute liberté de critique à l'égard du régime Bel Ali, d'après ce que vous suggérez ?

Merci de me l'expliquer...


Merci Monsieur Bayart pour votre passionnante chronique qui "réveille" les esprits, prend de la hauteur par rapport à l'évènement, rappele les visiscitudes de notre classe politique et de façon plus générale de nos élites (ravies d'acheter ou de recevoir des villas de "rêve" dans les dictatures marocaines et tunisiennes), et permet de réfléchir aux causes profondes de l'effondrement du régime : "pourquoi ces émeutes et pas celles de l'année dernière". En tant que chercheur non spécialiste de la Tunisie, vous avez peut-être refusé de relayer un facteur non prouvé mais qui a clairement joué dans l'aggiornamento : les tensions autour du clan Trabelsi dont la haine ancrée dans la population et dans l'establishment me fait clairement pensé à la situation de Karim Wade au Sénégal, honni par la population pour sa mise en coupe réglée de l'économie sénégalaise (et considéré comme non-sénégalais car étant métisse et ne parlant pas ou très mal le Wolof) mais bénéficiant de la bienveillance des technocrates internationaux, français notamment.

Par ailleurs, il y a quelque chose qui m'agace dans la relation chercheurs en sciences politiques africanistes/Etat français. Pour avoir pu observé cette tension au quotidien, j'ai eu la très nette impression qu'il n'y a pas de passerelles tangibles entre les deux mondes ou tout du moins une incompréhension qui ne permet pas l'émergence de nouvelles politiques "éclairées". Pour caricaturer, les politiques français et les technocrates ne consultent pas les chercheurs (ou bien toujours les mêmes), ne comprennent pas les dynamiques internes des pays africains car ils ne consultent que les dirigeants et visitent que les grands hôtels privilégiant de ce fait les relations interpersonnelles et les valises d'argent pour prendre des décisions. Au quotidien, cela donne un grand écart entre les déclarations de bonnes intentions qui ne mangent pas de pain et le soutien (par des appuis militaires ou financiers, des conseils, ou bien le silence ou la retenue) à des régimes corrompus et souvent autoritaires.Dans tout cela, le business n'est même pas si florissant car ces Etats ne se développent et n'intéressent pas nos forces vives économiques à part quelques monopoles juteux maintenus par les réseaux décrits précédemment (nos entreprises ne jurent que par l'Europe, l'Asie et l'Amérique, quasiment jamais sur l'Afrique).

De l'autre côté, j'ai l'impression que les chercheurs (à votre exception remarquable et quelques rares autres : Roland Marchal, Gérard Prunier, Alain Antil, Philippe Hugon que l'on entend de façon un peu plus fréquente que les autres dans les médias) font preuve de peu d'imagination et peu d'utilité pour faire évoluer la vision des citoyens et décideurs français. D'ailleurs, j'ai parfois l'impression qu'à part pour leur plaisir personnel ou pour débattre entre collègues, ils n'arrivent pas à envisager leur "utilité" (mot tabou voir haï parmi les chercheurs africanistes que j'ai pu cotoyé) vis-à-vis du reste de la société voire du débat international (voir la colonisation de la pensée du développement par les concepts, très riches et foisonnant par ailleurs, anglo-saxons ou autres mais rarement français).

Pourtant nous avons de très bons chercheurs et d'excellents practiciens issus des universités françaises mais ils restent inaudibles dans le processus de formation de la politique étrangère. Une nouvelles génération de diplomates et de militaires arrivent aux affaires dans les ministères et ont souvent été formés par vous-mêmes à Sciences Po Paris, ou vos collègues du CEAN, du CERDI ou de Paris 1. Les deux principaux think tanks français, certes pas une tradition dans notre pays, en RI (Ifri, Iris) ont de très petites équipes Afrique et ne publient quasiment jamais de recommandations dans les quelques papiers qu'ils produisent chaque année. Les thinks tanks liés aux partis politiques français sont encore plus silencieux : fondation pour l'innovation politique (UMP), Terra Nova, fondation Jean-Jaurès, fondation Gabriel Péri (et les centaines de clubs politiques) sont quasiment muets ou propose très peu d'initiatives ambitieuses.

Bref, c'est le silence de la pensée face aux espèces sonnantes et trébuchantes des "réseaux d'un autre temps", dixit notre cher Président. Ainsi, j'aimerais vous demander à combien d'exemplaires ont été écoulés les références que vous mentionnez ? Existe-t'il des versions accessibles au grand public ? A part une excellente connaissance empirique et pratique des pays (gràce au financement de la recherche par l'Etat français, même si les budgets et les postes de recherche s'effondrent), qu'on fait les chercheurs africanistes pour rendre le continent africain attractif ? Je me perd dans les guerres de clochés du "carnaval" des recherches africanistes en France, chacun tire à vue les uns sur les autres. Ce qui devrait être l'occasion d'intéressants et inspirateurs débats finit en anathème comme les réactions outrées à l'égard de de votre pamphlet sur les études post-coloniales. Une anecdote sur ce silence radio des penseurs africanistes qui vous concerne particulièrement. Qui a entendu parler des rencontres des études africaines de Bordeaux de septembre 2010, trois jours de débats féconds, de tables rondes et ateliers magnifiques prouvant la richesse de ces disciplines en France ? La seule mention de cette conférence, en pleine année de la célébration contreversée du cinquentenaire des indépendances africaines en France, dans les principaux médias français (quitte à ce que l'on me prouve le contraite) vient de vous-mêmes sur ce blog avec la diffusion de votre puissant et brillant discours de clôture. Pourtant passionné par les thématiques proposées, je ne suis pas sûr que l'impact ait été au-delà de la micro-sphère de recherche africaniste franco-française malgré la merveilleuse somme des tables rondes et ateliers qui s'y sont déroulés pendant ces trois jours de septembre.

Avez-vous des idées pour sortir la recherche africaniste française de son ghetto et de sa marginalisation sans cesse renforcée ? Plus largement, comment concilier les intérêts économiques et politiques et les principes de la République française en Afrique ? Comment mettre au point un partenariat France/UE/Afrique gagnant-gagnant (comme dirait nos amis Chinois) ? Et comment mettre cette éventuelle plate-forme politique au coeur du débat des élections présidentielles de 2012 ?

Enfin, vous mentionnez les politiques français mais on ne peut pas dire que les importantes communautés africaines résidant en France brillent par leurs mobilisations. A part les manifestations de ce week-end pour la Tunisie, et la mobilisation des Kabyles pendant des années place de la République, on ne peut pas dire que les mobilisations sur le Maghreb et l'Afrique soient des grands succès populaires, à l'inverse de mobilisation sur la question israélo-palestienne par exemple. Même récemment la situation en Côte d'Ivoire (16 000 ressortissants sur notre territoire, n'incluant pas les citoyens français ayant des liens de parenté avec ce pays) n'a pas mobiliser les masses : quelques centaines de personnes place de la République pour une manifestation pro-Gbagbo et sa contre-manifestation pro-Ouattara.

Désolé pour ce long message, mes erreurs d'ortographe et mes nombreuses interrogations. Et encore merci pour cette brillante tribune.

@Slyman

excellentes questions!!

La recherche africaniste en France a toujours été menée par l'ORSTOM devenue il y a une dizaine d 'année l'IRD. Il y a plus de 800 chercheurs dont la moitié couvre l'Afrique. Il s 'agit d'agronomes ( quoique ceux ci soient aussi a Montpellier) de médecins de sociologies de politologues. Tres souvent de tres haute qualité.
Leur rapport avec le pouvoir est quasi nul. Ils ne sont pas lus par les gens de pouvoir qui naviguent le plus souvent à vue à partir des informations et analyses fournies par les services des ambassades, la barbouzerie, les reseaux secrets et personnels des Instituts proches du Pouvoir.

Il y a aussi l'Université - mais qui se manifeste peu sinon dans les revues parallèles et le CNRS chacun dans son coin travaillant publiant dans des revues qui se tirent la bourre. Sans oublier les officines partisanes et certains journalistes disposant et de moyens de longs temps d'approche et de reflexion ..bref il ya environ plus de 2000 personnes qui en France savent vraimentde quoi elles parlent quand elles parlent de l'Afrique..C'est énorme. Elles permettent à quelques centaines de milliers de ne pas penser des conneries. Elles ne peuvent empêcher le pouvoir qui les ignore d'en faire.

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